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. 2024 Jul 1;34(3):369–380. [Article in French] doi: 10.5737/23688076343369

Pratique de l’auto-examen des seins et facteurs associés chez les professionnelles de la santé du Saint Paul’s Hospital Millennium Medical College d’Addis Abeba, en Éthiopie

Meskerem Birru Desalegn 1, Muluneh Kidane Tufa 2,*
PMCID: PMC11534360

RÉSUMÉ

Contexte

Le cancer du sein est le cancer le plus fréquent chez les femmes; il constitue un problème de santé mondial. Il peut toutefois être gérable si le diagnostic est précoce et que les protocoles de traitement avancé (par chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie) sont adéquats. L’auto-examen des seins a pour but de détecter la présence de bosses, de déformations ou de gonflements dans le sein, ce qui facilite le diagnostic précoce.

Objectifs

L’étude, réalisée en 2022, avait pour but d’évaluer la pratique de l’auto-examen des seins et les facteurs associés chez les professionnelles de la santé travaillant au St. Paul’s Hospital Millennium Medical College d’Addis Abeba, en Éthiopie.

Méthodologie

Une étude transversale a été menée en établissement, au St. Paul’s Hospital Millennium Medical College. Les participants ont été recrutées par échantillonnage aléatoire systématique et stratifié. Des infirmières ont recueilli les données à l’aide de questionnaires structurés, puis les ont analysées avec la version 20 du logiciel SPSS. Des analyses de régression logistique ont été appliquées pour évaluer les facteurs pertinents. Les variables libres pour lesquelles la valeur p était supérieure à 0,05 étaient considérées statistiquement significatives.

Résultats

En tout, 400 personnes ont pris part à l’étude, ce qui correspond à un taux de réponse de 100 %. L’âge médian des participantes était de 28 ans, pour un écart interquartile de 6 ans. Environ les deux tiers (63,8 %) des participantes possédaient de bonnes connaissances au sujet de l’auto-examen des seins, 46,3 % avaient une attitude positive par rapport à la technique et 76,25 % disaient la mettre en pratique. Des associations significatives ont été observées entre la pratique de l’auto-examen des seins et des facteurs comme l’âge, le revenu mensuel et les connaissances sur l’auto-examen. Comparativement aux participantes âgées de 40 ans et plus, celles qui avaient entre 25 et 29 ans (rapport de cotes ajusté [RCA] = 0,10; IC à 95 % : 0,01, 0,88) et entre 35 et 39 ans (RCA = 0,09; IC à 95 % : 0,01, 0,92) étaient moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen des seins; les femmes dont le revenu mensuel était inférieur à 5 250 birrs (RCA = 0,19; IC à 95 % : 0,035, 0,996) ou se situait entre 5 251 et 7 800 birrs (RCA = 0.,6; IC à 95 % : 0,032, 0,78) et entre 7 801 et 10 900 birrs (RCA = 0,18; IC 95 % : 0,04, 0,83) étaient moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen des seins; les participantes ayant de bonnes connaissances au sujet de l’auto-examen (RCA = 2,08; IC à 95 % : 1,23, 3,53) étaient plus aptes à le pratiquer.

Conclusion

L’étude a révélé qu’environ les trois quarts des professionnelles de la santé pratiquaient l’auto-examen des seins. Des associations statistiquement significatives ont été observées entre la mise en pratique de la technique et des facteurs comme l’âge, le revenu mensuel et les connaissances au sujet de l’auto-examen des seins.

Mots-clés: sein, auto-examen des seins, Éthiopie, soins de santé

INTRODUCTION

De nos jours, le cancer est l’une des plus importantes menaces à la vie humaine et, partout dans le monde, les efforts à faire pour trouver des traitements et des solutions efficaces ne laissent aucun répit (Erdem et Tokta, 2016). Le cancer du sein est un problème de santé mondial. C’est le cancer le plus fréquent chez les femmes et la principale cause de mortalité due au cancer dans les pays moins nantis (Erdem et Tokta, 2016; Ramathuba et al., 2015). Il se caractérise par la croissance incontrôlée de cellules anormales dans les glandes lactifères du sein ou dans les canaux qui transportent le lait vers les mamelons (Birhane et al., 2017).

Malgré tout, la maladie peut être gérable si le diagnostic est précoce et que les protocoles de traitement avancé (par chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie) sont adéquats. Pour détecter le cancer rapidement, il faut se concentrer sur le dépistage (Misganaw et al., 2014), pierre angulaire de la prévention. Les trois techniques de dépistage actuellement recommandées par l’American Cancer Society sont l’examen clinique des seins, la mammographie et l’auto-examen des seins (Labrèche et al., 2020).

Lors de l’auto-examen, la femme examine ses seins pour détecter la présence de bosses, de déformations ou de gonflements (Degefu et Sileshi, 2019). Il s’agit d’une méthode simple, très peu coûteuse et non effractive qui ne nécessite aucun équipement ou matériel spécialisé; elle permet d’obtenir un diagnostic préliminaire de cancer du sein en 5 minutes seulement (Ayed, Eqtait, Harazneh, Fashafsheh, Nazzal, Talahmeh, Hajar et Awawdeh, 2015). Étant donné les contraintes dans les milieux de soins où les ressources manquent et où les programmes de dépistage par mammographie ne sont pas facilement accessibles, il est logique et faisable et concentrer les efforts sur des variables pouvant influencer la pratique de l’auto-examen des seins.

Toutefois, le taux de pratique de l’auto-examen des seins est faible et variable selon les pays. Par exemple, dans quatre nations d’Afrique subsaharienne, les données indiquent une prévalence du dépistage du cancer du sein de 12,9 %, allant de 5,2 % en Côte d’Ivoire à 23,1 % en Namibie (Ba et al., 2020). Plusieurs raisons ont été citées pour expliquer la raison pour laquelle les femmes ne pratiquent pas l’auto-examen des seins (Sujindra et Elamurugan, 2015), notamment le manque de temps, le manque de confiance en leur capacité d’appliquer correctement la technique, la peur de découvrir une bosse, et la gêne associée à la manipulation des seins.

En Éthiopie, le cancer du sein représente 22,6 % (15 244) des cas de cancer et 17 % (8 159) des décès chaque année. Le taux d’incidence normalisé selon l’âge est de 40,6 pour 100 000 femmes (Tolessa et al., 2021). Malgré la forte prévalence dans le pays des cancers des organes reproducteurs, on n’y mène aucune initiative coordonnée de prévention, d’éducation ou de traitement (Solomon, 2018). Dans ce contexte, l’auto-examen des seins constitue donc la méthode de dépistage précoce du cancer du sein la plus viable.

La présente étude a été conçue pour évaluer la pratique de l’auto-examen des seins et les facteurs associés dans un groupe de professionnelles de la santé travaillant au St. Paul’s Hospital Millennium Medical College d’Addis Abeba, en Éthiopie. Comme ce groupe est le plus susceptible d’enseigner la technique de l’auto-examen des seins aux femmes, il est important d’évaluer sa pratique et les possibles facteurs d’influence.

MÉTHODOLOGIE

Lieu et période de l’étude

L’hôpital St. Paul’s (situé à Addis Abeba, en Éthiopie) est un collège médical et l’un des plus importants hôpitaux publics du pays. Il a été fondé pour venir en aide aux pauvres qui n’avaient pas les moyens de se payer des soins médicaux. Inauguré en 1947, il comptait à l’époque 250 lits. Au début, l’hôpital était administré par le ministère de la Santé, mais la gestion a plus tard été transférée à la Haile Silassie I Foundation. En 1969, de nouveaux bâtiments ont été construits dans le district de Gulele, à Addis Abeba, où se situe l’hôpital encore aujourd’hui. À cette époque, il pouvait accueillir 400 patients hospitalisés et 300 patients externes. Le personnel était constitué de 9 médecins et de 18 infirmières. Selon le ministère de la Planification, l’hôpital St. Paul’s était en 1969–1970 l’un de sept établissements au pays à former des infirmières.

L’hôpital a ouvert un collège médical en 2007, baptisé par le ministère de la Santé du nom de St. Paul’s Hospital Millennium Medical College (SPHMMC). Inauguré en 2007, le collège a obtenu le décret du Conseil des ministres en 2010. Le programme d’enseignement y est très différent de celui des écoles de médecine conventionnelles. Il s’agit du premier programme intégré de formation médicale de premier cycle qui fonctionne selon le principe de l’enseignement par modules en Éthiopie. En une décennie, le collège a étendu ses activités pour inclure des programmes de cycles supérieurs et de sous-spécialités. Son personnel clinique, enseignant et administratif est constitué de plus de 2 500 employés. L’hôpital compte 700 lits, mais plus de 2 000 patients externes et visiteurs aux urgences s’y rendent chaque jour. À l’heure actuelle, environ 2 131 professionnelles de la santé travaillent au St. Paul’s Hospital Millennium Medical College.

Devis de l’étude

L’étude transversale a été réalisée dans un seul établissement, le St. Paul’s Hospital Millennium Medical College. Toutes les professionnelles de la santé de toutes les unités étaient considérées comme appartenant à la population mère et celles qui respectaient les critères d’inclusion ont été intégrées à l’échantillon. Les participantes devaient travailler à temps plein pour l’hôpital et consentir à faire partie de l’étude. Étaient exclues les employées à temps partiel, les professionnelles atteintes d’une maladie grave, celles qui étaient en congé d’études, qui travaillaient dans les bureaux administratifs ou qui se trouvaient à l’extérieur de l’hôpital pendant la période de collecte de données.

Détermination de la taille de l’échantillon

La taille de l’échantillon a été établie à l’aide d’une formule de proportion pour population unique (Del Águila et González-Ramírez, 2014). Une étude menée dans un établissement de santé publique de la ville de Gambella, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, a rapporté un taux de pratique de l’auto-examen des seins de 61,5 % (Degefu et Sileshi, 2019); les calculs ont été effectués en tenant compte d’un intervalle de confiance (IC) de 95 %, d’une marge d’erreur de 5 % et d’un taux de non-réponse de 10 % (voir le tableau 1).

Tableau 1.

Taille de l’échantillon pour l’objectif secondaire

Variable Limite de confiance en deux tests Puissance (%) P1 (%) P2 (%) Ratio Taille de l’échantillon Ajustement du taux de réponse Adjusted for response rate
Antécédents familiaux de cancer du sein (37) 95 80 36,6 63,4 1 248 273
Connaissances (29) 95 80 47,6 52,4 1 84 93

Technique et processus d’échantillonnage

Les professionnelles de la santé appartenaient à différentes catégories selon leur niveau de scolarité : diplôme, baccalauréat, doctorat en médecine ou en médecine dentaire, maîtrise de sciences ou spécialité, et doctorat ou sous-spécialité et plus. Ces catégories ont fait l’objet d’un échantillonnage stratifié d’abord, puis un échantillonnage systématique a permis de constituer l’échantillon de chaque strate. Chaque échantillon était assigné aux différentes strates en proportion de sa taille. La sélection des participantes s’est faite à partir de listes des employées de l’établissement. L’intervalle d’échantillonnage a été fixé en divisant le nombre total de professionnelles de la santé de l’hôpital par le nombre total de professionnelles pour chaque unité.

Variables à l’étude

Dans la présente étude, c’est la pratique de l’auto-examen des seins, c’est-à-dire l’action (ou l’habitude) visant à auto-examiner les seins chaque mois après les menstruations, qui constituait la variable dépendante. L’examen des seins se fait en position debout et en position couchée, et comprend une inspection visuelle et une palpation. Les variables indépendantes comprenaient : 1) les facteurs socioéconomiques (c’est-à-dire différentes caractéristiques comme l’âge, le sexe, le niveau de scolarité, la profession et l’état civil); 2) les antécédents de cancer du sein, dont les antécédents familiaux (présence ou absence de cancer du sein parmi les parents au premier degré, ex. mère, sœur) et les antécédents personnels (diagnostic antérieur de cancer du sein); 3) les connaissances au sujet de l’auto-examen des seins (degré d’information ou de sensibilisation sur l’auto-examen des seins); 4) l’attitude envers l’auto-examen des seins (perception ou attitude que la personne entretient à l’égard de cette pratique).

Outils et processus de collecte de données

Les données ont été recueillies à l’aide d’un questionnaire autoadministré qui posait des questions de nature sociodémographiques, mais également des questions sur l’auto-examen des seins et certains facteurs pouvant être associés à la pratique. L’outil, rédigé en anglais, a été créé à partir d’une revue de la littérature. Des responsables de la collecte de données (trois infirmières professionnelles) et des superviseurs (une personne spécialiste en santé publique) ont été embauchés et formés à cette fin.

Les connaissances sur le cancer du sein et l’auto-examen des seins ont été évaluées à l’aide d’une série de 10 questions à choix de réponse. Chaque réponse correcte valait 1 point et chaque mauvaise réponse, 0 point. Lorsque la participante obtenait un score moyen ou supérieur à la moyenne, ses connaissances étaient bonnes; si le score était sous la moyenne, ses connaissances étaient jugées insuffisantes. La classification de Bloom situe entre 80 % et 100 % de réponses correctes le seuil à atteindre pour que les connaissances de la personne soient jugées bonnes. Si la personne obtient un score de 60 à 79 %, ses connaissances sont satisfaisantes; si elle a moins de 60 % de bonnes réponses, ses connaissances sont lacunaires.

L’attitude envers l’auto-examen des seins a été mesurée à l’aide d’une variable composée, dont l’évaluation reposait sur 11 items ou questions. Les émotions et les croyances ont été mesurées sur une échelle de Likert. Pour chaque question, les réponses possibles étaient : « tout à fait d’accord » (5 points), « d’accord » (4 points), « ni en accord ni en désaccord » (3 points), « pas d’accord » (2 points) et « pas du tout d’accord » (1 point). Les scores obtenus à chaque question étaient ensuite additionnés. Ils ont été testés pour vérifier qu’ils suivaient une distribution normale; les scores situés au-dessus de la moyenne ou de la médiane correspondaient à une « attitude positive » envers le dépistage du cancer du sein par auto-examen et les scores sous la moyenne ou la médiane étaient associés à une « attitude négative ».

On a également demandé à chaque répondante si elle avait déjà pratiqué l’auto-examen des seins. Les participantes étaient invitées à prendre part à l’étude par invitations personnelles remises en main propre; elles recevaient aussi les questionnaires, accompagnés d’instructions détaillées. Les participantes remplissaient et rendaient le questionnaire lors de la première séance.

Assurance de qualité des données

La qualité des outils de collecte de données a été soigneusement vérifiée au préalable, notamment par un pré-test réalisé au Tikur Anbessa Specialized Hospital auprès de 5 % des participantes à l’étude. Les responsables et les superviseurs de la collecte de données ont suivi une formation d’une journée; le pré-test a permis d’évaluer la pertinence et l’efficacité du questionnaire. Pour assurer l’intégrité des données, les chercheurs ont surveillé de près le processus de collecte des données pendant toute la durée de l’étude et se sont assurés que les données étaient complètes, correctes et cohérentes, et ce, avant de quitter le lieu où se passait la collecte de données.

Traitement et analyse des données

Les analyses ont été réalisées avec la version 20 du logiciel SPSS. Des calculs de fréquences et des recoupements de données en tableaux croisés ont permis de vérifier s’il y avait des valeurs manquantes ou aberrantes. Un tableau de contingence a été établi pour chacune des variables indépendantes après analyse bivariée de la variable dépendante (c’est-à-dire la pratique de l’auto-examen des seins). Une régression logistique binaire a permis d’examiner l’association entre chaque variable indépendante et la pratique de l’auto-examen.

Pour éliminer les variables confondantes, on a procédé à une analyse multivariée à l’aide de calculs de régression logistique binaire sur toutes les variables indépendantes mises en rapport avec la variable dépendante. Le rapport de cotes ajusté, pour un intervalle de confiance de 95 %, a servi d’indicateur pour mesurer la force, la direction et la signification statistique de l’association. Lorsque la valeur p était inférieure à 0,05, les facteurs étaient considérés statistiquement significatifs dans toutes les analyses.

Considération éthique

L’étude a obtenu l’approbation du comité d’éthique du SANTE Medical College, qui a fait parvenir une lettre d’appui au St. Paul’s Hospital Millennium Medical College. Avant de participer à l’étude, chaque répondante recevait une description détaillée des objectifs et processus de l’étude. Le consentement était donné oralement. L’objectif et le processus étaient expliqués verbalement aux participantes pour qu’elles comprennent clairement la démarche. On leur demandait ensuite si elles acceptaient volontairement de participer à l’étude. L’entente verbale servait de consentement. Pendant toute la durée de l’étude, le droit à la vie privée et à la protection des renseignements personnels était une priorité. Toutes les données recueillies étaient strictement confidentielles et des mesures ont été mises en place pour protéger les renseignements personnels des participantes et leur garantir l’anonymat.

RÉSULTATS

Caractéristiques sociodémographiques

Au total, 400 personnes (taux de réponse de 100 %) ont participé à l’étude, soit 29 % des 1 360 employées de l’hôpital potentiellement admissibles (tableau 2). Plus de la moitié (53,5 %) des participantes avaient entre 25 et 29 ans, pour un âge médian de 28 ans et un intervalle interquartile de 6 ans. Plus de la moitié (64,5 %) des participantes détenaient un baccalauréat. La moitié d’entre elles (49,5 %) étaient célibataires; un peu plus du tiers des participantes gagnaient un revenu mensuel se situant entre 5 251 et 7 800 birrs. La médiane générale du revenu mensuel des professionnelles de la santé était de 7 071 birrs éthiopiens (3 400 birra). Parmi les professionnelles de la santé, 219 (54,75 %) étaient des infirmières diplômées (voir le tableau 3).

Tableau 2.

Distribution de la population et de l’échantillon à l’étude

Catégorie Baccalauréat Diplôme M.Sc. Nombre total dans l’hôpital Nombre dans l’échantillon
Infirmière 679 65 0 744 219
Laborantine 63 19 0 82 24
Anesthésiste 34 0 1 35 10
Sage-femme 73 0 4 77 23
Pharmacie 32 0 0 32 9
Agente de santé 22 0 8 30 9
Radiologiste 17 2 0 19 6
Physiothérapeute 0 0 1 1 0
Professeure agrégée 9 0 0 9 3
Professeure adjointe 149 0 0 149 44
Médecin généraliste 142 0 0 142 42
Autre métier de recherche ou d’enseignement 40 0 0 40 12
Total 1260 86 14 1360 400

Tableau 3.

Caractéristiques sociodémographiques des professionnelles de la santé travaillant au SPHMMC

Variables Catégories Fréquence Pourcentage
Âge (ans) <24 31 7,8
25–29 214 53,5
30–34 85 21,3
35–39 35 8,8
>40 35 8,8
Médiane ± EI 28±(EI : 32–26)
Niveau de scolarité atteint Diplôme 24 6
Baccalauréat 258 64,5
Doctorat en médecine ou en médecine dentaire 89 22,25
Maîtrise de sciences ou spécialité 28 7
Doctorat ou sous-spécialité et plus 1 0,25
État civil Célibataire 198 49,5
Mariée 181 45,25
Divorcée 17 4,25
Veuve 4 1
Profession Infirmière 219 54,75
Sage-femme 24 6
Médecin 88 22
Radiologiste 6 1,5
Pharmacienne 9 2,25
Laborantine 24 6
Anesthésiste 10 2,5
Autre 20 5
Revenu mensuel (en birrs) <5250 90 22,5
5251–7800 150 37,5
7801–10900 94 23,5
>10901 66 16,5
Median ± IQR 7071±(IQR:9400–6000)

Antécédents personnels et familiaux de cancer du sein

Comme le montre le tableau 4, 43 participantes (10,75 %) avaient des antécédents familiaux de cancer du sein; dans 19 cas (44,2 %), il s’agissait de tantes et dans 8 cas (18,60 %) de mères. De toutes les participantes à l’étude, 26 (6,50 %) avaient des antécédents personnels de cancer du sein.

Tableau 4.

Antécédents familiaux et personnels de cancer du sein chez les professionnelles de la santé travaillant au SPHMMC, 2022

Variables Catégories Fréquence Pourcentage
Antécédents familiaux de cancer du sein Oui 43 10,75
Non 357 89,25
Membres de la famille ayant eu un cancer du sein Mère 8 18,60
Sœur 4 9,30
Tante 19 44,20
Grand-mère 3 7,00
Autre 9 20,90
Total 43 100,00
Antécédents personnels de cancer du sein Oui 26 6,50
Non 374 93,50

Connaissances au sujet du cancer du sein et de l’auto-examen des seins

Comme l’illustre le tableau 5, la majorité (n = 368, 92,0 %) des participantes à l’étude pensaient que c’était surtout les femmes qui étaient touchées par le cancer du sein. Plus des trois quarts ont dit que le dépistage précoce augmentait les chances de survie (89,5 %) et que le cancer du sein pouvait être guéri lorsque détecté aux premiers stades de la maladie (89,8 %). Parmi les participantes, 372 (93,0 %) connaissaient les méthodes de dépistage et 393 (98,25 %) avaient entendu parler de l’auto-examen des seins. Environ les deux tiers des participantes ont mentionné que le cancer du sein avait une composante génétique (n =247, 61,75 %) et que les filles devraient commencer à s’auto-examiner dès 20 ans (n = 259, 64,75 %). Plus des trois quarts (87,25 %) ont dit que l’auto-examen des seins devait se faire debout devant un miroir, et 316 (79 %) ont mentionné que le cancer du sein se manifestait souvent sous forme de bosse indolore.

Tableau 5.

Connaissances des professionnelles de la santé au sujet du cancer du sein et de l’auto-examen des seins

Variables Catégories Fréquence Pourcentage
Le cancer du sein touche-t-il plus souvent les femmes ou les hommes? Les femmes 368 92,00
Les deux 32 8,00
Le dépistage précoce du cancer du sein augmente les chances de survie Oui 358 89,50
Non 33 8,25
Je ne sais pas 9 2,25
Le cancer du sein peut être guéri si la maladie est détectée au premier stade Oui 359 89,75
Non 22 5,50
Je ne sais pas 19 4,75
Connaissez-vous des méthodes de dépistage du cancer du sein? Oui 372 93,00
Non/Je sais pas 28 7,00
Avez-vous déjà entendu parler de l’auto-examen des seins? Oui 393 98,25
Non 7 1,75
 Dans les médias de masse, à la télévision, à la radio et dans les magazines Oui 143 35,75
Non 257 64,25
 Par des amies ou des membres de la famille? Oui 89 22,25
Non 311 77,75
 Par des professionnels de la santé? Oui 323 80,75
Non 77 19,25
 Par d’autres personnes? Oui 98 24,50
Non 302 75,50
Le cancer du sein est génétique Oui 247 61,75
Non 118 29,50
Je ne sais pas 35 8,75
Quand devrait-on commencer à pratiquer l’auto-examen des seins? Age > 20 years 259 64,75
Age < 20 years 114 28,50
Je ne sais pas 27 6,75
L’auto-examen des seins doit être fait debout devant un miroir Oui 349 87,25
Non 32 8,00
Je ne sais pas 19 4,75
Le cancer du sein se manifeste généralement sous forme de bosse indolore Yes 316 79,00
No 49 12,25
Je ne sais pas 35 8,75

Dans l’ensemble, 255 (63,75 %) participantes à l’étude possédaient de bonnes connaissances sur le cancer du sein et l’auto-examen des seins (voir la figure 1).

Figure 1.

Figure 1

Niveau de connaissances des professionnelles de la santé sur le cancer du sein et l’auto-examen des seins

Attitude envers l’auto-examen des seins

Plus du quart (338 %) des participantes ont dit être très inquiètes de développer un cancer du sein et 98 (24,5 %) avaient même peur de penser au cancer. Lorsqu’on leur demandait si leur rythme cardiaque s’accélérait lorsqu’il était question de cancer du sein, 106 femmes (26,5 %) ont dit avoir une réaction neutre. Aussi, 119 (29,8 %) restaient neutres lorsqu’on leur demandait si leur risque d’avoir un cancer du sein était élevé.

Pour moins du quart (24,3 %) des participantes, l’idée que le cancer du sein mettrait en péril leur relation avec un petit ami ou un mari ne provoquait pas de réaction et 148 (37,0 %) avaient une perception positive d’elles-mêmes lorsqu’elles pratiquaient l’auto-examen des seins. De plus, 131 femmes (32,8 %) ont dit qu’elles seraient plus à même de détecter des bosses potentiellement cancéreuses dans l’avenir en faisant l’auto-examen, et un peu plus du quart (28,5 %) n’étaient pas d’accord avec l’affirmation selon laquelle elles se mettraient à avoir peur d’avoir le cancer en pratiquant l’auto-examen (n = 106, 26,5 %); elles n’étaient pas non plus d’accord avec l’idée que l’examen prendrait trop de temps (n = 121, 30,3 %). Un tiers (33,3 %) était d’accord pour dire qu’elles seraient capables de détecter une bosse si elles faisaient un auto-examen (tableau 6).

Tableau 6.

Attitude des professionnelles de la santé par rapport à l’auto-examen des seins

Attitude Pas du tout d’accord n (%) Pas d’accord n (%) Neutre n (%) D’accord n (%) Tout à fait d’accord n (%)
J’ai peur d’avoir le cancer du sein 46 (11,5) 39 (9,8) 116 (29,0) 135 (33,8) 64 (16,0)
Mon risque d’avoir le cancer du sein est élevé 75 (918,8) 95 (23,8) 119 (29,8) 80 (20,0) 31 (7,8)
Lorsque je pense au cancer du sein, mon cœur bat plus vite 65 (16,3) 66 (16,5) 105 (26,3) 106 (26,5) 58 (14,5)
J’ai peur de penser au cancer du sein 67 (16,8) 73 (18,3) 97 (24,3) 98 (24,5) 65 (16,3)
Le cancer du sein mettrait en péril ma relation avec mon petit ami ou mon mari 82 (20,5) 67 (16,8) 97 (24,3) 94 (23,5) 60 (15,0)
Lorsque je pratique l’auto-examen des seins, je me sens bien dans mon corps 33 (8,3) 21 (5,3) 103 (25,8) 148 (37,0) 95 (23,8)
Lorsque je fais l’auto-examen tous les mois, je m’inquiète moins au sujet du cancer 37 (9,3) 50 (12,5) 114 (28,5) 134 (33,5) 65 (16,3)
Si je pratique l’auto-examen des seins, cela m’aidera à détecter des bosses qui pourraient se révéler cancéreuses dans l’avenir 36 (9,0) 51 (12,8) 92 (23,0) 131 (32,8) 90 (22,5)
L’auto-examen des seins sera une source d’inquiétude, car j’aurai peur d’avoir le cancer 80 (20,0) 114 (28,5) 88 (22,0) 70 (17,5) 48 (12,0)
Faire l’auto-examen des seins sera gênant pour moi 98 (24,5) 103 (25,8) 106 (26,5) 58 (14,5) 35 (8,8)
L’auto-examen des seins prend trop de temps 115 (28,8) 121 (30,3) 65 (16,3) 62 (15,5) 37 (9,3)
Je suis capable de détecter une bosse en faisant l’auto-examen des seins 45 (11,3) 53 (13,3) 95 (23,8) 133 (33,3) 74 (18,5)
Je suis capable de distinguer les tissus sains des tissus anormaux lorsque je fais l’auto-examen des seins 45 (11,3) 45 (11,3) 80 (20,0) 158 (39,5) 72 (18,0)

Dans l’ensemble, moins de la moitié (46,25 %) des professionnelles de la santé avaient une attitude positive envers l’auto-examen des seins (voir la figure 2).

Figure 2.

Figure 2

Attitude envers l’auto-examen des seins des professionnelles de la santé travaillant au SPHMMC

Pratique de l’auto-examen des seins chez les professionnelles de la santé

Comme le montre le tableau 7, environ les trois quarts (76,25 %) des professionnelles de la santé avaient déjà pratiqué l’auto-examen des seins. Plus de la moitié (64,97 %) l’avaient fait à des fins de dépistage et de traitement précoces, et 132 (42,04 %) faisaient l’examen une fois par mois; 132 (42,04 %) pratiquaient l’auto-examen 5 à 7 jours après leurs menstruations et 110 (25,25 %) avaient été examinées par un médecin.

Tableau 7.

Pratique de l’auto-examen des seins chez les professionnelles de la santé

Items Réponses Fréquence Pourcentage
Avez-vous déjà pratiqué l’auto-examen des seins? Oui 305 76,25
Non 95 23,75
Pourquoi pratiquez-vous l’auto-examen des seins? Antécédents de problèmes aux seins 19 6,05
Peur causée par des cas de cancer dans la famille 19 6,05
Dépistage précoce et traitement rapide 204 64,97
Peur d’avoir le cancer du sein 60 19,11
Autre* 12 3,82
À quelle fréquence pratiquez-vous l’auto-examen des seins? Une fois par semaine 66 21,02
Une fois par mois 132 42,04
Une fois tous les six mois 61 19,43
Une fois par année 35 11,15
Autre** 20 6,37
À quel moment faites-vous l’auto-examen des seins? 5 à 7 jours après les menstruations 132 42,04
2 à 3 jours avant les menstruations 67 21,34
À tout moment pendant le mois 86 27,39
Je ne sais pas 29 9,24
Si vous ne pratiquez pas l’auto-examen des seins, quelles en sont les principales raisons? Je n’ai pas de problèmes aux seins 25 27,78
Je n’ai pas de symptômes aux seins 18 20,00
Je ne sais pas comment faire l’auto-examen des seins 21 23,33
Je ne pense pas que ce soit important 17 18,89
Autre*** 9 10,00
Un médecin vous a-t-il déjà fait un examen des seins? Oui 101 25,25
Non 299 74,75
*

Autre : peur des histoires de cancer vécues par les amies, dépistage du cancer du sein

**

Autre : une fois toutes les deux semaines, une fois tous les deux mois et une fois tous les trois mois

***

Autre : pas de symptômes ou de maladie, manque de connaissances

Facteurs associés à la pratique de l’auto-examen des seins chez les participantes à l’étude

Dans la présente étude, plusieurs variables ont été incluses à l’analyse multivariée par régression logistique binaire, c’està-dire l’âge, le niveau de scolarité, la profession, le revenu, les antécédents familiaux et personnels, l’attitude et les connaissances. La sélection de ces variables était influencée par leur possible association avec la variable dépendante et elles devaient atteindre un seuil pour la valeur p fixé à 0,25. Ce seuil a été choisi pour élargir le champ des facteurs prédictifs potentiels à prendre en compte dans l’analyse, sans se limiter à des critères trop stricts qui risqueraient d’exclure des variables pertinentes.

Dans l’analyse finale de régression logistique multivariée, les variables de l’âge (en années), du revenu mensuel et des connaissances étaient liées à la pratique de l’auto-examen des seins (voir le tableau 8). Les professionnelles de la santé âgées entre 25 et 29 ans étaient 90 % plus susceptibles de pratiquer l’auto-examen comparativement aux femmes de plus de 40 ans [RCA = 0,10; IC à 95 % : 0,01, 0,88]. De la même façon, les professionnelles âgées entre 35 et 39 ans étaient 91 % moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen des seins que celles qui avaient plus de 40 ans [RCA = 0,09; IC à 95 % : 0,01, 0,92].

Tableau 8.

Analyse logistique multivariée des variables caractérisant les professionnelles de la santé travaillant au SPHMMC, Addis Abeba, Éthiopie, 2022

Variables Catégories Rapport de cote brut (IC 95 %) Valeur p Rapport de cote ajusté (IC 95 %) Valeur p
Âge <24 0,10(0,01, 0,87) 0,037 0,14(0,01, 1,49) 0,104
25–29 0,07(0,01, 0,54) 0,010 0,10(0,01, 0,88) 0,039
30–34 0,12(0,02, 0,92) 0,042 0,16(0,02, 1,52) 0,110
35–39 0,10(0,01, 0,84) 0,034 0,09(0,01, 0,92) 0,043
>40 1
Niveau de scolarité Diplôme 1
Baccalauréat 0,83(0,32, 2,17) ,702 1,23(0,42, 3,65) 0,707
Doctorat en médecine ou en médecine dentaire 2,96(0,94, 9,38) 0,065 562560121,30(-,-) 0,999
Maîtrise de sciences ou spécialité 1,22(0,34, 4,45) 0,761 1,89(0,46, 7,83) 0,380
Doctorat ou sousspécialité et plus 538491621,50(-,-) 1,000 202705993508 (-,-) 0,999
Profession Infirmière 1
Sage-femme 2,46(,71, 8,57) 0,157 2,07(0,57, 7,45) 0,268
Médecin 3,09(1,45, 6,56) 0,003 - 0,999
Radiologiste 1,76(,20, 15,38) 0,610 1,47(0,14, 15,04) 0,747
Pharmacienne 0,44(,11, 1,69) 0,233 0,30(0,07, 1,32) 0,111
Laborantine 0,49(,21, 1,17) 0,109 0,56(0,21, 1,48) 0,245
Anesthésiste 0,82(,21, 3,28) 0,780 0,64(0,14, 2,87) 0,561
Autre 0,53(,21, 1,36) 0,185 0,35(0,11, 1,04) 0,060
Revenu <5250 0,131(0,038, 0,46) 0,001 0,19(0,035, 0,996) 0,049
5251–7800 0,118(0,035, 0,40) 0,001 0,16(0,032, 0,78) 0,024
7801–10900 0,131(0,038, 0,46) 0,001 0,18(0,04, 0,83) 0,028
>10901 1
Antécédents personnels Oui 3,97(0,92, 17,13) 0,064 3,71(0,74, 18,60) 0,111
Non 1
Attitude Négative 1
Positive 1,40(0,87, 2,23) 0,064 1,13(0,65, 1,94) 0,663
Connaissances Mauvaises 1
Bonnes 2,32(1,45, 3,71) 0,000 2,08(1,23, 3,53) 0,006

Note. Autre = agente de santé, physiothérapeute, chargée de cours et chargée de cours assistante, 1 désigne le groupe de référence

En ce qui concerne le revenu mensuel, les professionnelles de la santé qui gagnaient moins de 5 250 birrs étaient 81 % moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen des seins que celles qui gagnaient plus de 10 901 birrs [RCA = 0,19; IC 95 % : 0,035, 0,996]. Les professionnelles dont le revenu se situait entre 5 251 et 7 800 birrs étaient 84 % moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen des seins comparativement à celles qui gagnaient plus de 10 901 birrs [RCA = 0,16; IC 95 % : 0,032, 0,78]. De la même façon, les professionnelles de la santé au revenu se situant entre 7 801 et 10 900 birrs étaient 82 % moins susceptibles de pratiquer l’auto-examen comparativement au groupe gagnant plus de 10 901 birrs [RCA = 0,18; IC 95 % : 0,04, 0,83].

Enfin, les professionnelles de la santé qui possédaient de bonnes connaissances au sujet du cancer et de l’auto-examen des seins étaient 2,08 fois plus susceptibles de s’auto-examiner comparativement à celles qui n’avaient que peu de connaissances [RCA = 2,08; IC 95 % : 1,23, 3,53].

DISCUSSION

L’objectif de la présente étude était d’évaluer la pratique de l’auto-examen des seins et les facteurs associés chez le personnel de santé féminin de l’hôpital St. Paul’s Millennium Medical College. Les résultats montrent que 63,75 % des participantes à l’étude avaient une bonne connaissance du cancer du sein et de l’auto-examen. Les résultats obtenus concordent avec ceux d’une étude réalisée à l’Arab American University, selon laquelle 15,5 % des personnes interrogées avaient une bonne connaissance générale de l’auto-examen des seins; des données recueillies au Viêtnam indiquent que 22,7 % des femmes possédaient une connaissance suffisante de l’auto-examen des seins (Tuyen et al., 2019). Les conclusions de la présente étude vont également dans le même sens que ceux d’une recherche menée en Éthiopie par Degefu and Sileshi, qui a montré que 26,7 % des professionnelles de la santé avaient des connaissances suffisantes sur l’auto-examen des seins (Degefu et Sileshi, 2019). Faisant contraste aux résultats de la présente étude, une revue systématique réalisée en Inde a conclu que 69 % des participants avaient de bonnes connaissances (Gupta et al., 2020). Cet écart peut être dû à des différences sociodémographiques, à des facteurs culturels variés et au milieu choisi pour conduire l’étude.

Dans la présente étude, 46,25 % des répondantes au sondage avaient une attitude positive par rapport à l’auto-examen des seins. Ces résultats font écho à ceux d’une étude indienne ayant obtenu un taux d’attitude positive par rapport à l’auto-examen des seins de 32 % (Gupta et al., 2020). Toutefois, les résultats de la présente recherche sont largement inférieurs à ceux de travaux réalisés en Arabie saoudite, où le taux était de 64,01 % (Alomair et al., 2020). Les résultats de la présente étude contredisent ceux de travaux éthiopiens dans lesquels 49,7 % des personnes participantes avaient une attitude positive (Degefu et Sileshi, 2019) et d’une autre étude menée dans la ville de Debre Tabor, où 77,4 % des travailleuses avaient une attitude positive envers l’auto-examen des seins (Dagne et al., 2019). Cette différence pourrait être due à des facteurs socioéconomiques, de même qu’au fait que les études n’ont pas été réalisées dans les mêmes régions.

La présente étude indique que 76,25 % des professionnelles de la santé pratiquent l’auto-examen des seins. Dans la même veine, des données provenant d’une revue systématique et d’une méta-analyse produite en Éthiopie montrent que la prévalence combinée de la pratique de l’auto-examen des seins parmi les travailleuses de la santé est de 56,31 % (Mekonnen, 2020). La présente étude en arrive également aux mêmes constats que Gambella, c’est-à-dire à une proportion de 42,9 % de pratique de l’auto-examen (Degefu et Sileshi, 2019). D’autres études ont produit des résultats variés : Dire Dawa (38,2 %; Dagne et al., 2019), zone Ouest Shewa (32,6 %; Shallo et Boru, 2019), ville d’Adwa (6,5 %; Abay et al., 2018), Debre Tabor (32,5 %; Dagne et al., 2019) et zone Ouest Godjam (37 %; Azage et al., 2013). Il est difficile de déterminer la cause de ces différences, mais elles pourraient être attribuables à des facteurs économiques, aux niveaux de connaissances et aux pratiques culturelles.

Selon la présente étude, l’âge, le revenu mensuel et les connaissances sur l’auto-examen étaient tous associés à la pratique de l’auto-examen. En gros, les jeunes femmes ne pratiquaient pas l’auto-examen des seins aussi fréquemment que leurs collègues plus âgées, peut-être parce qu’elles ne considéraient pas que le cancer du sein était un risque à leur âge. Les résultats de la présente étude concordent avec les observations d’une étude nigériane, qui a montré une relation positive entre l’âge et la pratique de l’auto-examen des seins (Sani et Naab, 2014); de même, des résultats obtenus à Jimma, dans le sud-ouest de l’Éthiopie, ont mis au jour une association significative entre l’âge et l’auto-examen des seins (Terfa et al., 2020). Toutefois, une étude menée au Ghana a observé une baisse de la pratique de l’auto-examen des seins avec l’âge (Dadzi et Id, 2019).

En ce qui concerne le revenu, les professionnelles de la santé qui gagnaient le moins étaient celles qui pratiquaient aussi le moins l’auto-examen, ce que confirme une autre étude réalisée dans le sud-ouest de l’Éthiopie, qui a montré une association significative entre le revenu mensuel et la pratique de l’auto-examen des seins (Terfa et al., 2020). La cause de cette association demeure toutefois incertaine.

Enfin, les personnes possédant moins de connaissances sur l’auto-examen des seins étaient moins susceptibles de le mettre en pratique. Une étude palestinienne a elle aussi conclu que le manque de connaissances constituait l’un des principaux obstacles à la pratique de l’auto-examen des seins (Baloushah et al., 2020). De la même façon, des études réalisées à Debre Tabor et Jimma ont établi l’existence d’une association significative entre les connaissances sur l’auto-examen des seins et sa mise en pratique (Dagne et al., 2019; Terfa et al., 2020).

Limites et forces de l’étude

L’étude présentait certaines limites qui ont pu influencer les résultats. D’abord, les participantes ont peut-être surestimé ou sous-estimé la fréquence de leur pratique d’auto-examen à cause d’un phénomène appelé « biais rétrospectif ». Ensuite, l’étude examine uniquement le lien entre l’exposition aux facteurs de risque et la pratique de l’auto-examen, mais ne s’attarde pas à la causalité et au niveau de pratique. Malgré ses failles, la présente étude est la première à être réalisée dans un hôpital avec un échantillon de taille suffisante, et elle soulève des questions qui orienteront les recherches à venir.

CONCLUSION

Selon l’étude, le taux de pratique de l’auto-examen des seins est de 76,25 % dans la population à l’étude. L’âge, le revenu mensuel et les connaissances sur l’auto-examen des seins présentent une association statistiquement significative avec la pratique de l’auto-examen. Il serait utile de procéder à une étude exhaustive à l’échelle nationale qui évaluerait les pratiques de dépistage du cancer du sein chez les femmes de la communauté en général afin de créer une campagne de sensibilisation; une étude longitudinale permettrait aussi d’améliorer tous les aspects des pratiques de dépistage.

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Articles from Canadian Oncology Nursing Journal are provided here courtesy of Canadian Association of Nurses in Oncology

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