RÉSUMÉ
Introduction
La neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie (NPIC) est un effet secondaire important qui affecte profondément la qualité de vie (QDV) des patients. L’infirmière, qui s’occupe de l’évaluation et de l’éducation du patient, de même que de la gestion des symptômes, est amenée à améliorer la qualité des soins. La présente étude vise à évaluer l’efficacité d’un programme pédagogique sur la NPIC pour améliorer les compétences des infirmières dans sa gestion au Kenyatta National Hospital (KNH) au Kenya.
Méthodologie
L’étude a été approuvée par le comité d’éthique de recherche de l’établissement. Nous avons employé un devis quasi expérimental prétest-post-test avec le groupe témoin, auquel ont participé 43 infirmières du centre de cancérologie. Un questionnaire autoadministré a servi à recueillir des données en avril 2023 (référence) et en février 2024 (suivi après 6 mois). Les infirmières ont effectué une formation de deux jours en juillet et août 2023. L’analyse s’est basée sur des statistiques descriptives ainsi que des tests t pour échantillons appariés. Ces résultats ont donné lieu à une comparaison d’un score global de compétence dont la valeur p < 0,005 est considérée comme significative.
Résultats
Des 43 répondants, 67,4 % étaient des femmes, 62,8 % avaient un diplôme en soins infirmiers et 27,9 % détenaient un baccalauréat en sciences infirmières. Plus de la moitié (58,1 %) avait cinq ans ou moins d’expérience en oncologie, et 83,7 % n’avaient pas de formation officielle en oncologie. La sensibilisation aux facteurs de risque de la NPIC s’est grandement améliorée après la formation; le facteur de risque qu’est l’âge était mieux pris en compte et est passé de 67,4 % à 97,4 % (p = 0,0005) et la connaissance de l’antécédent de tabagisme est passé de 60,5 % à 92,3 % (p = 0,0003). La connaissance des agents chimiothérapeutiques associés à la NPIC a bondi de 16,3 % à 56,4 % (p = 0,0006). Quant aux connaissances des symptômes et à la sensibilisation à la faiblesse musculaire, elles se sont améliorées, passant de 62,8 % à 94,9 % (p = 0,0008). Pour ce qui est de la sensibilisation au traitement, la connaissance de l’efficacité du Duloxetine est passée de 60,5 % à 100 % (p = 0,0001). En ce qui concerne les pratiques des infirmières, les réponses « Jamais » ont diminué de 9,3 % à 0 %, et les réponses « Fréquemment » ont augmenté de 4,7 % à 69,2 %. Dans l’ensemble, le score moyen de la fréquence du dépistage de la NPIC est passé de 4,1 (écart-type de 2,0) à 6,8 (écart-type de 1,4) (p = 0,0000). Le score global des connaissances en matière de NPIC (p < 0,0001) et les scores de pratique (p < 0,0001) ont tous deux augmenté de manière significative. Le score global de compétence est passé d’une moyenne de 32,5 (écarttype = 7,8) à 46,1 (écart-type = 5,6) (p < 0,0001).
Conclusion et recommandation
La formation sur la NPIC a permis d’améliorer les compétences des infirmières. Il faudrait mettre sur pied un programme de formation continu sur la NPIC et les effets de la chimiothérapie ainsi qu’un programme de mentorat pour améliorer la qualité de soins. De plus, le programme de formation sur la NPIC doit être enseigné dans le cadre du programme pédagogique du ministère de la Santé.
Mots-clés: neuropathie périphérique induite par la chimiothérapie, compétence, infirmières, éducation, soins oncologiques
INTRODUCTION
La chimiothérapie est une modalité de traitement fondamentale contre le cancer qui vise la guérison ou le contrôle de la maladie. Cependant, certaines chimiothérapies peuvent induire une neuropathie périphérique (NPIC), un effet secondaire qui endommage les nerfs et provoque des troubles sensitifs, moteurs ou autonomes. La NPIC est associée aux médicaments comme la taxane, le bortézomib, les composés à base de platine et les alcaloïdes de la pervenche (Banach, Juranek et Zygulska, 2017). Cet effet secondaire peut nuire à la qualité de vie (QDV) du patient, limitant grandement les occupations quotidiennes des personnes atteintes.
Les infirmières sont appelées à jouer un rôle fondamental dans l’évaluation et l’éducation des patients relativement aux facteurs de risque de la NPIC, au dépistage et aux pratiques d’autosoins. Cependant, il n’est pas rare qu’elles n’aient pas les connaissances ni la confiance pour accomplir ces tâches (Ferreira et Maclean, 2018). Leurs discussions sur la NPIC avec leurs patients se limitent souvent aux autres effets secondaires, ce qui témoigne d’une formation et d’une sensibilisation inadéquates (Katzung et Trevor, 2015). Pour bien gérer la NPIC, et éduquer les patients, les infirmières doivent connaître les symptômes, les facteurs de risque et les options de traitement (Asiri, Hadi et Anazi, 2020). Cette étude visait à déterminer l’efficacité d’une intervention pédagogique pour améliorer les compétences des infirmières soignant des patients en traitement de chimiothérapie neurotoxique au centre de cancérologie du KHN au Kenya.
MÉTHODES
Devis de l’étude et recrutement des participants
Nous avons employé un devis quasi expérimental prétestpost-test pour évaluer l’efficacité d’une formation sur la NPIC. L’étude a été menée au centre de cancérologie du Kenyatta National Hospital (KNH), le plus grand centre de cancérologie au Kenya. Ce centre, doté d’une unité d’hospitalisation et d’une unité de soins ambulatoires, offre des services de cancérologie spécialisés complets à la majorité des patients diagnostiqués d’un cancer au pays. Toutes les infirmières qualifiées du centre de cancérologie étaient invitées à participer. L’étude a été approuvée par le comité mixte d’éthique de l’hôpital (KNH) et de l’Université de Nairobi. La National Commission for Science, Technology and Innovation (NACOSTI) a octroyé un permis pour l’étude. Tous les participants ont accordé leur consentement volontaire et éclairé.
Conception du guide pédagogique sur la NPIC
Les chercheurs ont fait l’examen de la documentation sur la NPIC et y ont puisé pour rédiger le contenu de formation. Ils ont appliqué des principes de l’apprentissage des adultes dans la conception de la formation. Les quatre principes de la théorie de l’apprentissage des adultes ont éclairé la conception du guide de formation, et les infirmières ont participé à la planification, à la mise en œuvre et à l’évaluation. Les participants à l’étude ont permis de déterminer les besoins pédagogiques en répondant aux questions du questionnaire concernant leur expérience, qui cherchaient à mettre en lumière leurs connaissances et pratiques actuelles relatives à la NPIC. C’est au même questionnaire qu’il fallait répondre avant et après la formation. L’écart entre les réponses de début et de fin a permis d’évaluer l’évolution des connaissances et de la pratique.
Le contenu et le format de la formation ont été révisés et validés par un groupe consultatif d’experts multidisciplinaires. Le test de validité du contenu du guide pédagogique a été réalisé par une équipe indépendante de dix experts (un conférencier et superviseur en oncologie, quatre infirmières en oncologie, un intervenant pivot, un oncologue clinique, deux pharmaciens en oncologie et un biostatisticien). Le guide pédagogique a fait l’objet d’une vérification par des experts; des modifications ont été apportées lorsqu’il y avait lieu.
Les instruments de recherche pour l’étude sur la NPIC ont été testés par un groupe distinct de cinq infirmières de l’unité de gynécologie-oncologie afin d’évaluer la fiabilité et la validité des questionnaires. D’après le tableau de Lawshe (Lawshe, 1975), un taux de validité du contenu de 0,7 a été obtenu (supérieur à la valeur acceptable de 0,62 pour l’évaluation).
Matériel et équipement pour la session de formation
Aux fins de la formation, une salle de réunion pouvant accueillir au moins 23 participants (compte tenu des règles de distanciation physique de la COVID-19) a été réservée dans l’enceinte de l’hôpital. Divers instruments didactiques ont été employés durant la formation afin d’accroître la compréhension de l’évaluation de la NPIC. Le projecteur ACL (affichage à cristaux liquides) et la présentation PowerPoint offraient un cadre visuel au contenu pédagogique, tandis que des discussions interactives ont été animées à l’aide de tableaux de papier. Les participants ont pris part à des jeux de rôle pour renforcer leurs habiletés psychomotrices et d’évaluation.
Au cours des séances pratiques, les formateurs ont utilisé du matériel de démonstration, notamment des échelles de douleur, pour évaluer celle-ci et ont procédé à des évaluations sensorielles de la neuropathie à l’aide de coton et d’épingles pointues. Les participants ont appris à utiliser une échelle numérique de la douleur et à documenter les niveaux de douleur rapportés par le patient ainsi que tout changement observé. Les participants ont appliqué légèrement un coton sur la peau de leur collègue, empruntant un schéma aléatoire, tandis que les yeux de l’autre collègue étaient fermés. Le collègue indiquait ensuite quand il sentait le toucher, ce qui était ensuite consigné. Après avoir appris ces techniques, les infirmières devaient les appliquer en milieu clinique lorsqu’elles évaluaient les patients pour déterminer s’ils souffraient d’une NPIC.
Prestation d’une intervention pédagogique
Deux cohortes ont assisté à la formation de deux jours en juillet et août 2023, à une semaine d’intervalle. L’andragogie était appliquée dans le cadre de l’intervention pédagogique sur la NPIC pour favoriser l’apprentissage des infirmières. L’enseignement était principalement assuré par le chercheur, qui était assisté par deux animateurs, tous deux experts en soins infirmiers en oncologie. Le noyau de l’intervention visait à renforcer les capacités des infirmières sur tous les plans des soins de la NPIC – l’apparition de la NPIC, les facteurs de risque, l’évaluation et le diagnostic (tableau 2). La formation s’attardait à des compétences pratiques sur le dépistage initial, et l’évaluation de la douleur neuropathique et du système nerveux moteur et autonome. Également, on a survolé les substances associées à la NPIC, la gestion pharmacologique et non pharmacologique, la prévention de la NPIC et les mesures de sécurité, l’éducation sanitaire des patients concernant la NPIC, et l’évaluation à réaliser pour augmenter l’indice de suspicion.
Tableau 2.
Connaissance sur la NPIC
| Référence | Post intervention | Valeur p | |||
|---|---|---|---|---|---|
|
| |||||
| N = 43 | Pourcentage | N = 39 | Pourcentage | ||
| Connaissance de la terminologie relative à la NPIC | |||||
| Le terme « neuropathie périphérique » se rapporte aux symptômes provoqués par une lésion aux nerfs périphériques | 35 | 81,4 | 34 | 87,2 | 0,3173 |
| La NPIC est la lésion ou la dégénérescence des fibres nerveuses périphériques | 43 | 100,0 | 38 | 97,4 | 0,3173 |
| Connaissance des facteurs de risque de la NPIC | |||||
| Âge du patient (plus de risques chez les patients âgés) | 29 | 67,4 | 38 | 97,4 | 0,0005 |
| Neuropathie préexistante (p. ex. neuropathie diabétique) | 39 | 90,7 | 38 | 97,4 | 0,1573 |
| Antécédents de tabagisme | 26 | 60,5 | 36 | 92,3 | 0,0003 |
| Insuffisance rénale et clairance à la créatine réduite; exposition à d’autres agents chimiothérapeutiques neurotoxiques | 34 | 79,1 | 33 | 84,6 | 0,5271 |
| Combination d’agents neurotoxiques chimiothérapeutiques | 37 | 86 | 38 | 97,4 | 0,0253 |
| Le paclitaxel, le cisplatine, la vincrisine et le bortézemib sont fréquemment associés à la NPIC | 7 | 16,3 | 22 | 56,4 | 0,0006 |
| Connaissance des symptômes et complications de la NPIC | |||||
| Picotements ou fourmillements | 37 | 86 | 37 | 94,9 | 0,2188 |
| Douleur, parfois intense et constante, parfois intermittente, ou encore, sensation de brûlure | 32 | 74,4 | 34 | 87,2 | 0,1573 |
| Sensibilité amoindrie (p. ex. sensation de mollesse dans les jambes) | 35 | 81,4 | 32 | 82,1 | 0,763 |
| Sensibilité accrue au toucher, à la température, à la pression et à la douleur | 17 | 39,5 | 16 | 41 | 1 |
| Faiblesse musculaire | 27 | 62,8 | 37 | 94,9 | 0,0008 |
| Les symptômes apparaissent dans les heures ou les jours qui suivent la chimiothérapie et peuvent réduire leur intensité avec le temps | 39 | 90,7 | 38 | 97,4 | 0,375 |
| Une hypotension orthostatique peut cacher une neuropathie végétative | 28 | 65,1 | 39 | 100 | 0,0002 |
| Les symptômes sensoriels limités à la zone « gant et chaussette » se rapportent à la paresthésie des mains et des pieds | 36 | 83,7 | 38 | 97,4 | 0,2188 |
| La gravité dépend de la durée du régime et de la dose d’agents chimiothérapeutiques | 29 | 67,4 | 35 | 89,7 | 0,0225 |
| Des lésions préexistantes et d’autres douleurs neuropathiques augmentent la gravité des symptômes liés à la NPIC | 34 | 79,1 | 37 | 94,9 | 0,1797 |
| Connaissance du diagnostic de NPIC | |||||
| La parésie, l’immobilisation complète du patient et l’invalidité grave ne sont pas des symptômes sensoriels | 28 | 65,1 | 33 | 84,6 | 0,1655 |
| Les symptômes sensoriels d’engourdissement, de fourmillements, d’altération de la sensation tactile à la chaleur et au froid ne sont pas associés à la NPIC | 14 | 32,6 | 26 | 66,7 | 0,0047 |
| Il est crucial de reconnaître les engourdissements et les fourmillements lors de l’évaluation clinique des patients souffrant de NPIC | 27 | 62,8 | 29 | 74,4 | 0,3173 |
| Savoir questionner les patients sur la présence des symptômes est une étape importante préalable pour évaluer la NPIC | 19 | 44,2 | 30 | 76,9 | 0,0027 |
| Les patients signalent d’emblée les symptômes de neuropathie périphérique | 27 | 62,8 | 10 | 25,6 | 0,0029 |
| Connaissance des modalités de traitement de la NPIC | |||||
| La duloxetine est efficace pour apaiser les douleurs liées à la NPIC | 26 | 60,5 | 39 | 100 | 0,0001 |
| Les traitements topiques comme les timbres de capsaïcine à 8 % ont été utilisés avec succès pour soulager les symptômes de la NPIC | 28 | 65,1 | 34 | 87,2 | 0,0325 |
| La stimulation de moelle épinière est bien employée pour gérer la NPIC | 21 | 48,8 | 18 | 46,2 | 0,7389 |
| Le refroidissement localisé, si administré pendant la chimiothérapie, pourrait prévenir la NPIC | 16 | 37,2 | 17 | 43,6 | 0,593 |
Collecte de données
Lorsque les chercheurs ont reçu l’aval du comité d’éthique UON/KNH, ils ont demandé aux infirmières participantes de répondre au questionnaire pour mettre en lumière les lacunes dans leurs connaissances et leur pratique relatives à la NPIC. Pour la formation, les participants ont été séparés en deux groupes. La formation durait deux jours dans les deux cas. Les cohortes ont suivi la formation à une semaine d’intervalle en juillet et août 2023, laquelle comprenait à la fois des cours théoriques et pratiques de développement des compétences. La direction de l’hôpital a donné son accord pour que les infirmières soient libérées de leur travail clinique courant pendant deux jours complets.
Les questionnaires au format papier étaient autoadministrés par les participants. Les réponses ont ensuite été saisies dans l’application Web sécurisée REDCap (Research Electronic Data Capture) par le chercheur. L’application permet de colliger et gérer des données de recherche grâce à des sondages et à des bases de données numériques personnalisables.
L’intervention pédagogique a commencé le matin, et les participants ont été prévenus qu’un post-test serait administré à la fin de la formation, le jour suivant. Les données sur les connaissances postérieures à l’intervention ont été collectées à la fin de la formation de deux jours, en juillet et août 2023 respectivement. La collecte des données pratiques après l’intervention a été effectuée par le chercheur six mois plus tard, en janvier et février 2024, afin de laisser le temps aux participants d’intégrer les nouveaux apprentissages dans leur pratique quotidienne.
Mesures des variables d’évaluation
Le score total des connaissances relatives à la NPIC correspondait à la somme du nombre de questions auxquelles les participants avaient répondu correctement dans cinq domaines. Une série de questions du questionnaire d’évaluation des compétences a été utilisée pour évaluer la compréhension des infirmières des différents aspects de la NPIC (par exemple, connaissance des signes et symptômes neuropathiques courants, sensoriels, moteurs et autonomes, facteurs de risque et soins). Le score des compétences en connaissances infirmières correspondait au nombre de bonnes réponses. Cette variable a été recueillie avant la formation et à la fin de celle-ci. La fourchette possible du score de connaissances était de 0 à 27. Un test t pour échantillons appariés a été utilisé pour vérifier si les différences des connaissances des infirmières entre les deux périodes étaient significatives.
Pour la pratique, la fréquence du dépistage de la NPIC a été évaluée en combinant les questions sur la fréquence à laquelle les participants vérifiaient au départ la présence d’une neuropathie périphérique avant le début de la première chimiothérapie, en demandant aux patients quels étaient leurs symptômes associés à la NPIC et en évaluant les autres facteurs de risque associés. Les réponses ont abouti à un score allant de 0 à 9. Les scores de pratique de la NPIC ont été créés en attribuant 0 lorsque l’infirmière participante a déclaré ne jamais effectuer une pratique attendue, 1 si elle l’effectuait rarement, 2 si elle l’effectuait occasionnellement et 3 si elle l’effectuait toujours. Un score de pratique a été créé en additionnant les scores attribués aux questions de la réponse dans un segment. La compétence globale relative à la pratique portait sur la fréquence du dépistage de la NPIC, la détermination, en présence d’une NPIC, des symptômes des patients et l’évaluation des facteurs de risque, la fréquence de l’évaluation de la NPIC et la fréquence de l’éducation à la NPIC.
La fréquence de l’éducation à la NPIC a été déterminée grâce aux questions sur l’évaluation infirmière de la NPIC avant chaque perfusion de chimiothérapie neurotoxique et la capacité des patients à effectuer des mouvements de motricité fine, l’évaluation des réflexes tendineux profonds et de la force musculaire chez les patients recevant une chimiothérapie neurotoxique, la réalisation d’évaluations objectives de la fonction motrice et la documentation des données d’évaluation de la NPIC lors d’un traitement de chimiothérapie. Les réponses ont donné lieu à un score allant de 0 à 18.
Gestion des données et analyse
Une vérification des fourchettes et des enchaînements de questions, ainsi qu’une supervision et une révision étroites des questionnaires par le chercheur ont permis de valider les données sur les outils papier et numériques. La tablette utilisée pour la saisie des données REDcap était protégée par un mot de passe, tandis que les questionnaires papier étaient conservés sous clé par le chercheur, ce qui permettait de restreindre l’accès aux données aux personnes en ayant le droit et la nécessité.
L’étude a eu recours à l’analyse quantitative Stata 18. Les fréquences ont été calculées pour les caractéristiques des participants, y compris les données démographiques (sexe, âge, niveau d’éducation), le travail (type d’emploi, poste actuel, formation connexe et années d’expérience) et les besoins de formation autodéclarés. Les scores relatifs aux connaissances et à la pratique ont été calculés en additionnant les réponses respectives aux questions. Un score de compétence composite a été établi en combinant les scores de connaissances et de pratique. L’analyse a comparé les scores de compétence en fonction des caractéristiques démographiques et professionnelles des participants à l’aide du test de Kruskal-Wallis, tandis que les scores de compétence entre les périodes avant et après l’intervention ont été comparés à l’aide du test des rangs signés de Wilcoxon en raison de la nature appariée des réponses des mêmes participants.
RÉSULTATS
La population totale d’infirmières admissibles à travailler au centre de cancérologie était de 45. Les infirmières ayant donné leur consentement au début de l’étude étaient au nombre de 43 et elles ont toutes renvoyé les questionnaires, ce qui représente un taux de réponse de 100 % au début de l’étude. Trente-neuf infirmières ont suivi le programme pédagogique et répondu au questionnaire final (soit un taux de réponse post-intervention de 90,69 %).
Caractéristiques démographiques et professionnelles des infirmières interrogées
Les deux tiers des 43 infirmières étaient des femmes et près du tiers (32,5 %) avaient de 40 à 50 ans, alors qu’un peu plus du quart avaient moins de 30 ans (25,6 %). Les infirmières titulaires d’un diplôme constituaient la majorité des répondants (62,8 %), la proportion diminuant pour les titulaires d’une licence ou d’une maîtrise (tableau 1). Les postes de direction étaient occupés par 27,9 % des répondants qui ont entre 21 et 30 ans d’expérience. La majorité (83,7 %) n’avait pas de formation officielle en oncologie.
Tableau 1.
Profil démographique et poste occupé par les infirmières
| N = 43 | Pourcentage | |
|---|---|---|
| Sexe | ||
| Homme | 14 | 32,6 |
| Femme | 29 | 67,4 |
| Âge en année | ||
| Moins de 30 | 11 | 25,6 |
| De 30 à 39 | 11 | 25,6 |
| De 40 à 49 | 14 | 32,5 |
| De 50 à 59 | 7 | 16,3 |
| Plus haut degré de scolarité atteint | ||
| Diplôme | 27 | 62,8 |
| Baccalauréat | 12 | 27,9 |
| Maîtrise | 3 | 7 |
| Autre | 1 | 2,3 |
| Poste actuel | ||
| Infirmière-chef adjointe | 4 | 9,3 |
| Infirmière-chef | 15 | 34,9 |
| Agent de soins infirmiers I | 4 | 9,3 |
| Agent de soins infirmiers II | 5 | 11,6 |
| Agent de soins infirmiers III | 14 | 32,6 |
| Infirmière auxiliaire principale | 1 | 2,3 |
| Type d’emploi | ||
| Contrat | 12 | 27,9 |
| Permanent | 31 | 72,1 |
| A reçu une formation spécialisée en oncologie | ||
| Non | 36 | 83,7 |
| Oui | 7 | 16,3 |
| Année de pratique infirmière | ||
| Moins de 5 | 11 | 25,6 |
| De 5 à 10 | 9 | 20,9 |
| De 11 à 20 | 8 | 18,6 |
| De 21 à 30 | 12 | 27,9 |
| Plus de 30 | 3 | 7 |
| Années de pratique infirmière en oncologie | ||
| Aucune | 5 | 11,6 |
| Moins de cinq ans | 25 | 58,1 |
| De 6 à 10 ans | 9 | 20,9 |
| De 11 à 20 ans | 2 | 4,7 |
| De 21 à 30 ans | 2 | 4,7 |
| De 31 à 40 ans | 0 | 0 |
| Formation infirmière spécialisée en oncologie | N = 7 | Pourcentage |
| Maîtrise | 1 | 14,3 |
| Formations courtes | 5 | 71,4 |
| Autre | 1 | 14,3 |
Connaissance des facteurs de risque associés à la NPIC
Les connaissances portaient sur la terminologie, les facteurs de risque, les symptômes, le diagnostic et les modalités de traitement, alors que la pratique a été évaluée sur le plan du dépistage, de l’évaluation et la fréquence de transmission d’informations aux patients. Les connaissances des infirmières sur les facteurs de risque de la NPIC ont évolué grâce à la formation. La sensibilisation au facteur de risque qu’est l’âge du patient est passée de 67,4 % avant la formation à 97,4 % après (p = 0,0005). L’antécédent de tabagisme était mieux connu comme un facteur de risque, passant de 60,5 % à 92,3 % (p = 0,0003), tandis que la connaissance de l’incidence de la détérioration de la fonction rénale s’est légèrement améliorée, passant de 79,1 % à 84,6 % (p = 0,5271). Quant à la connaissance de la combinaison d’agents neurotoxiques, elle est passée de 86 % à 97,4 % (p = 0,0253). La sensibilisation aux agents spécifiques associés à la NPIC a fait un bon, passant de 16,3 % à 56,4 % (p = 0,0006). La connaissance de la présence antérieure d’une neuropathie s’est maintenue élevée, passant de 90,7 % à 97,4 % (p = 0,1573) (voir le tableau 2).
Connaissance des symptômes et complications liés à la NPIC
La connaissance des symptômes et des complications de la NPIC associés à de la faiblesse musculaire a montré des améliorations significatives entre le début et la fin de l’intervention et est passée de 62,8 % à 94,9 % (P = 0,0008). La connaissance des autres symptômes a affiché des pourcentages plus élevés à la suite de la formation, mais qui n’étaient pas statistiquement significatifs. La plupart d’entre eux étaient élevés avant la formation. Au départ, 86 % des participants notaient des fourmillements (« picotements »), pourcentage qui est passé à 94,9 % après l’intervention (p = 0,2188). La reconnaissance de la douleur intense et fluctuante est passée de 74,4 % à 87,2 % (p = 0,1573), tandis que la connaissance de la diminution de la sensation est restée stable à environ 81,4 % et 82,1 % (p = 0,763). La reconnaissance d’une sensibilité accrue au toucher n’a pas changé, c.-à-d. 39,5 % au départ et 41 % après l’intervention (p = 1,000). La connaissance du fait que les symptômes peuvent apparaître quelques heures ou quelques jours après la chimiothérapie est passée de 90,7 % à 97,4 % (p = 0,375).
Par rapport à avant la formation, plus d’infirmières (de 65,1 % à 100 % (p = 0,0002) savaient a posteriori que la présence d’hypotension orthostatique peut dénoter une NPIC. La sensibilisation à la gravité des symptômes liés à la durée et au dosage de la chimiothérapie s’est améliorée, passant de 67,4 % à 89,7 % (p = 0,0225). La reconnaissance des symptômes sensoriels limités à la zone « gant et chaussette » a augmenté de 83,7 % à 97,4 % (p = 0,2188), et la connaissance que des traumas nerveux préexistants exacerbent les symptômes de NPIC a augmenté de 79,1 % à 94,9 % (p = 0,1797), mais ni un ni l’autre n’affichait une différence significative. Globalement, ces résultats témoignent d’une amélioration de la compréhension de la NPIC par les infirmières (voir le tableau 2).
Connaissance des modalités de traitement de la NPIC
La connaissance des modalités de traitement de la NPIC s’est aussi grandement améliorée après la formation. Au début, 60,5 % des infirmières savaient que la duloxétine est efficace pour apaiser une NPIC douloureuse, contre 100 % après la formation (p = 0,0001). Les traitements topiques étaient aussi mieux connus à la fin; la sensibilisation aux timbres de capsaïcine (8 %), par exemple, est passée de 65,1 % à 87,2 % (p = 0,0325). Cependant, la compréhension de l’efficacité de la stimulation de la moelle épinière est demeurée stable : 48,8 % au début et 46,2 % après la formation (p = 0,7389). De même, la sensibilisation au potentiel du refroidissement localisé pour prévenir la NPIC a peu évolué, passant de 37,2 % à 43,6 % (p = 0,593).
Connaissances générales
Le score moyen de la connaissance de la terminologie liée à la NPIC est resté stable à 1,8 (écart-type de 0,4) avant et après la formation (p = 1,0000). Cependant, la connaissance des facteurs de risque a augmenté, passant d’un score de référence moyen de 4,0 (écart-type de 1,4) à 5,3 (écart-type de 1,1) après la formation (p = 0,0000). La connaissance des symptômes et complications liés à la NPIC s’est améliorée, passant de 7,3 (écart-type de 1,8) à 8,8 (écart-type de 1,3) (p = 0,0000). De plus, la compréhension du diagnostic a pris du galon, passant de 2,7 (écart-type de 1,2) à 3,3 (écart-type de 1,2) (p = 0,0284), et la connaissance des modalités de traitement est passée de 2,1 (écart-type de 1,1) à 2,8 (écart-type de 0,8) (p = 0,0034). Le score de la compréhension générale de la NPIC a aussi augmenté, passant de 17,9 (écart-type de 4,1) au début à 21,9 (écart-type de 2,9) après la formation (p = 0,0000). Ces résultats mettent en évidence l’amélioration des connaissances générales des infirmières sur la NPIC grâce à la formation.
Pratique
Les résultats révèlent une amélioration considérable des pratiques infirmières liées à la NPIC dans les six mois suivant la formation. En ce qui concerne le dépistage de la neuropathie périphérique, les réponses « jamais » ont diminué de 9,3 % à 0 %, tandis que les réponses « souvent » ont augmenté de 4,7 % à 69,2 %. Quant à l’évaluation des symptômes de la NPIC, les réponses « jamais » sont passées de 2,3 % à 0 %, et les réponses « souvent » ont augmenté de 23,3 % à 59 %. En outre, les réponses « jamais » pour l’évaluation des autres facteurs de risque ont chuté de 14,0 % à 0 %, et les réponses « souvent » ont augmenté de 14,0 % à 53,9 %. Dans l’ensemble, ces résultats démontrent une nette amélioration des pratiques infirmières relatives à la NPIC à la suite de l’intervention (voir le tableau 3).
Tableau 3.
Pratique liée à la NPIC
| Jamais (pourcentage) | Occasionnellement (pourcentage) | Fréquemment (pourcentage) | Toujours (pourcentage) | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
| ||||||||
| Référence (N = 43) | Après l’intervention (N = 39) | Référence (N = 43) | Après l’intervention (N = 39) | Référence (N = 43) | Après l’intervention (N = 39) | Référence (N = 43) | Après l’intervention (N = 39) | |
| Réalisation d’un dépistage de la NPIC | ||||||||
| Dépistage de la présence d’une neuropathie périphérique avant la première chimiothérapie | 9,3 | 0,0 | 67,4 | 5,1* | 4,7 | 69,2* | 18,6 | 25,6 |
| Identification des symptômes des patients associés à la NPIC | 2,3 | 0,0 | 55,8 | 7,7* | 23,3 | 59* | 18,6 | 33,3 |
| Évaluation des autres facteurs de risque associés à la neuropathie périphérique chez les patients | 14,0 | 0* | 62,8 | 5,1* | 14,0 | 53,9* | 9,3 | 41* |
| Réalisation d’une évaluation de la NPIC | ||||||||
| Réalisation d’une évaluation de la NPIC avant chaque perfusion de chimiothérapie neurotoxique | 7,0 | 0,0 | 48,8 | 10,3* | 25,6 | 56,4* | 18,6 | 33,3 |
| Évaluation de la capacité des patients à effectuer des mouvements de motricité fine | 16,3 | 0,0* | 46,5 | 7,7* | 20,9 | 74,4* | 16,3 | 18,0 |
| Évaluation des réflexes tendineux profonds chezles patients recevant une chimiothérapie neurotoxique | 27,9 | 0,0* | 60,5 | 38,5* | 4,7 | 41,0* | 7,0 | 20,5 |
| Évaluation de la force musculaire des patients recevant une chimiothérapie neurotoxique | 18,6 | 0,0* | 58,1 | 30,8* | 14,0 | 51,3* | 9,3 | 18,0* |
| Évaluation objective de la fonction motrice (forcemusculaire, évaluation de la démarche) | 18,6 | 0,0* | 55,8 | 20,5* | 14,0 | 59,0* | 11,6 | 20,5 |
| Documentation des données d’évaluation de la NPICsi le patient reçoit unechimiothérapie neurotoxique | 20,9 | 0,0* | 46,5 | 7,7* | 20,9 | 61,5* | 11,6 | 30,8 |
| Éducation et counseling sur la NPIC | ||||||||
| Montrer aux patients à effectuer une auto-évaluation dessymptômes associés à la NPIC et indiquer quand s’adresser aux professionnels de la santé | 14,0 | 0,0* | 39,5 | 2,6* | 27,9 | 48,7 | 18,6 | 48,7* |
| Montrer aux patients les mesures de sécurité suivies pour éviter les blessures associées à la NPIC | 7,0 | 0,0* | 41,9 | 2,6* | 37,2 | 33,3 | 14,0 | 64,1* |
La fréquence de l’offre de counseling et d’éducation aux patients sur la NPIC, elle, s’est améliorée. Pour informer les patients sur l’auto-évaluation de la NPIC et le signalement aux professionnels de la santé, les réponses « jamais » ont diminué pour passer de 14,0 % à 0 %, et « toujours » a augmenté pour passer de 18,6 % à 48,7 %. Quant à l’éducation des patients sur les mesures de sécurité pour éviter les blessures liées à la NPIC, les réponses « jamais » se sont repliées à 0 % par rapport à 7,0 %, et les réponses « toujours » ont cru jusqu’à 64,1 % par rapport à 14,0 %. En somme, ces résultats témoignent d’une amélioration substantielle des pratiques de counseling sur la NPIC par les infirmières après la formation.
Les résultats témoignent d’améliorations substantielles de la pratique infirmière dans l’évaluation de la NPIC. Pour ce qui est des évaluations des infirmières avant un traitement de chimiothérapie neurotoxique, les réponses « jamais » ont décru pour passer de 7,0 % à 0 %, alors que les réponses « toujours » ont augmenté de 18,6 % à 33,3 %. Les réponses « jamais » liées à l’évaluation de la motricité fine ont chuté de 16,3 % à 0 %, et les réponses « fréquemment » ont augmenté de 20,9 % à 74,4 %. Les réponses « jamais » liées à l’évaluation des réflexes tendineux ont diminué, passant de 27,9 % à 0 % et les réponses « toujours » ont augmenté de 7,0 % à 20,5 %. L’évaluation de la force musculaire a vu ses réponses « jamais » diminuer de 18,6 % à 0 % et « fréquemment » augmenter jusqu’à 51,3 %. Les évaluations objectives de la fonction motrice ont vu leurs réponses « jamais » descendre de 18,6 % à 0 %, et « fréquemment » augmenter jusqu’à 59,0 %. Enfin, la documentation des données d’évaluation de la NPIC s’est améliorée, les réponses « jamais » passant de 20,9 % à 0 % et les réponses « toujours » passant de 11,6 % à 30,8 %. Bref, une amélioration substantielle se dégage des résultats de l’évaluation des pratiques des infirmières relativement à la NPIC à la suite de la formation.
Les pratiques infirmières relatives à la NPIC ont généralement affiché des améliorations substantielles après l’intervention. La fréquence moyenne du dépistage de la NPIC est passée de 4,1 (écart-type de 2,0) au début à 6,8 (écart-type de 1,4) après l’intervention (p = 0,0000). La fréquence de l’évaluation de la NPIC est montée de 7,4 (écart-type de 4,1) à 12,3 (écart-type de 2,9) (p = 0,0000). Le score moyen de la transmission d’informations aux patients sur la NPIC est passé de 3,1 (écart-type de 1,6) à 5,1 (écart-type de 1,0) (p = 0,0000). Dans l’ensemble, le score moyen de la pratique relative à la NPIC s’est amélioré substantiellement de 14,6 (écart-type de 6,8) à 24,2 (écart-type de 4,7) (p = 0,0000). Ces résultats montrent une amélioration substantielle des pratiques infirmières liées à la NPIC après l’intervention.
DISCUSSION
L’étude visait à évaluer l’efficacité d’un programme de formation sur les neuropathies périphériques induites par la chimiothérapie pour améliorer le degré de compétence des infirmières en oncologie à l’hôpital KNH. L’échantillon de référence comprenait 43 infirmières, et 98 % ont suivi le programme. Ce taux de réponse élevé fait ressortir la faisabilité d’une intervention pédagogique en milieu clinique. Les connaissances initiales des infirmières sur la NPIC étaient inadéquates, mais les connaissances sur la NPIC et la pratique se sont grandement améliorées après l’intervention. Par la mise en œuvre d’un programme pédagogique complet, l’étude vise à outiller les infirmières à prodiguer de meilleurs soins, et ainsi réduire l’incidence de la NPIC sur la qualité de vie des patients.
Les infirmières participantes avaient un niveau d’expérience très varié, mais 28 % d’entre elles avaient de 21 à 30 ans d’expérience en soins infirmiers. La majorité (83,7 %), cependant, a dit ne pas avoir suivi de formation spécifique en oncologie. Cette situation est critique, puisqu’elle donne à croire que l’absence d’une formation officielle en oncologie limite la capacité des infirmières ayant une grande expérience clinique à bien gérer la NPIC (Doe et White, 2023). En comparaison, une étude réalisée aux États-Unis a montré que les infirmières ayant une formation officielle en oncologie affichaient un niveau de confiance et de compétence plus grand à gérer la NPIC (Knoerl et al., 2019). Cela montre que même si l’expérience est utile, l’enseignement structuré joue un rôle déterminant dans la qualité des soins destinés aux patients atteints du cancer.
Figure 1.
Diagramme représentant le contenu de l’éducation relative à la NPIC
Note. La flèche montre la direction de la prestation du contenu
Tableau 4.
Compétence générale relative à la NPIC (connaissances et pratique)
| N | Moyenne | Écart-type | Médiane | Valeur P | |
|---|---|---|---|---|---|
| Connaissance | |||||
| Connaissance de la terminologie sur la NPIC (de 0 à 2) | |||||
| Référence | 43 | 1,8 | 0,4 | 2,0 | 1,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 1,8 | 0,4 | 2,0 | |
| Connaissance des facteurs de risque (de 0 à 6) | |||||
| Référence | 43 | 4,0 | 1,4 | 4,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 5,3 | 1,1 | 6,0 | |
| Connaissance des symptômes et complications liés à la NPIC (de 0 à 10) | |||||
| Référence | 43 | 7,3 | 1,8 | 8,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 8,8 | 1,3 | 9,0 | |
| Connaissance du diagnostic (de 0 à 5) | |||||
| Référence | 43 | 2,7 | 1,2 | 3,0 | 0,0284 |
| Après l’intervention | 39 | 3,3 | 1,2 | 4,0 | |
| Connaissance des modalités de traitement (de 0 à 4) | |||||
| Référence | 43 | 2,1 | 1,1 | 2,0 | 0,0034 |
| Après l’intervention | 39 | 2,8 | 0,8 | 3,0 | |
| Score des connaissances générales sur la NPIC (de 0 à 27) | |||||
| Référence | 43 | 17,9 | 4,1 | 18,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 21,9 | 2,9 | 23,0 | |
| Pratique | |||||
| Fréquence de dépistage de la NPIC (de 0 à 9) | |||||
| Référence | 43 | 4,1 | 2,0 | 3,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 6,8 | 1,4 | 7,0 | |
| Fréquence de l’évaluation de la NPIC (de 0 à 18) | |||||
| Référence | 43 | 7,4 | 4,1 | 8,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 12,3 | 2,9 | 12,0 | |
| Fréquence de prestation d’éducation sur la NPIC (de 0 à 6) | |||||
| Référence | 43 | 3,1 | 1,6 | 3,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 5,1 | 1,0 | 5,0 | |
| Pratique générale relative à la NPIC (de 0 à 33) | |||||
| Référence | 43 | 14,6 | 6,8 | 14,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 24,2 | 4,7 | 23,0 | |
| Compétence globale de NPIC (de 0 à 60) | |||||
| Référence | 43 | 32,5 | 7,8 | 31,0 | 0,0000 |
| Après l’intervention | 39 | 46,1 | 5,6 | 46,0 |
L’étude sur les connaissances des infirmières en oncologie à KNH CTC a permis d’accroître considérablement divers aspects de leurs connaissances à l’issue de la formation, ce qui démontre l’efficacité des interventions pédagogiques. La connaissance de la terminologie liée à la NPIC est restée stable, laissant croire que les infirmières connaissaient déjà les termes élémentaires. Cependant, une formation plus spécialisée pourrait être nécessaire compte tenu des constats sur d’autres sujets d’intérêt. En comparaison, la connaissance des facteurs de risque de la NPIC a considérablement augmenté, mettant en lumière l’importance de déceler rapidement les patients très vulnérables et d’agir pour prévenir (Al-Atiyyat et al., 2018).
En outre, la connaissance des symptômes et complications s’est améliorée, soit un élément critique pour les interventions en temps opportun (Smith et al., 2022). En comparaison, une étude de Jordan et collaborateurs (2020) menée dans un établissement de santé similaire a révélé que des programmes pédagogiques ciblés améliorent considérablement les connaissances des infirmières sur les facteurs de risque et les symptômes de la NPIC. Ces résultats concordent avec la présente étude, qui illustre que des interventions pédagogiques structurées en milieu clinique peuvent augmenter efficacement la sensibilisation et le degré de compétence du personnel infirmier.
Malgré la mise en œuvre d’une intervention pédagogique, on a observé un recul de la connaissance des techniques de stimulation de la moelle épinière et aucune évolution du recours aux thérapies par le froid pour apaiser la NPIC. Il est possible que les formateurs manquent de connaissances et d’exposition à ces techniques. La recherche indique que l’efficacité de la formation dépend en très grande partie de la compétence du formateur; si celui-ci manque qu’expertise, il risque de ne pas assez insister sur les concepts critiques (Alhassan et Alghofaily, 2024). Ce constat concorde avec d’autres travaux de recherche qui insistent pour que la matière soit enseignée par des formateurs chevronnés afin que le message passe bien (Doe et White, 2023).
La pratique infirmière, elle, a affiché des améliorations relatives aux soins de la NPIC, ce qui confirme l’efficacité des interventions ciblées pour améliorer la prestation des soins. L’augmentation des scores de dépistage de la NPIC témoigne d’une sensibilisation accrue et d’une approche préventive adoptée par les infirmières pour déterminer qui sont les patients qui risquent de présenter une NPIC. Ce constat concorde avec ceux de Jordan et collaborateurs (2020), qui mettent l’accent sur l’importance de la détection précoce et de la gestion des symptômes de NPIC pour prévenir les complications graves et améliorer le bilan de santé des patients. De plus, une étude réalisée par Smith et collaborateurs (2022) a trouvé que les interventions infirmières telles que l’éducation des patients et le dépistage préventif réduisent considérablement l’incidence des symptômes graves de la NPIC chez les patients recevant un traitement de chimiothérapie. Les résultats de notre étude sur la NPIC soutiennent cette approche, montrant que l’amélioration des pratiques infirmières peut découler de programmes de formation ciblés qui insistent sur la nécessité de bien renseigner le patient.
Les changements dans la pratique sont particulièrement appréciables, car ils démontrent une évolution vers des soins infirmiers plus centrés sur le patient, où l’accent est mis non seulement sur le traitement du cancer, mais aussi sur la gestion efficace de ses effets secondaires. L’absence de différences démographiques dans l’amélioration des pratiques suggère que ces interventions peuvent être généralisées à divers contextes infirmiers, ce qui pourrait conduire à la normalisation des pratiques de soins dans la gestion des NPIC (Knoerl et al., 2019).
Limites
Parmi les limites de l’étude, notons l’auto-évaluation initiale de la pratique relative à la NPIC. Un questionnaire normalisé a été utilisé après l’intervention afin d’améliorer la précision et d’incorporer des entretiens de suivi et d’obtenir des informations plus approfondies. La formation a été donnée à un établissement, un hôpital universitaire de grande taille en milieu urbain, premier centre de recours national sur le traitement du cancer. Les infirmières pourraient être un peu plus exposées aux patients atteints du cancer qu’à d’autres établissements de santé au pays.
CONCLUSION
L’étude a mis en relief l’incidence positive des interventions éducatives sur l’amélioration des connaissances et des pratiques en matière de soins intensifs en cancérologie chez les infirmières au KNH CTC. Si les connaissances et les pratiques générales se sont considérablement améliorées, des domaines spécifiques – la sensibilisation au refroidissement localisé et les techniques de stimulation de la moelle épinière – requièrent davantage d’attention. Le contexte démographique fait ressortir le potentiel d’une formation structurée pour améliorer les compétences des infirmières, en particulier celles qui n’ont pas reçu d’éducation formelle en oncologie. Il est essentiel de combler ces lacunes par une formation continue et des initiatives de formation ciblées pour garantir la prestation de soins de haute qualité dans la gestion des effets secondaires liés à la chimiothérapie.
RECONNAISSANCE
Nous tenons à exprimer notre sincère gratitude à l’hôpital national Kenyatta qui a financé cette recherche et nous a autorisés à mener l’étude dans ses locaux. Nos remerciements les plus sincères vont également au personnel dévoué du centre de cancérologie, en particulier à ceux qui ont collaboré étroitement avec nous aux différentes étapes du projet : la Dre Catherine Nyongesa, Joseck Mageto, Ronnie Obulemire, Grace Kimani, Ben Bella Onyino, Solomon Omare et le Dr David Wata. Je tiens à remercier la direction de l’hôpital KNH, notamment Divinna Nyarera et Peter Mwiti, Raheli Mukhana et l’équipe des ressources humaines, qui ont permis aux infirmières d’assister à la formation.
En outre, nous apprécions les précieuses informations fournies par Ben Brian Owino et Chrispine Ngwawe. Enfin, nous remercions toutes les personnes qui ont contribué à cette étude, mais qui n’ont pas été citées nommément. Votre soutien a été inestimable pour la réussite de cette recherche.
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