Les anticorps bispécifiques sont des agents thérapeutiques novateurs qui sollicitent le système immunitaire pour éradiquer le cancer
Contrairement aux anticorps monoclonaux, les anticorps bispécifiques se lient simultanément à 2 antigènes différents1, dirigeant ainsi les lymphocytes T vers les cellules cancéreuses pour y exercer un effet cytotoxique destructeur1. On les utilise en monothérapie dans le traitement des tumeurs récidivantes ou réfractaires, notamment le lymphome, le myélome multiple et les tumeurs solides (annexe 1, accessible en anglais au www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.241384/tab-related-content).
Les anticorps bispécifiques ont des effets indésirables uniques et dangereux
Le syndrome de relargage de cytokines (SRC) et le syndrome de neurotoxicité associé aux cellules immunitaires effectrices (ICANS) sont 2 effets toxiques uniques des anticorps bispécifiques2. Ils peuvent survenir simultanément ou indépendamment l’un de l’autre; leur risque de survenue est au plus haut dans les 48 heures du premier cycle de traitement. Leur gravité se mesure sur une échelle de 1 à 43 et celle-ci oriente la prise en charge. Les 2 affections sont réversibles si elles sont rapidement décelées et prises en charge2.
Le SRC est causé par une libération excessive de cytokines pro-inflammatoires
Les personnes atteintes présentent une fièvre, une hypotension, une hypoxie et, dans de rares cas, une défaillance multiviscérale. Le syndrome peut être difficile à distinguer du sepsis. Son incidence varie en fonction des anticorps bispécifiques et du sous-type de la maladie. La plupart des cas de SRC sont de faible grade (1 et 2) et surviennent chez jusqu’à 50 % des patients. Les cas de grade élevé (3 et 4) sont rapportés chez 1 %–7 % des patients2. Le SRC de faible grade est traité à l’aide d’acétaminophène. En présence d’une fièvre réfractaire ou de réactions de grade élevé, des anticytokines (tocilizumab) et des corticostéroïdes (dexaméthasone) sont ajoutés au traitement. La collaboration rapide de spécialistes est essentielle pour orienter la prise en charge.
L’ICANS est provoqué par une perturbation de la barrière hématoencéphalique causée par une accumulation de cytokines inflammatoires dans le système nerveux central
La présentation de ce syndrome neurologique se caractérise par des céphalées, une confusion et, dans de rares cas, des convulsions et une altération de l’état de conscience. Il survient chez 1 %–8 % des personnes traitées par des anticorps bispécifiques2,4. L’ICANS de faible grade se traite au moyen de corticostéroïdes, qui sont administrés à des doses élevées en présence de réactions de haut grade.
D’autres effets toxiques peuvent se produire en concomitance avec le SRC et l’ICANS
L’immunosuppression, la poussée tumorale, le syndrome de lyse tumorale et la cytopénie sont quelques-uns des autres effets toxiques associés aux anticorps bispécifiques. Leurs manifestations cliniques peuvent chevaucher celles du SRC et de l’ICANS, et leur traitement simultané s’impose. Des infections bactériennes, virales et fongiques atypiques sont également fréquentes malgré l’administration d’antimicrobiens en prophylaxie4.
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Supplementary Information
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.241384
Footnotes
Intérêts concurrents : Hira Mian signale avoir reçu des subventions de recherche de Janssen et de Pfizer, avoir touché des honoraires de Pfizer, de Bristol Myers Squibb (BMS), de Janssen, de Takeda, d’AbbVie, de Regeneron et de Sanofi, et être membre de conseils consultatifs chez Pfizer et Sanofi. Gwynivere Davies déclare avoir reçu une subvention de recherche de la Hamilton Health Sciences Foundation et des honoraires d’AstraZeneca, de Roche, d’AbbVie et de Janssen. Amaris Balitsky indique avoir reçu des subventions de recherche de Novartis, des honoraires de consultation de Sobi, de BMS et de Kite/Gilead, ainsi que des honoraires de BeiGene et de Kite/Gilead. Aucun autre intérêt concurrent n’a été déclaré.
Cet article a été révisé par des pairs.
Traduction et révision : Équipe Francophonie de l’Association médicale canadienne
Références
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