Au moment où j’écris ces lignes, le monde entier lutte contre la pandémie de coronavirus disease (COVID-19), et plusieurs membres de notre communauté ont été touchés directement ; nous pensons à eux et à leurs proches. Tous ont apporté et apportent encore leur contribution aux soins et à la recherche, là où ils se trouvent.
Ce numéro 2 de 2020 apporte aux lecteurs de la revue Nutrition Clinique et Métabolisme (NCM) et, au-delà, à toute la communauté de la nutrition clinique et du métabolisme, l’écho grave de ces périodes dramatiques, où tous doivent se mobiliser. En quelques jours au mois de mars, les experts de la Société francophone de nutrition clinique et métabolisme (SFNCM) se sont mobilisés pour rédiger les « avis d’experts » que nous publions aujourd’hui, avec les capacités de diffusion mondiale de notre éditeur Elsevier au travers de sa plateforme spéciale COVID-19 en accès libre et, plus durablement, de Science-Direct. En s’appuyant sur ces avis, la SFNCM a poursuivi des efforts intenses pour diffuser un webinaire, puis mettre à disposition 20 fiches pratiques déclinant ces « avis d’experts », mises en ligne le 15 avril sur www.sfncm.org. Merci aux rédacteurs, relecteurs et éditeurs pour leur réactivité.
Les spécialistes de la nutrition sont, en effet, préoccupés à plusieurs titres par cette pandémie. Les formes graves surviennent manifestement chez des patients ayant des facteurs de risque nutritionnel : obésité et diabète ont été bien médiatisés et, rendent compte de beaucoup de formes graves dans les réanimations et les services d’infectiologie. La dénutrition et la sarcopénie, associées à l’âge et à la polypathologie, sont bien là aussi, très fréquemment, chez les patients remplissant les « unités COVID-19 » ; elles augurent d’un mauvais pronostic chez des patients qui seront parfois pudiquement considérés comme « non-réanimatoires »… Nous avons une pensée pour les patients et résidents des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EPHAD) et structures de long séjour, qui ont payé un lourd tribut à l’épidémie du fait de leur fragilité, malgré le dévouement exemplaire de leurs soignants.
Tous les patients – heureusement nombreux ! – rescapés de la phase aiguë hospitalière sont exposés à des conséquences prolongées : anorexie secondaire, dysgueusie ou anosmie, troubles digestifs avec satiété précoce, amyotrophie, asthénie, retentissement psychologique ; de sévères syndromes post-réanimation ou post-traumatique sont également observés, dont nul ne peut préciser aujourd’hui l’étendue. Une autre inconnue : la prévalence réelle de l’infection chez les patients restés à domicile et les conséquences nutritionnelles de ces formes moins sévères dans les prochains mois.
Il est souhaitable que, s’appuyant sur nos fiches pratiques, nous puissions rapidement disposer d’études à large échelle précisant la prévalence de la dénutrition et des troubles alimentaires dans les unités Covid, à la sortie et dans les semaines suivant l’infection. Le comité de rédaction de NCM sera certainement très intéressé de publier les résultats de ces études.
L’infection COVID-19 risque donc de nous occuper encore quelque temps, mais il en restera des enseignements utiles :
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ne pas oublier la tempête métabolique qui s’abat sur ces patients dans les formes sévères et qui probablement prépare le fameux orage cytokinique ;
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intégrer précocement l’évaluation et la prise en charge nutritionnelle dans le soin global des patients, en activant toutes les possibilités d’action, malgré les symptômes cliniques et les contraintes d’isolement ;
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mobiliser notre expérience des prises en charges multidisciplinaires et la réactivité de notre communauté, à la phase aiguë et durant la réhabilitation ;
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ne pas oublier les autres malades « non-Covid » qui ont aussi besoin de nous.
La coïncidence du sommaire de ce numéro fait que les « avis d’experts nutrition COVID-19 » sont suivis de plusieurs mises au point passionnantes sur les liens entre le microbiote et le métabolisme, sous différents aspects. Nous tenons sans doute là une piste pour expliquer les facteurs de risque de COVID-19 graves. Plusieurs articles originaux complètent ce numéro, et nous nous réjouissons de voir une progression constante du nombre et de la qualité des soumissions. Notre journal est le vôtre, vous nous aidez à l’emmener plus loin !
La vie de la SFNCM, pendant et après cette pandémie, a été bien sûr impactée. Les Journées de printemps prévues les 4 et 5 juin 2020 ont du être annulées et seront a priori reprogrammées à Rouen au début de juin 2021. Plusieurs réunions régionales ont été annulées ou reportées (voir l’agenda).
Heureusement, le maintien du congrès européen de nutrition clinique et métabolisme, ESPEN, à Lyon du 19 au 22 septembre 2020 nous permettra enfin de nous retrouver autour de Cécile Chambrier et du comité d’organisation. La date limite de soumission des abstracts, reportée au 6 mai, sera sans doute passée quand vous lirez ces lignes, mais il restera encore une possibilité de soumission de « late-breaking abstracts » jusqu’au 17 juin, pour conforter la contribution française à ce grand évènement. Nous aurons l’occasion de reparler des Journées Francophones de Nutrition (JFN) 2020 à Lille, déjà « gravées » dans votre agenda pour les dates du 25 au 27 novembre.
Bon courage à toutes et tous dans cette épreuve, source de réflexion sur l’essentiel, de stimulation intellectuelle pour améliorer nos pratiques et répondre à des questions de recherche, etoccasion de renforcer nos liens et notre motivation commune pour nourrir l’Homme malade.
Très cordialement
Déclaration de liens d’intérêts
TargEDys SA (actionnaire et contrat de recherche) ; Nestlé, Fresenius Kabi, Baxter (honoraires conférences et conseil) ; Nutriset (contrat de recherche).
