RÉSUMÉ
Un programme pilote de rééducation sensitive pour les neuropathies périphériques induites par la chimiothérapie (NPIC) a été développé par une ergothérapeute d’un centre de cancérologie du Québec. Inspiré de la méthode de rééducation sensitive de la douleur (MRSD) de Spicher (2003) pour les cas de traumas nerveux, ce programme novateur dans le contexte oncologique s’adresse aux personnes présentant des douleurs ou des inconforts neuropathiques au niveau des mains ou des pieds. Le programme comporte un volet de rééducation sensitive et un volet d’exercices physiques. Il vise à diminuer les symptômes neuropathiques et à améliorer les capacités fonctionnelles et la qualité de vie. Les résultats sont prometteurs chez les personnes qui ont une prise en charge rapide, s’engagent activement et montrent une assiduité dans la mise en place des recommandations. D’autres études sont toutefois nécessaires pour étayer la validité d’un tel programme auprès de cette clientèle.
La neuropathie périphérique correspond à un trouble fonctionnel caractérisé par l’atteinte d’un nerf ou de plusieurs nerfs périphériques qui véhiculent les informations vers le cerveau ou la moelle épinière (Cavalli et al., 2019). Elle apparaît lorsque la fonction nerveuse permettant de contrôler les nerfs sensitifs, moteurs ou autonomes est affectée. Les conditions et les états pathophysiologiques qui déterminent l’apparition des neuropathies périphériques sont nombreux et hétérogènes (troubles métaboliques, infections virales, maladies auto-immunes, etc.) et les symptômes qu’elles génèrent dépendent des nerfs affectés et de la gravité des dommages (Cavalli et al., 2019; Colloca et al., 2017; Streckmann et al., 2022).
Chez les personnes atteintes d’un cancer, les douleurs neuropathiques sont des complications invalidantes fréquentes (Bennett et al., 2019; Edwards et al., 2019; Taïb et al., 2020). De fait, on évalue qu’environ 20 % des douleurs cancéreuses sont d’origine purement neuropathique (Bennett et al., 2012). Elles résultent d’une atteinte directe du système nerveux causée par une tumeur primaire ou des métastases. Elles peuvent aussi être consécutives au traitement contre le cancer comme tel, donc être causées par la radiothérapie, la chimiothérapie ou l’intervention chirurgicale (Bennett et al., 2012; Edwards et al., 2019; Pachman et al., 2013). Les symptômes que produisent les neuropathies sont souvent débilitants et difficiles à traiter, et peuvent devenir chroniques (Streckmann et al., 2022). Dans le cadre du présent article, nous nous intéressons spécifiquement aux neuropathies induites par la chimiothérapie (NPIC). Certains médicaments utilisés pour la chimiothérapie, par exemple les sels de platine, les alcaloïdes de la pervenche, les taxanes et le bortézomib peuvent modifier ou abîmer les terminaisons nerveuses et les nerfs périphériques (sensoriels, moteurs et autonomes) (Banach et al., 2016; Bennett et al., 2019; Huemer et al., 2022). Cette neurotoxicité provoque des NPIC qui entraînent des troubles somato-sensoriels (Staff et al., 2017). Chez les personnes atteintes de NPIC, les symptômes sont généralement plus sensoriels que moteurs ou autonomes et davantage au niveau des pieds et des mains (Streckmann et al., 2022). Ils se manifestent sous diverses formes : picotements, engourdissements, fourmillements, etc. Les NPIC peuvent également entraîner de l’allodynie,1 c’està-dire des symptômes douloureux comme des sensations de piqûre, de brûlure, de décharge électrique ou d’élancement. Une perte de sensation du chaud ou du froid peut également se produire (Morier et al., 2019). Les NPIC débutent souvent au niveau des extrémités des pieds et des mains de façon bilatérale et peuvent s’étendre jusqu’en proximal et au tronc. La plupart du temps, les symptômes commencent dans les deux premiers mois du traitement, s’aggravent au fur et à mesure que le traitement progresse, puis se stabilisent peu après son arrêt (Pachman et al., 2013). Toutefois, ils peuvent aussi persister longtemps après le dernier traitement (Edwards et al., 2019; Streckmann et al., 2022; Yoon et Oh, 2018). La persistance dans le corps de l’effet neurotoxique de la chimiothérapie et le développement de NPIC représentent une complication majeure (Taïb et al., 2020). Une revue systématique incluant 31 études portant sur la prévalence des NPIC et regroupant les données de 4 179 patients révèle que celles-ci affectent 70 % des personnes ayant terminé leur traitement de chimiothérapie depuis trois mois, et que 30 % d’entre elles présentent encore des NPIC six mois après la fin du traitement (Seretny et al., 2014). Dans le même sens, la revue systématique de Mols et collaborateurs (2014) portant sur 25 études se penchant sur les liens entre les NPIC et la qualité de vie des patients atteints de différentes formes de cancers (poumon, colorectal, ovaires, sein, sang, etc.) montre que chez 30 % d’entre eux, les NPIC représentent la condition liée à la maladie considérée comme la plus invalidante dans leur vie quotidienne. Bien que la gravité globale des NPIC diminue et que la conduction sensorielle s’améliore généralement avec le temps, la récupération est souvent incomplète. Cela peut avoir un impact considérable sur la qualité de vie et les occupations quotidiennes des personnes atteintes. Les symptômes qui persistent altèrent l’état psychologique, affectent le sommeil, la capacité motrice et l’autonomie dans les activités de la vie quotidienne, et compromettent le retour au travail et le bien-être général (Mols et al., 2014).
Il n’existe actuellement aucune stratégie efficace de prévention des NPIC, et leur traitement demeure limité en raison de leur caractère incurable et difficilement évaluable (Cavalli et al., 2019; Hershman et al., 2014; Morier et al., 2019; Pachman et al., 2013; Streckmann et al., 2022; Taïb et al., 2020). Plusieurs études rapportent que la plupart des traitements médicamenteux disponibles pour contrer les douleurs neuropathiques ont une efficacité modérée et présentent des effets secondaires (somnolence, étourdissements, troubles de concentration, maux de tête, fatigue, etc.) qui limitent leur utilisation (Banach et al., 2016; Cavalli et al., 2019; Colloca et al., 2017; Jones et al., 2016). Qui plus est, l’intensité des symptômes est souvent sous-évaluée, notamment parce qu’il s’agit d’un phénomène perceptuel subjectif, et que son étiologie est mal comprise (Cavalli et al., 2019). La difficulté pour le corps médical d’identifier correctement le mécanisme de la douleur impliqué et la prise en charge inappropriée qui s’ensuit sont ainsi particulièrement préoccupantes lorsqu’il s’agit de traiter les personnes qui souffrent de NPIC (Banach et al., 2016; Yoon et Oh, 2018). La gestion médicamenteuse des symptômes neuropathiques est donc souvent inefficace chez de nombreuses personnes atteintes ou survivantes2 d’un cancer (Bennett et al., 2012; Edwards et al., 2019; Huemer et al., 2022; Yoon et Oh, 2018). Il existe toutefois d’autres façons d’atténuer les paresthésies et les allodynies occasionnées par les NPIC, par exemple les approches psychocomportementales, les neurostimulations électriques, ou les approches de réadaptation (rééducation motrice, suppléance avec orthèses, aides techniques, etc.) (Bennett et al., 2019). D’autres interventions, notamment l’acupuncture, l’exercice physique, la relaxation, les massages ou l’imagerie mentale ont aussi montré des résultats préliminaires positifs tels que la diminution de l’anxiété et l’amélioration des fonctions physiques et mentales (proprioception, peur de bouger pour ne pas déclencher la douleur, etc.) et le bienêtre en général (Huemer et al., 2022; Pachman et al., 2013). Cependant, des études à plus grande échelle sont nécessaires pour confirmer leur efficacité.
La méthode de rééducation sensitive de la douleur
La méthode de rééducation sensitive de la douleur (MRSD) développée par Claude Spicher (2003) a montré des résultats prometteurs dans les cas de traumas nerveux. Cette méthode consiste à évaluer, puis à traiter les douleurs somesthésiques, pour ensuite se concentrer sur la réduction de l’hypoesthésie sous-jacente aux douleurs neuropathiques spontanées (à caractère électrique, de type brûlures, etc.) ou provoquées (allodynie mécanique). L’entraînement par stimulation tactile favorise la neuroplasticité adaptative du système nerveux en contribuant à la formation d’un nouveau trajet nerveux qui contourne le trajet défectueux responsable des symptômes désagréables ou douloureux. Il s’agit d’une méthode non invasive fondée sur le concept novateur de la plasticité neuronale adaptative du système nerveux somatosensible et sur le renversement de certains mécanismes de sensibilisation, même de nombreuses années après l’apparition des troubles (Spicher et al., 2020). Bien que cette pratique soit encore peu connue au Québec, la rééducation sensitive est de plus en plus utilisée par les équipes cliniques de réadaptation, en concomitance avec d’autres approches, pour traiter les douleurs neuropathiques découlant de blessures ou de lésions nerveuses. Toutefois, cette méthode ne semble pas avoir été expérimentée dans un contexte spécifique de NPIC.
C’est devant ces constats qu’en 2019, une ergothérapeute d’un centre de cancérologie du Québec s’est mise à explorer et à expérimenter un programme de rééducation sensitive auprès de la clientèle suivie en oncologie présentant des NPIC, basé en partie sur la MRSD de Spicher (2003). Les objectifs du programme étaient de : 1) Vérifier si la MRSD, qui s’est révélée prometteuse auprès d’une clientèle neurologique présentant des lésions nerveuses, pouvait se démontrer efficace pour les NPIC; 2) Diminuer les symptômes douloureux ou désagréables occasionnés par les NPIC; 3) Améliorer les capacités fonctionnelles/occupationnelles et la qualité de vie des personnes suivies en oncologie.
Cet article fait état des résultats obtenus à la suite de l’exploration de la méthode de rééducation sensitive auprès de personnes présentant des NPIC suivies dans un centre de cancérologie au Québec.
Le programme de rééducation sensitive des NPIC
L’adaptation de la méthode de rééducation sensitive proposée pour traiter les NPIC a été entièrement pensée et conçue par l’ergothérapeute de l’équipe de réadaptation du centre de cancérologie. Celle-ci s’est fondée sur une importante collecte des données sur les NPIC, les besoins des personnes atteintes de cancer, et le rôle et les champs d’intervention de l’ergothérapeute dans le domaine de la cancérologie. Elle s’est également appuyée sur des échanges et du mentorat entre collègues concernant la MRSD de Spicher (2003) et la faisabilité de cette approche pour les personnes présentant des NPIC. Le programme s’adressait à toute personne suivie en oncologie au centre de cancérologie qui présentait des NPIC ou de l’allodynie au niveau des mains ou des pieds qui souhaitait s’engager dans un processus de rééducation sensitive. Les références provenaient de l’équipe multidisciplinaire (infirmières pivots, médecins spécialistes, travailleurs sociaux, etc.) du centre de cancérologie. Le programme se voulait simple et facile à appliquer, mais il impliquait une discipline quotidienne de la part de la personne de même qu’un engagement sur une période de quelques mois. Il avait l’avantage de pouvoir être fait à domicile et de façon autonome. La durée du programme était tributaire du degré d’atteinte des NPIC, du temps écoulé depuis l’apparition des premiers symptômes et surtout de l’assiduité de la personne dans l’application des recommandations. Une évaluation de l’esthésiographie des territoires atteints et de la sensibilité cutanée, grâce à une cartographie du seuil de perception de la pression (SPP), était préalablement réalisée par l’ergothérapeute qui proposait par la suite un programme adapté aux besoins de la personne. Un suivi régulier des participants a permis de s’assurer de la bonne mise en œuvre du programme, d’évaluer les améliorations perçues et d’apporter des ajustements au besoin. Il importe toutefois de préciser qu’entre les mois de mars et de juin 2020, la pandémie a limité les rencontres en présentiel. Pour être en mesure de documenter objectivement les symptômes, le questionnaire de la douleur de Saint-Antoine (QDSA)3 a été utilisé à distance.
Le programme de rééducation sensitive pour les NIPC s’est progressivement développé grâce entre autres à sa popularité grandissante générée par ses effets très prometteurs auprès des personnes atteintes de cancer qui seront présentés dans la section résultats. D’ailleurs, son succès a amené une augmentation des références en ergothérapie, entraînant de ce fait la nécessité de mieux cibler les participants potentiels, entre autres en regard de leur intérêt, de leur désir d’engagement et de leur niveau de motivation pour la mise en place du programme de rééducation sensitive. Le processus d’admission et de suivi des personnes se trouve à l’Annexe I.
Le programme comprend deux volets, soit un volet rééducation sensitive de la ou des zones cutanées affectées et un volet exercices physiques. Le volet rééducation sensitive4 avec sa thérapie du Touche-à-tout (TAT) (Spicher et al., 2020) est un élément de la réadaptation. Il s’agit, dans cette thérapie spécifique, de stimuler la peau avec diverses textures, puis de comparer les sensations à celles d’une zone saine. Les exercices de stimulation tactile permettent au cerveau de réapprendre les sensations agréables dans la zone sensitive affectée. Ce volet comprend également des conseils et recommandations pour favoriser une intégration optimale des stimuli sensoriels au quotidien et soulager certains symptômes. Ils concernent, par exemple, la manipulation d’objets, le toucher de différentes textures, la marche pieds nus ou les bains d’eau chaude pour les pieds. Le volet exercices physiques comprend la mise en place d’exercices physiques permettant de travailler la proprioception, la mobilité des membres inférieurs et supérieurs, la motricité fine, l’équilibre, le patron de marche, la mobilité articulaire ou encore la force musculaire. Le programme a été développé de façon évolutive entre 2019 et 2021, et plusieurs documents ont été élaborés pour les participants : informations sur les NPIC, la neuroplasticité et la méthode TAT (dont des conseils et des recommandations), tableau de suivi quotidien, et mise en place de critères d’engagement. Compte tenu de l’augmentation des demandes de référence pour la rééducation sensitive des NPIC – et afin de permettre une prise en charge accélérée des personnes atteintes de cancer sur la liste d’attente – un kinésiologue s’est joint au programme à l’hiver 2022. Il prend dorénavant en charge le volet réadaptation physique de la clientèle référée et évalue l’engagement de la personne dans le programme tandis que l’ergothérapeute poursuit le volet rééducation sensitive.
RÉSULTATS
Participants
Au total, 41 personnes âgées de 33 à 80 ans (âge médian de 66 ans), soit 28 femmes et 13 hommes ayant reçu des traitements de chimiothérapie et présentant des symptômes de NPIC d’intensité variable aux mains ou aux pieds, ont été aiguillées vers le programme de rééducation sensitive entre le mois de décembre 2019 et le mois de mars 2022. De ce nombre, cinq participants présentaient des difficultés cognitives légères à modérées et six ont dû interrompre prématurément leur participation en raison d’un état de santé devenu précaire avec pronostic vital engagé. Ces personnes sont décédées dans les quatre à sept mois suivant leur admission au programme. Sur 41 participants, 35 ont donc complété le programme à leur satisfaction.5 Le tableau 1 présente la description détaillée des personnes à qui on avait initialement recommandé le programme pilote de rééducation sensitive.
Tableau 1.
Caractéristiques des participants aiguillés vers le programme pilote de rééducation sensitive (N = 41)
| Caractéristiques | Nombre (n) | Pourcentage (%) | |
|---|---|---|---|
| Sexe | Féminin | 28 | 68,3 |
| Masculin | 13 | 31,7 | |
| Âge | < 40 ans | 2 | 4,9 |
| 41 à 50 ans | 7 | 17,1 | |
| 51 à 60 ans | 5 | 12,2 | |
| 61 à 70 ans | 17 | 41,4 | |
| > 71 years | 10 | 24,4 | |
| Types de cancer | Sein | 12 | 29,2 |
| Colorectal | 7 | 17,1 | |
| Pancréas | 6 | 14,6 | |
| Digestif | 5 | 12,2 | |
| Lymphomes | 4 | 9,8 | |
| Poumons | 2 | 4,9 | |
| Ovaires | 2 | 4,9 | |
| Prostate | 2 | 4,9 | |
| Vessie | 1 | 2,4 | |
| Niveau d’engagement dans le programme | Très haut niveau d’engagement (4x/jour et + sur une période minimale de 3 à 6 mois) | 5 | 12,2 |
| Bon niveau d’engagement (3 à 4x/jour sur une période minimale de 3 à 6 mois) | 14 | 34,1 | |
| Niveau moyen d’engagement (2 à 3x/jour sur une période de 3 mois et moins) | 11 | 26,8 | |
| Faible niveau d’engagement (- de 2x/jour sur une période de 3 mois et moins) | 4 | 9,8 | |
| Désistement en cours de programme | 7 | 17,1 |
La section suivante présente trois cas de personnes qui ont participé au programme de rééducation sensitive. La discussion qui suivra permettra de faire état des principaux constats en regard de ces trois présentations de même que des observations cliniques réalisées lors de l’expérimentation.
Présentation de cas no 1 : Très haut niveau d’engagement
Il s’agit d’une dame âgée de 67 ans ayant reçu un diagnostic de cancer du poumon en 2019, avec récidive en 2020. La dame a reçu un traitement de chimiothérapie intraveineuse combiné à un traitement médicamenteux (cessé en février 2020). Le programme de rééducation sensitive lui a été recommandé en juin 2020, 4 mois après la fin de ses traitements.
Symptômes
Pendant l’évaluation initiale de la sensibilité cutanée, elle signale un inconfort plus grand au niveau des pieds (sensations de coussin sous les pieds et de raideur dans les orteils) qu’au niveau des mains (sensations d’engourdissements avec une diminution de la sensibilité, sensations de mains et de doigts gelés). L’esthésiographie montre une hypoesthésie au niveau des pieds et des mains avec un seuil de perception de la pression (SPP) moyen à la face plantaire de 9,6 g, avec un minimum à 3,6 g et un maximum à 15,0 g (normalité à 0,2 g) et de 3,5 g à la face dorsale des pieds avec un minimum à 1,8 g et un maximum à 5,2 g (normalité à 0,4 g). Il est de 1,2 g à la face palmaire avec un minimum à 0,7 g et un maximum à 2,4 g (normalité à 0,2 g) et de 1,9 g à la face dorsale des mains avec un minimum à 0,6 g et un maximum à 3,2 g (normalité à 0,4 g).
Niveau d’engagement
La dame est très motivée dès le début du programme. Elle fait preuve d’une grande assiduité dans la mise en place des exercices de rééducation sensitive et montre un niveau d’engagement très élevé. Elle met en place la thérapie du TAT et les recommandations de l’ergothérapeute (marcher sur différentes textures, rouler une balle sous les pieds, pratiquer la dextérité fine au niveau des mains, etc.) à raison de 4 fois par jour sur plusieurs mois. Après trois mois, le programme d’exercices physiques est intégré au programme de rééducation sensitive des NPIC (écartement des doigts, rotation des poignets, pointage des orteils, etc.).
Résultats
Après un mois de rééducation sensitive, la dame note déjà une amélioration subjective de 50 % des sensations désagréables au niveau des pieds et des orteils et de 80 % au niveau des mains et des doigts. La réévaluation après 3 mois du SPP à la face plantaire présente une moyenne de 2,0 g, avec un minimum à 1,5 g et un maximum à 2,4 g, et est de 0,6 g à la face dorsale des pieds avec un minimum à 0,4 g et un maximum à 0,7 g. Le SPP moyen à la face palmaire est de 0,6 g avec un minimum à 0,2 g, ce qui correspond au seuil de normalité et un maximum à 1,2 g. La face dorsale de la main a retrouvé une sensibilité dans la normalité, soit à 0,2 g. Après quinze mois, elle rapporte ne presque plus ressentir d’inconforts au niveau des mains et des pieds et avoir retrouvé une sensibilité normale. Elle se dit très satisfaite des résultats et décide, d’un commun accord avec l’ergothérapeute, de mettre fin à sa participation au programme.
Présentation de cas no 2 : Bon niveau d’engagement
Il s’agit d’un jeune homme de 33 ans qui a reçu un diagnostic de cancer de l’estomac en 2019. Il a reçu un traitement de chimiothérapie orale sur une période de sept mois (8 cycles). On lui recommande le programme de rééducation sensitive plusieurs mois après la fin de son dernier traitement, en novembre 2020.
Symptômes
Pendant l’évaluation initiale de la sensibilité cutanée, il rapporte une sensation d’engourdissements, de picotements et de froideur au niveau des pieds. Il ne mentionne aucun symptôme désagréable au niveau des mains. L’esthésiographie révèle une hypoesthésie au niveau des pieds avec un SPP moyen à la face plantaire de 2,5 g, avec un minimum à 1,2 g et un maximum à 5,5 g (normalité à 0,2 g) et de 1,7 g à la face dorsale des pieds avec un minimum à 1,2 g et un maximum à 2,1 g (normalité à 0,4 g).
Niveau d’engagement
Le jeune homme démontre un bon niveau d’engagement pour le TAT, qu’il effectue à raison de 3 fois par jour sur une période de trois mois. Il intègre aussi quotidiennement des bains d’eau chaude pour atténuer la sensation de pieds froids. Il ne souhaite pas ajouter d’exercices physiques à son programme puisqu’il est déjà très actif et s’entraîne en salle plusieurs fois par semaine.
Résultats
Après trois mois de rééducation sensitive, il rapporte une diminution subjective de 80 à 85 % des sensations désagréables aux pieds. La réévaluation du SPP à la face plantaire présente une moyenne de 1,3 g avec un minimum à 0,2 g, ce qui correspond au seuil de normalité, et un maximum à 3,6 g. La face dorsale du pied a retrouvé une sensibilité dans la normalité, soit à 0,2 g. Il met fin à son suivi après trois mois de participation au programme, se disant satisfait des résultats et souhaitant concentrer ses énergies sur un retour au travail.
Présentation de cas no 3 : Niveau d’engagement moyen
Il s’agit d’un homme de 71 ans qui présente une leucémie (lymphome de Burkitt) depuis le mois de novembre 2020. Il a reçu une chimiothérapie intrathécale combinée à un traitement médicamenteux (cessé en septembre 2021). On lui recommande le programme de rééducation sensitive en novembre 2021, deux mois après la fin de son dernier traitement.
Symptômes
Pendant l’évaluation initiale de la sensibilité cutanée, il rapporte des douleurs au dos qui seraient apparues avec la chimiothérapie. La douleur augmente en position debout statique. Il mentionne également un inconfort au niveau des mains (bout des doigts glacés, diminution de la dextérité) et des douleurs aux pieds et aux jambes (impression de marcher sur des galets, hypersensibilité au froid, rigidité au niveau des chevilles, élancements dans les jambes au coucher). L’homme présente une déformation articulaire des orteils (orteils en marteau) ce qui pourrait dissimuler des troubles musculosquelettiques, mais aucun diagnostic précis n’est établi. Il présente aussi une faiblesse musculaire importante, un équilibre précaire et des troubles du sommeil. L’esthésiographie montre une hypoesthésie au niveau des pieds, des mains et des jambes avec un SPP moyen à la face plantaire de 32,5 g, avec un minimum à 4 g et un maximum à 100 g (normalité à 0,2 g) et de 5 g pour la face dorsale des pieds avec un minimum à 2 g et un maximum à 15 g (normalité à 0,4 g). Il est de 2 g pour les jambes avec un minimum à 0,7 g et un maximum à 4 g (normalité à 0,7 g). Les faces palmaire et dorsale des mains n’ont pas pu être évaluées.
Niveau d’engagement
L’homme est très motivé à effectuer les exercices de stimulation sensorielle recommandés. Toutefois, des difficultés cognitives et un ralentissement psychomoteur, possiblement consécutifs à la prise du médicament Lyrica, limitent son niveau de compréhension et de rétention d’information. Il est suivi sur une période de 7 mois, mais la mise en place des exercices physiques et du TAT demeure ardue et requiert un niveau d’encadrement important. Il parvient à intégrer quelques recommandations thérapeutiques 2 à 3 fois par semaine (marcher pieds nus et bains d’eau chaude) les deux premiers mois, qu’il abandonne par la suite. Il dort toutefois avec des bas de laine d’alpaga toutes les nuits.
Résultats
Selon l’homme, les symptômes demeurent sévères au niveau de la face plantaire des pieds, mais son sommeil s’est amélioré depuis qu’il porte des bas de laine la nuit et prend des bains d’eau chaude pour les pieds, les élancements dans les jambes étant moins présents au coucher. Il ne perçoit aucune autre amélioration, mais les résultats de l’esthésiographie sont plus significatifs que ce qu’il rapporte. La réévaluation à sept mois du SPP à la face plantaire présente une moyenne de 3 g, avec un minimum à 0,7 g et un maximum à 10 g. Au niveau de la face dorsale des pieds, le SPP moyen est à 0,7 g pour le pied gauche et de 0,4 g pour le pied droit. Il est de 0,7 g pour les jambes, ce qui correspond au seuil de normalité. Le facteur articulaire attribuable aux orteils en marteau pourrait expliquer une persistance de la douleur au niveau des pieds. Une participation partielle au programme et un désengagement graduel l’amènent à mettre fin au suivi après sept mois.
Principaux constats
Quatre principaux constats émergent des observations cliniques : 1) l’assiduité au programme est la clé de sa réussite; 2) certains facteurs influencent le niveau d’engagement; 3) certains facteurs influencent le potentiel de récupération; 4) une prise en charge rapide au programme de rééducation sensitive permet de limiter la chronicité des symptômes.
Premier constat : L’assiduité au programme est la clé de sa réussite
Les résultats les plus significatifs ont été obtenus chez les participants ayant démontré un haut degré de motivation, d’implication et d’assiduité dans le programme pilote de rééducation sensitive. Au début de sa mise en place, une plus grande flexibilité relative à la fréquence recommandée des exercices du TAT (2 à 4 fois/jour) était accordée. Toutefois, il a rapidement été observé que les résultats les plus concluants étaient obtenus chez les participants qui avaient intégré les exercices dans leur routine quotidienne, minimalement 4 fois par jour, de 15 à 20 minutes par séance et sur une période de 3 à 6 mois. Les participants ayant démontré une grande assiduité dans la mise en place du programme ont graduellement retrouvé une sensibilité cutanée normale des régions affectées. Les résultats montrent qu’ils ont présenté une récupération totale entre 3 à 6 mois après le début du programme. Dans la majorité des cas, la récupération au niveau des membres supérieurs s’est révélée complète au niveau des bras, des avantbras et d’une grande partie de la face dorsale et palmaire des mains. Quant aux membres inférieurs, une récupération complète a été observée au niveau des cuisses, des jambes et de la face plantaire des pieds. Ainsi, les personnes ayant eu un très haut ou un bon niveau d’engagement sont celles qui ont perçu l’amélioration la plus rapide et significative des symptômes liés aux NPIC. Ces résultats ont d’ailleurs conduit à intégrer la nécessité d’un engagement soutenu de la part des participants comme critère de prise en charge en ergothérapie.
Deuxième constat : Certains facteurs influencent le niveau d’engagement
Les observations cliniques suggèrent qu’un état de santé précaire, une progression de la maladie, un pronostic plus réservé (par exemple un cancer de stade 4), une reprise des traitements de chimiothérapie ou la prise d’autres types de médicaments interfèrent avec la capacité des participants à maintenir un engagement soutenu dans le programme. De même, les données montrent qu’il est plus difficile pour les personnes ayant une atteinte sensitive sévère, particulièrement au niveau de la face plantaire, de persévérer dans le processus de rééducation sensitive. Leur tolérance au traitement est en effet souvent moindre et les améliorations sont subjectivement moins perceptibles. Certains médicaments peuvent aussi induire une somnolence ou entraîner un ralentissement psychomoteur et une diminution des performances cognitives. Dès lors, quelques participants ont eu de la difficulté à mettre en place les recommandations et ont nécessité un encadrement plus soutenu dans l’ensemble du programme. On constate aussi que l’âge de la personne influence le niveau d’engagement. Les données révèlent en effet un niveau de participation et d’implication plus important chez les personnes âgées de 30 à 50 ans, qui cherchent généralement à reprendre rapidement leurs activités quotidiennes, que chez celles de 65 ans et plus. Par ailleurs, les personnes qui présentent des difficultés cognitives ou un état psychoémotif fragile ont plus de difficulté à mettre en place les consignes et à faire les ajustements nécessaires en cours de suivi. Par conséquent, il leur est plus difficile de demeurer engagées dans le programme. Celles dont les responsabilités ont été modifiées ou alourdies durant leur participation, par exemple en raison de la prise en charge d’un conjoint malade, présentent un risque d’abandon au programme plus élevé, celui-ci devenant inconciliable avec leurs nouvelles responsabilités.
Tableau 2.
Principaux symptômes neuropathiques signalés par les participants du programme pilote de rééducation sensitive (N = 35)
| Symptômes neuropathiques | Nombre (n) | Pourcentage ( %) | |
|---|---|---|---|
| Doigts/mains | Engourdissements, fourmillements, picotements | 25 | 71,4 % |
| Douleur, inconfort sous les ongles | 3 | 8,6 % | |
| Difficultés au niveau de la dextérité fine (boutonner, attacher, zipper) | 15 | 42,9 % | |
| Difficulté à tenir des objets/échappe des objets | 18 | 51,4 % | |
| Hyposensibilité (ne sent pas les objets dans ses mains) | 5 | 14,3 % | |
| Diminution de la force (ouvrir un pot, couper des légumes) | 9 | 25,7 % | |
| Raideurs (difficulté à écrire) | 7 | 20,0 % | |
| Crampes, spasmes aux doigts | 2 | 5,7 % | |
| Sensations de brûlures, de piqûres, de décharges électriques | 11 | ||
| Hypersensibilité au chaud ou au froid | 9 | 25,7 % | |
| Orteils/pieds | Impression de pieds ronds | 9 | 25,7 % |
| Sensations sous les pieds (bosses, plis dans les chaussettes, roches sous les talons, cartons/coussins d’air sous la plante des pieds) | 18 | 51,4 % | |
| Impression de jambes, pieds enflés | 3 | 8,6 % | |
| Raideurs, diminution de la mobilité, incapacité de plier les orteils | 9 | 25,7 % | |
| Décharges électriques, brûlures, piqûres, coups de couteau aux pieds | 19 | 54,3 % | |
| Difficulté ou douleur à la marche, en station statique debout | 14 | 40,0 % | |
| Peur de tomber (marcher, monter les escaliers) : diminution de la proprioception sous les pieds | 25 | 71,4 % | |
| Crampes, spasmes (jambes et pieds) | 6 | 17,1 % | |
| Engourdissements, fourmillements, picotements (jambes et pieds) | 18 | 51,4 % | |
| Impression de compression (pieds/jambes dans un plâtre) | 3 | 8,6 % | |
| Sensation de pieds froids/ou de chaleur aux pieds | 15 | 42,9 % |
Troisième constat : Certains facteurs influencent le potentiel de récupération
Une hypoesthésie sévère, souvent liée au type d’antinéoplasique utilisé, au dosage, à la fréquence, à la durée du traitement de même qu’à des doses de chimiothérapie cumulatives ou en co-administration avec d’autres antinéoplasiques, limite le potentiel de récupération. Dans le cadre du programme, on constate que les atteintes neuropathiques sévères à la face plantaire avec un SPP de plus de 60 g prennent plus de temps à s’améliorer. Le potentiel de récupération peut aussi être altéré par la présence de comorbidités ou de certaines conditions de santé associées, comme un diabète type 2, un déficit en vitamine B12, des troubles musculosquelettiques (arthrite ou arthrose), une fibromyalgie, un syndrome des jambes sans repos ou une maladie de Raynaud. Bien qu’il soit parfois difficile de dissocier les NPIC d’autres pathologies, l’esthésiographie permet de distinguer si les atteintes de la sensibilité cutanée sont liées ou non aux NPIC. L’évaluation des douleurs ou des inconforts est donc la pierre angulaire qui permet de proposer le bon traitement pour améliorer la qualité de vie du patient. On constate par ailleurs que les participants les plus jeunes, même ceux moins actifs dans le programme, ont généralement perçu une diminution des symptômes plus rapide et importante que les personnes plus âgées. Il est à noter que la récupération se fait de proximal à distal soit à l’inverse de l’apparition de l’hypoesthésie. De plus, lorsque cette dernière demeure dans certaines zones, on constate que d’anciennes blessures, chirurgies antérieures ou pathologies existantes (chirurgie du tunnel carpien, problèmes d’arthrite ou d’arthrose, etc.) peuvent être en cause. De même, l’exercice physique facilite la récupération sensitive et améliore les capacités physiques. L’ergothérapeute a aussi observé que des traitements médicamenteux étaient parfois utilisés sans succès pour diminuer des douleurs neurologiques chez des personnes sous hormonothérapie présentant des symptômes douloureux semblables à ceux provoqués par des NPIC. L’évaluation avec l’esthésiographie a en effet démontré qu’il n’y avait aucun territoire hypoesthésique (rappelons que la sensibilité doit être atteinte pour que des NPIC se développent) et qu’une diminution significative des symptômes douloureux a été observée rapidement après la cessation de l’hormonothérapie.
Quatrième constat : Une prise en charge rapide au programme de rééducation sensitive permet de diminuer la chronicité des symptômes
Les données montrent que les participants qui ont bénéficié d’une prise en charge plus tardive en ergothérapie, c’est-àdire plusieurs mois voire une année et plus suivant la fin des traitements de chimiothérapie, répondent moins bien aux exercices de stimulation sensitive que ceux qui ont été aiguillés et pris en charge plus rapidement. Dans certains cas, les participants présentaient des douleurs qui progressaient depuis plusieurs mois, qui étaient de plus en plus intenses et invalidantes et qui gênaient leurs activités de vie. Dans ce contexte, il est possible que les symptômes aient eu tendance à se chroniciser. En revanche, une prise en charge rapide semble prévenir l’installation de douleurs chroniques ou, du moins, en atténuer les symptômes. Le fait que le programme n’ait pas nécessairement été connu de tous les référents – dont les infirmières pivots – à ses débuts surtout a pu jouer un rôle sur les délais de recommandation. Les personnes ayant pris part à la rééducation sensitive dans la dernière année (2021–2022) ont présenté de meilleurs résultats en raison d’une meilleure connaissance du programme par l’équipe interdisciplinaire, d’une maîtrise de celui-ci par l’ergothérapeute et de l’exigence ajoutée ayant trait au niveau d’engagement souhaité de la part du participant.
DISCUSSION
L’exploration et l’expérimentation de la méthode de rééducation sensitive auprès de la clientèle oncologique avaient pour objectifs de vérifier si la MRSD (Spicher, 2003) pouvait se révéler efficace pour diminuer les symptômes et améliorer les capacités fonctionnelles/occupationnelles et la qualité de vie des personnes suivies en oncologie présentant des NPIC.
Les observations cliniques réalisées dans le cadre de cette expérimentation permettent de démontrer que l’adaptation du programme de rééducation sensitive est une composante cruciale de la réadaptation des NPIC. Les conditions de réussite passent d’abord par le repérage précoce des personnes présentant des symptômes de NPIC, l’évaluation occupationnelle initiale avec le questionnaire de la douleur de Saint- Antoine (QDSA) et l’esthésiographie des territoires atteints. Il faut ensuite que le participant démontre un engagement actif dans le programme, une assiduité dans la mise en place des recommandations de traitement et une volonté d’améliorer sa condition. Les résultats montrent en effet que plus la personne est disciplinée et constante dans l’application de son plan de traitement, plus elle obtient des résultats satisfaisants. L’esthésiographie est un outil visuel qui illustre à la fois les atteintes et les progrès. Dans le même sens, certains chercheurs (Dhawan et al., 2020; Knoerl et al., 2018; Zimmer et al., 2018) qui ont évalué les effets d’une adhésion thérapeutique à des programmes de réadaptation physiques visant à réduire les NPIC ont montré que les personnes qui prennent en charge de manière active leurs symptômes indésirables ou douloureux et leur traitement obtiennent une récupération plus rapide et souvent complète de leurs symptômes. Elles retournent aussi plus vite à leurs activités occupationnelles de la vie quotidienne et retrouvent plus facilement un niveau de bien-être satisfaisant (Seretny et al., 2014; Streckmann et al., 2022), une observation qui a également pu être faite dans le cadre de ce programme. De fait, pour favoriser l’engagement, l’ergothérapeute avait la préoccupation que le programme soit simple et facile à appliquer et que les exercices puissent s’intégrer facilement à la routine quotidienne des participants. En effet, plus les programmes d’exercices pour traiter les NPIC sont accessibles, moins ils interfèrent avec les habitudes de vie de la personne, et plus le niveau d’adhésion est significatif (Knoerl et al., 2020). Les exercices ont aussi l’avantage de ne présenter aucune contre-indication ni effet secondaire, de proposer des exercices sécuritaires et de n’impliquer que très peu, voire aucun coût financier (Bland et al., 2019; Dhawan et al., 2020; Kneis et al., 2019; Zimmer et al., 2018). Selon Knoerl et collaborateurs (2020), le niveau d’engagement et de motivation dans les programmes de réadaptation physique pour les NPIC est étroitement lié à la volonté de reprendre rapidement ses activités sociales, de loisirs ou professionnelles, des motivations qui sont davantage présentes chez les participants les plus jeunes que chez les plus âgés.
D’autres variables dans l’expérimentation ont aussi été identifiées comme ayant un impact sur le niveau d’engagement et d’assiduité au programme. En effet, certains cas cliniques présentaient une sévérité d’atteinte à la sensibilité dès le début de la rééducation sensitive. Généralement, cette condition se retrouvait davantage chez les personnes qui avaient été exposées à des doses répétées de chimiothérapie et/ou chez les participants qui avaient des NPIC qui persistaient et progressaient depuis plusieurs mois. Ces observations concordent avec les principaux facteurs de risque de développement d’une sévérité des NPIC identifiés dans la littérature. En effet, les personnes qui ont des neuropathies préexistantes (généralement consécutives à des troubles métaboliques, des infections virales ou des maladies auto-immunes), celles qui sont âgées de plus de 55 ans (Kleckner et al., 2018; Mold et al., 2004), ou qui ont reçu des doses cumulées de chimiothérapie (Kerckhove et al., 2017) ou certains agents neurotoxiques pour traiter leur cancer (Knoerl et al., 2020) sont plus sujettes à développer des neuropathies sévères et chroniques. Celles-ci, en plus d’avoir un impact considérable sur la qualité de vie des personnes et leur niveau de bien-être général, favorisent l’apparition de comorbidités telles que l’anxiété, la dépression et les troubles du sommeil (Bao et al., 2016; Beijers et al., 2014; Hong et al., 2014; Winters-Stone et al., 2017). Elles entraînent aussi des besoins analgésiques plus importants (Edwards et al., 2019), un déclin fonctionnel évident, particulièrement chez les personnes âgées (Bao et al., 2016; Kolb et al., 2016; Winters-Stone et al., 2017) et un plus faible niveau de performance aux exercices ciblés par les programmes de réadaptation physique (Edwards et al., 2019). Il importe par ailleurs de rappeler que les NPIC sévères touchent une population déjà lourdement affectée par le cancer. Si la motivation de ces participants était à la base conditionnée par leur volonté de retrouver un état de bienêtre satisfaisant, on constate que la sévérité de leurs NPIC a affecté leur niveau d’observance au programme de rééducation sensitive.
Dès lors, plus les NPIC sont sévères et chroniques, plus elles deviennent difficiles à traiter (Bao et al., 2016; Knoerl et al., 2020; Kolb et al., 2016; Winters-Stone et al., 2017) et plus leur réversibilité est compromise (Park et al., 2011). Bien que les effets néfastes des NPIC sur le bien-être et la qualité de vie des personnes soient bien documentés, les déficits fonctionnels qu’elles génèrent sont souvent sous-évalués et mal pris en charge dans la pratique (Knoerl et al., 2020). Un diagnostic précoce pourrait permettre une prise en charge rapide en rééducation sensitive et une meilleure prévention de l’aggravation des symptômes. L’expérimentation a en effet permis de montrer que les participants qui, sur recommandation de l’infirmière pivot, ont commencé le programme dans les semaines suivant l’apparition des inconforts ou des douleurs neuropathiques ont généralement perçu une récupération plus rapide, voire complète de leurs symptômes. Certains facteurs ont pu jouer un rôle sur les délais de référencement au programme, notamment le fait que ce dernier n’était pas encore connu de tous les référents du centre de cancérologie et que l’ergothérapeute soutenait seule le programme. Knoerl et collaborateurs (2020) ajoutent que les symptômes neuropathiques peuvent aussi être difficiles à identifier, en particulier lorsque d’autres conditions, comme la présence de tumeurs ou de douleurs musculosquelettiques et neurovasculaires, viennent brouiller le tableau clinique. De même, il n’existe actuellement aucune mesure de référence claire permettant d’évaluer objectivement les NPIC (Knoerl et al., 2020). Dans ce contexte, il demeure complexe de distinguer ce qui appartient aux NPIC de ce qui découle d’une autre affection, d’une pathologie ou d’un traitement médicamenteux, tel qu’observé par l’ergothérapeute au cours du programme. Toutefois, l’évaluation par esthésiographie a permis d’identifier les territoires et le degré d’atteinte sensitive cutanée et d’observer objectivement la récupération de la sensibilité durant le programme de réadaptation des NPIC.
Plusieurs actions peuvent aussi être entreprises pour améliorer le diagnostic précoce des NPIC et les délais de référencement. Le rapport de 2018 du National Cancer Policy Forum suggère d’intégrer aux équipes de soins des professionnels en réadaptation physique (physiothérapeutes, ergothérapeutes, kinésiologues, etc.) dès le diagnostic de cancer et tout au long du continuum de soin (Knoerl et al., 2020). Pour Tanner et Hooke (2019), un dépistage systématique devrait être réalisé auprès de tous les patients recevant des agents neurotoxiques connus pour provoquer des NPIC. Puisque les infirmières sont formées à l’évaluation de la neuropathie sensorielle, une infirmière en oncologie pourrait la réaliser en binôme avec des professionnels en réadaptation. Également, une évaluation des symptômes neuropathiques devrait se faire avant de débuter une chimiothérapie, durant le traitement actif et pendant la période de survie, ce qui permettrait de distinguer plus facilement une NPIC d’une douleur qui pourrait résulter d’une autre condition (Stout et al., 2019). Par exemple, le questionnaire de la douleur de Saint-Antoine (QDSA) est un outil validé qui permet d’évaluer les symptômes physiques et psychologiques et les progrès dans la récupération de la sensibilité tactile (Spicher et al., 2020). Cette évaluation pourrait rapidement être faite par les infirmières lorsque les douleurs sont plus intenses, qu’un nouveau traitement est introduit ou qu’il y a des changements dans la condition de santé de la personne. Cela offrirait au patient des occasions plus régulières de signaler les NPIC et de recevoir des informations sur cette condition (Knoerl et al., 2020). À cet égard, plusieurs participants au programme de rééducation sensitive ont signalé ne pas avoir été suffisamment informés sur les NPIC lorsqu’ils ont commencé à ressentir des symptômes. En ce sens, Tanay et Armes (2019) croient que les équipes cliniques doivent être sensibilisées au fait que la surabondance d’informations reçues par les patients sur les soins du cancer au début de la chimiothérapie peut être accablante et interférer avec l’acquisition de connaissances sur les effets secondaires des traitements neurotoxiques. Aussi, l’ergothérapeute propose-t-elle, à la suite de son expérimentation, de remettre un feuillet d’informations sur les NPIC concernant l’apparition des symptômes désagréables ainsi que des conseils et recommandations pour permettre de les soulager, en attendant la prise en charge par l’équipe de réadaptation. Pour Banach et collaborateurs (2016), les patients doivent aussi être encouragés à signaler le plus tôt possible tout signe de douleurs neuropathiques et symptômes désagréables de façon à assurer une surveillance étroite de l’évolution des symptômes et à trouver les meilleures stratégies d’intervention.
Il n’existe aucune modalité de prévention des NPIC ni de traitement curatif réputé efficace pour les douleurs ou inconforts neuropathiques (Cavallie et al., 2019; Hershman et al., 2014; Pachman et al., 2013; Streckmann et al., 2022; Taïb et al., 2020). Les recommandations actuelles vont dans le sens d’une modification de la dose de chimiothérapie neurotoxique (Hershmann et al., 2014), engageant potentiellement le pronostic vital du patient (Knoerl et al., 2018). D’ailleurs, les NPIC sont souvent le principal effet secondaire qui conduit à la réduction, voire à l’arrêt complet des traitements de chimiothérapie (Kerckhove et al., 2017). Historiquement, on suggérait aux survivants de cancer de se reposer et d’éviter toute activité physique vigoureuse dans les mois suivants la fin des traitements de chimiothérapie. Les directives cliniques actuelles, fondées sur des preuves scientifiques d’efficacité, soutiennent l’importance de l’exercice physique durant les traitements de chimiothérapie, mais aussi pendant toute la période de survie du cancer (Buffart et al., 2014; Garcia et Thompson, 2014). L’activité physique aurait montré des effets bénéfiques notamment sur la réduction des symptômes désagréables des NPIC et sur les symptômes de fatigue, de stress, d’anxiété et de dépression pendant et après le traitement contre le cancer (Fernandez et al., 2015; Knoerl et al., 2018). Ces éléments ont également été observés par l’ergothérapeute dans le cadre de l’expérimentation. Or, certains auteurs (Cramp et Byron-Daniel, 2012; Fernandez et al., 2015) rapportent que de façon générale, les taux d’adhésion aux régimes physiques sont particulièrement faibles pendant le traitement et durant la période post-traitement. Les survivants du cancer seraient d’ailleurs en moins bonne forme physique et moins actifs que les personnes âgées en bonne santé (Knoerl et al., 2020). Devant ce constat, il convient d’orienter les patients vers des services de réadaptation physique structurés qui permettent de maintenir un meilleur niveau d’adhésion aux exercices pendant la période de survie du cancer, entre autres grâce à des techniques d’intervention, comme l’approche motivationnelle (Djuric et al., 2011; Hawkes et al., 2013) ou la fixation d’objectifs (Brand et al., 2014), des techniques qui ont d’ailleurs été proposées par l’ergothérapeute dans le cadre du programme.
Actuellement, peu de données sont disponibles dans la littérature sur les effets des exercices de rééducation sensitive sur les NPIC. De même, aucune étude ne semble avoir évalué les effets combinés des exercices physiques et de la rééducation sensitive pour traiter les symptômes neuropathiques. Toutefois, des essais cliniques contrôlés randomisés ont analysé les interventions en matière d’exercices physiques sur les patients atteints de NPIC. Ils ont montré une corrélation positive entre l’exercice physique et la préservation, voire l’amélioration sensorielle (Cooper et al., 2016; Hammond et al., 2020; Streckmann et al., 2022). Les résultats obtenus dans le cadre du programme de réadaptation des NPIC montrent aussi des effets cliniques prometteurs. Par exemple, on constate que les participants ayant intégré le volet exercices physiques au volet rééducation sensitive (TAT et conseils/recommandations) ont obtenu de meilleurs résultats de récupération des symptômes désagréables ou douloureux.
Forces et limites
Ce programme pilote est particulièrement novateur dans la mesure où aucune recherche n’a jusqu’à présent permis de documenter la rééducation sensitive pour une clientèle oncologique présentant des NPIC. Ses développements démontrent clairement les effets potentiellement positifs de ce type de rééducation, tout en faisant ressortir les conditions qui la favorisent ou la limitent. De plus, les retombées positives évidentes d’un fort niveau d’engagement dans le programme suggèrent un effet cohérent et réel sur la diminution des NPIC et l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être de la clientèle oncologique. Le programme pilote comporte néanmoins certaines limites. Son développement et sa mise en place visaient au départ à aider les personnes atteintes de cancer du centre de cancérologie à réduire les douleurs et les inconforts consécutifs aux traitements de chimiothérapie. Dès lors, les données ont été récoltées dans un contexte clinique de prise en charge, d’évaluation, de réévaluation et de suivi en ergothérapie et non dans un but scientifique. Il est donc possible que certaines variables susceptibles d’influencer les résultats n’aient pas été considérées dans la collecte des données et, par conséquent, dans l’analyse des résultats, d’autant plus que le programme s’est constamment bonifié avec l’ajout d’outils d’évaluation et d’intervention. Bien que les données recueillies aient permis une meilleure représentation des effets d’une rééducation sensitive et des exercices physiques sur les NPIC, notre échantillon demeure restreint et non représentatif de telle sorte que les résultats ne peuvent pas être généralisés. Ainsi, cette étude fournit des résultats préliminaires très prometteurs, qui demeurent néanmoins exploratoires et demandent à être confirmés et validés par d’autres recherches, notamment par des études contrôlées et randomisées.
CONCLUSION
Les données probantes concernant la prise en charge des symptômes désagréables ou des douleurs neuropathiques induites par la chimiothérapie sont limitées. De même, il n’existe pas de consensus clair sur les traitements optimaux à adopter pour atténuer les paresthésies et les allodynies occasionnées par les NPIC, ce qui peut s’avérer complexe à la fois pour les patients et les cliniciens. Les observations cliniques réalisées dans le cadre de ce programme pilote ont permis de révéler des résultats significativement intéressants, particulièrement chez les personnes ayant démontré un fort niveau d’engagement et une prise en charge rapide à la suite de l’apparition des symptômes. Une bonne compréhension de la stratégie thérapeutique par le patient est cependant nécessaire à l’adhésion au parcours de rééducation sensitive qui peut parfois être long et ardu. Néanmoins, on constate que tous les participants au programme ont obtenu une récupération minimale de 50 %. En effet, 16 personnes affirment avoir retrouvé un niveau de sensibilité entre 50 et 85 % et 11 entre 90 et 100 %. Des actions peuvent être entreprises pour améliorer l’adhésion des patients à l’approche thérapeutique, notamment par une évaluation étroite et régulière de l’évolution des symptômes, comme le suggère le programme de réadaptation des NPIC. Nous croyons aussi qu’il peut être nécessaire d’affiner l’évaluation clinique initiale de l’état de santé physique, cognitif et psychologique des personnes avant qu’elles ne commencent le programme. De même, une approche globale et multidisciplinaire des symptômes désagréables ou douloureux, prenant en compte les aspects psychosociaux et cognitifs de la personne, pourrait améliorer la prise en charge et le suivi des patients et potentiellement favoriser l’assiduité à ce programme. Dans un contexte de manque de ressources et de liste d’attente, il est suggéré de faire des interventions de groupe, en collaboration avec l’ergothérapie et la kinésiologie, afin de faciliter l’accès au programme de réadaptation des NPIC par une prise en charge d’un plus grand nombre de personnes à la fois. Ceci permettrait de fournir une prestation de services efficients, d’améliorer la qualité de vie et d’augmenter le niveau de satisfaction des personnes atteintes de cancer. De plus, la force du groupe est un élément de motivation additionnel et de support mutuel entre les personnes qui peut aider au processus de récupération et augmenter, de ce fait, l’adhésion au programme de réadaptation des NPIC. Des études futures pourraient tenter d’établir des stratégies pour permettre aux personnes présentant des NPIC de persévérer, malgré l’absence temporaire d’amélioration, voire une détérioration provisoire des symptômes. L’intégration de ces éléments de réflexion au développement d’un programme standardisé de réadaptation pour le traitement des NPIC pourrait contribuer à optimiser la prestation des services en ergothérapie pour la clientèle oncologique.
REMERCIEMENTS
Les auteures tiennent à remercier l’équipe de réadaptation du Centre de cancérologie du CISSS de Chaudière-Appalaches.
ANNEXE I. CAHIER DE ROUTE POUR L’ADMISSION ET LE SUIVI DES USAGERS AU PROGRAMME PILOTE DE RÉADAPTATION DES NEUROPATHIES INDUITES PAR LA CHIMIOTHÉRAPIE
N.B : Les référents doivent vérifier l’intérêt et la volonté d’engagement de l’usager dans l’expérimentation avant de faire la recommandation.
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Recommandation provenant de l’équipe multidisciplinaire
- Échange avec intervenants au dossier (aperçu de la personne et de son implication dans ses soins/recommandations/programme).
- Lecture sommaire du dossier.
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Contact téléphonique avec l’usager
- Appel téléphonique à l’usager pour valider ses besoins, son intérêt et discuter des conséquences des NPIC sur son quotidien.
- Vérification de sa motivation et de son désir d’engagement dans le processus de rééducation sensitive. L’usager est avisé, de façon plus précise, des exigences du programme, des différentes parties du programme (exercices physiques et Thérapie du Touche-à-tout [TAT]), de la fréquence quotidienne exigée (de 15 à 20 minutes, 4 fois par jour), de la durée minimale requise (entre 3 et 4 mois) et de l’importance de l’assiduité au programme pour obtenir un certain niveau d’efficacité. La personne doit confirmer son engagement lors de cet échange téléphonique.
-
- En cas d’hésitation ou d’incertitude, 2 possibilités :
○ Envoi du programme d’exercices physiques et des conseils-recommandations avec explications des procédures à l’usager et suivi téléphonique 2 semaines plus tard pour vérifier le niveau d’engagement dans cette partie du programme. Cette étape permet à la personne d’avoir un aperçu de son besoin d’engagement dans une partie du programme. Si l’usager se dit prêt à s’impliquer pleinement, on amorce l’évaluation initiale et l’esthésiographie des territoires atteints.
○ Réalisation de l’évaluation initiale afin de déterminer subjectivement l’atteinte des territoires atteints (sans esthésiographie) et d’amorcer la mise en place du programme complet (volet exercices physiques et volet stimulation cutanée). Un suivi dans 2 semaines permet de vérifier avec l’usager son engagement et d’ajuster le programme au besoin. Une esthésiographie des territoires atteints est faite si l’engagement est présent.
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Évaluation initiale de la sensibilité cutanée
- Rencontre en personne à la clinique pour l’évaluation initiale du fonctionnement au quotidien et des conséquences des NPIC dans les occupations. Documentation des manifestations des symptômes liés aux NPIC remise à l’usager. Désignation de ses attentes.
- Passation du questionnaire de la douleur de Saint-Antoine (QDSA) : grille à compléter avec l’usager, une pour les mains et une pour les pieds selon la présence des NPIC. Analyse et inscription des résultats dans le rapport d’évaluation initiale.
- Esthésiographie ou allodynographie (test avec monofilaments) et représentation des résultats des tests cutanés sur dessins préétablis (MS et/ou MI) avec données en force d’application en gramme (gramme force-gf ) des zones affectées.
- Interprétation des résultats et analyse inscrite au rapport d’évaluation.
- Échange avec l’usager des résultats obtenus et des interventions potentielles au niveau de la rééducation de la sensibilité et des autres besoins identifiés durant l’évaluation initiale.
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Élaboration du plan d’intervention (PI) pour la rééducation de la sensibilité cutanée
- Élaboration du PI selon le canevas institutionnel préétabli.
- Présentation du PI à l’usager.
- Explications du programme de rééducation sensitive (démonstration des exercices physiques et de la méthode TAT et pratique avec l’usager). Explications sur des recommandations et conseils à intégrer au quotidien pour optimiser la récupération ou diminuer certains symptômes.
- Discussion sur les moyens/stratégies à mettre en place pour favoriser l’assiduité au programme.
- Remise d’une trousse d’informations sur les NPIC (causes, manifestations, symptômes, améliorations possibles, etc.), la neuroplasticité du cerveau et son rôle dans le processus de réadaptation des NPIC et l’importance de l’assiduité au programme.
- Remise de documents de travail à domicile pour le programme de réadaptation des NPIC : programme Touche-à-tout (TAT), information sur les textures, programme visuel d’exercices physiques et tableau de suivi quotidien.
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Suivi téléphonique :
- Suivi téléphonique dans les 4 à 7 jours suivant la rencontre d’évaluation pour s’assurer de la mise en place du programme et vérifier s’il y a une augmentation de sensations désagréables ou l’apparition de douleur. Possibilité d’un suivi en présentiel dans la semaine.
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Réévaluation de la sensibilité cutanée :
- Esthésiographie : À refaire après 1 ½ à 2 mois.
- Allodynographie : À refaire aux 2–3 semaines environ jusqu’à la disparition de la douleur; refaire ensuite l’esthésiographie et réévaluer environ aux 2 mois.
- Questionnaire de Saint-Antoine : À refaire aux 4 à 12 semaines selon les recommandations et à la fin du suivi.
- Révision du PI : Selon l’évolution de la situation et des objectifs.
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Fin du suivi :
- Décision prise avec l’usager à la suite de la récupération de la sensibilité ou selon son niveau d’engagement et de motivation.
Footnotes
Douleur induite par un stimulus qui, normalement, ne provoque pas de douleur (Cavalli et al., 2019).
Dans le cadre du présent article, le terme « survivant » réfère à une personne qui a terminé ses traitements actifs contre le cancer et dont le corps ne présente plus aucun signe de cancer (Société canadienne du cancer [SCC], 2021).
Le QDSA (1984) est une adaptation et une traduction française du MPQ (McGill Pain Questionnaire) élaboré par Melzack et Wall (1975) (Boureau et al., 1984). Le QDSA utilisé comprend 58 qualificatifs répartis en 16 catégories proposant des dimensions sensorielles et affectives-émotionnelles qui permettent à la personne de décrire son expérience perçue de la douleur (types de symptômes, intensité, etc.).
À l’instar des travaux de Spicher (2003), la rééducation sensitive pour traiter les hypoesthésies se met en place uniquement chez les patients pour qui les douleurs somesthésiques (allodynies) sont résorbées.
Le programme n’a pas d’échéance définie. Il se termine lorsque le participant est satisfait des résultats obtenus.
CONFLITS D’INTÉRÊTS: Les auteures déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts potentiel en ce qui concerne la recherche, la rédaction et la publication de cet article et être seules propriétaires de tous les droits de l’article original intitulé « Programme pilote de rééducation sensitive des neuropathies périphériques induites par la chimiothérapie (NPIC) auprès d’une clientèle oncologique ». Les auteures acceptent de céder tous les droits à l’ACIO/CANO pour la publication dans la Revue canadienne de soins infirmiers en oncologie.
FINANCEMENT: Les auteures n’ont reçu aucun financement pour cette publication.
RÉFÉRENCES
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