Skip to main content
The Canadian Veterinary Journal logoLink to The Canadian Veterinary Journal
. 2017 Sep;58(9):953–963. [Article in French]

L’euthanasie de convenance des animaux de compagnie : portrait du dilemme au sein de la profession vétérinaire québécoise

Dominick Rathwell-Deault 1,, Béatrice Godard 1, Diane Frank 1, André Ravel 1, Béatrice Doizé 1
PMCID: PMC5556486  PMID: 28878419

Abstract

Convenience euthanasia in companion animals: Dilemma among veterinarians in Quebec. Many veterinarians working in the field of companion animal medicine have to deal with requests for convenience euthanasia in their practices. As it is the case in other medical fields, veterinarians are trained to treat their patients. It is thus easy to understand that veterinarians consider convenience euthanasia as one of the most difficult ethical dilemmas they have to deal with in their practice. Regulatory boundaries concerning the practice of euthanasia are limited to the method use to induce the death of the animal but do not give any indication as to what should be the proper circumstances surrounding the request. To date, there are few articles on this matter and the perspective of veterinarians on the subject was rarely addressed. This article reports results obtained following a study conducted upon Québec’s veterinarians on the topic of convenience euthanasia. The data was obtained via an online survey created by the research team to evaluate the perspective of veterinarians on the topic, how they perceived consequences of convenience euthanasia and what were the solutions they would take into consideration in order to help the profession on resolving their dilemma. The data collected sheds light on the existing duality between double allegiance regarding the duties emerging from the relation with the patient (animal) and the client (pet owner) veterinarian are facing in their daily practice. On one hand veterinarians recognized that ‘convenience euthanasia’ is contrary to animal welfare. On the other hand they also recognized the pet owner’s right to ask for ‘convenience euthanasia’ when he can no longer care for its pet.

(Translated by Dr. Rathwell-Deault)

Introduction

L’ euthanasie de convenance des animaux de compagnie suscite de plus en plus d’intérêt, et ce, autant dans la société en général qu’auprès de la communauté vétérinaire. L’American Veterinary Medical Association (AVMA) a publié des lignes directrices concernant l’euthanasie des animaux de compagnie et a inclus dans sa plus récente version des recommandations sur l’évaluation éthique de cette pratique pour les vétérinaires (1). L’euthanasie de convenance se définit comme la mise à mort par des moyens humanitaires d’animaux qui sont en parfaite santé physique et psychique. Des articles écrits par différents auteurs reflètent le caractère éthique qui entoure les décisions d’euthanasie de convenance (25). Dans leur article Yeates et Main (3) évaluent le processus décisionnel des vétérinaires entourant les euthanasies pratiquées en cliniques vétérinaires au Royaume-Uni. Les arguments avancés par les vétérinaires pour justifier leur acceptation ou leur refus de pratiquer des euthanasies ont été classés selon qu’ils reflétaient les intérêts des animaux ou les intérêts des clients, propriétaires de ces animaux. L’euthanasie de convenance a été reconnue comme étant éthiquement problématique et les vétérinaires ont justifié leur refus de pratiquer ces euthanasies en utilisant des arguments prônant les intérêts de leurs patients, les animaux. De son côté, Rebuelto (2) rapporte ses réflexions concernant les dilemmes éthiques émanant de la pratique de l’euthanasie des animaux de compagnie et suggère un canevas décisionnel pour orienter les décisions des vétérinaires entourant ce sujet. Rebuelto décrit l’euthanasie de convenance plus largement en y incluant les patients ayant des maladies traitables ou des problèmes comportementaux et elle confirme que ces euthanasies sont des dilemmes moraux reconnus par les vétérinaires (2). Elle suggère de prendre les décisions dans ces demandes en priorisant les intérêts des patients et en respectant l’autonomie décisionnelle des clients. Finalement, Morgan et McDonald (5) se sont aussi intéressés aux dilemmes éthiques entourant la profession. Sans nécessairement s’intéresser en profondeur au dilemme de l’euthanasie de convenance, ils décrivent les différents rôles que le vétérinaire peut jouer au sein des pratiques consultatives et les mettent en lumière avec les intérêts des principaux acteurs qui y sont défendus. Ils décrivent que les tensions éthiques peuvent être décrites selon différents critères dont les différences dans les perceptions de la valeur de l’animal, les différences dans la perception des responsabilités des propriétaires d’animaux de compagnie et des responsabilités des vétérinaires et finalement dans la perception de ce qui est bien pour l’animal.

Le fait de voir davantage de questionnements au sein de la profession n’implique toutefois pas nécessairement des changements au sein des pratiques vétérinaires. Par exemple, certaines pratiques éthiquement discutables, comme les chirurgies d’essorillement et les caudectomies, ont été débattues à de nombreuses reprises et sont interdites sur le territoire du Québec depuis janvier 2017 (6). D’autres pratiques éthiquement discutables comme les chirurgies de dévocalisation et l’euthanasie de convenance suscitent des débats et continuent d’avoir lieu au sein des établissements vétérinaires.

En considérant que l’euthanasie de convenance continue de se pratiquer dans le domaine des animaux de compagnie malgré le fait que cette pratique soit reconnue comme étant éthiquement problématique, quels sont les fondements permettant de comprendre ce positionnement de la part des vétérinaires? À la connaissance des auteurs, à ce jour aucune étude ne s’est penchée sur la question dans la perspective des médecins vétérinaires. Afin de commencer à répondre à ce questionnement, une étude qualitative a été entreprise par notre équipe de recherche afin de décrire la situation de l’euthanasie de convenance (7, 8). Selon les résultats de cette étude, certains vétérinaires perçoivent cette pratique comme un service offert parmi tant d’autres alors que d’autres la considèrent comme un acte qui ne devrait pas être autorisé par les ordres professionnels vétérinaires (7, 9). Devant une telle dualité de pensée, il est possible de percevoir le dilemme auquel les vétérinaires doivent faire face régulièrement. Les vétérinaires interviewés lors de cette étude évaluent les cas de demandes d’euthanasie de convenance selon le lien unissant le propriétaire de l’animal et l’animal concerné. Lors de cette étude, la majorité des liens unissant l’animal et son propriétaire était décrite selon une perspective anthropocentrique, axée exclusivement sur la relation avec un être humain. L’animal en tant que tel n’a pas de valeur inhérente. Sa valeur dépend de celle que lui attribue son propriétaire. À l’opposé, une vision zoocentrique décrit l’animal comme ayant une valeur qui lui est propre. Selon cette perspective, la valeur de l’animal n’est aucunement dépendante de l’appartenance à un propriétaire. De plus, il a été démontré que les intérêts pris en considération lors d’euthanasies de convenance sont presque exclusivement reliés au propriétaire de l’animal et au vétérinaire pratiquant (7, 8). En gérant les souffrances physiques et le stress provoqués par les manipulations lors des euthanasies, les vétérinaires interviewés considéraient leur rôle et leur responsabilité professionnels envers l’animal comme étant accomplis (7). Cette première étude qualitative a permis de cerner des balises descriptives concernant la situation de l’euthanasie de convenance au Québec et a servi de canevas pour sonder des vétérinaires québécois et tenter de quantifier auprès d’eux le dilemme de l’euthanasie. Le but de cette seconde étude, dont les résultats sont présentés ici, était de vérifier la prévalence des constats établis lors de l’analyse qualitative du dilemme, de vérifier si les données étaient variables en fonction des informations démographiques disponibles et d’évaluer le dilemme de l’euthanasie à plus grande échelle.

Matériaux et méthodes

Devis de recherche

Un questionnaire a été élaboré afin de collecter des informations sur la prévalence des constats mis de l’avant par une étude qualitative (7, 8). Le questionnaire comportait huit catégories de questions entourant le dilemme de l’euthanasie de convenance. Une échelle de Likert allant de (1) totalement en accord avec l’énoncé, (2) partiellement en accord avec l’énoncé, (3) partiellement en désaccord avec l’énoncé, à (4) totalement en désaccord avec l’énoncé permettait de colliger les réponses des vétérinaires aux différentes questions. Avant de débuter le questionnaire, le participant était invité à lire un court texte qui définissait le dilemme de l’euthanasie de convenance et expliquait le but de la recherche. Le participant était invité à poser ses questions à l’équipe de recherche si nécessaire. Une phase de pré-test du questionnaire fut effectuée auprès de 10 vétérinaires généralistes afin de vérifier la compréhension et la formulation des questions. Cette étude fut approuvée par le comité d’éthique de la recherche en santé de l’Université de Montréal (CERES).

Population et échantillonnage

La population visée par ce projet de recherche était les vétérinaires pratiquant partiellement ou totalement dans le domaine des animaux de compagnie au Québec. Aucune distinction n’a été faite entre les généralistes et les spécialistes.

Les vétérinaires furent sollicités à participer à l’étude via une annonce dans le Vétérinarius flash, un journal web distribué par l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec (OMVQ). L’annonce décrivait le but de la recherche et incluait un hyperlien permettant l’accès au sondage. La plateforme web Survey Monkey fut utilisée pour la collecte de données et le sondage fut disponible en ligne pendant 2 mois (du 26 août au 26 octobre 2014). Pendant cette période, des rappels de l’invitation à participer au sondage étaient fréquemment effectués via le journal web. Lors de la mise en ligne du sondage, l’OMVQ répertoriait 1302 vétérinaires inscrits au Tableau des membres en pratique des animaux de compagnie. La représentativité de l’échantillon recueilli par rapport à la population générale en regard des variables représentant le genre et le nombre d’années de pratique a été faite par un test de Chi carré de conformité avec une erreur alpha à 0,005 et par un intervalle de confiance à 95 % selon la méthode de Clopper-Pearson. Une standardisation des données a été effectuée avec les informations démographiques disponibles sur la population (genre et nombre d’années de pratique).

Analyse de prévalence

Une analyse statistique des données recueillies a été effectuée avec l’aide du logiciel XL stat®. Une évaluation individuelle de la proportion de répondants en accord avec chacune des propositions a été effectuée. Un intervalle de confiance à 95 % selon la méthode de Clopper-Pearson a été calculé pour chaque question du questionnaire. À des fins d’analyse de la proportion de réponses en accord ou en désaccord avec l’énoncé, les réponses totalement en accord avec l’énoncé et partiellement en accord avec l’énoncé ont été groupées et les réponses partiellement en désaccord et totalement en désaccord avec l’énoncé ont été également regroupées. Par la suite, un test du Chi-carré de Pearson avec une erreur alpha à 0,005 a été effectué afin de vérifier les différences dans les réponses entre les divers groupes vétérinaires représentés par les variables démographiques indépendantes suivantes : le genre, le nombre d’années de pratique, le statut au sein de l’établissement vétérinaire (employeur versus employé) et le milieu de pratique (rural versus urbain).

Analyse factorielle exploratoire des déterminants

Une analyse factorielle exploratoire (10) a été effectuée sur les catégories des questions 2, 3 et 4 selon l’hypothèse que des facteurs inconscients existaient dans le profil de réponses des répondants pour ces catégories. L’analyse factorielle permet d’évaluer un ensemble de données recueillies et de vérifier s’il existe un profil dans les réponses des participants sans que ce profil ne soit consciemment exprimé par ceux-ci. Ces profils s’expriment en termes de facteurs au sein de l’analyse factorielle. L’extraction des facteurs a utilisé la méthode des moindres carrés non pondérés tel que recommandé pour le traitement de données ordinales (11) et la méthode de rotation oblique tel que recommandé pour l’analyse des mesures psychosociales (12). Les variables représentées par une qualité inférieure à 0,2 n’ont pas été retenues, ni les facteurs avec une valeur propre inférieure à 1. La mesure Kaiser-Meyer-Olkin a été calculée pour vérifier l’adéquation de la solution factorielle (13). La contribution principale de la variable a été déterminée pour chaque facteur selon la valeur du coefficient de saturation qui devait être supérieure à 0,3. La valeur Cronbach alpha a été calculée pour chaque facteur selon la contribution principale aux variables basée sur un échantillon total tel que le facteur de consistance interne de la configuration factorielle (14).

Une analyse de régression linéaire simple puis multivariée a été effectuée séparément pour chaque facteur retenu suite à l’analyse factorielle pour en explorer les déterminants parmi les variables démographiques. Les facteurs standardisés étaient les variables dépendantes, alors que les variables indépendantes investiguées étaient le milieu de pratique, le genre, le statut au sein de l’entreprise et le nombre d’années de pratique. Une régression univariée a été effectuée indépendamment pour chaque variable indépendante en premier lieu. Ensuite, un modèle de régression multivariée avec interaction a été construit et testé à partir des variables pour lesquelles la probabilité d’être indépendante du facteur dans le modèle univarié était inférieure ou égale à 0,15. Lorsqu’aucune interaction statistiquement significative n’était trouvée, l’interaction était retirée et le modèle était testé de nouveau.

Résultats

Description de l’échantillon

Au total, 248 vétérinaires ont répondu au sondage ce qui représente un taux de réponse de 19 %. Six de ces vétérinaires ont refusé de participer suite à la lecture de la lettre d’introduction. Des 242 vétérinaires, 185 d’entre eux ont complété le sondage en entier, ce qui représente 74 % d’entre eux. Cet échantillon comprenait 154 (83 %) femmes et 31 (17 %) hommes, 43 vétérinaires comptant entre 0 et 5 ans de pratique (23 %), 26 entre 6 et 10 ans de pratique (14 %), 37 entre 11 et 15 ans de pratique (20 %) et 79 ayant 16 ans ou plus de pratique (43 %). Cent huit vétérinaires étaient des employés dans leur milieu de pratique (58 %) tandis que 77 vétérinaires étaient des employeurs (42 %). Finalement, 59 vétérinaires identifiaient leur milieu de pratique comme étant localisé en milieu rural (32 %) et 125 en milieu urbain (68 %). Ces données ont été regroupées dans le tableau 1. Il a été possible de vérifier la représentativité de l’échantillon en regard des données démographiques relatives au genre et au nombre d’années de pratique disponibles via le Tableau des membres de l’OMVQ. La distribution de notre échantillon en regard des données disponibles ne respectait pas les caractéristiques démographiques de la population étudiée pour le genre (Chicarré de Pearson = 9,89, ddl = 1; P = 0,001658) et pour le nombre d’années de pratique (Chi-carré de Pearson = 11,03, ddl = 3; P = 0,01129). L’échantillon comportait une proportion plus importante de femmes que celle connue dans la population générale. Notre échantillon comportait aussi une plus grande proportion de vétérinaires ayant entre 0 et 15 ans d’expérience pratique et une plus faible proportion de vétérinaires ayant 16 ans et plus d’expérience pratique que les proportions connues dans la population générale. Une standardisation des données a donc été effectuée afin de limiter l’impact des différences existantes entre la population générale et l’échantillon recueilli (15). Ces résultats sont rapportés dans le Tableau 1.

Tableau 1.

Description démographique des 185 participants et de la population visée (nombre total de vétérinaires en pratique des animaux de compagnie)

Échantillon Population visée % Comparaison entre échantillon et population visée Valeur de P Intervalle de confiance à 95 %

n %
Total 185 100 100
Genre
 Femme 154 83 73 0,001658 80–85
 Homme 31 17 27 0,001658 14–20
Années de pratique
 0–5 ans 43 23 20 0,01129 20–26
 6–10 ans 37 20 18 0,01129 17–23
 11–15 ans 26 14 13 0,01129 11–17
 16 ans et plus 79 43 49 0,01129 39–47
Statut au sein de l’établissement
 Employé 108 58
 Employeur 77 42
Milieu de pratique
 Rural 59 32
 Urbain 125 68

Analyse des proportions de répondants en accord avec les énoncés

Tel que mentionné dans la section du devis de recherche, le questionnaire comportait huit catégories de questions. La première catégorie visait à évaluer quelles catégories d’animaux font l’objet de demande d’euthanasie de convenance. La deuxième catégorie vérifiait la définition du bien-être animal et son implication dans le dilemme étudié. Les troisième et quatrième catégories visaient à évaluer les intérêts des vétérinaires et les intérêts des propriétaires d’animaux respectivement. La cinquième catégorie vérifiait la perception du rôle du vétérinaire. La sixième et la septième catégorie sondaient la fréquence des demandes d’euthanasie de convenance et les habitudes de pratique reliées à celle-ci au sein des établissements vétérinaires. La huitième et dernière catégorie évaluait l’opinion des vétérinaires concernant des pistes de solutions soulevées afin d’améliorer la situation problématique. Les résultats obtenus sont rapportés dans le Tableau 2.

Tableau 2.

Choix de réponses des 185 participants

Énoncés n % % Standardisé Intervalle de confiance à 95 %
Catégorie 1 : Catégorisation des patients

Q.1.1 J’accepte d’euthanasier les animaux errants 92 50 50 43–57
Q.1.2 J’accepte d’euthanasier les animaux de travail ne pouvant plus accomplir leur fonction 78 42 44 35–49
Q.1.3 J’accepte d’euthanasier les animaux de compagnie sans fonction de travail spécifique 90 49 50 42–56
Q.1.4 Le lien relationnel entre l’animal et son propriétaire influence ma décision d’euthanasie 54 30 30 23–37
Q.1.5 J’accepte d’euthanasier les animaux gériatriques 152 82 81 76–88
Q.1.6 J’accepte d’euthanasier les animaux pédiatriques 51 28 26 22–34
Q.1.7 La durée de la relation entre l’animal et le propriétaire influence ma décision d’euthanasie 22 12 11 7–17
Q.1.8 La valeur monétaire de l’animal influence ma décision d’euthanasie 3 2 2 0–4
Q.1.9 L’appartenance de l’animal à une race pure influence ma décision d’euthanasie 3 2 1 0–4
Q.1.10 La valeur morale que j’attribue personnellement à l’animal influence ma décision d’euthanasie 58 32 29 25–38

Catégorie 2 : Évaluation de la définition du bien-être animal

Q.2.1 Le bien-être animal s’évalue uniquement en termes de souffrance physique 49 30 28 23–37
Q.2.2 L’évaluation psychologique est une composante permettant l’évaluation du bien-être de l’animal 132 80 73 74–86
Q.2.3 L’évaluation des composantes environnementales est essentielle pour juger du bien-être animal 151 81 80 75–87
Q.2.4 Il est dans l’intérêt de l’animal de poursuivre sa vie s’il est en bonne santé physique et psychique 169 93 90 89–97
Q.2.5 L’euthanasie de convenance ne va pas à l’encontre du bien-être animal 48 26 28 20–32

Catégorie 3 : Intérêts du vétérinaire dans le dilemme

Q.3.1 Il est dans l’intérêt financier du vétérinaire de procéder à l’euthanasie 29 16 15 11–21
Q.3.2 L’acceptation de l’euthanasie de convenance préserve le climat de bonne entente entre les établissements 24 13 13 8–18
Q.3.3 L’acceptation de l’euthanasie permet de maintenir une relation adéquate avec la clientèle 75 41 39 34–48
Q.3.4 L’acceptation de l’euthanasie préserve la réputation des soins prodigués par le vétérinaire 39 20 20 14–26
Q.3.5 L’acceptation de l’euthanasie permet au vétérinaire de rester en contrôle de la destinée de l’animal 99 54 56 47–61
Q.3.6 Le refus de l’euthanasie préserve le vétérinaire du stress relatif à la fatigue de compassion 97 53 53 46–60

Catégorie 4 : Intérêts du propriétaire

Q.4.1 Le propriétaire de l’animal a le droit de demander son euthanasie 111 65 64 58–72
Q.4.2 Je démontre du respect envers le propriétaire en acceptant l’euthanasie 63 36 35 29–43
Q.4.3 Un refus de procéder à une euthanasie constitue un jugement envers le propriétaire 108 59 60 52–66

Catégorie 5 : Rôle du médecin vétérinaire

Q.5.1 Minimiser les souffrances physiques des animaux 184 99 100 98–100
Q.5.2 Minimiser les souffrances psychologiques des animaux 183 99 99 98–100
Q.5.3 Défendre le bien-être animal 183 99 99 98–100
Q.5.4 Rôle neutre lors de pratique consultative 151 82 82 76–88
Q.5.5 Conseiller les propriétaires de façon à prioriser le bien-être animal 185 100 100 100
Q.5.6 Conseiller les propriétaires de façon à prioriser leurs intérêts 88 48 48 40–55
Q.5.7 Conseiller les clients de façon à orienter leur décision envers ce qui me semble le plus juste 159 86 88 80–91
Q.5.8 Éduquer le public général sur le bien-être animal 181 98 99 96–100
Q.5.9 Éduquer ma clientèle sur le bien-être animal 183 99 99 98–100
Q.5.10 Éduquer le public sur les responsabilités émanant de l’adoption d’un animal 181 98 99 96–100
Q.5.11 Éduquer ma clientèle sur les responsabilités émanant de l’adoption d’un animal 138 75 77 69–81

Catégorie 6 : Habitudes et fréquence des euthanasies de convenance

Q.6.1 En acceptant l’euthanasie je renforce son utilisation socialement 136 74 71 68–80
Q.6.2 En pratiquant des euthanasies, je m’habitue et je considère sa pratique comme moins problématique 41 23 21 17–29
Q.6.3 La pratique de l’euthanasie est routinière 31 17 17 12–22
Q.6.4 J’ai un rôle actif dans le dilemme de l’euthanasie quand je pratique la procédure 131 72 71 65–79

Catégorie 7 : Procédures et habitudes concernant les demandes d’euthanasie

Q.7.1 Questionnement systématique du propriétaire 154 88 84 83–93
Q.7.2 Consultation avec vétérinaire obligatoire 92 57 53 49–65
Q.7.3 Politique d’acceptation systématique de toute demande d’euthanasie auprès de l’établissement 48 32 26 25–39
Q.7.4 Politique de refus systématique de toute demande d’euthanasie auprès de l’établissement 40 25 22 18–32
Q.7.5 Pression de la part des employeurs afin d’accepter les euthanasies 32 31 NDa 22–40
Q.7.6 Pression de la part des pairs afin d’accepter les euthanasies 21 15 11 3–27
Q.7.7 Pression de la part des clients afin d’accepter les euthanasies 119 70 62 63–77

Catégorie 8 : Pistes de solution

Q.8.1 Augmenter les activités visant la stérilisation massive à faible coût 113 67 61 60–74
Q.8.2 Normes gouvernementales plus strictes concernant la stérilisation 166 90 90 86–94
Q.8.3 Normes gouvernementales plus strictes encadrant l’élevage 177 96 96 86–100
Q.8.4 Normes gouvernementales plus strictes encadrant l’adoption des animaux de compagnie 159 86 87 81–91
Q.8.5 Augmentation des tarifs reliés à l’euthanasie de convenance 115 63 64 56–70
Q.8.6 Augmentation des ressources alternatives par le gouvernement (SPCA, Refuge) 158 85 85 80–90
Q.8.7 Augmentation des activités de sensibilisation concernant l’euthanasie visant le public par les vétérinaires 174 96 95 93–99
Q.8.8 Augmentation des activités de sensibilisation visant le public concernant les exigences de la vie avec un animal par les vétérinaires 175 96 95 93–99
Q8.9 Améliorer la formation des futurs vétérinaires concernant la gestion émotive et l’euthanasie 163 90 88 86–94
Q8.10 Fournir aux propriétaires des ressources alternatives dans le cadre de leur pratique 176 96 96 93–99
a

Cette question s’adressait aux vétérinaires employés de l’échantillon. La proportion de vétérinaire employeur/employé au sein de la population n’étant pas disponible, il est impossible de standardiser cette donnée.

L’analyse des réponses concernant la première catégorie de questions, qui concerne les catégories d’animaux pouvant être présentés pour une euthanasie de convenance, a démontré que les vétérinaires sont influencés par l’âge des animaux en acceptant les demandes reliées à des animaux âgés et en refusant les demandes visant les animaux pédiatriques à 82 %.

La perception personnelle de la valeur morale de l’animal par le vétérinaire (répondant totalement ou partiellement en accord : 32 %), le lien relationnel (30 %), la durée de la relation entre l’animal et son propriétaire (12 %), la valeur monétaire de l’animal (2 %), ainsi que l’appartenance de l’animal à une race pure (2 %) ne sont pas jugés comme des critères importants dans la prise de décision des répondants lors de demande d’euthanasie.

Dans la deuxième catégorie de questions qui portent sur la définition du concept de bien-être animal, les vétérinaires estiment que la souffrance physique ne peut être reconnue comme étant le seul et unique critère permettant de juger du bien-être d’un animal (30 %). Les vétérinaires jugent du bien-être d’un animal en évaluant sa santé physique, psychique (80 %) et son environnement (81 %). Selon les vétérinaires ayant répondu au sondage, un animal en santé psychique et physique a intérêt à poursuivre sa vie (93 %) et l’euthanasie de convenance d’un tel animal va à l’encontre de son bien-être (74 %).

L’analyse des réponses de la troisième catégorie de questions, qui ont trait aux intérêts du vétérinaire au sein du dilemme, démontre que les vétérinaires n’identifient aucun des éléments présentés comme étant un critère de prédilection dans leur prise de décision. Ils ne considèrent pas que leurs décisions en regard des euthanasies de convenance aient un impact sur les relations entre les établissements (13 %), sur la santé financière de l’établissement (16 %), sur la perception de la qualité des soins qu’ils prodiguent (20 %) et sur la relation qu’ils entretiennent avec leur clientèle (41 %). Une ambivalence dans la position des vétérinaires interviewés est présente en regard de la prévention du stress lié à la fatigue de compassion lors de refus des demandes (53 %). Effectivement, la moitié de l’échantillon considère que la pratique de l’euthanasie de convenance provoque un stress relié à la fatigue de compassion alors que l’autre moitié est en désaccord avec ce constat. Une ambivalence a aussi été identifiée auprès des vétérinaires concernant le possible avantage que procure l’acceptation des demandes d’euthanasie de convenance afin de garder un contrôle sur la situation pouvant être précaire pour l’animal (54 %). Dans cette situation, la moitié de l’échantillon considère qu’en acceptant de procéder à des euthanasies de convenance, elle a la satisfaction de garder le contrôle de la situation et de la destinée de l’animal concerné. L’autre moitié est en désaccord avec ce constat.

L’analyse des réponses de la quatrième catégorie de questions, qui s’intéressent aux intérêts des propriétaires d’animaux de compagnie au sein du dilemme, a démontré que les vétérinaires considèrent qu’il est du droit du propriétaire de faire la demande d’euthanasie de convenance pour son animal (65 %). Toutefois, les vétérinaires ne considèrent pas qu’un refus face à une telle demande représente un non-respect du propriétaire (36 %). Les vétérinaires identifient le refus de procéder comme étant une forme de jugement du professionnel face au processus réflexif du propriétaire concernant sa décision (59 %).

L’analyse des réponses de la cinquième catégorie, qui vise la description du rôle du médecin vétérinaire, a démontré que les vétérinaires perçoivent qu’ils doivent protéger leurs patients en minimisant les souffrances physiques (99 %) et psychologiques (99 %) et défendre leur bien-être (99 %).

La perception par les vétérinaires de leurs rôles en pratique consultative a été définie de différentes façons par les répondants. Les vétérinaires se perçoivent toujours comme des défenseurs du bien-être animal (100 %). Très souvent, ils considèrent qu’ils doivent orienter les décisions des clients envers les choix les plus justes (86 %). De plus, très souvent, ils se perçoivent comme des consultants neutres (82 %) et parfois comme des défenseurs des intérêts des clients (48 %). Les vétérinaires considèrent aussi qu’ils ont un devoir d’éducation envers le public et leur clientèle en regard de la transmission d’informations relatives aux exigences reliées à l’adoption d’un animal de compagnie et en regard de la problématique de l’euthanasie de convenance (75–99 %).

L’analyse des réponses de la sixième catégorie, qui touche aux habitudes et à la fréquence entourant les pratiques d’euthanasie de convenance, démontre que les vétérinaires reconnaissent qu’en acceptant de pratiquer des euthanasies de convenance, ils renforcent socialement du même coup cette pratique pour se départir d’un animal de compagnie (74 %) et qu’ils jouent un rôle actif au sein du dilemme en acceptant de procéder à des euthanasies de convenance (72 %). Presqu’un quart des vétérinaires interrogés considèrent qu’ils s’habituent à pratiquer des euthanasies de convenance après en avoir effectué à un certain nombre (23 %). L’euthanasie de convenance n’est pas considérée comme une pratique routinière (17 %).

L’analyse des réponses de la septième catégorie, qui met en lumière les procédures entourant la pratique de l’euthanasie de convenance, démontre que les vétérinaires questionnent généralement les propriétaires lors de demandes d’euthanasie de convenance (88 %). Certains vétérinaires travaillent dans des établissements où des procédures systématiques ont été mises en place : consultation obligatoire avec le vétérinaire (57 %), acceptation systématique de toutes les demandes (32 %) ou refus systématique de toutes les demandes (25 %). Lorsque questionnés, les vétérinaires déclarent subir des pressions de la part de leur employeur ou de leurs pairs afin qu’ils acceptent les demandes d’euthanasie dans 15 et 31 % des cas respectivement. Toutefois, les vétérinaires déclarent subir des pressions de la part de leurs clients afin qu’ils acceptent de procéder à des euthanasies de convenance dans 70 % des cas. Finalement, l’analyse des réponses de la huitième catégorie, qui explore les pistes de solutions soulevées par les vétérinaires, démontre que les vétérinaires considèrent qu’une augmentation des normes gouvernementales en matière de gestion de la population animale [stérilisation (67 %) et élevage (96 %)] ainsi qu’en matière de réglementation régissant l’adoption des animaux de compagnie (86 %) aiderait à réduire le dilemme de l’euthanasie de convenance. Les vétérinaires considèrent qu’une augmentation des ressources allouées par le gouvernement afin de créer des solutions alternatives à l’euthanasie aiderait aussi (85 %). Par exemple, l’augmentation des ressources pourrait permettre la création de nouveaux refuges pour animaux et améliorer grandement les conditions de vie des animaux au sein de certains établissements. Les vétérinaires considèrent que le nombre d’activités de sensibilisation sur les exigences reliées à l’adoption d’un animal de compagnie (96 %) et sur le dilemme de l’euthanasie de convenance (95 %) devraient être augmenté. Les vétérinaires pensent qu’ils devraient offrir des solutions alternatives à l’euthanasie lorsqu’ils sont face à une demande (96 %). Ces solutions alternatives pourraient être de suggérer une liste de refuges pouvant prendre en charge l’animal, la mise en place d’un réseau de foyers d’accueil ou même la prise en charge par l’établissement vétérinaire de l’animal. L’augmentation des frais reliés aux euthanasies de convenance semble aussi une solution envisageable pour 63 % des vétérinaires.

Les analyses de Chi-carré effectuées afin de vérifier si certaines variables démographiques indépendantes avaient un impact sur le patron de réponse n’ont pas démontré de variation significative pour les catégories de questions 1 et 5 à 8. Les variations relatives aux données démographiques pour les questions des catégories 2 à 4 sont présentées dans la section rapportant les résultats de l’analyse factorielle.

Analyse factorielle

L’analyse factorielle permet de mettre en lumière des liens sous-conscients dans les réponses recueillies. Pour ce faire, l’analyse factorielle utilise un logiciel qui permet de vérifier si les vétérinaires ont répondu selon une certaine structure au fur et à mesure qu’ils complétaient le questionnaire. Cette analyse met de l’avant des liens entre certaines manières de répondre aux questions et permet au chercheur de vérifier la présence de concepts émanant de ces profils de réponses. Dans cette analyse, les questions 2.1 et 2.4 ont été retirées suite à la première analyse factorielle en raison de la qualité de représentation inadéquate. Suite à la seconde analyse, deux facteurs latents ont été identifiés avec la contribution de huit questions pour le facteur 1, six pour le facteur 2 et quatre questions contribuant aux deux facteurs : q4.2, q3.3, q3.4 et q3.5 (Tableau 3). En évaluant l’ensemble des questions regroupées dans le facteur 1, ce dernier a été interprété comme représentant la volonté des vétérinaires de respecter l›autonomie décisionnelle des propriétaires. En évaluant l’ensemble des questions regroupées dans le facteur 2, ce dernier a été interprété comme représentant l’importance des liens relationnels entre le propriétaire de l’animal et le vétérinaire lors de prise de décision en pratique consultative. Les coefficients de saturation de ces questions se situaient entre 0,409 et 0,790 pour le premier facteur et entre 0,425 et 0,822 pour le second, avec une variance totale expliquée de respectivement 38,2 % et 16,4 % (Tableau 3). La mesure de Kaiser-Meyer-Olkin valait 0,833, indiquant que l’adéquation de la solution factorielle était bonne. La cohérence interne était assurée avec une valeur obtenue pour l’indice alpha de Cronbach supérieur au seuil de 0,7 défini comme acceptable.

Tableau 3.

Analyse factorielle exploratoire des catégories de questions sélectionnées (Q2, Q3, Q4) sur l’euthanasie de convenance

Pourcentage de la variance expliquée Facteur 1
38,2 %
Facteur 2
16,4 %
Coefficients de saturation
q4.2: j’accepte de procéder à l’euthanasie de l’animal afin de démontrer du respect envers le propriétaire 0,790 0,425
q4.1: je considère qu’il est du droit du propriétaire de l’animal de demander l’euthanasie de son animal 0,651 NR
q4.3 : je considère qu’un refus de procéder à l’euthanasie par le vétérinaire représente un jugement de sa part sur la profondeur de la réflexion du client concernant sa demande 0,492 NR
q3.6 : il est dans l’intérêt du vétérinaire de refuser de procéder à l’euthanasie afin s’éviter le stress en relation avec la situation d’euthanasie (fatigue de compassion) −0,470 NR
q2.5 : l’euthanasie de convenance d’un animal ne va pas à l’encontre du bien-être de ce dernier 0,469 NR
q3.3 : il est dans l’intérêt du vétérinaire de procéder à l’euthanasie afin de maintenir une relation adéquate avec la clientèle 0,441 0,822
q3.2: il est dans l’intérêt du vétérinaire de procéder à l’euthanasie afin de préserver un climat de bonne entente entre les établissements vétérinaires NR 0,749
q3.4: il est dans l’intérêt du vétérinaire de procéder à l’euthanasie afin de conserver sa réputation concernant la qualité des soins prodigués 0,562 0,639
q3.5: il est dans l’intérêt du vétérinaire de procéder à l’euthanasie afin de garder un contrôle sur la situation et s’éviter le stress émanant de menaces de la part des clients, ou émanant de l’incertitude face à l’avenir pour l’animal concerné par la demande 0,409 0,541
q3.1: il est dans l’intérêt financier du vétérinaire de procéder à l’euthanasie NR 0,488
Mesure de Kaiser-Meyer-Olkin d’adéquation de la solution factorielle 0,833
Coefficient alpha de Cronbach 0,705 0,809

NR — non relié.

Ensuite, une évaluation de l’impact des variables démographiques indépendantes sur les facteurs identifiés a été effectuée. Le facteur 1 a été associé au milieu de pratique et au nombre d’années de pratique mais pas au genre ni au statut au sein de l’entreprise vétérinaire (Tableau 4). Le facteur 1 était statistiquement plus élevé pour les vétérinaires travaillant dans le milieu rural en comparaison avec ceux travaillant dans le milieu urbain et pour les vétérinaires ayant plus de 16 ans de pratique en comparaison avec les vétérinaires ayant entre 0 et 5 ans et entre 6 et 10 ans de pratique. Le facteur 2 était associé avec le nombre d’années de pratique ou bien avec le statut au sein de l’entreprise vétérinaire (Tableau 4). Il existe une forte association entre les deux variables, les employeurs ayant en moyenne davantage d’années de pratique (Chi-carré de Pearson = 46,371, ddl = 3; P < 0,001). La valeur du facteur 2 était statistiquement plus élevée chez les employeurs que chez les employés et était d’autant plus grande lorsque les années de pratique augmentaient (Tableau 4).

Tableau 4.

Association entre les facteurs 1 et 2 et les variables : milieu de pratique (Milieu), années d’expérience (Pratique), genre ou statut au sein de l’entreprise vétérinaire (Statut)

Facteur 1 Facteur 2


Modèle complet Valeur de P Coefficient de régression Estimé Valeur de P Modèle complet Valeur de P Coefficient de régression Estimé Valeur de P
Analyses univariées

Milieu Rurala 0,022 0,346 0,021 Milieu Rurala 0,354 0,144 0,353
Pratique 0,015 Pratique 0,036
0–5 ansb −0,534 0,002 0–5 ansb 0,495 0,006
6–10 ansb 0,365 0,048 6–10 ansb 0,158 0,404
11–15 ans b −0,092 0,340 11–15 ansb 0,404 0,074
Genre Femmec 0,429 −0,153 0,428 Genre Femmec 0,267 −0,220 0,266
Statut Employéd 0,251 −0,166 0,250 Statut Employéd 0,004 0,419 0,004

Analyses multivariées

Pratique et Milieu avec interaction 0,002 Pratique et Statut avec interaction 0,066
Pratique 0,016 Pratique 0,556
Milieu 0,072 Statut 0,209
Pratique* Milieu 0,167 Pratique* Statut 0,658
Pratique et Milieu sans interaction 0,002 Pratique et Statut sans interaction 0,020
Pratique 0–5 ansb −0,554 0,001 Pratique 0–5 ansb 0,319 0,116
6–10 ansb −0,408 0,024 6–10 ansb 0,073 0,707
11–15 ans b −0,099 0,646 11–15 ansb 0,315 0,170
Milieu Rurala 0,382 0,008 Statut Employéd 0,291 0,076

Reference catégorie

a

Urbain;

b

16 ans et plus;

c

Homme;

d

Employeur.

Discussion

Les résultats obtenus lors de l’évaluation des réponses de cette étude quantitative démontrent que, contrairement aux résultats obtenus lors de l’étude qualitative, les vétérinaires ne sont pas influencés dans leur prise de décision par la force du lien relationnel unissant le propriétaire et son animal (7). Le seul facteur prépondérant correspond à l’âge des animaux. On observe en effet une tendance à l’acceptation de l’euthanasie pour les animaux gériatriques et une tendance au refus des euthanasies pour les patients pédiatriques. Une différence entre les visions anthropocentrique et zoocentrique de l’animal n’a pas pu être mise en évidence avec les données recueillies.

L’analyse des résultats obtenus démontre également que les vétérinaires maîtrisent bien la notion de bien-être animal et incluent les trois sphères dans leur définition, soit les composantes physique, psychique et environnementale. Quoiqu’il n’existe pas de définition universellement acceptée de la notion de bien-être animal, l’OMVQ a statué que : «La notion de bien-être animal doit être définie en termes d’adéquation entre le milieu de vie de l’animal et ses besoins éthologiques et physiologiques incluant, évidemment, la notion d’absence de souffrance et de stress injustifiés.» (16) Les vétérinaires ayant répondu à cette étude ont défini le bien-être animal en corroborant la position de leur ordre professionnel. Ce résultat complémente la conclusion de l’analyse qualitative qui suggérait que les vétérinaires décrivaient la problématique de l’euthanasie de convenance en référence uniquement à la souffrance physique et au stress émanant des manipulations (7, 8). Il est à cet égard paradoxal que les vétérinaires continuent de pratiquer en majorité les euthanasies de convenance malgré le fait qu’ils identifient clairement cette pratique comme étant néfaste au bien-être animal. Par ce fait, les vétérinaires interrogés démontrent une vision similaire à celle défendue par Yeates concernant la place de la mort dans l’évaluation du bien-être d’un animal (17). La mort est donc évaluée non seulement par la méthode employée pour l’induire mais aussi dans la perspective qu’elle atteint foncièrement le bien-être d’un animal en santé qui a intérêt à poursuivre sa vie.

L’analyse factorielle a démontré la présence de deux facteurs latents dans les profils de réponses. Le profil de répondant décrit par le facteur 1 démontre que les vétérinaires accordent de l’importance au respect de l’autonomie décisionnelle du client. L’autonomie est une valeur prédominante dans les écrits de Beauchamp et Childress, auteurs reconnus dans le domaine de l’éthique médicale humaine (18). Ces auteurs expliquent qu’il est possible d’évaluer la justesse éthique d’une action en médecine humaine en l’évaluant selon quatre facteurs qui sont l’autonomie, la justice, la bienveillance et la non-malveillance. Le respect de l’autonomie du patient est donc un élément essentiel lors de pratique consultative en médecine humaine. C’est la raison pour laquelle une position paternaliste de la part du praticien humain envers son patient est difficile à justifier éthiquement. Il est possible d’extrapoler cette valeur au domaine de la médecine vétérinaire. Toutefois, une nuance s’applique, car ici, le sujet vers qui ce respect est dû n’est pas l’animal-patient, mais bien le propriétaire-client. La préséance de l’allégeance du médecin vétérinaire envers le client-propriétaire et non envers l’animal-patient est mise de l’avant. Les médecins vétérinaires acceptant de procéder à des euthanasies de convenance en justifiant leurs décisions par une argumentation basée sur le respect de l’autonomie décisionnelle du propriétaire démontrent donc du même coup qu’ils perçoivent le propriétaire comme étant le sujet principal de leur attention. Le propriétaire devient donc en quelque sorte le patient dans cette relation.

Le facteur 1 a été corrélé avec la variable indépendante représentant le milieu rural. Il est possible d’expliquer ce lien par la place prépondérante que les propriétaires d’animaux en milieu rural occupent auprès de leurs animaux. Il est reconnu dans la pratique des animaux de consommation que le propriétaire a une expertise non négligeable concernant la santé et les décisions médicales de ses animaux (9). Il est donc possible que les vétérinaires travaillant dans ce milieu soient plus enclins à accepter les décisions des propriétaires de par leurs habitudes à côtoyer des producteurs. De plus, le milieu rural est reconnu par la présence importante de la vision instrumentale de l’animal dans les activités agricoles. En effet, sur une ferme, l’animal a un rôle de production et est perçu comme une unité de production. Dans ce système, la valeur de la vie animale est donc intrinsèquement reliée à son utilité. Le milieu urbain pour sa part est reconnu pour sa diversité de vision concernant l’animal. Il est donc possible que ce résultat corrobore cette vision instrumentaliste de l’animal. Ce système d’attribution de valeur a été décrit par Morgan et MacDonald et a été identifié comme un élément déterminant dans l’évaluation de dilemme éthique propre à la profession vétérinaire (5).

Le facteur 2 a été interprété comme représentant les liens relationnels entre le propriétaire de l’animal et le vétérinaire. Lorsqu’interrogés sur leurs rôles lors de pratique consultative, les vétérinaires ont décrit leurs rôles selon un vaste éventail de possibilités. Il est possible que ces rôles varient selon les circonstances présentes en pratique consultative. Ceci démontre que les vétérinaires ne perçoivent pas leur rôle comme étant un rôle exclusif et précis lorsqu’ils sont confrontés à une demande d’euthanasie de convenance. Le facteur 2 identifie la priorité accordée par le vétérinaire à la relation avec son client lors de pratique consultative. Le résultat obtenu concernant les pressions émanant de la clientèle sur le vétérinaire afin de le pousser à accepter la pratique de l’euthanasie de convenance est aussi un élément qui soutient les constats mis de l’avant par le facteur 2. L’animal est important pour le vétérinaire mais les décisions ne seront pas prises au détriment de la relation entre le vétérinaire et le propriétaire de l’animal. Tannenbaum, reconnu comme un pionnier dans le domaine de l’éthique vétérinaire, décrit la pluralité des relations et des allégeances pouvant être trouvées dans la pratique de la médecine vétérinaire (9). Tannenbaum décrit cette double allégeance dans les cas où les intérêts des animaux se retrouvent diamétralement opposés à ceux de leurs propriétaires qui sont les payeurs du service. En ce qui concerne le dilemme de l’euthanasie de convenance, les vétérinaires peuvent prioriser leur allégeance envers l’animal et refuser de pratiquer l’acte et d’un autre côté ils peuvent accepter de le faire et démontrer une allégeance envers les propriétaires. Une acceptation des demandes d’euthanasie démontrerait que le vétérinaire apporte une plus grande attention aux besoins et intérêts de son client. Au contraire, des refus de procéder à des euthanasies de convenance démontreraient une plus grande importance portée aux intérêts de l’animal. Ainsi, dans un souci de garder une bonne relation avec la clientèle, les vétérinaires acceptent de procéder aux euthanasies de convenance. Yeates et Main ont également confirmé la présence de la notion de double loyauté, mais cette fois en l’étudiant directement dans le contexte général de l’euthanasie tel que vécu par les vétérinaires au Royaume-Uni (3). Dans leur étude, les vétérinaires refusant les demandes d’euthanasie de convenance démontraient une prédisposition à mettre les intérêts des animaux en priorité. Les résultats représentés par le facteur 2 corroborent ces écrits de Tannenbaum et de Yeates et Main concernant la double allégeance à laquelle font face les vétérinaires.

L’étude qualitative précédemment effectuée auprès de vétérinaires québécois dans le but de décrire la situation de l’euthanasie de convenance des animaux de compagnie démontrait que les vétérinaires n’identifiaient pas l’ensemble des intérêts des acteurs impliqués dans ce dilemme (7, 8). En fait, les vétérinaires n’évaluaient le dilemme que selon une perspective restreinte en ce qui concerne les intérêts des animaux. Les vétérinaires avaient décrit les intérêts des animaux d’un point de vue de la souffrance physique et psychologique pouvant être ressentie lors des actes d’euthanasie. En aucune circonstance, les vétérinaires n’avaient évalué le dilemme sous l’angle que les animaux sains ont intérêt à poursuivre leur vie. Dans la présente étude, les vétérinaires répondants n’ont pas démontré de lacunes dans la reconnaissance des intérêts de chaque acteur principal (propriétaire, animal, vétérinaire) dans ce dilemme. Ils avaient donc une bonne vision de l’impact des décisions concernant les euthanasies de convenance sur l’ensemble des acteurs impliqués dans le dilemme.

Il est important de prendre en considération que l’impact de la relation avec la clientèle peut aussi être influencé par la représentativité des répondants appartenant au groupe des employeurs et des vétérinaires ayant un plus grand nombre d’années d’expérience. En effet, tel que mentionné dans la section des résultats, le nombre de vétérinaires employeurs est de plus en plus important au fur et à mesure que les vétérinaires prennent de l’expérience en clinique. L’importance de la satisfaction de la clientèle est un élément important en médecine vétérinaire mais est aussi un élément non négligeable dans une entreprise. En tant qu’employeur, il peut être normal que les pensées concernant l’euthanasie de convenance reflètent l’impact sur la relation professionnel-client.

Finalement, les facteurs 1 et 2 sont intrinsèquement liés entre eux, car ils représentent l’importance de la relation d’affaire existante entre le vétérinaire et son client. Il ne faut pas oublier que la pratique vétérinaire est une pratique privée et que ceci vient avec un souci de la part du vétérinaire de garder la meilleure relation possible avec sa clientèle afin de s’assurer une certaine sécurité financière. Le respect de l’autonomie décisionnelle du client abonde en ce sens, car en reconnaissant le processus réflexif et les demandes de leurs clients, les vétérinaires préservent une bonne entente avec leurs clients. Ce conflit d’intérêts inhérent émane du caractère privé entourant la pratique de la médecine vétérinaire et continuera d’être un élément non négligeable à prendre en considération dans plusieurs dilemmes éthiques de cette profession.

Conclusion

L’euthanasie de convenance des animaux de compagnie est une pratique qui s’effectue dans la majorité des établissements québécois bien qu’elle soit considérée comme n’étant pas régulière. Les vétérinaires québécois acceptent en majorité de pratiquer des euthanasies de convenance malgré le fait qu’ils considèrent que cette pratique se fait au détriment des intérêts des vétérinaires et des animaux. Les vétérinaires ont très bien identifié les intérêts de tous les acteurs primaires impliqués dans ce dilemme. Les vétérinaires ont aussi démontré par leurs réponses la panoplie de rôles qu’ils remplissent lors de pratiques consultatives. Ces rôles parfois opposés démontrent que les vétérinaires ne se positionnent pas toujours de la même façon face aux demandes d’euthanasie de convenance. Peu d’entre eux adoptent une position ferme. Les vétérinaires se retrouvent confrontés à une double loyauté dans ce dilemme et la décision de prioriser l’animal ou le propriétaire n’est pas facile. La plupart évaluent la situation dans son ensemble et ils décideront parfois d’acquiescer à la demande d’euthanasie alors que, dans d’autres circonstances, ils refuseront. Les vétérinaires se décrivent comme des défenseurs du bien-être animal et identifient l’euthanasie de convenance comme étant une pratique allant à l’encontre du bien-être des animaux. Toutefois, tel que mentionné précédemment, ils procèdent encore majoritairement à des euthanasies de convenance. Il ne faut pas oublier que la pratique vétérinaire est une pratique privée et que le revenu des vétérinaires dépend de leur clientèle. Il est donc difficile de refuser catégoriquement les demandes de sa clientèle. Nonobstant, il est possible d’engager un dialogue sur la question et d’aboutir à une décision commune. Il faut également noter que la clientèle exerce une pression sur la profession afin que les vétérinaires continuent d’accepter cette pratique. L’analyse factorielle a permis de mettre en évidence deux facteurs inconscients dans les réponses des vétérinaires : le souci de respecter l’autonomie du propriétaire de l’animal et l’importance de maintenir un bon lien relationnel avec ce dernier. Ces deux facteurs sont des arguments clés permettant de mieux comprendre les décisions cliniques lors des euthanasies de convenance. En effet, ces deux facteurs corroborent l’importance pour le vétérinaire de respecter les demandes de sa clientèle, même si elles vont à l’encontre de leurs convictions concernant le bien-être animal. Advenant que les vétérinaires se positionnent de plus en plus fermement sur les dilemmes éthiques, il serait intéressant de suivre l’évolution des positions des vétérinaires par rapport à ces dilemmes et d’en examiner les conséquences futures sur la pratique de l’euthanasie de convenance des animaux de compagnie au Québec.

Limitations

En considérant le nombre potentiel de réponses ayant pu être collectées, le taux de réponses au questionnaire utilisé pour collecter les données fût de 19 % (248 réponses sur une possibilité de 1302). Toutefois, au total 248 vétérinaires se sont rendus sur la page web du questionnaire et 185 d’entre eux ont fourni un ensemble de réponses complet permettant une analyse, ce qui représente un taux de réponse de 74 % parmi ceux qui se sont montrés intéressés. Quoique le premier taux puisse à première vue sembler faible, il est reconnu qu’en moyenne un taux de 11 % est obtenu dans les sondages externes (19). Le taux de réponse à la présente étude est donc nettement au-dessus de la moyenne. Le biais potentiel provoqué par le taux de non réponse ne peut être ignoré, mais ne permet pas de juger de la qualité de la représentativité des données recueillies (20).

L’analyse factorielle a permis de déceler la présence de deux profils inconscients dans les réponses recueillies dans cette étude. Toutefois, l’analyse factorielle ne permet pas d’évaluer la prévalence de ces profils au sein de l’échantillon étudié. Une absence de données comparatives entre les pratiques vétérinaires canadiennes ne permet pas d’extrapoler les informations recueillies dans cette étude aux autres populations vétérinaires canadiennes.

Footnotes

Use of this article is limited to a single copy for personal study. Anyone interested in obtaining reprints should contact the CVMA office (hbroughton@cvma-acmv.org) for additional copies or permission to use this material elsewhere.

Références

  • 1.Leary S, Underwood W, Anthony R, et al. AVMA guidelines for the euthanasia of animals: 2013 edition. [Google Scholar]
  • 2.Rebuelto M. Ethical dilemmas in euthanasia of small companion animals. Open Ethics J. 2008;2:21–25. [Google Scholar]
  • 3.Yeates JW, Main DC. Veterinary opinions on refusing euthanasia: Justifications and philosophical frameworks. Vet Rec. 2011;168:263. doi: 10.1136/vr.c6352. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
  • 4.Main DC. Offering the best to patients: Ethical issues associated with the provision of veterinary services. Vet Rec. 2006;158:62–66. doi: 10.1136/vr.158.2.62. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
  • 5.Morgan CA, McDonald M. Ethical dilemmas in veterinary medicine. Vet Clin North Am Small Anim Pract. 2007;37:165–179. doi: 10.1016/j.cvsm.2006.09.008. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
  • 6.Ordre des médecins vétérinaire du Québec : Position sur la caudectomie et l’essorillement. 2016. [Google Scholar]
  • 7.Rathwell-Deault D, Godard B, Doizé B, Frank D. Conceptualization of convenience euthanasia as an ethical dilemma for Quebec veterinarians. Can Vet J. 2017 (In press) [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  • 8.Rathwell-Deault D, Godard B, Doizé B, Frank D. Expected consequences of convenience euthanasia perceived by Quebec veterinarians. Can Vet J. 2017 (In press) [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  • 9.Tannenbaum J. Veterinary Ethics : Animal Welfare, Client Relations, Competition and Collegiality. 2nd ed. St. Louis, Missouri: Mosby; 1995. [Google Scholar]
  • 10.Fabrigar LR, Wegener DT. Exploratory Factor Analysis. Oxford, UK: Oxford University; 2012. [Google Scholar]
  • 11.Tabachnick BG, Fidell LS. Using Multivariate Statistics. 6th ed. Boston, Massachusetts: Pearson Education; 2007. [Google Scholar]
  • 12.Fabrigar LR, Wegener DT, MacCallum RC, Strahan EJ. Evaluating the use of exploratory factor analysis in psychological research. Psychol Methods. 1999;4:272–299. [Google Scholar]
  • 13.Kaiser HF, Rice J. Little jiffy, makr IV. Educ Psychol Meas. 1974;34:111–117. [Google Scholar]
  • 14.Tavakol M, Dennick R. Making sense of Cronbach’s alpha. Int J Med Educ. 2011;2:53–55. doi: 10.5116/ijme.4dfb.8dfd. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  • 15.Ancelle T. Statistique épidémiologie. 3rd ed. Paris, France: Maloine; 2011. [Google Scholar]
  • 16.Ordre des médecins vétérinaires du Québec : Position sur le bien-être des animaux. 2009. [Google Scholar]
  • 17.Yeates JW. Death is a welfare issue. J Agric Environ Ethics. 2010;23:229–241. [Google Scholar]
  • 18.Beauchamp TL, Childress JF. Principles of Biomedical Ethics. New York, New York: Oxford University Press; 2001. [Google Scholar]
  • 19.Poole A. Michigan State University ed, editor. What is an acceptable survey rate? National Social Norms Center; 2014. online. [Google Scholar]
  • 20.Johnson TP, Wislar JS. Responses rates and nonresponse errors in surveys. J Am Med Assoc. 2012;307:1805–1806. doi: 10.1001/jama.2012.3532. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]

Articles from The Canadian Veterinary Journal are provided here courtesy of Canadian Veterinary Medical Association

RESOURCES