Points clés
Les personnes aux prises avec une rhinosinusite chronique présentent généralement une rhinorrhée, une pression faciale, une perturbation de l’odorat et une congestion nasale à long terme.
Le diagnostic définitif nécessite la constatation de signes objectifs à l’endoscopie ou à la tomodensitométrie; l’utilité de la radiographie des sinus est limitée.
Les traitements de première intention comprennent l’administration intranasale à long terme de solutions salines et de corticostéroïdes.
La chirurgie endoscopique des sinus peut être efficace, mais une révision peut parfois être nécessaire.
On peut envisager les traitements par anticorps monoclonaux pour les personnes aux prises avec une rhinosinusite chronique grave accompagnée de polypes nasaux réfractaires aux traitements de première intention.
La rhinosinusite chronique est une inflammation symptomatique des sinus nasaux et paranasaux qui dure pendant au moins 3 mois1. Il est difficile d’établir sa réelle prévalence en raison des défis diagnostiques, mais celle-ci varierait de 2,1 %2 à 15 %3 selon les estimations. La rhinosinusite chronique concerne le plus souvent les adultes d’âge moyen3 et touche les femmes un peu plus souvent que les hommes3,4. Bien qu’on puisse croire qu’elle ne représente qu’un léger désagrément, comparativement à d’autres maladies chroniques, la rhinosinusite peut être associée à des troubles du sommeil5,6, à une grande fatigue7 ainsi qu’à la dépression8,9, ce qui peut nuire considérablement aux activités de la vie quotidienne. Au Canada, les patients perdent en moyenne 20,6 jours de travail par année en raison des symptômes, et prennent aussi des congés pour des interventions chirurgicales et des rendez-vous médicaux associés à cette maladie, ce qui occasionne des coûts économiques importants10–12.
Les options de traitement de la rhinosinusite chronique ont récemment été élargies et améliorées. Nous passons en revue les données probantes liées à la rhinosinusite chronique, y compris l’évolution de la compréhension de cette affection et des modalités thérapeutiques (encadré 1).
Encadré 1 : Revue de la littérature .
Nous avons procédé à une revue documentaire dans PubMed, de sa mise en œuvre jusqu’au 1er novembre 2024. Les termes de recherche incluaient « chronic rhinosinusitis » (rhinosinusite chronique), « sinusitis » (sinusite) et « CRS » (RSC), avec la combinaison des mots clés « epidemiology » (épidémiologie), « pathophysiology » (physiopathologie) et « treatment » (traitement). Nous avons exclu la documentation non anglaise. De plus, nous avons mis l’accent sur les récents guides de pratique clinique et les revues systématiques, bien que nous n’ayons appliqué aucune restriction quant aux types d’articles. Nous avons en outre exploré les listes bibliographiques des articles recensés afin de trouver d’autres articles pertinents qui auraient pu passer inaperçus lors de notre recherche. Nous nous sommes concentrés sur les directives de traitement et les données probantes à compter de 2019.
Remarque : RSC = rhinosinusite chronique.
Quels sont les facteurs de risque de la rhinosinusite chronique?
La cause de la rhinosinusite chronique n’est pas encore complètement élucidée. Les facteurs qui y contribuent comprennent probablement la prédisposition génétique, les pathogènes microbiens, les facteurs environnementaux et les allergies, bien qu’aucun de ces facteurs ne semble en être la cause unique. De plus, environ 25 % des personnes aux prises avec une rhinosinusite chronique font de l’asthme, une proportion 5 fois plus élevée que dans la population générale. Selon l’hypothèse des voies respiratoires unies, ces 2 affections ont en commun un grand nombre de facteurs étiologiques, compte tenu de la similarité de leur biologie cellulaire et de leurs déclencheurs connus1.
Quelle est la physiopathologie de cette affection?
On sait que la rhinosinusite chronique est principalement une maladie inflammatoire, et non un processus infectieux1,13–15. La physiopathologie sous-jacente comprend probablement une combinaison d’agressions de la barrière épithéliale (p. ex., microbes, allergènes) et de dérèglements des voies inflammatoires (figure 1). Le système immunitaire inné et le système immunitaire adaptatif présentent un dysfonctionnement au niveau de la muqueuse sinusale, ce qui cause l’hyperplasie des cellules caliciformes, la diminution de la clairance mucociliaire et un état pro-inflammatoire1,14,15.
Figure 1 :
Physiopathologie de la rhinosinusite chronique. Remarque : IFN = interféron, IL = interleukine, ILC1 = cellule lymphoïde innée de type 1, ILC2 = cellule lymphoïde innée de type 2, ILC3 = cellule lymphoïde innée de type 3, NK = tueuse naturelle, Th0 = lymphocyte T naïf, Th1 = lymphocyte T auxiliaire de type 1, Th2 = lymphocyte T auxiliaire de type 2, Th17 = lymphocyte T auxiliaire de type 17, TNF = facteur de nécrose tumorale, TSLP = lymphopoïétine stromale thymique. Créée sur BioRender et adaptée de Xu et coll.15 avec l’autorisation de John Wiley and Sons. Voir l’onglet Related Content pour une version accessible.
Depuis l’arrivée des traitements ciblés et la reconnaissance du fait que certains patients répondent mieux au traitement, la rhinosinusite chronique est plus souvent classée selon les endotypes que selon les phénotypes larges. L’endotype de type 2 repose sur l’activation de la voie inflammatoire de type 2, dans laquelle les lymphocytes T auxiliaires de type 2 et les cellules lymphoïdes innées de type 2 produisent l’interleukine 4, l’interleukine 5 et l’interleukine 13, des cytokines inflammatoires14–16. Par ailleurs, les voies inflammatoires de type 1 et de type 3 ont toutes deux été observées dans l’endotype autre que celui de type 2 (figure 1).
Comment diagnostique-t-on la rhinosinusite chronique?
Les critères diagnostiques de la rhinosinusite chronique sont l’inflammation naso-sinusienne qui persiste pendant au moins 12 semaines, et la présence d’au moins 2 symptômes et de 1 signe lors de l’examen clinique (tableau 1).
Tableau 1 :
Critères diagnostiques de la rhinosinusite chronique*
| Critère | Signe ou symptôme |
|---|---|
| Au moins 2 symptômes | Obstruction ou congestion nasale |
| Écoulement nasal antérieur ou postérieur | |
| Diminution de l’odorat | |
| Douleur, pression ou sensation de plénitude faciale | |
| Au moins 1 signe | Polypes, œdème ou mucopurulence nasale observables à l’endoscopie nasale ou à la rhinoscopie antérieure |
| Épaississement des muqueuses sinusiennes observable à la tomodensitométrie |
Inflammation naso-sinusienne qui persiste pendant plus de 12 semaines.
Les principaux symptômes comprennent la congestion nasale (synonyme d’obstruction nasale), l’écoulement nasal antérieur ou postérieur, la modification de l’odorat ainsi que la douleur ou la pression faciale17. Certains experts considèrent que l’inconfort facial ne devrait pas faire partie des critères diagnostiques vu son manque de spécificité1,13.
Parmi les autres symptômes, mentionnons : plénitude auriculaire, toux, céphalées, fatigue, odontalgie, modification du goût et l’halitose18. Ces symptômes sont individuellement assez sensibles, mais ils ne sont pas spécifiques19. Entre autres, bien que les personnes puissent présenter une rhinosinusite aiguë (c.-à-d., une infection en plus de leur inflammation chronique initiale), elles semblent plus souvent être aux prises avec une infection persistante des voies respiratoires supérieures.
Un aperçu de l’algorithme de diagnostic et de prise en charge de la rhinosinusite chronique est présenté à la figure 2. Les symptômes ou les signes alarmants, de même que l’absence de réponse à un traitement médical standard, nécessitent une consultation urgente en otorhinolaryngologie afin d’écarter des pathologies plus graves (tableau 2). En cas de symptômes unilatéraux, une orientation d’urgence est indiquée afin d’écarter d’autres pathologies, étant donné que la rhinosinusite chronique est généralement bilatérale.
Figure 2 :
Algorithme de diagnostic et de prise en charge de la rhinosinusite chronique (RSC). Remarque : TDM = tomodensitométrie. *Les symptômes courants comprennent la congestion ou l’obstruction nasale, l’écoulement nasal (antérieur ou postérieur), la pression faciale et la perte de l’odorat. †Les signes et symptômes alarmants sont décrits au tableau 2. Voir l’onglet Related Content pour une version accessible.
Tableau 2 :
Symptômes ou signes importants de la rhinosinusite pour lesquels un autre diagnostic doit être envisagé
| Indicateur clinique | Affection possible |
|---|---|
| Exophtalmie | Néoplasme, infection aiguë |
| Paresthésie | Néoplasme, maladie neurologique centrale |
| Rhinorrhée unilatérale, persistante, au goût métallique ou salé | Fuite de liquide céphalorachidien |
| Épistaxis récurrente ou persistante | Néoplasme, irritation ou sécheresse nasale |
| Diplopie | Néoplasme, maladie neurologique centrale, infection aiguë |
| Douleur intense | Infection aiguë, néoplasme, migraine, bruxisme, céphalée de tension ou algie vasculaire de la face |
| Fièvre | Infection aiguë |
Diagnostic différentiel
Le diagnostic différentiel de la rhinosinusite chronique comprend la rhinite allergique, la déviation du septum nasal et les néoplasmes de la cavité naso-sinusienne.
La rhinite allergique est souvent accompagnée d’une congestion nasale, mais ne cause généralement pas de pression faciale comme c’est le cas pour la rhinosinusite chronique. Qui plus est, les sécrétions spécifiques à la rhinite allergique sont souvent transparentes et liquides, par rapport au mucus plus épais de la rhinosinusite chronique20. La déviation du septum peut entraîner la congestion et l’obstruction des voies nasales, mais elle ne perturbe généralement pas l’odorat et ne cause pas d’écoulement nasal important. Le néoplasme nasal peut aussi entraîner l’apparition d’une pression faciale et d’une obstruction nasale, mais ces symptômes apparaissent généralement de façon unilatérale et doivent dans ce cas motiver une consultation sans délai en otorhinolaryngologie.
Examen clinique
Le diagnostic de rhinosinusite chronique nécessite des signes objectifs d’inflammation naso-sinusienne (tableau 1). La distinction phénotypique fondée sur la présence ou non de polypes peut orienter le traitement. La présence de polypes nasaux peut être soupçonnée à la rhinoscopie antérieure ou à la tomodensitométrie (TDM), mais une endoscopie effectuée en otorhinolaryngologie est actuellement considérée comme la norme, surtout afin de déceler les plus petits polypes21. La figure 3A montre des polypes nasaux apparaissant dans le méat nasal moyen. Comparativement aux cornets nasaux, les polypes nasaux sont souvent aqueux, œdémateux et translucides. Les personnes avec des polypes nasaux présentent souvent une hyponasalité (voix enrhumée), qui donne souvent l’impression que la personne se remet d’une infection des voies respiratoires supérieures. En revanche, la rhinosinusite chronique sans polypes est plus souvent associée à des sécrétions épaisses et mucopurulentes à l’examen (figure 3B). Compte tenu du taux élevé de l’association rhinosinusite chronique et asthme, il est important d’effectuer un dépistage de maladie inflammatoire des voies respiratoires inférieures ainsi qu’une auscultation pulmonaire.
Figure 3 :
(A) Vue endoscopique peropératoire d’un polype nasal (NP) inflammatoire dans la cavité nasale gauche, caractéristique de la rhinosinusite chronique avec polypes nasaux. (B) Vue endoscopique peropératoire d’un écoulement purulent (D) dans la cavité nasale droite, caractéristique de la rhinosinusite chronique sans polypes nasaux. Remarque : IT = cornet inférieur, MT = cornet moyen, S = septum.
Dans de rares cas, la rhinosinusite chronique peut se propager au-delà des sinus nasaux, notamment dans les structures des orbites. Une exophtalmie, généralement unilatérale et immédiatement apparente, est alors possible. Le cas échéant, une TDM est requise d’urgence afin de confirmer le diagnostic de rhinosinusite avec complication et d’orienter le traitement (figure 2).
Examens
À l’heure actuelle, aucune analyse de laboratoire précise ne permet d’établir un diagnostic de rhinosinusite chronique. Les biomarqueurs (p. ex., le taux sérique d’éosinophiles) peuvent aider à distinguer l’endotype sous-jacent, mais à ce jour, aucun d’entre eux ne s’est avéré utile pour orienter le traitement et prédire la réponse à celui-ci21.
La TDM des sinus sans agent de contraste est la modalité d’imagerie de référence pour les cas de rhinosinusite chronique. L’inflammation chronique se manifeste par l’opacification (faible circulation d’air) ou l’épaississement de la muqueuse sinusale à la TDM. En raison de sa faible sensibilité pour cette affection, on ne doit pas recourir à une radiographie classique des sinus pour établir un diagnostic de rhinosinusite chronique17.
Si une personne présente des symptômes de rhinite allergique (rhinorrhée bilatérale transparente, démangeaisons oculaires et éternuements), des tests d’allergie peuvent être utiles pour cerner et éviter les déclencheurs potentiels.
Comment prendre en charge la rhinosinusite chronique?
Le traitement de la rhinosinusite chronique vise à réduire le fardeau de l’inflammation et à rétablir le fonctionnement mucociliaire normal. La présence de polypes nasaux est pertinente, mais elle n’a pas d’incidence sur les stratégies thérapeutiques de première intention. Le tableau 3 résume les options thérapeutiques de références.
Tableau 3 :
Traitement médical standard pour la rhinosinusite chronique
| Traitement | Exemple d’agent | Posologie courante |
|---|---|---|
| Irrigation topique avec solution saline | Douche nasale ou solution saline en vente libre | 1–2 fois par jour |
| Corticostéroïdes topiques en vaporisation | Furoate de mométasone, furoate de fluticasone | 2 vaporisations dans chaque narine par jour pendant au moins 8 semaines |
| Corticostéroïdes oraux pour polypes nasaux | Prednisone | 30 mg/j pendant 7 jours |
| Antibiotiques oraux en cas d’exacerbation aiguë | Amoxicilline–clavulanate | 875 mg 2 fois par jour pendant 10 jours |
Traitement pharmacologique
Le traitement de première intention est l’emploi de corticostéroïdes topiques intranasaux à long terme. Une revue Cochrane de 18 essais randomisés contrôlés (ERC) visait à comparer les corticostéroïdes intranasaux à un placebo et a permis de conclure que les corticostéroïdes intranasaux atténuaient les symptômes, réduisaient l’inflammation de la muqueuse naso-sinusienne (en diminuant notamment les polypes nasaux) et s’attaquaient à des affections connexes, telles que la rhinite allergique22. En particulier, dans 6 études ayant signalé la gravité de l’obstruction nasale et de la rhinorrhée, les personnes ayant reçu des corticostéroïdes présentaient des symptômes moins graves (différence moyenne de –0,31, intervalle de confiance [IC] à 95 % –0,38 à –0,24) que celles qui avaient reçu le placebo22. Quant à la taille des polypes, le risque relatif d’amélioration de la taille était de 1,77 (IC à 95 % 1,06 à 2,95) pour les personnes ayant reçu des corticostéroïdes intranasaux, ce qui démontrait à nouveau l’efficacité des corticostéroïdes, comparativement au placebo22. Il est donc raisonnable de débuter le traitement en cas de soupçons cliniques de rhinosinusite chronique en fonction de symptômes légers à modérés. Ces médicaments topiques sont considérés comme étant sûrs, et leur absorption dans la grande circulation est minimale. Des méta-analyses ont démontré que le risque d’insuffisance surrénalienne biochimique, une complication redoutée de l’absorption des stéroïdes, est faible (environ 0,70 %). Aucune des études incluses n’a fait état de symptômes cliniques d’insuffisance surrénalienne (tels que l’hypotension, la fatigue et l’irritabilité)23,24.
Les vaporisateurs de solution saline et les irrigations topiques sont des traitements adjuvants efficaces pour la rhinosinusite chronique, qu’elle soit ou non accompagnée de polypes nasaux. Une revue systématique a démontré que les irrigations de solution saline à volume élevé (flacon compressible ou douche nasale) distribuaient mieux la solution dans les cavités sinusales que les vaporisateurs de solution saline25. Généralement, la personne mélange ces solutions en ajoutant un sachet de produit prémélangé (chlorure de sodium et bicarbonate de sodium) à 240 mL d’eau distillée, pour ensuite procéder à l’irrigation de la cavité nasale. Un ERC a révélé une amélioration considérable des scores de la qualité de vie et de la fréquence des symptômes (réduction du risque absolu de 0,20, IC à 95 % 0,02 à 0,38) dans le groupe de l’irrigation nasale, comparativement aux vaporisateurs de solution saline à faible volume, avec un nombre de sujets à traiter de 526. Les personnes qui ne tolèrent pas bien les irrigations à volume élevé en raison de la pression auriculaire ou d’autres symptômes peuvent continuer à utiliser les vaporisateurs de solution saline à eux seuls. Peu importe la méthode, il faut effectuer l’irrigation avant d’administrer les corticostéroïdes en vaporisation intranasale, afin d’éviter l’écoulement du médicament.
Médicaments à administration orale
De courts traitements par corticostéroïdes oraux comme la prednisone peuvent réduire la taille des polypes nasaux connus et soulager rapidement les symptômes, en plus d’améliorer l’odorat1,13,27. Selon une revue Cochrane comprenant 8 ECR, les bienfaits des corticostéroïdes oraux se limitaient généralement à quelques mois28. Plus précisément, le score moyen des symptômes après 17 jours de traitement était de 2,84 écarts-types inférieurs aux scores initiaux, mais de seulement de 0,22 écart-type inférieur après 3 mois, ce qui souligne la courte durée des bienfaits28. L’utilisation judicieuse de corticostéroïdes est recommandée, compte tenu des préoccupations relatives aux effets indésirables à long terme de l’absorption dans la grande circulation27. La posologie optimale des corticostéroïdes oraux est inconnue; un schéma posologique courant est présenté au tableau 3.
Les directives récentes semblent indiquer que les antibiotiques doivent être envisagés uniquement en cas d’exacerbation aiguë de la rhinosinusite chronique (accompagnée ou non de polypes nasaux), quoique les professionnelles et professionnels de la santé doivent demeurer prudents dans les cas de fièvre ou de douleur intense (tableau 2)1,27. Une revue Cochrane réalisée en 2016 n’a recensé que très peu de données probantes concernant l’efficacité d’une antibiothérapie à action générale chez les personnes aux prises avec une rhinosinusite chronique, alors qu’aucune amélioration importante n’avait été observée, comparativement au placebo1,29. Les effets indésirables, les préoccupations liées à l’utilisation raisonnée des antibiotiques et la compréhension actuelle de la rhinosinusite chronique en tant que processus inflammatoire devraient aussi décourager l’utilisation d’antibiotiques. Quoique l’administration à long terme d’antibiotiques à faible dose puisse aider à réduire l’inflammation autre que celle de type 2, les publications à ce sujet continuent de diverger et aucune recommandation définitive ne peut être formulée à l’heure actuelle1,27.
Traitement chirurgical
On sait que la chirurgie endoscopique des sinus est un traitement efficace et sûr de la rhinosinusite chronique chez les personnes qui n’ont obtenu aucun bienfait d’un traitement médical standard. Cette intervention peu effractive et sans incision externe est effectuée par les narines par endoscopie. Le tissu enflammé, les polypes et les petits fragments osseux peuvent être délicatement retirés afin d’améliorer le drainage des cavités sinusales et la circulation de l’air. Plusieurs études ont démontré que la chirurgie endoscopique des sinus aidait à améliorer la qualité de vie de la personne, tout en réduisant l’inflammation des sinus30. Fait peut-être plus important encore, la chirurgie facilite la distribution des médicaments topiques jusqu’aux sinus paranasaux, ce qui est essentiel à la prise en charge à long terme et à la maîtrise des symptômes31.
Toutefois, une chirurgie endoscopique des sinus ne peut pas modifier définitivement la physiopathologie sous-jacente à cette maladie, et d’autres interventions pourraient être requises. D’après les estimations, les taux de révision sont de 10 %–30 %, selon la durée du suivi32. Une revue rétrospective a révélé que le délai entre les chirurgies était de 4,39 ans en moyenne32. La plupart des études portent à croire qu’environ 75 % des personnes atteintes signaleront une atténuation importante des symptômes après une chirurgie endoscopique des sinus33, et que les personnes qui ont subi une révision chirurgicale connaissent une amélioration similaire des scores de qualité de vie que celles ayant subi une chirurgie primaire34. Les facteurs de risque de récidive symptomatique après une chirurgie comprennent une polypose grave et la présence d’un asthme concomitant32.
Traitement par anticorps monoclonaux de la rhinosinusite chronique avec polypes
Plusieurs traitements par anticorps monoclonaux (ou « agents biologiques ») peuvent atténuer tant les symptômes que les signes chez les personnes aux prises avec une rhinosinusite chronique grave avec polypes. Ces agents à action générale ciblent la voie inflammatoire de type 2.
Une revue Cochrane réalisée en 2021 a démontré l’efficacité des agents biologiques pour traiter la rhinosinusite chronique avec polypes35. Les effets thérapeutiques comprennent la réduction de la congestion nasale, la réduction de la taille des polypes, l’amélioration de l’odorat et du score de la qualité de vie propre à la maladie, ainsi que la réduction au minimum du besoin de corticostéroïdes oraux et de révisions chirurgicales35.
Un énoncé consensuel canadien de 2021 fondé sur la méthode Delphi sert de guide d’utilisation des agents biologiques chez les personnes aux prises avec la rhinosinusite chronique21. Des otorhinolaryngologistes doivent d’abord confirmer la présence de polypes par endoscopie afin d’envisager l’essai des agents biologiques pour le traitement. Les corticostéroïdes administrés par voie orale et nasale doivent avoir été inefficaces et, dans la plupart des cas, une chirurgie endoscopique des sinus doit avoir été effectuée et l’on doit démontrer qu’une révision chirurgicale ne serait pas bénéfique. Le dupilumab, le mépolizumab et l’omalizumab ont été approuvés au Canada. Ces anticorps sont administrés sous forme d’injections et peuvent aussi être utilisés pour traiter d’autres maladies inflammatoires de type 2, telles que l’asthme et la dermatite atopique.
Leur utilisation doit être continue afin de maintenir le bienfait thérapeutique. Or, la durée optimale du traitement n’est pas encore connue. Parmi les risques à court terme liés à l’utilisation d’agents biologiques, mentionnons les arthralgies, les éruptions cutanées et la conjonctivite36. Dans le cadre d’une revue rétrospective de données recueillies en situation réelle, moins de 10 % des personnes ont abandonné leur traitement biologique en raison d’effets indésirables, dont la plupart se sont produits au cours des 3 premiers mois de traitement36. Une revue systématique et méta-analyse a révélé que les personnes qui suivaient un traitement biologique étaient exposées à un risque accru d’effets rhumatismaux indésirables (rapport de risque de 2,53; IC à 95 % 1,29 à 4,94), comparativement au placebo, qui peuvent être pris en charge en cessant le traitement37. Comme les agents biologiques sont des traitements relativement nouveaux, il n’existe pas de données à long terme de grande qualité sur les effets indésirables et il faut donc conseiller les personnes touchées en conséquence. De plus, le coût de ces médicaments serait prohibitif pour de nombreuses personnes. Une analyse coût–utilité a montré que le traitement avec le dupilumab était 11 fois plus cher que la chirurgie par année de vie ajustée en fonction de la qualité38. L’utilisation des agents biologiques doit donc être réservée au faible pourcentage de personnes qui n’ont pas bien répondu à d’autres formes de traitement21.
Conclusion
La rhinosinusite chronique est une maladie inflammatoire courante qui perturbe gravement le fonctionnement et la qualité de vie. De nature clinique, le diagnostic repose sur les symptômes subjectifs et les constatations objectives des examens physique et d’imagerie. Il se peut qu’on dispose de biomarqueurs diagnostiques dans les années à venir. Le traitement de première intention comprend la corticothérapie topique et l’irrigation avec solution saline, et la chirurgie endoscopique des sinus est envisagée si nécessaire. Bien que leurs effets à long terme demeurent inconnus, on peut maintenant prescrire des agents biologiques aux personnes atteintes d’une rhinosinusite chronique avec polypes dont les symptômes persistent après un traitement médical ou chirurgical standard. Les futures études devraient porter sur les techniques diagnostiques optimales à l’échelle individuelle selon la physiopathologie sous-jacente afin de mieux orienter le traitement, et elles devraient aussi examiner le rôle des nouveaux traitements (encadré 2).
Encadré 2 : Questions sans réponses .
Les biomarqueurs seront-ils utiles pour orienter le diagnostic et le traitement? Dans l’affirmative, quels seront-ils?
De quelle manière les professionnelles et professionnels de la santé peuvent-ils repérer les traitements les plus efficaces pour chaque personne?
Quelle est la durée optimale d’un traitement biologique?
Quels sont les effets indésirables à long terme des agents biologiques dans le traitement de la rhinosinusite chronique?
Supplementary Information
Remerciement
Les auteurs remercient le Dr Ryan Normore pour ses commentaires et sa révision de l’article.
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.241101
Footnotes
Intérêts concurrents : Christopher Chin, John Scott et John Lee déclarent tous avoir reçu des honoraires pour des services et des déplacements de Sanofi, de Regeneron et de GSK, ainsi que pour leur participation aux comités médicaux consultatifs sur le traitement biologique de la rhinosinusite chronique pour Sanofi, Regeneron et GSK.
Cet article a été révisé par des pairs.
Contributions : Christopher Chin a conçu le travail. Tous les auteurs ont contribué à l’élaboration du travail ainsi qu’à l’ébauche du manuscrit, ont révisé de façon critique son contenu intellectuel important, ont donné leur approbation finale pour la version destinée à être publiée et assument l’entière responsabilité de tous les aspects du travail.
Traduction et révision : Équipe Francophonie de l’Association médicale canadienne
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