Points clés
L’hypertension artérielle (HTA) est le principal facteur de risque de morbidité et de mortalité dans le monde, toutes causes confondues. Elle provoque des atteintes aux organes cibles, ce qui entraîne la coronaropathie, l’insuffisance cardiaque, l’accident vasculaire cérébral, la démence vasculaire et la maladie rénale chronique.
Bien que l’HTA soit un facteur de risque modifiable et maîtrisable, sa prise en charge demeure sous-optimale, et les taux de maîtrise de la pression artérielle (PA) tendent à la baisse au Canada comme à l’échelle mondiale.
La mise en œuvre par les professionnelles et professionnels de la santé des recommandations fondées sur des données probantes demeure sous-optimale. Toutefois, des recommandations simplifiées, pragmatiques et souples — comme celles du nouveau guide de pratique clinique en soins de première ligne d’Hypertension Canada, fondé sur le modèle de soins HEARTS — pourraient améliorer la maîtrise de la PA à l’échelle de la population.
L’hypertension artérielle (HTA) est le premier et le plus important des facteurs de risque de morbidité et de mortalité dans le monde, toutes causes confondues1. En effet, elle engendre des atteintes aux organes cibles, ce qui peut mener à la cardiopathie ischémique, à l’insuffisance cardiaque, à l’accident vasculaire cérébral, à la démence vasculaire et à la maladie rénale chronique. L’HTA et ses complications sont des affections chroniques qui nécessitent une prise en charge à vie; elles exercent donc une forte pression sur les systèmes de santé, surtout si leur prise en charge est inadéquate et n’optimise pas les bienfaits cliniques. Au Canada, les coûts annuels en soins de santé attribuables à l’HTA dépassent les 20 milliards de dollars, et la prise en charge de l’HTA demeure sous-optimale2. Avec l’espoir de redresser la situation, Goupil et ses collègues proposent un nouveau guide de pratique clinique convivial et commode, conçu pour les médecins qui assurent la prise en charge de l’HTA dans le contexte particulier des soins de première ligne au Canada3.
Rien d’étonnant à ce que l’HTA continue d’imposer un lourd fardeau personnel, sociétal, économique et sanitaire : elle touche de 30 %–45 % de la population adulte, et cette prévalence tend à la hausse1. De plus, environ 65 % des personnes hypertendues ignorent leur état et moins de 15 % de celles qui le connaissent parviennent à une maîtrise optimale de leur pression artérielle (PA)1,4. Cela étant, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la World Hypertension League, divers organismes professionnels ainsi que les autorités publiques ont évidemment lancé des appels à l’action pour faire baisser la PA dans la population5.
Fait à souligner, l’HTA est un facteur de risque modifiable, à la fois évitable et maîtrisable. Aujourd’hui, les traitements pharmacologiques antihypertenseurs sont faciles d’accès et généralement abordables et, lorsqu’ils sont utilisés correctement, ils devraient réduire la PA chez la plupart des gens. En 2009, Aram Chobanian a été le premier à parler du « paradoxe de l’HTA », cette « maladie non maîtrisée malgré l’efficacité des traitements » [traduction libre]6. Lors d’une allocution, Chobanian a rappelé que la maîtrise de l’HTA figurait parmi les plus grandes réussites de la médecine, grâce à la mise au point de nombreux nouveaux médicaments antihypertenseurs. Déjà en 2009, on constatait que l’HTA représentait un problème de santé majeur, et que la patientèle vivant avec une HTA non maîtrisée était en croissance.
En 2025, la situation n’a guère changé : malgré les avancées thérapeutiques, la prévalence de l’HTA continue d’augmenter dans le monde, et ses taux de maîtrise déclinent dans certains pays7. Parmi les nombreuses raisons de cette situation, mentionnons les failles du dépistage, du diagnostic et de la prise en charge convenable de l’HTA; l’adoption insuffisante des saines habitudes de vie qui réduisent la PA; la faible observance du traitement antihypertenseur par la patientèle; et la persistance de l’inertie thérapeutique chez les médecins7. De plus, l’HTA est une affection complexe, dans laquelle interviennent de multiples processus physiopathologiques et de nombreux systèmes et appareils. Il se peut aussi que les traitements actuels ne ciblent pas efficacement les mécanismes de l’HTA, d’où le besoin de traitements novateurs. De nouvelles modalités thérapeutiques ont été mises au point ces dernières années, notamment les traitements à l’ARN dirigés contre l’angiotensinogène, les doubles antagonistes des récepteurs de l’endothéline, les antagonistes non stéroïdiens des récepteurs des minéralocorticoïdes, les inhibiteurs de la synthèse de l’aldostérone et la dénervation rénale8.
Au cours des 2 dernières décennies, le Canada s’est classé parmi les leaders mondiaux pour ses taux de dépistage, de diagnostic, de traitement et de maîtrise de l’HTA, entre autres grâce à des recommandations fondées sur les données probantes régulièrement mises à jour, à des programmes d’information destinés au grand public comme aux prestataires de soins primaires, ainsi qu’à de vigoureux efforts de sensibilisation. Malgré tout, les maladies cardiovasculaires restent la principale cause de décès au Canada, et, plus récemment, les taux de maîtrise de l’HTA ont tendance à décliner au pays, surtout chez les femmes2.
Parmi les nombreuses stratégies susceptibles d’améliorer les résultats de la prise en charge des personnes hypertendues figure l’élaboration de guides de pratique clinique qui analysent, résument, interprètent et simplifient une énorme quantité de données et d’informations afin d’aider les professionnelles et professionnels de la santé à prendre des décisions fondées sur des données probantes. On trouve à l’heure actuelle de nombreux guides de pratique clinique nationaux et internationaux, la publication d’importance la plus récente étant le guide de pratique clinique pour la prise en charge de la PA élevée et de l’HTA de 2024 élaboré par la Société européenne de cardiologie9. Toutefois, malgré ces efforts et même si bon nombre de ces outils sont offerts en libre accès, il semble que leur mise en œuvre par les médecins soit insuffisante10. Cette adhésion décevante pourrait s’expliquer par le caractère trop abstrait de ces guides, par le manque d’harmonisation entre leurs recommandations ou encore par des attitudes et des pratiques qui entretiennent l’inertie des médecins et de la patientèle. Le défi consiste maintenant à mieux comprendre pourquoi les recommandations fondées sur les données probantes restent si peu appliquées, et à trouver des moyens de remédier à cette situation. L’un d’eux est la production de guides de pratique clinique conviviaux, simples, faciles à mettre en œuvre, commodes et assez souples pour s’adapter à des besoins particuliers.
C’est dans cet esprit que Goupil et ses collègues ont formulé des recommandations pragmatiques destinées aux médecins en soins de première ligne (qui, de manière générale, assurent la prise en charge de la plupart des cas d’HTA) et visant une mise en œuvre efficace dans la pratique quotidienne3. D’utilisation facile, leur guide comprend une méthode normalisée de mesure de la PA et de confirmation de l’HTA, ainsi qu’une définition uniforme de l’HTA (soit une PA ≥ 130/80 mm Hg), qu’accompagnent des algorithmes simples et commodes. Pour ce qui est du traitement, les auteurs recommandent aux médecins de viser une PA systolique inférieure à 130 mmHg et d’encourager la patientèle à changer ses habitudes de vie pour en adopter de plus saines; enfin, le guide comporte une démarche par étapes pour optimiser le choix des médicaments lorsqu’une médication antihypertensive s’impose. Compte tenu de l’importance croissante des traitements d’association en monocomprimé, on y trouve aussi un résumé utile des médicaments antihypertenseurs d’association en monocomprimés offerts au Canada avec leur coût respectif. Le guide s’appuie sur le modèle de soins HEARTS (acronyme de Healthy-lifestyle counselling, Evidence-based treatment protocols, Access to essential medicines and technology, Risk-based cardiovascular disease management, Team-based care, Systems for monitoring) mis au point par l’OMS pour améliorer la maîtrise de l’HTA et réduire le fardeau des maladies cardiovasculaires à l’échelle de la population. Le modèle HEARTS a fait ses preuves, le taux de maîtrise de l’HTA ayant presque doublé dans certaines régions des États-Unis.
De même, la démarche diagnostique et thérapeutique préconisée dans le nouveau guide de pratique clinique en soins de première ligne pourrait favoriser une adoption accrue des recommandations et intensifier leur mise en œuvre à l’échelle individuelle comme à l’échelle de la population. Une meilleure mise en œuvre des recommandations de ce guide influerait positivement sur l’évolution de la maîtrise de la PA au Canada. L’amélioration de la sensibilisation, de même que du dépistage, de la prise en charge et de la maîtrise de l’HTA, est d’une importance cruciale pour réduire la morbidité et la mortalité cardiovasculaires.
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.250794 ; voir le guide de pratique clinique connexe ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.241770-f
Footnotes
Intérêts concurrents : Rhian Touyz reçoit des subventions des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC, 11381, 528410) et du Programme des chaires de recherche du Canada des IRSC.
Cet article a été commandé et n’a pas été révisé par les pairs.
Traduction et révision : Équipe Francophonie de l’Association médicale canadienne
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