Abstract
Introduction
La pandémie de Covid-19 a fortement impacté le personnel hospitalier. Aux Hospices Civils de Lyon (HCL), un programme de réhabilitation à l’effort a été proposé à des personnels hospitaliers présentant des symptômes évocateurs de Covid long, après une évaluation physiologique. L’objectif de notre étude était d’évaluer l’impact physiologique d’une infection au SARS-COV-2 chez des salariés des HCL présentant des symptômes de Covid long, et les effets d’un programme de réhabilitation à l’effort.
Méthodes
Il s’agit d’une étude observationnelle rétrospective incluant 29 salariés ayant consulté pour symptômes de Covid long. L’évaluation physiologique (EFR, test de marche de 6 minutes [TM6], épreuves d’efforts) permettait de mesurer l’impact de la Covid-19 sur la fonction respiratoire et l’aptitude physique de ces salariés. Un programme de réhabilitation était ensuite proposé. À la fin du programme, les TM6 et épreuves d’effort étaient renouvelés afin d’évaluer les effets du programme sur le niveau d’aptitude physique. Un questionnaire de ressenti subjectif à distance du programme était proposé aux participants.
Résultats
La fonction respiratoire était préservée chez les participants avec des EFR normales. Le niveau d’aptitude physique était abaissé avec un TM6 dans les limites inférieures de la normale, ainsi qu’une puissance maximale et un VO2 max abaissées. Le programme de réhabilitation à l’effort montrait une amélioration significative du TM6 et de la puissance maximale à l’épreuve d’effort, suggérant une progression sur le conditionnement musculaire des participants. La perception des effets du programme par le questionnaire était positive.
Conclusion
Le suivi du personnel hospitalier présentant des formes de Covid long doit attirer l’attention des médecins du travail sur l’importance d’une orientation vers une évaluation physiologique, conduisant éventuellement à inclure dans un programme de réhabilitation à l’effort. Cette prise en charge est susceptible d’améliorer les capacités de travail, et de favoriser le maintien dans l’emploi.
Mots clés: Covid-19, Covid long, Personnel hospitalier, Réhabilitation à l’effort
Abstract
Introduction
The COVID-19 pandemic had a significant impact on hospital staff. At the Hospices Civils de Lyon (HCL), after a physiological evaluation an exercise rehabilitation program was proposed to hospital staff with suggestive symptoms of long COVID. The objective of our study was to evaluate the physiological impact of SARS-COV-2 infection in HCL employees presenting symptoms of long COVID and to evaluate the effects of an exercise rehabilitation program.
Methods
Twenty-nine employees who consulted for symptoms of long COVID were included. Physiological evaluation (EFRs, 6-minute walk test [TM6], exercise tests) was used to measure the impact of COVID-19 on the respiratory function and physical fitness of these employees. A rehabilitation program was then proposed. At the end of the program, the TM6 and exercise tests were repeated in order to evaluate the effects of the program on the level of physical fitness. A subjective feeling questionnaire at the end of the program was proposed to the participants.
Results
Respiratory function was preserved in participants with normal EFRs. The level of physical fitness was lowered with a TM6 in the lower limits of normal, as well as a lowered maximal power and VO2 max. The exercise rehabilitation program showed a significant improvement in TM6 and maximal power in the exercise test, suggesting a progression in the participants’ muscle conditioning. The perception of the effects of the program by the questionnaire was positive.
Conclusion
The follow-up of hospital staff with long forms of COVID should draw the attention of occupational physicians to the importance of a referral to a physiological evaluation, possibly leading to inclusion in an exercise rehabilitation program. This treatment is likely to improve work capacity and encourage job retention.
Keywords: COVID-19, Long COVID, Hospital staff, Exercise rehabilitation
Abréviations
- APA
Activité physique adaptée
- CPT
Capacité pulmonaire totale
- CVF
Capacité vitale forcée
- DLCO
Capacité de diffusion du monoxyde de carbone
- EVA
Echelle visuelle analogique
- EFR
Explorations fonctionnelles respiratoires
- FC
Fréquence cardiaque
- FCE
Fréquence cardiaque d’entretien
- HCL
Hospices Civils de Lyon
- IMC
Indice de masse corporelle
- KCO
Coefficient de transfert du monoxyde de carbone
- SpO2
Saturation pulsée en dioxygène
- SV1
Premier seuil ventilatoire
- TM6
Test de marche de six minutes
- VA
Volume d’apnée
- VEMS
Volume expiré maximal en une seconde
- VO2 max
Consommation maximale de dioxygène
- VR
Volume résiduel
Introduction
La pandémie de Covid-19, survenue en mars 2020 en lien avec la propagation du coronavirus SARS- CoV-2 [1], a mis le système hospitalier en tension, en France notamment.
En première ligne face à cette situation inédite, les soignants n’ont pas été épargnés, et en particulier lors de la première vague de l’épidémie, par la soudaineté de la situation et le manque de moyens importants dans les établissements de santé [2]. Un recensement non exhaustif de cas de Covid-19 chez le personnel hospitalier en France, a dénombré plus de 140 000 cas, dont 60 % étaient des personnels soignants. La majorité de ces cas ont été retrouvé chez les infirmiers (22 % des cas) et chez les aides-soignants (18 %) [3]. En plus des manifestations cliniques aiguës de gravité variable, la Covid-19 a également révélé des formes prolongées, appelées Covid long [4]. Dans la définition de Covid long, on distingue la forme subaiguë avec symptômes persistant entre 3 et 12 semaines, puis la forme chronique à plus de 12 semaines [4], [5]. Cela pourrait concerner 10 % des infections au SARS-CoV-2 [6] et jusqu’à 25 % des formes sévères de Covid-19 six mois après une hospitalisation [7]. Les symptômes de Covid long sont dominés par la fatigue chronique, et la dyspnée [8], [9], [10], [11]. Les symptômes de Covid long ne sont pas lié à des séquelles mais à la résurgence ou à l’apparition de symptômes à distance de l’infection initiale. La Société de Pneumologie de langue française a publié en mai 2020 des recommandations pour le suivi respiratoire des patients ayant présenté une pneumonie à SARS-CoV-2 préconisant une prise en charge pluridisciplinaire [12].
Les agents hospitaliers ayant été particulièrement touchés par la Covid-19, un certain nombre ont développé des symptômes prolongés ou Covid long et ont pu présenter des difficultés à poursuivre leur activité professionnelle, du fait essentiellement de l’asthénie et de la dyspnée. La médecine du travail hospitalière a été particulièrement sollicitée au cours de la crise sanitaire et a joué un rôle central dans le maintien dans l’emploi de ses salariés. Face à cette situation les médecins du travail ont eu la responsabilité de coordonner le parcours de soins des professionnels de santé présentant des symptômes de Covid long et ceux d’autant plus que l’infection initiale a bien souvent été contractée lors de leur exercice professionnel. À l’hôpital de la Croix-Rousse, un parcours de soins a été développé conjointement avec le service d’Explorations Fonctionnelles Respiratoires, médecine du sport et de l’activité physique et le service de santé au travail. Il revenait aux médecins du travail de dépister les symptômes de Covid long chez les agents, d’écarter les diagnostics différentiels notamment concernant les symptômes de dyspnée et d’asthénie et s’ils le jugeaient nécessaire de proposer aux agents d’intégrer le parcours de soins dédiés au Covid long. Ce parcours comprenait une évaluation du niveau d’aptitude physique et de la fonction respiratoire avant la participation à un programme de réadaptation à l’effort. La Société Française de Médecine du Travail a publié en juin 2021 des recommandations destinées aux services de santé au travail pour l’accompagnement des salariés concernés par un Covid long [13]. Le parcours mis en place à l’hôpital de la Croix-Rousse s’inscrit pleinement dans ces recommandations.
Les objectifs de notre étude étaient dans un premier temps d’évaluer la fonction respiratoire et le niveau d’aptitude physique parmi le personnel hospitalier présentant des symptômes de Covid long, et leurs conséquences en termes de santé au travail. Puis dans un second temps d’évaluer les effets d’un programme de réhabilitation à l’effort chez ces agents.
Matériel et méthodes
Il s’agit d’une étude observationnelle rétrospective, monocentrique.
Population
Quarante agents des Hospices Civils de Lyon (HCL) ont été inclus dans notre étude. Les critères d’inclusion étaient les suivants : symptômes évocateurs de Covid long avec une asthénie et/ou une dyspnée plus de six semaines après une infection au SARS-Cov-2. La plupart des agents ont directement été adressés par le service de médecine et santé au travail du site hospitalier de la Croix-Rousse. Ils ont ainsi bénéficié d’une évaluation de leur fonction respiratoire et de leur niveau d’aptitude physique. Ont été exclus de l’étude les agents présentant une pathologie contre-indiquant le suivi du programme de réadaptation (pathologies chroniques évolutives, niveau de déconditionnement physique extrême, pathologie de l’appareil locomoteur rendant impossible l’utilisation des ergomètres du service), ainsi que ceux dont un bilan étiologique incomplet pouvait attribuer des éléments de symptomatologie à une autre entité pathologique. Au total, onze agents ont été exclus, portant à 29 le nombre de patients ayant bénéficié de l’évaluation clinique initiale. Sur ces 29 patients seulement 17 ont complété le programme de réadaptation à l’effort et ont donc bénéficié d’une réévaluation post-programme de réhabilitation à l’effort.
Données cliniques, anthropométriques et professionnelles
Les données cliniques et anthropométriques ont été obtenues rétrospectivement à partir des dossiers cliniques des patients. Avec l’aide du service de médecine et santé au travail de l’hôpital de la Croix-Rousse, ont pu être extraits : la fonction et le service d’affectation des agents aux HCL, les durées d’arrêts maladie depuis l’infection au SARS-CoV-2, ainsi que les éventuels temps partiels thérapeutiques, et les déclarations en accident de travail ou en maladie professionnelle en lien avec l’infection.
Fonction respiratoire
Des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) ont été réalisées selon les recommandations de l’American Thoracic Society (ATS) et de l’European Respiratory Society (ERS) [14]. Ces examens comprenaient une spirométrie (avec mesure du Volume expiratoire maximal par seconde (VEMS), de la capacité vitale forcée (CVF), et du Rapport de Tiffeneau (VEMS/CVF)), une pléthysmographie (avec mesure de la capacité pulmonaire totale (CPT) et du volume résiduel (VR)), et une mesure de la diffusion alvéolo-capillaire (comprenant la diffusion pulmonaire globale (DLCO), le coefficient de diffusion (KC) et le volume alvéolaire (VA)).
Niveau d’aptitude physique
Un test de marche de six minutes (TM6) était réalisé selon les recommandations de l’ATS [15]. À l’issue de ce test était donc relevée la distance parcourue en six minutes, la fréquence cardiaque maximum atteinte et une éventuelle désaturation à la marche définie comme la différence entre la saturation de repos et la saturation la plus basse atteinte.
Une épreuve d’effort était ensuite réalisée sur un cyclo ergomètre Ergoselect 400 (Ergoline GmbH, Allemagne) selon un protocole à charge croissante adaptée au niveau d’aptitude physique individuelle supposé. La mesure des échanges gazeux ainsi qu’un électrocardiogramme ont été réalisés durant la totalité de l’épreuve à l’aide de la chaîne de mesure QUARK CPET (Cosmed, Italie). L’épreuve d’effort était réalisée et interprétée selon les recommandations de Dafoe [16].
Cette évaluation était effectuée une seconde fois en fin de programme de réhabilitation afin de comparer les résultats avant et après le programme. Un TM6 était considéré comme significativement meilleur si l’on observait une amélioration de 50 mètres en postréhabilitation. Une épreuve d’effort était considérée comme significativement meilleure si on observait une amélioration de la puissance maximale aérobie de 50 W en post-réhabilitation.
Programme de réhabilitation à l’effort
Les patients ont bénéficié en moyenne de quinze séances de réadaptation d’une durée de 1h20, à raison de deux séances par semaine. Différents acteurs intervenaient au cours de ces séances, et travaillaient en équipe de façon polyvalente (une infirmière, un interne, une kinésithérapeute et une éducatrice en activité physique adaptée (APA)). Au cours d’une séance, les patients effectuaient notamment un travail d’endurance à l’aide de différents appareils (vélos, tapis, rameurs), du renforcement musculaire et des étirements. Par ailleurs, une psychologue intervenait ponctuellement durant la prise en charge au niveau du collectif, et une séance individuelle pouvait être proposée aux agents si besoin.
Analyses statistiques
Les variables numériques ont été décrites sous forme de moyennes et d’écarts-types. Les variables qualitatives ont été décrites sous forme d’effectifs et de fréquences. Les analyses qualitatives ont été réalisées à l’aide de test Chi2. Des tests non paramétriques pour échantillons appariés (Wilcoxon) ont été utilisés pour comparer les moyennes avant et après réadaptation à l’effort. Les observations manquantes ont été exclues de l’analyse statistique. Nous avons conclu à une différence statistiquement significative entre avant et après le traitement au seuil de 0,05 pour le p. L’analyse statistique a été réalisée avec le logiciel SPSS V-22 (IBM).
Questionnaire de perception du programme
Pour compléter les données précédentes, un questionnaire a été adressé aux patients inclus dans l’étude afin d’évaluer leur perception des bénéfices à distance du programme. Cette évaluation comprenait plusieurs aspects : les bénéfices globaux, le domaine des activités physiques, et la dimension professionnelle. Ce questionnaire était proposé sous le format « Google forms » (cf. Annexe 1). Il a été envoyé par courriel un lien vers le questionnaire en ligne à chacun des patients inclus dans l’étude, accompagné d’une note d’information sur l’étude. Aucune donnée d’identification n’était collectée. Étant donné le caractère anonyme de ces données collectées secondairement, il n’a pas été possible de les apparier avec celles recueillies dans les dossiers médicaux. Elles ont donc fait l’objet d’une analyse descriptive distincte.
Éthique de la recherche
L’étude a été approuvée par le comité éthique des HCL [22_5539) et réalisée selon les recommandations de la déclaration d’Helsinki, avec envoi d’une note d’information à chacun des sujets de l’étude. Une déclaration à la CNIL selon la méthodologie MR004 a également été effectuée.
Résultats
Population (cf. Tableau 1)
Tableau 1.
Évaluation initiale. Population (n = 29).
| n | % | |
|---|---|---|
| Femmes | 23 | 79,3 |
| Hommes | 6 | 20,7 |
| Infirmiers | 9 | 31 |
| Aides-soignants | 8 | 27,6 |
| Cadres de santé | 3 | 10,3 |
| Médecins | 2 | 6,9 |
| Techniciens de laboratoire | 2 | 6,9 |
| Secrétaires | 5 | 17,2 |
| Moyenne | Écart-type | |
|---|---|---|
| Âge | 50,6 | 11 |
| IMC | 25,5 | 4,9 |
| Durée arrêt maladie | 65 | 70,2 |
| Délai de prise en charge |
L’évaluation initiale a porté sur un échantillon de 29 agents des HCL comprenant 23 femmes et 6 hommes. L’âge moyen de l’échantillon était de 50,6 ± 11 ans (de 27 à 67 ans). L’effectif se répartissait selon six catégories professionnelles, neuf infirmiers, huit aides-soignants, cinq secrétaires, trois cadres de santé, deux médecins, et deux techniciens de laboratoires. L’indice de masse corporelle (IMC) était en moyenne de 25,5 ± 4,9 kg/m2.
La durée totale des arrêts maladies après l’infection était en moyenne de 65 ± 70,2 jours.
Évaluation fonctionnelle avant la réhabilitation
Fonction respiratoire
Les valeurs moyennes des EFR avant réhabilitation dans notre échantillon étaient dans les normes physiologiques attendues (cf.Tableau 2 ).
Tableau 2.
Évaluation initiale. Explorations fonctionnelles respiratoires (n = 29).
| Moyenne | Écart-type | |
|---|---|---|
| VEMS (L) | 2,9 | 0,6 |
| VEMS (% théorique) | 103,9 | 19,3 |
| CVF (L) | 3,8 | 1,0 |
| CVF (% théorique) | 112,8 | 28,4 |
| VEMS/CVF (%) | 77,0 | 8,7 |
| CPT (L) | 5,8 | 1,2 |
| CPT (% théorique) | 105,7 | 15,9 |
| VR (L) | 2,1 | 0,6 |
| VR (% théorique) | 110,6 | 24,4 |
| DLCO (mL/min/mmHg) | 21,8 | 5,1 |
| DLCO (% théorique) | 83,8 | 14,5 |
| KCO | 4,3 | 0,8 |
| KCO (% théorique) | 91,0 | 14,4 |
| VA | 5,1 | 0,9 |
| VA (% théorique) | 94,2 | 13,7 |
Niveau d’aptitude physique
L’aptitude physique des participants au début du programme était caractérisée par un TM6 dans les limites inférieures de la normale avec une distance théorique moyenne à 93,2 % (cf.Tableau 3 ). Par ailleurs, l’épreuve d’effort a révélé des puissances développées et un VO2 max modestes par rapport aux valeurs attendues dans la population générale. On notait une bonne adaptation cardiorespiratoire à l’effort que ce soit au TM6 ou à l’épreuve d’effort (cf.Tableau 4 ).
Tableau 3.
Évaluation initiale. Test de marche de six minutes (TM6) (n = 29).
| Moyenne | Écart-type | |
|---|---|---|
| Distance parcourue (m) | 536 | 104,8 |
| Pourcentage de la distance théorique (%) | 93,2 | 20,0 |
| Désaturation (%) | 3,1 | 3,1 |
| FC max (batt/min) | 126,7 | 17,6 |
Tableau 4.
Évaluation initiale. Épreuve d’effort avec VO2 max (n = 29).
| Moyenne | Écart-type | |
|---|---|---|
| VO2 au SV1 (mL/min/kg) | 17,5 | 5,4 |
| VO2 au SV1 (% VO2 max) | 74,2 | 6,9 |
| Puissance au SV1 (W) | 78,4 | 32,7 |
| FC au SV1 (batt/min) | 121,3 | 14,8 |
| VO2 max (mL/min/kg) | 23,6 | 6,6 |
| VO2 max (% théorique) | 95,2 | 24,2 |
| Puissance max (W) | 120,2 | 40,4 |
| FC max (batt/min) | 147,3 | 21,5 |
| FC max (% théorique) | 85,9 | 12,5 |
| SpO2 au repos (%) | 98,3 | 1,2 |
| SpO2 au VO2 max (%) | 97,7 | 1,5 |
Évaluation fonctionnelle post-réhabilitation
Le programme de réhabilitation à l’effort a permis une amélioration du niveau d’aptitude physique des participants mise en évidence par une amélioration significative de la distance parcourue au TM6 tant en valeur absolue qu’en pourcentage de la norme, ainsi qu’une puissance maximale significativement plus importante lors de l’épreuve d’effort post-réhabilitation. On observait une tendance à l’augmentation de la fréquence cardiaque maximale après le programme (cf.Tableau 5 ).
Tableau 5.
Évaluation post-réhabilitation. Comparaison du niveau d’aptitude physique avant et après le programme de réhabilitation (n = 17).
| Préréhabilitation |
Postréhabilitation |
p value |
|
|---|---|---|---|
| Test de marche de six minutes | |||
| Distance parcourue (m) | 538 ± 99,5 | 600,1 ± 53,7 | 0,001 |
| Pourcentage de la Distance théorique (%) |
95,6 ± 19,6 | 107,7 ± 12,4 | 0,003 |
| Désaturation (%) | 3,1 ± 2,5 | 3,1 ± 2,4 | 1,0 |
| Épreuve d’effort | |||
|---|---|---|---|
| VO2 au SV1 (mL/min/kg) | 17,5 ± 5,1 | 18,6 ± 7,0 | 0,47 |
| VO2 au SV1 (% théorique) | 74,0 ± 8,3 | 74, ± 10,6 | 0,99 |
| Puissance au SV1 (W) | 82,5 ± 37,5 | 85,4 ± 32,2 | 0,73 |
| FC au SV1 (batt/min) | 123,2 ± 14,5 | 127,1 ± 16,6 | 0,46 |
| VO2 max (Ml/min/kg) | 24,1 ± 7,2 | 25,0 ± 9,2 | 0,38 |
| VO2 max (% théorique) | 102,4 ± 25,5 | 107,3 ± 35,1 | 0,37 |
| Puissance max (W) | 131,7 ± 44,6 | 155,4 ± 52,4 | 0,001 |
| FC max (batt/min) | 156,4 ± 16,4 | 163,1 ± 11,3 | 0,08 |
| FC max (% théorique) | 91,2 ± 8,6 | 95,3 ± 6,4 | 0,07 |
| SpO2 au repos (%) | 99 ± 0,8 | 99,3 ± 0,6 | 0,51 |
| SpO2 au VO2 max (%) | 98,6 ± 1,3 | 98 ± 1,7 | 0,57 |
BOLD represents p value that is p < 0.05.
En considérant comme significative une amélioration de 50 m au test de marche 59 % des sujets ont présenté une amélioration. Il n’a pas été mis en évidence d’effet du sexe (40 % des hommes ont présenté une amélioration vs 66 % des femmes χ2 = 1,036, p = 0,309).
En considérant comme significative une amélioration de 20 W de la PMA 46 % des sujets ont présenté une amélioration. Il n’a pas été mis en évidence d’effet du sexe (60 % des hommes ont présenté une amélioration vs 37 % des femmes χ2 = 0,627, p = 0,429).
Nous n’avons également pas mis en évidence de différence d’âge ou de délai de prise en charge en cas d’amélioration au test de marche (47,8 ± 12,3 vs 57 ± 9,7 ans p = 0,127 et 15,5 ± 8,1 vs 15,5 ± 14,6 semaines p = 1,0) ou d’amélioration de la PMA (56,8 ± 9,6 vs 46 ± 14,4 ans p = 0,147 et 15,1 ± 15 vs 13,9 ± 6,7 semaines p = 0,838).
Effets perçus par les participants évalués par le questionnaire
Le questionnaire a été envoyé aux 29 agents inclus dans l’étude. Deux relances ont été effectuées, et finalement, 16 questionnaires complets ont été obtenus, soit un taux de réponse de 55,2 %.
Perception générale du programme
Sur une échelle de 0 à 10 (0 : aucun bénéfice, 10 : bénéfices majeurs), chez les répondants, on retrouve une moyenne de 8,4 de bénéfices ressentis en post-réhabilitation.
Récupération physique
Sur une échelle de 0 à 10 (0 : aucune récupération, 10 : récupération totale), on retrouve chez les répondants une moyenne de 8,75 de récupération des capacités physiques antérieures à la Covid-19 en post-réhabilitation.
Bien-être psychique
Sur une échelle de 0 à 10 (0 : pas du tout, 10 : totalement), on retrouve une amélioration de 8,1 en moyenne du bien-être psychique chez les répondants depuis leur infection à Covid-19.
Activités physiques
A la fin du programme de réhabilitation étaient fixés des objectifs concernant le maintien des activités physiques régulières (notamment des séances quotidiennes de 10 à 15 minutes d’étirements et de renforcement musculaire, et une activité d’endurance type marche, vélo, natation, 3 fois par semaine 30 à 45 minutes). Huit participants (50 %) affirmaient avoir tenu ces objectifs entre 50 et 75 %, et trois d’entre eux (19 %) à plus de 75 %. Tandis que quatre d’entre eux (25 %) déclaraient n’avoir tenu ces objectifs qu’à moins de 50 % et un participant (6 %) considérait ne pas les avoir tenus du tout.
Activités professionnelles
Situation pendant le programme de réhabilitation
La grande majorité des répondants (11 d’entre eux soit 69 %) était en activité professionnelle à temps plein pendant le programme, tandis que deux d’entre eux travaillaient à temps partiel de façon habituelle, et deux autres encore étaient à temps partiel thérapeutique.
Situation en post-réhabilitation
Parmi les répondants, 88 % travaillaient à temps plein après le programme de réhabilitation. Ainsi les arrêts en maladie professionnelle et temps partiel thérapeutique avaient pris fin à la fin du programme.
Aménagements
Aucun des répondants ne déclarait avoir bénéficié d’un aménagement de son poste de travail du fait de séquelles de la Covid-19.
Reclassement professionnel
Un salarié (soit 6 % des répondants) déclarait avoir bénéficié d’un reclassement sur un autre poste. Celui-ci se situait dans la catégorie du personnel paramédical.
Qualité de vie au travail
Huit répondants (50 %) déclaraient avoir retrouvé une qualité de vie au travail similaire à ce qu’elle était avant la Covid-19, six d’entre eux (37 %) partiellement et deux (13 %) très peu.
1.1.1.1. Difficultés actuelles à certaines tâches de travail du fait de séquelles de la Covid-19 (sur le plan physique ou mental)
Dix répondants (62 %) ne déclaraient pas de difficultés de cet ordre, tandis que six d’entre eux (38 %) semblaient encore présenter ce type de doléance.
Discussion
Les principaux résultats montrent que chez les agents atteints d’un Covid long avec dyspnée et asthénie :
-
•
la fonction respiratoire était préservée ;
-
•
il existait chez ces patients un déconditionnement physique sur le versant musculaire plutôt que cardiorespiratoire ;
-
•
un programme de réhabilitation à l’effort a été bénéfique sur le niveau d’aptitude physique avec une amélioration de l’endurance musculaire ;
-
•
ce programme a été perçu de façon très positive par les agents.
Fonction respiratoire
La population incluse dans l’étude ne présentait pas de séquelles respiratoires fonctionnelles comme le montrent les résultats d’EFR dans les normes et l’absence de trouble de la diffusion. Ces résultats sont conformes à une étude qui révélait 90 % de spirométries normales chez des patients dyspnéiques en post-Covid [9].
Niveau d’aptitude physique
Nous avons observé une distance parcourue au TM6 dans les limites inférieures de la normale, ce qui confirme les résultats d’études antérieures [17], et des résultats modestes lors de l’épreuve d’effort.
Ces résultats suggèrent que la dyspnée à l’effort majoritairement présente chez les patients atteints d’un Covid long ne serait pas liée à une atteinte de la fonction pulmonaire mais plutôt le reflet du déconditionnement à l’effort. Ce déconditionnement est essentiellement musculaire et non cardiorespiratoire.
On observe en effet un faible niveau de puissance au SV1 et au maximum de l’effort. Il s’agit de données déjà mises en évidence dans de précédentes études avec notamment l’observation d’une diminution de la force musculaire à distance d’une infection au SARS-CoV-2 [18]. Le premier seuil ventilatoire survenait en moyenne pour 74 % du VO2 max traduisant un bon niveau d’endurance cardiorespiratoire [19]. Le niveau de VO2 max était similaire à celui observé dans d’autres études s’intéressant aux limitations physiques dans les suites d’une infection Covid-19 [20]. Ces valeurs sont dans les limites de la normale selon Wasserman [16]. Enfin le VO2 max moyen observé dans notre étude est similaire à celui observé chez des patients à distance d’une infection au SARS-CoV-2 et considérés comme ayant une condition physique normale [21].
Effets du programme de réhabilitation à l’effort
Effets sur le niveau d’aptitude physique
Nous avons vu que le programme avait permis une amélioration du niveau d’aptitude physique des participants, avec dans un premier temps une progression sur la distance parcourue au TM6, ce qui avait déjà été observé dans une étude de cohorte prospective de réhabilitation post-Covid [22]. D’autre part, l’épreuve d’effort montrait une meilleure puissance maximale en post-réhabilitation, et une tendance était observée pour une augmentation de la FC max. L’amélioration de chacun de ces paramètres reflète une amélioration de la fonction musculaire essentiellement. On peut supposer que le déconditionnement musculaire qui avait poussé à un arrêt précoce de l’épreuve d’effort lors de l’évaluation pré-réhabilitation a été levé. La conséquence en est une poursuite de l’effort jusqu’à une puissance plus importante (Puissance max) et une intensité cardiorespiratoire plus élevée (reflétée par la FC max). A contrario, la VO2 max, reflet des capacités maximum de l’organisme à consommer de l’O2, et la VO2 au SV1, reflet du niveau d’endurance aérobie, n’étaient pas significativement augmentées en post-réhabilitation. Le programme effectué n’a donc pas apporté d’amélioration sur le versant cardiorespiratoire. Ceci peut s’expliquer par des valeurs observées en pré-réhabilitation dans les limites de la normale.
Ces résultats suggèrent à nouveau que la dyspnée à l’effort, présentée chez les patients, serait plutôt liée à du déconditionnement musculaire plutôt qu’à une atteinte cardiorespiratoire. Le principal bénéfice du programme de réhabilitation à l’effort est donc une amélioration de la capacité musculaire.
Apports du questionnaire
Le questionnaire a mis en avant des bénéfices sur les effets globaux ressentis du programme, la récupération physique et le bien-être psychique chez tous les répondants, au moyen d’EVA dépassant 8/10. Ces résultats sont encourageants et montrent un très bon niveau de satisfaction globale vis-à-vis du programme de réhabilitation. Ils peuvent par ailleurs expliquer la bonne tenue globale des objectifs concernant les activités physiques, tenus à plus de 50 % pour une grande majorité de participants.
Concernant le domaine professionnel des agents, on constate en premier lieu que certains participants étaient à temps partiel thérapeutique pendant le programme, ce qui n’était plus le cas après le programme, où l’on ne retrouvait plus que des situations de temps plein ou de temps partiel habituel. Le programme pourrait donc avoir contribué à maintenir certains participants en poste avec retour à une situation normale à l’issue. Un participant déclarait être en « maladie professionnelle ». À notre connaissance, certains agents ont en effet pu bénéficier de cette déclaration dans ce nouveau tableau 100 du régime général, mais nous n’avons pas de notion concernant une reconnaissance de cette déclaration. Un soignant paramédical a déclaré avoir bénéficié d’un reclassement sur un autre poste.
Ces données permettent de mettre en avant le rôle de la médecine du travail hospitalière dans ces prises en charge post-Covid (aménagement du temps de travail pendant le programme, reclassement) et de souligner son importance dans le maintien en emploi dans le cadre du Covid long.
Le retour à un niveau de qualité de vie au travail (QVT) antérieur à la Covid-19 était effectif pour 50 % des répondants, et partiel pour 37 % d’entre eux. Il est important de rappeler que la situation sanitaire perdurait depuis un an et demi au moment où les agents ont été sollicités par ce questionnaire. La crise sanitaire ayant eu de nombreuses répercussions sur les organisations de travail pendant de nombreux mois, la donnée QVT ne saurait être interprétée uniquement au regard des suites du Covid long.
Néanmoins, le questionnaire relève l’existence de 38 % d’agents avec des séquelles du Covid pouvant encore limiter certaines tâches de travail effectuées par les répondants. Il est donc important de rester vigilant et de poursuivre le suivi des agents concernés.
La durée moyenne de l’arrêt du travail dépassait largement la durée d’arrêt maladie de quarantaine qui était réglementairement de 14 jours, probablement en raison de la durée des symptômes et de l’apparition de séquelles.
Limites de l’étude
Une première limite concerne le faible effectif de l’étude. Cela tient au fait que l’inclusion dans le parcours de soins proposé à l’hôpital de la Croix-Rousse, a bénéficié en majeure partie aux patients pris en charge par cet établissement et moins aux agents des HCL. L’hôpital de la Croix-Rousse a été le premier à accueillir des patients atteints de Covid-19 au début de l’épidémie. Ainsi, le programme de réhabilitation à l’effort a été proposé dès le début aux agents de la Croix-Rousse, soit par l’intermédiaire du service de médecine et santé au travail, soit par le « bouche-à-oreille ». D’autres agents des HCL ont été pris en charge dans les mois suivants mais en moins grand nombre. La rigueur scientifique nécessiterait de poursuivre cette étude en augmentant le nombre de sujets inclus, dès lors que de nouveaux personnels participent à ce programme. Cela permettra par ailleurs d’évaluer les bénéfices de ce programme à plus large échelle, et donc d’augmenter la puissance de cette étude. Le recul obtenu à la fois sur la situation sanitaire, et sur la manière d’organiser ce parcours de soin, devrait permettre d’optimiser le protocole d’évaluation et ainsi faire gagner en qualité les prises en charge futures.
Une autre limite a été la difficulté à rassembler toutes les données nécessaires à notre étude. Les premières prises en charges avaient été réalisées selon une procédure dégradée à la sortie de la première vague de l’épidémie, où les conditions sanitaires ne permettaient initialement pas de réaliser tous les examens.
Les questionnaires étant anonymes et remplis en ligne à distance de la participation au programme de réhabilitation nous n’avons pu corréler les résultats des questionnaires aux évaluations post-réhabilitation.
Perspectives
L’ampleur de l’épidémie du Covid chez les agents hospitaliers et le probable sous-diagnostic du Covid long [6], font des agents hospitaliers une population particulièrement à risque. Notre étude a mis en évidence que la mise en place d’un parcours de soins (conjointement développé entre unité de réadaptation et service de santé au travail) permettait de mieux comprendre l’étiologie des symptômes de Covid long que peuvent présenter les agents hospitaliers. L’existence d’un programme de réadaptation à l’effort dans un tel parcours de soin est également fondamental. Il permet d’améliorer l’état de santé des agents tant de façon objective que subjective. Les services de santé au travail jouent ainsi le rôle de pierre angulaire dans le dépistage et l’orientation. Dans notre hôpital la plupart des agents présentant des symptômes de Covid long étaient dépistés et inclus dans le parcours de soins par les services de santé au travail.
Cette prise en charge doit pouvoir être effectuée en particulier chez les soignants paramédicaux dont les sollicitations physiques sur le poste de travail sont importantes (manutention de patients lors des soins notamment). La cadence de travail sur ces postes demande de surcroît une bonne condition physique pour répondre dans la durée aux exigences du poste.
Ce programme de réhabilitation à l’effort peut donc contribuer au maintien dans l’emploi des agents des HCL susceptible d’être compromis en cas de baisse du niveau d’aptitude physique en lien avec des symptômes de Covid long. Il s’agit d’une prise en charge globale dont les bénéfices seront objectivés par une amélioration de l’aptitude physique, mais également ressentis d’un point de vue plus subjectif sur le bien-être mental, et sur la tolérance à l’effort. L’amélioration globale de l’état de santé permettra une meilleure performance dans l’exécution des tâches de travail. Il serait intéressant d’évaluer l’effet d’un tel parcours de soins sur la durée des arrêts de travail. Ce programme pourrait aussi contribuer à améliorer la qualité de vie au travail altérée par les symptômes de Covid long.
Cette étude ouvre également les perspectives d’une collaboration plus étroite entre service de santé au travail et service de médecine de l’activité physique et unité de réadaptation à l’effort afin de favoriser la reprise de l’activité professionnelle et d’améliorer la qualité de vie au travail dans les suites d’une pathologie aiguë ou chronique.
Conclusions
L’évaluation de la fonction respiratoire et du niveau d’aptitude physique d’agents hospitaliers des Hospices Civils de Lyon présentant des symptômes de Covid long a mis en évidence une fonction respiratoire normale mais un déconditionnement musculaire à l’effort. La participation à un programme de réadaptation à l’effort a permis une amélioration de la fonction musculaire et de la tolérance à l’effort. Les participants ont perçu le programme comme bénéfique sur leur aptitude physique, leur qualité de vie et leur capacité au travail.
La mise en place d’un parcours de soins conjointement entre une unité de réadaptation à l’effort et un service de santé au travail pourrait permettre d’améliorer les capacités de travail, favoriser le maintien dans l’emploi et améliorer la qualité de vie d’agents hospitaliers extrêmement touchés par le Covid long. Des études de plus grande ampleur sont nécessaires pour confirmer les bénéfices suggérés par cette étude pilote.
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Footnotes
Matériel complémentaire
Le matériel complémentaire accompagnant la version en ligne de cet article est disponible sur http://www.sciencedirect.com et https://doi.org/10.1016/j.admp.2022.101701.
Annexe 1. Matériel complémentaire
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