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. 2023 Mar 31;36(1):79–82. [Article in French]

L’Accident Et Les Brûlures Du Duc-Roi Stanislas, Le Traitment Médicamenteux Appliqué à Celles-Ci, Et La Mort Du Monarque. Lunéville, 5-23 Février 1766

Accident And Burns Of The Duke-King Stanislav, His Treatment And His Death. LunÉville, 5TH-23RD February 1766

P Labrude 1,
PMCID: PMC11044733  PMID: 38680909

SUMMARY

Early in the morning of Wednesday 5th February 1766, Stanislaw Leszcziynski (Leczinski), Duke of Lorraine and Bar, fell to the ground, very close to the fireplace in his room. He remained in this position for a long time, exposed to the flames, and suffered serious burns. During the first nine days, physicians used topical agents and dressings, associated with internal drugs, particularly quinine. But septicemia occurred after about two weeks. By February 20th, Stanislaw was in a very poor condition. Some stimulating drugs were administered, but he died three days later. He was 88 years old.

Keywords: Stanislaw Leszcynski (Leczinski), Lunéville, burn, medical treatment, cicatrizing and drying agents, quinine, stimulating drugs

L’accident du duc-roi et son état immédiat

Le mercredi 5 février 1766, au château de Lunéville, vers sept heures et demie du matin, le duc-roi Stanislas, souverain nominal des duchés de Lorraine et de Bar, qui est très matinal, fume sa pipe dans son fauteuil placé près de la cheminée de sa chambre. Âgé de quatre-vingt-huit ans, âge très avancé à l’époque, il est atteint de plusieurs pathologies : il est obèse, impotent, presque aveugle et presque sourd ; il souffre d’une insuffisance rénale, d’insuffisance veineuse et de crises d’hémorroïdes. Il est certainement dyslipidémique et peut-être aussi diabétique.

Les circonstances précises de l’accident qui va entraîner son décès ne sont pas connues avec certitude car Stanislas est seul. Son personnel s’est éloigné semble-t-il indûment, et le garde qui se trouve à la porte ne doit pas pénétrer dans la chambre. L’alerte n’est donc donnée qu’à l’issue d’un délai difficile à préciser et sans qu’on sache très bien pour quelle(s) raison(s) : bruits ? Cris du duc-roi ? Odeurs de combustion ? Stanislas a fait une chute près de la cheminée, soit en se penchant, soit en se prenant les pieds dans son épaisse robe de chambre, ou peut-être par ce qu’il s’est endormi. Il est tombé juste devant le brasier, presque parallèlement au foyer, la tête en étant plus proche que les pieds, et la paume de sa main gauche affleurant les braises. On le trouve inconscient.

Son personnel l’éloigne du feu et le relève, éteint son bonnet qui est en flammes et lui ôte ses vêtements. Il reprend ses esprits, est enveloppé de couvertures et transporté dans son lit. Rönnow, son premier médecin, qui est aussi un intime, et Perret, le premier chirurgien, constatent l’étendue des lésions. Les brûlures touchent le côté gauche du corps : la main, la face, la paroi abdominale et la cuisse. La main est atteinte en totalité et profondément, les brûlures de la face sont étendues mais assez superficielles, celle de la cuisse également et décrite comme indolore. À l’opposé, la paroi abdominale, est atteinte «en raquette», largement et très profondément : le pannicule adipeux, épais de huit centimètres, est touché en totalité. Revenu à lui, Stanislas souffre, mais il a conservé son esprit, et il est écrit qu’il plaisante sur son accident. Se fait-on des illusions sur l’importance des lésions et sur l’état du monarque ? Il est probable que non, mais qu’on va éviter d’inquiéter la reine de France, épouse du roi Louis XV, qui est sa fille.

Le traitement appliqué au duc-roi et l’évolution de son état

Durant les neuf premiers jours, soit jusqu’au 13 février, les praticiens appliquent un traitement local constitué de pansements imbibés de produits cicatrisants et desséchants : pommade de Saturne et eau végéto-minérale de Goulard. Le 11, le roi est «sans inquiétude et sans fièvre» et il dort bien. Les praticiens restent donc assez optimistes, comme en témoigne le courrier envoyé à Versailles par Perret le 13. Toutefois, le résultat ne les satisfaisant pas, ils substituent à ces produits un mélange de baume d’Arcaeux et de baume styrax qui restent sans effet notable. Les brûlures de la main ont donné naissance à des escarres gangreneuses et, le 13, la peau a disparu, rendant la main très sensible. L’évolution est similaire au niveau de la cuisse et de l’abdomen. Les plaies se sont infectées et il en sort un liquide «ichoreux et fétide» c’est-à-dire purulent et d’odeur désagréable qui signe l’infection. À partir du 17 février (13e jour), les douleurs du roi s’accroissent et il ne peut presque plus rester dans son lit.

Les ulcérations devenant «plus avides» (sic), à partir du 19, les praticiens ajoutent de l’onguent basilicum et une «forte décoction de quinquina» per os et in situ. Le quinquina semble avoir été employé dès le début du traitement mais à dose moindre, et, dans un rapport du 8 mars à l’Académie royale de médecine, plusieurs praticiens, qui n’ont pas été associés au traitement, évoquent «un apozème avec le quinquina et le nitre». À ce moment apparaissent des signes de septicémie cependant que Stanislas tombe dans un état de torpeur. L’aggravation de l’état général est manifeste le 20 (16e jour) après un «grand frisson» apparu au cours de la nuit et l’assoupissement de plus en plus marqué et dont il est de plus en plus difficile de le faire sortir. L’œdème envahit les membres inférieurs et l’insuffisance rénale se manifeste. Cette torpeur conduit à l’emploi de stimulants qui s’ajoutent au quinquina : lilium de Paracelse et eau de Luce. Les plaies suppurent et perdent des escarres gangreneuses qui font craindre à Rönnow, à Perret et à Dezoteux, chirurgien-major du régiment du roi qui est en garnison en ville, que «la putréfaction ne pénètre dans les entrailles». Cette suppuration est constante et «louable», ce qui signifie sans doute que les praticiens la jugent souhaitable, et qu’ils préfèrent qu’elle s’évacue plutôt que d’envahir l’organisme.

Le 21 février, le roi «entre en léthargie», et la crainte d’une issue fatale prochaine conduit à prévenir les autorités parisiennes, le lendemain 22, tout en s’efforçant de rassurer la reine. À l’aube du dimanche 23 février, tout espoir est perdu. Stanislas ne supporte plus le contact des draps et il est placé dans son fauteuil. Il meurt à seize heures et quatre minutes. Il a alors quatre-vingt-huit ans, quatre mois et trois jours. À cet instant, la Lorraine devient officiellement française.

Quelles sont les propriétés des médicaments qui ont été appliqués et administrés?

Le chapitre précédent cite presque tous les médicaments qui ont été utilisés pour le traitement du duc-roi. Il convient cependant de leur ajouter «l’esprit de vin camphré et ammoniacé (sic)» à propos duquel je n’ai pas pu déterminer précisément à quel moment il a été employé. Je propose la période qui s’étend du 15 au 19 février. La liste de ces médicaments est relativement longue car les praticiens ont modifié la thérapeutique qu’ils prescrivaient tout au long des dix-huit jours de traitement, afin de tenter d’obtenir le maximum d’efficacité et de s’adapter à la situation du brûlé.

Il s’agit d’abord de pommade de Saturne de Goulard, d’eau végéto-minérale du même médecin de Montpellier, de baume d’Arcaeus, de baume styrax, puis d’esprit de vin camphré et ammoniacé, d’onguent basilicum, de quinquina, de lilium de Paracelse et enfin d’eau de Luce. Quelle activité ces médicaments, d’usage externe puis interne, sont-ils réputés posséder ? Je ne vais pas ici disserter sur leur composition, sur l’activité de chacun des composants, ou sur leur préparation, mais seulement envisager brièvement «ce qu’on attend d’eux».

La pommade de Saturne est un topique, un résolutif, un astringent et un dessiccatif. Son emploi dans les brûlures graves est alors très répandu. Il en est de même pour l’eau végéto-minérale qui contient de l’alcoolat vulnéraire.

Le baume d’Arcaeus, qui leur est substitué, est détersif, excitant, suppuratif. Il accélère la cicatrisation, et on lui associe l’onguent basilicum afin d’accroître la suppuration. La présence des térébenthines du baume est recherchée dans les gangrènes et la pourriture d’hôpital.

Le baume styrax est excitant et vulnéraire, détersif et antiseptique. Il a la réputation d’être un excellent médicament des plaies et des ulcères qui se gangrènent, et de «séparer les parties mortes de celles qui sont saines». Il est souvent associé au baume d’Arcaeus, ce qui est le cas ici.

Poursuivant un traitement externe, les praticiens utilisent l’esprit de vin (alcool) camphré et ammoniacé, dont tous les constituants sont efficaces pour le traitement des atteintes externes qui sont citées cidessus, et en particulier les brûlures. Le camphre est réputé pour ses propriétés antiseptiques, anti-gangreneuses, mais aussi apaisantes et hypnotiques. Le «sel ammoniac», c’est-à-dire le chlorure d’ammonium, est résolutif, tonique et antiputride. L’usage de l’onguent basilicum obéit à la même recherche : maturation, suppuration, digestion des humeurs, évacuation du pus, recherche de la cicatrisation, antisepsie.

Après avoir utilisé ces différents topiques, les praticiens changent partiellement puis totalement de types de médicaments avec l’emploi à dose plus forte et plus «officiellement» du quinquina, qui est administré tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Le quinquina est devenu une drogue importante depuis qu’à la suite du britannique Talbot et de la guérison d’accès de fièvre chez Louis XIV, son usage s’est répandu et qu’il est sorti du secret dans lequel il était masqué pour des raisons de profit financier. Le quinquina est à la fois considéré comme un tonique et un fortifiant, mais aussi comme un astringent, un détersif et un dessiccatif, un antiseptique et un fébrifuge. Il est préconisé dans les maladies putrides, la septicémie, les affections gangreneuses «de la périphérie et des viscères», à la fois en usage interne et externe. Pour cet usage, les praticiens emploient la décoction qui permet de dissoudre une plus grande quantité de principes actifs que la simple infusion ; l’apozème est une infusion ou une décoction très chargée en principes actifs et à laquelle sont ajoutés d’autres principes : sels, sirops, teintures, extraits, etc. Ici il s’agit du nitre, aujourd’hui nitrate de potassium, qui est certainement employé à la fois comme diurétique, comme apéritif (contre les «crudités de l’estomac») et comme antiseptique, mais dont on ne saurait oublier la toxicité à forte dose. Avec cette forme d’usage du quinquina, les praticiens cherchent à préserver les tissus vivants de l’invasion par la nécrose, à les stimuler, à favoriser l’élimination des escarres, à corriger la fétidité des plaies, à les aviver, à les déterger et à favoriser leur cicatrisation.

Les praticiens se tournent enfin vers des médicaments d’usage interne réputés pour leur activité stimulante. C’est le cas bien sûr du quinquina, mais aussi du lilium de Paracelse et de l’eau de Luce. Il est fait grand cas du quinquina comme nous venons de l’envisager, et il se trouve dans les fameux «remèdes du roi» dont s’occupe la famille Helvétius, et en particulier Jean-Claude Adrien. Le lilium de Paracelse est un médicament cordial, littéralement pour améliorer le fonctionnement cardiaque, «actif et puissant dans toutes les maladies malignes, les épuisements excessifs, etc.». De préparation complexe, à base de plusieurs métaux, de sels de potassium et d’alcool, cet autre médicament stimulant est employé lorsque la situation devient tragique, sans qu’on sache correctement à quel principe actif son action peut être rattachée. Lui aussi se trouve dans les boîtes des remèdes du roi, tout comme le médicament qui suit. L’eau de Luce, dont il s’agit, est employée comme stimulant du système nerveux, par exemple dans le traitement des évanouissements, d’une part en en faisant respirer et d’autre part en en faisant absorber dans de l’eau sucrée. C’est en effet un liquide laiteux d’odeur forte, et de saveur âcre et caustique, dont la préparation s’effectue à partir d’ammoniaque, de savon noir, de baume de la Mecque et d’huile de succin dans de l’alcool. C’est donc aussi et en quelque sorte un médicament «héroïque» ou «d’extrémité».

Pour conclure

Voilà donc ce qui peut être écrit, aussi raisonnablement que possible, sur le plan historique, pour établir un bilan de l’action des praticiens, tout en essayant de comprendre, à la lumière des termes et des connaissances employés à l’époque, ce qui a justifié l’emploi qu’ils ont fait de Tel.: ou tel médicament.

Au terme donc de plus de deux semaines de souffrances pour l’illustre malade, et de la recherche constante des thérapeutiques les plus adaptées à son état par les praticiens de son entourage, Stanislas s’éteint. Pouvait-on le sauver, à son âge, compte tenu de son état et des autres pathologies dont il était atteint avant son accident, compte tenu aussi des connaissances dont la médecine disposait à l’époque sur les brûlures ? Une telle réponse ne m’appartient pas. A la question qui peut suivre : «les médicaments utilisés étaient-ils les plus judicieux ?», je pense que seule une étude comparative de la pharmacopée de l’époque permettrait de disposer d’éléments de réponse à cette question. Ce que nous savons, c’est que les praticiens ayant été confrontés à ce cas n’ont pas manqué d’être critiqués par ceux qui ne l’étaient pas. Ce qui ne saurait être mis en doute, c’est qu’ils ont fait de leur mieux. Après avoir tenté d’obtenir une cicatrisation, ils ont essayé de limiter l’infection. Ils ont enfin tenté de «soutenir le malade». La douleur et les médicaments éventuellement susceptibles de soulager Stanislas sont très peu présents dans le traitement appliqué au duc-roi, et cette question ne semble pas préoccuper outre mesure les praticiens. Les connaissances maintenant disponibles permettront aux spécialistes de réfléchir sur cet illustre cas.

BIBLIOGRAPHIE

  1. Labrude P: L’accident et la mort du Roi Stanislas à Lunéville en février 1766. Le traitement de ses brûlures et les produits fournis pour son embaumement. Rev Hist Pharm, 55: 375-89, 2007. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]

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