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. 2024 Jul 1;34(3):429–430. [Article in French]

Fatigue de compassion : trouver sa force intérieure

Jodi Collier 1,
PMCID: PMC11534355

Les infirmières en oncologie sont un groupe à haut risque de vivre de la fatigue de compassion, un épuisement professionnel combiné à un stress traumatique secondaire ayant des répercussions sur la santé physique, émotionnelle, spirituelle et psychologique (Todaro-Franceschi, 2019). On sait que la fatigue de compassion est un facteur qui contribue au roulement de personnel et nuit à la rétention des infirmières, ce qui, au bout du compte, diminue la qualité des soins (Obiekwu et al., 2020). Récemment, le concept de fatigue de compassion a reçu beaucoup d’attention; d’aucuns se demandent si le phénomène ne devrait pas plutôt porter le nom de « détresse empathique ». Mais outre ce débat conceptuel, le cœur du sujet reste le même : beaucoup d’infirmières en oncologie vivront de la « co-souffrance », leur domaine de spécialité les exposant à un risque élevé de détresse émotionnelle.

L’expérience du cancer est traumatisante à toutes les étapes, du diagnostic (et de l’attente qui le précède) à l’éventuel décès, en passant par le traitement, la récidive et les soins palliatifs. Les infirmières en oncologie tendent à normaliser le cancer, puisqu’il fait partie intégrante de leur quotidien. Cependant, malgré ce contact constant avec la maladie, le cancer demeure traumatisant. Les infirmières en oncologie ont une compréhension intime des difficultés vécues par les patients et peuvent donc être réticentes à exprimer leurs émotions. Toutefois, le message le plus important à retenir est que le besoin pour les infirmières de verbaliser leur propre traumatisme n’ajoute ni n’enlève rien à l’expérience des patients. Il s’agit de deux réalités distinctes et valides.

L’article intitulé « An Integrative Review of Effective Strategies to Prevent and Treat Compassion Fatigue in Oncology Nurses » (Collier, Bergen et Li, 2024) propose aux infirmières en oncologie des stratégies prometteuses faisant intervenir des approches de pleine conscience, d’autosoins et de résilience. Ces interventions doivent toutefois être mises en œuvre au bon moment; en effet, si les stratégies d’autosoins, par exemple, sont appliquées après un bouleversement traumatique, elles ne sont plus vraiment utiles, car elles font alors porter à la personne qui souffre le fardeau d’avoir à se rétablir par elle-même. L’un des essais cliniques randomisés (Pehlivan et Guner, 2020) intégré à la revue de Collier, Bergen et Li en est venu à la surprenante conclusion que le niveau de fatigue de compassion ressentie par les infirmières en oncologie augmentait lorsqu’elles appliquaient les interventions proposées dans l’étude. Esplen et collaborateurs (2022) ont posé le même constat, c’està-dire que les infirmières en oncologie, même lorsqu’elles possédaient plus de dix ans d’expérience, ne connaissaient pas la fatigue de compassion et ses facteurs de risque avant de participer à l’essai clinique. Il est donc raisonnable de penser qu’en découvrant l’existence de la fatigue de compassion et en apprenant à reconnaître leurs propres difficultés, elles ont rapporté une plus grande fatigue de compassion dans les évaluations post-intervention (Pehlivan et Guner, 2020).

Figure 1.

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Modèle d’intervention sur la fatigue de compassion

Dans l’ensemble, la fatigue de compassion et la santé mentale des infirmières en oncologie doivent recevoir la même attention que l’administration de la chimiothérapie et des médicaments dangereux. Nous ne donnerions jamais un médicament cytotoxique à un patient sans porter plusieurs couches d’équipement de protection individuelle, mais nous sautons à pieds joints dans des situations hautement traumatisantes tous les jours sans aucune protection. Si la prévention et le contrôle des infections justifient l’adoption de normes d’agrément, pourquoi la santé mentale des infirmières n’en mériterait-elle pas autant? L’existence de la fatigue de compassion doit être admise, individuellement et collectivement par les infirmières, mais aussi par les gestionnaires, les cadres, les établissements d’enseignement et les organisations pour que des changements efficaces se produisent. Le Modèle d’intervention sur la fatigue de compassion qui suit présente quelques stratégies possibles, axées notamment sur l’importance de la sensibilisation et sur le maintien des mesures proposées tout au long de la carrière en soins infirmiers.

La rétention du personnel doit devenir une priorité, car selon les statistiques provinciales, la proportion d’infirmières qui envisagent de quitter la profession est alarmante. Les nouvelles venues doivent savoir à quoi s’attendre et poser un regard réaliste sur le poids de leur profession. Pendant la période d’orientation, lorsqu’elles apprennent à négocier les situations à haut risque, elles doivent aussi entendre parler du concept de fatigue de compassion pour ne pas se retrouver après dix ans de carrière à souffrir sans savoir pourquoi. On sait que la fatigue de compassion mine la qualité des soins, nuit au jugement professionnel, augmente le nombre d’erreurs et pousse les infirmières à quitter la profession (Peters, 2018). Les infirmières en oncologie n’ont pas à prendre pour acquis que la fatigue de compassion est le prix à payer pour les soins qu’elles donnent; nous devons nous unir pour rendre la profession encore plus sûre aujourd’hui qu’elle ne l’était hier.

Footnotes

Note de la rédaction : La brève communication qui suit a été rédigée à partir de la présentation donnée lors de la Conférence à la mémoire de Helen Hudson, qui a eu lieu pendant le congrès annuel de l’Association canadienne des infirmières en oncologie, tenu à Niagara Falls en 2023.

RÉFÉRENCES

  1. Collier J, Bergen T, Li H. An integrative review of effective strategies to prevent and treat compassion fatigue in oncology nurses. Canadian Oncology Nursing Journal. 2024;34(1):28–37. doi: 10.5737/2368807634128. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  2. Esplen M, Wong J, Vachon M, Leung Y. A continuing educational program supporting health professionals to manage grief and loss. Current Oncology. 2022;29(3):1461–1474. doi: 10.3390/curroncol29030123. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  3. Obiekwu A, Okafor C, Omotola N. Compassion fatigue in cancer nursing: Limiting the emotional cost of caring. Asian Journal of Pharmacy, Nursing and Medical Sciences. 2020;8(5):49–56. doi: 10.24203/ajpnms.v8i5.6352. [DOI] [Google Scholar]
  4. Pehlivan T, Guner P. Effect of a compassion fatigue resiliency program on nurses’ professional quality of life, perceived stress, resilience: A randomized controlled trial. Journal of Advanced Nursing. 2020;76(12):3584–3596. doi: 10.1111/jan.14568. https://doi-org.cyber.usask.ca/10.1111/jan.14568 . [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
  5. Peters E. Compassion fatigue in nursing: A concept analysis. Nursing Forum. 2018;53(4):466–480. doi: 10.1111/nuf.12274. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
  6. Todaro-Franceschi V. Compassion fatigue and burnout in nursing: Enhancing professional quality of life. 2nd ed. Springer Publishing Company; 2019. [Google Scholar]

Articles from Canadian Oncology Nursing Journal are provided here courtesy of Canadian Association of Nurses in Oncology

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