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. 2026 Apr 12;63:e70030. [Article in German] doi: 10.1111/cars.70030

Le caractère changeant ce la race en contexte migratoire: « À Montréal je ne suis pas considérée comme une personne blanche. Au Brésil, oui. »

Barbara Andrade de Sousa 1,✉, Line Chamberland 2
PMCID: PMC13071208  PMID: 41968505

ABSTRACT

This article draws on the analysis of semi‐structured interviews to compare the immigration experiences of queer individuals from the Global North with those of their counterparts from the Global South. It examines the process of racialization experienced by some of these individuals upon arrival in Quebec/Canada, the transformation of this process when it had already been experienced in the country of origin, and the continued social recognition as white people for others. The article then examines the impacts of these processes on the construction of these immigrants' life stories in the host society, particularly in relation to their social class. It also demonstrates that the privilege enjoyed by individuals socially recognized as white manifests itself in the absence of challenges related to racialization in their life trajectories.

1. Introduction

Les études sur l'immigration queer ont pris leur envol en contexte étatsunien au début des années 2000 (Luibhéid 2008). Ce champ d’études remet en cause l'approche hétéronormative des analyses sur l'immigration qui omet l'influence de l'orientation sexuelle sur maints aspects de l'expérience migratoire (Asencio 2009; Luibhéid 2004). À partir de cette prémisse de départ, ces études accordent à l'orientation sexuelle une place centrale dans l'analyse du parcours migratoire et l'examinent à travers son imbrication avec d'autres catégories de pouvoir (Collins et Bilge 2016) comme le sexe, le genre et la race, des dimensions identitaires qui exercent une influence sur l'intégration dans la société d'accueil.

Ainsi, plusieurs travaux empiriques réalisés dans des pays du Nord global se sont intéressés à l'expérience migratoire des personnes d'orientation sexuelle non normative en analysant le processus de racialisation auquel les immigrants des pays du Sud global sont assujettis lorsqu'ils s'installent au Nord (Amari 2017; Guðmundsdóttir et Skaptadóttir 2017; Luibhéid 2008; Peumans 2018). La plupart des études réalisées au Québec sur les immigrants queers suivent la même tendance et se penchent sur les personnes venues du Sud (Chbat 2017; Chbat et al. 2023; de Repentigny‐Corbeil 2021; de Santana Torres et Martins Fernandes 2021; El‐Hage et Lee 2016; Fournier et al. 2021; Gagné et Chamberland 2008; Gagnon 2019; Roy 2013), à l'exception de l'analyse de Sousa et Chamberland (2021), qui se penchait sur l'expérience post‐migratoire de quelques immigrants originaires du Sud et du Nord. La classe sociale est une autre catégorie de pouvoir parfois mentionnée, mais rarement examinée de près dans son imbrication avec les formes des discriminations vécues et le sens que les personnes leur attribuent. Les résultats de cette étude auprès d'immigrants queers au Québec révèlent qu'il s'agit là d'un aspect à ne pas négliger.

Cet article s'inscrit dans la lignée des travaux situés au croisement théorique des études sur la blanchité et sur l'immigration (Bouvier 2021; Cosquer 2019; van Riemsdijk 2010), et innove en intégrant d'autres éléments à l'analyse : l'orientation sexuelle et la classe sociale. Globalement, notre contribution vient enrichir les études portant sur l'immigration queer et, de surcroît, celles qui se penchent sur la blanchité dans l'immigration. Ces champs d’études, foisonnants dans les milieux académiques de langue anglaise, sont moins répandus dans leurs équivalents de langue française, surtout au Québec (Bosa 2012; Bouvier 2021). De ce fait, à un autre niveau, nous contribuons à leur développement en contexte francophone.

L'objectif de cette recherche est d'examiner le caractère changeant de la race, comprise comme le produit de rapports sociaux ancrés dans des contextes sociohistoriques et culturels spécifiques et susceptibles d’évoluer au fil du temps (Alcalde 2018; Bosa 2012; Chen 2017; Eid 2018; Frankenberg 2001; Hall 2019; Ignatiev, 1995; Mazouz 2020). Dans le contexte migratoire québécois, cette dynamique se manifeste par le processus de racialisation vécu par certains immigrants originaires du Sud, ou de descendance provenant du Sud, une fois arrivés au Québec, en contraste avec l'absence de ce processus pour les immigrants blancs sur le plan phénotypique et originaires du Nord, qui demeurent socialement reconnus comme Blancs. L'orientation sexuelle et la classe sociale sont analysées dans leur imbrication avec la racialisation différenciée des participants du Sud et du Nord. L'article s'intéresse également à la manière dont l'articulation de ces identités peut conférer des avantages sociaux à certains et désavantager d'autres individus.

Le cadre théorique, ancré dans les études sur la blanchité (whiteness studies) et la théorie critique de la race (critical race theory), expose sommairement les processus sociaux qui catégorisent et hiérarchisent les races, donnant ainsi lieu à des rapports de pouvoir entre le groupe majoritaire, celui qui bénéficie du processus de racialisation (Mazouz 2020) et le groupe minoritaire, essentialisé et altérisé par ce même processus. Ensuite, la section méthodologique présente l'approche qualitative adoptée et dépeint les participants de l’étude, un échantillon composé d'immigrants queers diversifié sur le plan de l'origine géographique, soit le Nord et le Sud globaux. L'analyse des résultats montre comment la plasticité de la race se traduit dans la vie des participants et révèle les mécanismes et les répercussions des privilèges dont certaines personnes jouissent (ou de l'absence de ces privilèges) et leurs impacts sur la construction des histoires de vie dans la société d'accueil, en intersection, notamment, avec la classe sociale et l'orientation sexuelle. En dernier lieu, la conclusion souligne l'importance de contraster les expériences de racialisation dans l'analyse des parcours d'immigration et de leurs représentations.

2. Le cadre théorique

2.1. Blanchité et assignation raciale dans les migrations Sud‐Nord et Nord‐Nord

L'approche historique du champ d’études connu comme les Whiteness Studies examine la relation entre la période de colonisation européenne débutant au XVIe siècle et la mise en place de l'idéologie selon laquelle il existerait une hiérarchisation entre les Blancs européens et les populations colonisées, ce qui, d'après plusieurs auteurs, se trouve à l'origine de la notion de race et, par conséquent, de la blanchité (Bento 2022; Chen 2017; Frankenberg 2001; Quijano 2007; Schucman 2012). Toujours selon ce champ d’études, les colonisateurs européens ne se sont pas nommés comme tel, mais voulaient simplement signifier ne pas être la figure de l'Autre (Bento 2022; Chen 2017; Frankenberg 2001). Dans son analyse, Frankenberg (2001) souligne que cette identité surgit de manière relationnelle, vu qu'en infériorisant l'Autre, les Blancs se sont mis par défaut dans une catégorie supérieure. Ironiquement, le marqueur de la blanchité est son manque d'altérité.

Cette même période a également instauré une hiérarchie entre ce que Hall (1992) nomme the West and the Rest (L'Occident et le reste du monde), soit la distinction entre pays fondée sur une caractérisation et une classification des sociétés non occidentales par rapport aux sociétés occidentales. Pendant la période d'exploration et de conquête, l'Europe bâtit sa propre identité et se positionne globalement comme l'Occident (West) tout en imputant un antagonisme au reste du monde (Rest), créant ainsi une hiérarchie entre les pays situés dans chacun de ces espaces constitués historiquement. Le système de représentation ainsi créé pour distinguer de manière inexorable ces deux espaces imaginaires et les populations qui y habitent a eu des conséquences bien réelles pour les relations entre les pays et leurs populations.

C'est cette idée centrale que défendait Hall (1992) et que l'on retrouve, plus récemment, dans la production de divers champs d’études qui influencent la sociologie de l'immigration (postcolonialisme, études sur la blanchité, théorie critique de la race) et qui établissent un lien entre les processus d'assignation raciale et la colonisation (Brun et Cosquer 2022b; Eid 2018; Frankenberg 2001; Grosfoguel 2004; Quijano 2007). Bien que principalement orientées vers la valorisation des épistémologies du Sud global, longtemps et intentionnellement marginalisées par celles du Nord global (Santos 2018), les études postcoloniales mettent également en lumière un système de pouvoir structuré à l’échelle mondiale, qui confère aux pays du Nord global une position de supériorité symbolique, intellectuelle et matérielle par rapport aux pays du Sud global.

Les termes Nord et Sud « globaux », utilisés au pluriel pour dénoter le caractère hétérogène des pays qui les composent, sont largement employés dans les écrits postcoloniaux (Cusicanqui 2007 ; Harindranath 2014; Santos 2018, 2020) et ont également influencé les études sur l'immigration queer. Cette division renvoie à une réalité ni strictement géographique (Izaguirre et al. 2025), ni uniquement économique, « mais à un espace‐temps politique, social et culturel. C'est une métaphore des souffrances humaines injustes causées par l'exploitation capitaliste, la discrimination raciale et la discrimination sexuelle » (Santos 2020, 15. [Traduction libre]). Le Sud global, en tant que construction historique, géographique et temporelle, est marqué par l'altérisation raciale de ses populations, qui constitue l'un des principaux marqueurs de ces territoires (Sud et Sánchez‐Ancochea 2022). Dans cette perspective, le Nord global désigne les régions ayant imposé le colonialisme et l'impérialisme à certains pays du Sud et institué l'altérisation raciale des populations de ces territoires.

Cette construction historique de la blanchité, abordée plus haut, a constitué les personnes blanches comme des sujets universels non marqués (Bosa 2012), point de référence à partir duquel l'Autre est pensé, hiérarchisé et altérisé (Bento 2022; Carta Capital 2016; Frankenberg 2001; Hall 1992; Schucman 2012). La figure de l'Autre naît à partir de ce processus relationnel entre les personnes socialement reconnues comme Blanches, le groupe majoritaire, qui distingue, catégorise, altérise, hiérarchise et minorise les autres personnes, soit le groupe minoritaire (Bilge et Forcier 2016; Eid 2018; Telep 2021). Ce processus de racialisation s'inscrit dans des rapports de pouvoir et varie en fonction du contexte socio‐historique dans lequel il se déploie (Bilge et Forcier 2016).

Mazouz (2020) emploie l'expression « assignation racialisante » pour insister sur cette dynamique d'altérisation et de minorisation imposée par le groupe majoritaire au groupe minoritaire, mettant ainsi en évidence les rapports de pouvoir responsables de la production et du maintien des hiérarchies raciales. Dans le cadre de cet article, l'assignation raciale renvoie plus spécifiquement à l'attribution d'une position au sein d'une hiérarchie raciale, à une catégorisation opérée par autrui au cours d'interactions quotidiennes, qu'elles soient interpersonnelles ou institutionnelles (Brun et Cosquer 2022a).

Cette analyse portant sur les deux groupes impliqués dans ces rapports, le concept d'assignation raciale s'impose, étant plus inclusif des dynamiques affectant tant le groupe majoritaire que minoritaire. Cette perspective nous amène également à privilégier le terme racialisation plutôt que racisation: alors que tous sont racialisés, seul le groupe minorisé est racisé (Mazouz 2020).

Plusieurs études se penchant sur les catégorisations raciales ont démontré que les rapports sociaux engendrant les hiérarchies raciales sont situés dans un contexte sociohistorique et culturel donné et sont susceptibles d’évoluer au fil du temps (Alcalde 2018; Bosa 2012; Brun et Cosquer 2022a; Chen 2017; Eid 2018; Frankenberg 2001; Hall 2019; Ignatiev 1995; Mazouz 2020; Telep 2021). Selon ces travaux, la compréhension de la race, de la blanchité et les processus d'assignation raciale ne sont jamais statiques. Ils sont plutôt soumis à des redéfinitions et des réappropriations constantes, qui changent en fonction de différentes cultures, des formations historiques et des époques. Cette caractéristique de la race est centrale à notre perspective analytique.

Sous cet angle, notre étude analyse le processus d'assignation raciale et les discriminations qui en découlent, en contexte migratoire, en tenant compte à la fois du groupe minoritaire et du groupe majoritaire. Pour opérationnaliser ce concept, nous examinons comment le déplacement géographique et le changement de contexte sociohistorique ont modifié le processus de racialisation pour ceux qui étaient déjà soumis à un tel processus dans leur pays d'origine, ont placé une partie des participants dans le groupe minoritaire ou n'ont eu aucun impact pour certaines personnes qui ont conservé leur position dans le groupe majoritaire. Ces configurations sont identifiées à partir de l'analyse des récits des participants portant sur leurs expériences d'altérisation et les manifestations de discrimination découlant des différentes interactions sociales. Cette approche permet d'appréhender le caractère changeant ou immuable de la race et de la blanchité selon les trajectoires migratoires, ainsi que ses répercussions sur le parcours de vie de ces immigrants queers.

3. La méthodologie

Notre analyse repose sur des données issues du projet SAVIE‐LGBTQ1, soit des entrevues semi‐dirigées de type récit de vie réalisées auprès de 22 personnes, originaires de pays du Sud et du Nord, ayant migré vers le Canada par initiative personnelle ou avec leurs parents. Le recrutement a été effectué entre l'automne 2018 et l’été 2020 à travers les réseaux sociaux des partenaires du projet. En concordance avec la méthode d’échantillonnage par cas multiples (Pires 1997), une étape a été ajoutée dans la confection de l’échantillon, soit la présélection des volontaires en fonction de leurs caractéristiques sociodémographiques afin de maximiser la diversité des participants.

Deux entrevues ont été réalisées avec chaque participant. La première a retracé divers aspects du parcours de vie : famille, lieu de résidence, immigration, travail, scolarité, orientation sexuelle, identité de genre et réseau social. La seconde entrevue a eu pour but de 1) valider un calendrier de vie élaboré à partir des informations fournies précédemment et 2) cerner les épisodes les plus marquants d'inclusion et d'exclusion. Ces épisodes sont liés à plusieurs facettes identitaires, comme l'origine ethnoculturelle, le sexe/genre, la nationalité, entre autres, ayant eu des conséquences à long terme sur différentes dimensions de leur vie. La personne interviewée a expliqué ses choix et les impacts des événements retenus sur son histoire.

La particularité d'une telle méthodologie repose sur le type de données qu'elle permet d'obtenir. Le participant fournit un récit de vie à partir de sa conscience des événements vécus, situés dans une temporalité biographique. Ces entrevues mettent le chercheur en contact avec les différents univers sociaux dans lesquels les personnes immigrantes transitent, avec leur point de vue et le sens qu'elles donnent aux phénomènes constitutifs de leurs trajectoires de vie (Desmarais 2009; Pires 1997). Le récit de vie fournit un portrait étoffé de la réalité socioculturelle des participants, élément central pour connaître la place occupée dans la hiérarchie raciale existante dans la société d'origine et le déplacement de son assignation raciale, s'il y a lieu, engendré par l'immigration.

En nous appuyant sur une approche analytique inspirée des principes de la théorisation ancrée, nous avons procédé à l'analyse du matériel empirique à partir du point de vue de l'acteur (Lejeune 2014), en adoptant une logique inductive ouverte à ce qui émergeait des données (Guillemette et Luckerhoff 2015). Cette démarche s'est articulée autour de plusieurs principes clés : une codification inductive permettant l’émergence de catégories à partir des données, une analyse comparative constante entre les témoignages des participants et l'identification de thématiques émergentes, non anticipées dans le devis initial (Mills et al. 2006).

Par le biais d'un codage ouvert, nous avons identifié et regroupé les propos des participants relatifs à l'assignation raciale et à ses ramifications, tant dans le pays d'origine que dans la société d'accueil. Cette première étape a permis de dégager des motifs récurrents dans les expériences relatées par les participants. Dans un second temps, les récits ont été comparés en fonction de la présence, de l’évolution ou de l'absence de processus de racialisation dans leurs trajectoires de vie. Ce travail analytique a fait émerger les catégories conceptuelles rendant compte des expériences vécues des participants. Les sections thématiques de l'article présentent cette analyse en abordant successivement le caractère changeant de la race, les effets de la classe sociale sur les expériences d'altérisation, le racisme sexuel ainsi que le manque de représentativité au sein de la communauté LGBTQ+ au Québec.

3.1. Les caractéristiques ce l’échantillon

Le Tableau 1 brosse un portrait de l’échantillon (n = 22) : sept participants sont nés au Nord et en sont originaires, quatre participants sont nés ou ont vécu leur socialisation primaire et secondaire au Nord tout en ayant des parents originaires du Sud, et onze participants sont nés au Sud et en sont originaires. Conformément à notre conceptualisation de la division entre Nord et Sud exposée précédemment, la France, l'Italie, la Belgique et Israël relèvent du Nord, tandis que l'Algérie, la Corée du Sud, le Brésil, la Chine, la Guadeloupe, le Maroc, le Mexique, la Tunisie et Hong Kong se rattachent au Sud.

TABLE 1.

Caractéristiques de l’échantillon

Pseudonyme Âge d'arrivée au Canada Lieu de naissance Origines culturelles, ethniques ou géographiques 1 Appartenance auto rapportée à un groupe minoritaire selon un ou plusieurs des marqueurs 2
Kirthan 34 ans Algérie Arabe Donnée non recueillie
Nina 34 ans Brésil Latino‐Américaine

Couleur de peau

Nom

Traits du visage

Accent

Sandra 35 ans Brésil Latino‐Américaine Donnée non recueillie
Rosalia 24 ans France

Francophone du Québec

Française

Africaine du Nord

Couleur de peau

Nom

Traits du visage

Accent

Éli3 9 ans Belgique

Français·e

Européen·ne de l'Ouest

Asiatique de l'Est ou du Sud‐Est

Couleur de peau

Nom

Traits du visage

Accent

Kimpo Kim 3 38 ans Corée du Sud

Européen·ne de l'Ouest

Asiatique de l'Est ou du Sud‐Est

Couleur de peau
Jean‐Marc 43 ans France Français Ne s'applique pas
Aline 24 ans France

Francophone du Québec

Française

Ne s'applique pas
Evelyne 27 ans France Française Ne s'applique pas
Mirabelle 33 ans France Européen·ne /Blanche Donnée non recueillie
Frédérique 24 ans France Européen·ne /Blanche Donnée non recueillie
Xiu 24 ans Chine

Française 4

Asiatique de l'Est ou du Sud‐Est

Couleur de peau

Nom

Traits du visage

Davy 22 ans Guadeloupe

Français

Caraïbéen

Couleur de peau

Nom

Evan 30 ans Italie Sud Européen Accent
Zinna 28 ans Maroc Arabe Donnée non recueillie
Elena 33 ans Mexique Latino‐Américaine

Couleur de peau

Nom

Accent

Nassim 17 ans Tunisie Africain du Nord

Nom

Accent

Laurence 13 ans France

Américaine

Européenne du Nord

Africaine Centrale et de l'Ouest

Couleur de peau
Ludovic 7 ans Hong Kong Chinois Donnée non recueillie
Maria 38 ans Mexique Latino‐Américaine

Couleur de peau

Nom

Traits du visage

Accent

Nikita 8 ans Israël Européen·ne /Blanche Donnée non recueillie
Sol 15 ans Mexique

Autochtone Sud Européen

Latino‐Américain

Couleur de peau

Accent

Religion

1

Voici le libellé de la question à choix multiples : « Les gens qui habitent au Canada ont des origines culturelles, ethniques et géographiques très variées. Vous pouvez appartenir à plus d'un groupe parmi la liste suivante : ». Il y avait plus de 20 choix de réponse reprenant les catégories du recensement canadien de 2016 par Statistique‐Canada.

2

Voici le libellé de la question à choix multiples : « Appartenez‐vous à un groupe minorisé en fonction de… OU Êtes‐vous catégorisé.e comme appartenant à un groupe minorisé/ethnicisé en fonction de : ». Les choix de réponse étaient : « votre couleur de peau; votre nom; les traits de votre visage; votre accent; votre religion; ne s'applique pas ».

3

Cette personne s'identifie comme non binaire. Pour cette raison, le pronom « iel » ainsi qu'un langage inclusif sont utilisés pour s'y référer.

4

Xiu a écrit sur la fiche signalétique « lived in France for 5 years ».

Les informations présentées dans le Tableau 1 proviennent des réponses à la fiche signalétique, l'un des outils de collecte de données du projet SAVIE‐LGBTQ. Deux colonnes du tableau correspondent à des questions à choix multiples : l'une porte sur l'appartenance auto‐déclarée à un groupe minorisé ou ethnicisé, et l'autre sur les origines culturelles, ethniques ou géographiques en fonction des choix de réponses proposés lors du recensement canadien de 2016 par Statistique Canada.

La question sur l'appartenance auto‐déclarée à un groupe minorisé proposait cinq marqueurs d'altérité: la couleur de peau, le nom, les traits du visage, l'accent ou la religion, auxquels s'ajoutait l'option « ne s'applique pas ». La mention « donnée non recueillie », apparaissant dans certaines entrées du tableau, indique que la question ne figurait pas encore dans la version de la fiche signalétique. Celle‐ci a été ajustée au fil du projet pour mieux refléter les réalités observées sur le terrain (Gaudet 2018), ce qui explique une certaine variabilité dans les réponses.

Ancrées dans le vécu des participants, ces données montrent que toutes les personnes originaires du Sud, ou dont les parents en sont issus, se sont déclarées comme appartenant à un groupe minorisé ou ethnicisé, élément central qui sera exploré dans l'analyse des résultats. Quant aux personnes originaires du Nord, elles ont choisi la réponse indiquant que la question ne s'appliquait pas à leur situation, révélant ainsi leur appartenance au groupe majoritaire.

4. Le caractère changeant de la race

Selon les témoignages des participants, la racialisation subie varie en fonction de leur origine ethnoculturelle, de leur nationalité, de leur classe sociale, de leurs caractéristiques phénotypiques, de leur accent ainsi que du pays et du contexte socioculturel dans lequel ils se trouvent. Trois cas ressortent de la diversité des vécus au sein de l’échantillon : 1) des participants demeurant reconnus socialement comme appartenant au groupe non marqué et, par conséquent, n'ayant jamais vécu un processus de racialisation; 2) des personnes assignées au groupe minoritaire après l'immigration et 3) des personnes voyant le processus de racialisation changer avec l'immigration.

Le questionnaire utilisé pour réaliser les entrevues se concentrait sur les expériences d'inclusion et d'exclusion liées à l'orientation sexuelle ou à l'identité de genre des participants. Toutefois, à la fin de la première entrevue, la question suivante était posée : « Est‐ce que vous avez déjà vécu d'autres expériences d'inclusion ou d'exclusion par rapport à d'autres aspects de votre identité que votre orientation sexuelle (ou identité de genre)? ». La grande majorité (n = 6) des participants du Nord originaires du Nord répondaient négativement à la question et n'abordaient aucun autre aspect de leur identité comme vecteur d'inclusion ou d'exclusion. Parfois, leur réponse retournait à des situations liées à leur orientation sexuelle, comme Jean‐Marc qui raconte une histoire de discrimination fondée sur son orientation sexuelle. Voici d'autres réponses :

D'exclusion ? C'est assez rare. (Aline)

Non, je ne pense pas. (Frédérique)

Je pense qu'il y a encore beaucoup d'incompréhension, de méconnaissance [sur la bisexualité]. Est‐ce que ça mène à de l'exclusion ? Je ne sais pas. (Mirabelle)

Sur d'autres aspects de ma vie, non, je ne peux pas dire avoir vécu de l'exclusion. (Evan)

Une fois arrivées au Québec, ces personnes ne sont pas soumises à des rapports de pouvoir concernant leur race. Leur déplacement géographique n'ayant pas eu d'incidence sur leur groupe d'appartenance, elles demeurent ainsi en faisant partie du groupe majoritaire.

Au contraire, les participants du Nord ayant des parents originaires du Sud ainsi que les participants du Sud ont abordé d'autres facettes identitaires qui les ont amenés à vivre des expériences de racialisation. Parmi les premiers (n = 4), trois ont mentionné des expériences de discrimination dans leur pays d'origine. Deux participantes sont immigrantes de deuxième génération en France, soit Rosalia et Laurence. Kimpo Kim, né·e en Corée du Sud, a été adopté·e par une famille belge à l’âge d'un an. Ces trois personnes ont déclaré avoir des marqueurs physiques qui les distinguent du groupe qui se place comme étant le symbole de l'universel, soit les personnes blanches originaires du Nord. Tout au long de l'entrevue, Rosalia trace le portrait d'un racisme systémique en France et donne plusieurs exemples à l'appui. Laurence, née en France de parents originaires de l'Afrique centrale, le mentionne aussi.

En plus de vivre de la discrimination raciale et du racisme au quotidien en France parce que je suis d'origine marocaine, donc issue des colonies, donc j'ai vraiment toujours vécu dans un processus de colonisation fort, autant au niveau des instances scolaires, que ce soit dans les écoles, les universités, où toujours j'ai senti la discrimination.

Je ne me sens pas 100 % française, je dirais, parce que je suis arrivée très jeune ici [Canada]. Puis, parce que le fait que je suis noire, bien ça, c'est un problème, notre question de racisme, qui est racisme en France […]. (Laurence)

L'autre personne de l’échantillon, dont le corps est un marqueur de sa différence vis‐à‐vis du groupe qui se place comme l'universel, témoigne avoir subi de la discrimination dans le pays où iel a grandi :

En Belgique, c’était de me faire attaquer parce que j’étais asiatique. Je dérangeais toujours. On ne me tapait pas dessus, mais on me poussait dans la foule ou dans le métro. Je savais que je n’étais pas le bienvenu·e. C'est récurrent, c'est quelque chose qui était intégré. (Kimpo Kim)

Selon l'ensemble des témoignages, la majeure partie des participants n'ont pas vécu d'expériences d'altérisation fondées sur la race ou sur l'origine ethnoculturelle dans leurs pays d'origine. Cependant, le déplacement géographique et socioculturel du Sud vers le Nord a placé une partie de l’échantillon dans le groupe minoritaire et a donné lieu à des rapports de pouvoir auparavant inexistants.

4.1. Le processus de racialisation dans la société d'accueil

L'assignation raciale ne se base pas exclusivement sur des caractéristiques phénotypiques; d'autres aspects, visibles ou non, jouent également un rôle. Les personnes du Sud global passent par un processus de racialisation lorsqu'elles migrent au Nord. Quant aux participants nés au Nord d'ascendance du Sud, ils s'aperçoivent que le processus de racialisation est toujours présent au Québec, mais qu'il se manifeste autrement que dans leur pays de naissance.

La majorité de l’échantillon ayant immigré du Sud ou y ayant ses origines ethnoculturelles (n = 15) a fait part d'expériences de discrimination dans la société d'accueil. Le témoignage de Nina montre de quelle manière les rapports de pouvoir sont déterminés par le contexte géographique et socioculturel ainsi que la reconfiguration de ces rapports lorsque la personne immigre (Bilge 2014; Duplan et Cranston 2023):

À Montréal, je ne suis pas considérée comme une personne blanche. Au Brésil, oui. Ici non, à cause de l'accent, la couleur de ma peau […] C'est difficile pour moi de répondre si une femme transsexuelle d'origine brésilienne va être victime de discrimination ici, parce que si elle est blanche, c'est moins [pire]. Il faut dire la vérité. J'ai vu des Brésiliens qui ont de bons postes ici. Quand tu vois ça, qu'ils ont de bons travaux, des travaux intéressants, dans un endroit intéressant : ils sont blancs, ils ont des noms de famille européens et ci et ça. Alors, l'origine ethnique, la couleur de la peau, ça fait beaucoup de différence. Son accent, ça va faire une grosse différence. (Nina)

Alors que dans son pays d'origine, Nina était socialement reconnue comme une personne blanche, au Québec, elle a vécu le déplacement de cette position et occupe désormais celle de l'Autre. Cette réalité est la même pour les quatre autres participants originaires de l'Amérique latine. Aucun d'eux n'a témoigné avoir été discriminé en fonction de certains de leurs aspects identitaires dans leur pays d'origine. En revanche, il ressort de leurs entrevues que tous sont passés par un processus de racialisation au Québec compte tenu de leur accent, de leurs origines ethnoculturelles ou de leurs caractéristiques phénotypiques.

Les trois participants ayant déjà vécu de la discrimination dans leurs pays d'origine, soit les participants du Nord issus de parents originaires du Sud, témoignent d'un changement par rapport à leurs expériences de racialisation une fois arrivés au Québec, comme le raconte Rosalia :

Je faisais plein de métiers [en France]. J'ai fait des ménages. Beaucoup de ménages parce qu’évidemment, quand tu es issue de la communauté maghrébine, c'est à peu près ça que l'on te propose quand tu vas dans des agences d'emplois. On ne va pas te proposer de belles petites jobs. […] Puis quand je suis arrivée au Québec, on m'a rapidement proposé des postes qui étaient à la hauteur de mes compétences. Donc j'ai été d'abord assistante de cours, assistante de recherche, chargée de cours, puis j'ai été chargée de recherche aussi pour plusieurs projets qui ont été faits, quoi. 

Durant l'entrevue, Rosalia raconte sentir constamment cette discrimination quand elle va en France et, pour cette raison, elle ne voyage plus avec son passeport français :

[…] ils le voient à la douane quand tu as ton passeport français puis ton nom de famille arabe. Tu sais, ils vont te dire : « Bon bien là, tu en as encore une là, qui est née en France en plus ».

Rosalia estime qu'au Québec, les expériences d'altérisation sont toujours présentes, mais « moins insidieuses » qu'en France, selon ses mots. Son vécu fait écho aux propos de deux participants du Maghreb, Zinna et Nassim, et à celui de Laurence dont les parents sont nés en Afrique centrale. Bien que Zinna et Nassim n'aient pas habité en France, lorsqu'ils ont choisi le pays où immigrer, ils ont pris en compte la situation raciale dans ce pays :

[…] tu fais l'expérience de choses racistes et c'est correct parce qu'on peut pas s'imaginer un pays où il y a pas de racisme. Et encore, je pense que si on compare à la France, où j'allais peut‐être aller vivre après mon secondaire, et ici, je me dis : « Heureusement que je suis venu ici! ». (Nassim)

Laurence a comparé les deux pays lorsqu'elle a abordé son plan de carrière :

Moi, je fais des études de comptabilité, donc c'est difficile de rentrer dans un cabinet comptable ou de gravir les échelons. Je pense que j'aurais plus de chance ici quand même au Canada que si j’étais restée en France. En France, je n'aurais aucune chance […].

Le témoignage de ces participants illustre concrètement le caractère changeant de la race qui est étroitement imbriqué au contexte sociohistorique, soit un aspect identifié par maintes études sur le sujet (Bosa 2012; Alcalde 2018; Hall 2019). Les propos de Rosalia, de Nassim, de Zinna et de Laurence montrent que le vécu des personnes maghrébines ou noires en France diffère du vécu de ces personnes au Québec. Bien que le racisme soit toujours présent, il se manifeste autrement au Québec. Quant aux participants originaires d'Amérique latine, l'immigration du Sud au Nord a engendré le déplacement de leur assignation raciale. Dans le contexte sociohistorique québécois, leur accent, leur nom, leur nationalité associée à des pays qui étaient d'anciennes colonies sont des marqueurs qui les ont fait reculer dans la hiérarchie raciale. Désormais, ils ne font pas partie du groupe non marqué et ne jouissent plus des privilèges qui leur étaient accordés auparavant.

5. Les effets de la classe sociale sur les expériences d'altérisation

Dans son article sur l'expérience subjective de la discrimination systémique par des personnes d'origine latino‐américaine au Québec, Armony (2020) avance que leur vulnérabilité à la discrimination fondée sur l'origine dépend, entre autres, de leur niveau d'intégration économique. Or, la classe sociale des personnes est une catégorie de pouvoir souvent évacuée des analyses sur l'immigration queer, alors qu'elle constitue un élément non négligeable pour comprendre la trajectoire des personnes et leur perception de la société d'accueil.

En ce qui concerne notre échantillon, nous identifions des liens entre les expériences de discrimination basées sur la race et la classe sociale des participants originaires ou d'ascendance du Sud. Pour ce qui est des participants originaires du Nord, comme ils appartiennent au groupe majoritaire, ils ne sont pas confrontés à des expériences de discrimination basées sur leur race. En revanche, comme ils ont une orientation sexuelle non normative, ils peuvent être discriminés en fonction de cet aspect identitaire. Notre analyse fait ressortir que la classe sociale peut là aussi servir de bouclier pour ce type de discrimination.

Xiu, âgée de 32 ans au moment de l'entrevue, est une enfant unique née en Chine d'un père ingénieur et d'une mère comptable. Elle part pour la France avec des amis du secondaire pour faire ses études de baccalauréat en génie mécanique. Par la suite, et toujours soutenue financièrement par ses parents, Xiu choisit Montréal pour des études de maîtrise en mathématique appliquée. Elle obtient son premier emploi à l’âge de 26 ans, dès la fin de ses études et avec un salaire annuel élevé. Dans sa fiche signalétique, Xiu a indiqué faire partie d'un groupe minorisé en fonction de sa couleur de peau, de son nom et de ses traits du visage. Bien qu'elle n'ait pas pointé l'accent comme l'un des facteurs qui la place dans le groupe minorisé, lors de l'entrevue, elle a reconnu en avoir un. En contrepartie, Xiu a affirmé qu'au Québec, elle n'a jamais subi de discrimination fondée sur sa race, sur son accent ou sur d'autres aspects identitaires.

La classe sociale semble également constituer une forme de blindage face aux effets de la minorisation associés à une orientation sexuelle non normative. Evelyne, issue d'une famille française aisée — mère médecin et père ingénieur —, est arrivée au Québec pour faire ses études postdoctorales en médecine. Le récit de son parcours de vie brosse un portrait très positif du vécu de son orientation sexuelle. Sa réponse à la question sur le vécu des expériences d'inclusion ou d'exclusion en lien avec d'autres aspects identitaires était un non catégorique. Ainsi, Evelyne ne considère pas avoir été victime de discrimination fondée sur son orientation sexuelle, son sexe ou sa race:

Je ne sais pas ce qui se dit sur mes dossiers sur des comités quand ce sont des comités fermés. C'est comme ça que ça marche en sciences, ce sont des comités de pairs, donc tu ne sais pas ce qui se dit. Mais, normalement, il y a toujours des sentinelles pour que les choses se passent correctement sans discrimination abusive. Je n'ai jamais eu de flag dans mes dossiers, je n'ai jamais eu personne pour m'alerter qu'il y avait de la discrimination, ni parce que je suis une femme, ni parce que je suis gaie. Je pense plutôt apporter un témoignage positif […] On [sa famille homoparentale] n'a pas vécu de discrimination, d'exclusion, de rien. Au contraire, de l'inclusion sous forme de se faire traiter comme tout le monde.

Éli, tout comme Evelyne, est un·e médecin. Iel est né·e en Belgique. Son père informaticien et sa mère pharmacienne sont originaires de l'Asie de l'Est. Sa famille a pris la décision d'immigrer au Canada, car le fils aîné voulait étudier en anglais. En ce qui touche l'altérisation en lien avec l'orientation sexuelle2, Éli est conscient·e que la position de pouvoir occupée dans le cadre de son travail lui accorde une certaine protection concernant des commentaires désobligeants :

[…] quand je suis parti·e pour mon congé parental, clairement, je n'avais pas l'air enceinte. Mais je disais aux gens que je m'absentais pendant deux mois parce que j'allais avoir un enfant. Là, les gens sont comme : « Mais… » Et là, je suis comme : « Oh non! C'est ma femme qui le porte! » Mais tu sais, ils ne peuvent rien dire, c'est moi qui suis leur médecin. […] Donc, il y a un monsieur un moment donné qui a fait : « Je ne comprends pas. — Ma femme est enceinte. — Ah ! Tu es en couple avec une femme? — Bien oui. Et alors, vous n'aimez pas ça? — Non, non, non! C'est très bien! — Bien j'espère ! » Puis les fois d'après, il était comme : « Puis les enfants? Comment ça va? » Et tout ça, donc c'est très correct.

En ce qui concerne son origine ethnoculturelle, Éli considère que plusieurs de ses aspects identitaires, comme ses traits de visage et la couleur de sa peau, l'amènent à passer par un processus de racialisation au Québec. Bien qu’Éli soit en mesure d'identifier des attitudes racistes envers iel dans son parcours de vie, à plusieurs reprises au long de l'entrevue, ses propos cherchent à comprendre, voire justifier certaines attitudes, comme des commentaires stéréotypés émis en sa présence :

J'ai été en région deux mois et quelqu'un venait d'adopter un petit Vietnamien. Alors tout ce que j'entendais tous les jours de tout le monde, c’était : « Il vous ressemble! » C'est gentil là. Au Québec, c'est toujours par gentillesse parce qu'ils s'intéressent à nous, alors ils sont gentils. Alors « Oh, mais il vous ressemble tellement! Ils vont se ressembler plus tard! Vous êtes tellement intelligente! Mon voisin, il a adopté un petit Vietnamien! » Et j'entendais parler de ça tout le temps. 

Les expériences de Xiu et d’Éli contrastent avec l'expérience d'autres participants ayant eux aussi rapporté appartenir à un groupe minorisé dans leur fiche signalétique. Comme Éli, Ludovic et Elena abordent la discrimination en région. Toutefois, leur classe sociale ainsi que leurs perceptions de la discrimination vécue sont différentes.

Les parents de Ludovic ont décidé de quitter Hong Kong à cause du contexte politique du pays, soit, dans ses mots, « pour donner une meilleure vie à ses [leurs] enfants ». Une fois au Québec, son père, ingénieur textile, n'a pas réussi à travailler dans son domaine et a travaillé dans l'import et l'export, tandis que sa mère, femme au foyer à Hong Kong, s'est mise à travailler comme ouvrière dans le domaine du textile. Ludovic est arrivé au Québec jeune, à seulement 7 ans, et en raison de cela, il croit que les gens le considèrent plus québécois qu'asiatique. Néanmoins, il a déjà vécu des situations de discrimination liées à son origine ethnoculturelle. Ludovic a habité dans différentes villes au Québec et constate qu'en région, les personnes ont une perception négative des immigrants. Son expérience d'altérisation illustre cette dynamique :

C'est sûr que c'est blessant, tu sais, quand avec des gens que tu côtoies presque chaque jour, tu as l'impression qu'ils te tournent le dos, qu'ils ne s'intéressent pas à toi parce que tu es gai ou peut‐être que moi, je suis gai, mais je suis aussi une minorité visible. Ça se peut, il y a des gens avec qui j'ai déjà travaillé, que peut‐être en région, ils n'aimaient peut‐être pas ça, des gens d'autres cultures, ou ils ne sont pas habitués, alors ils sont comme : « [bruit de dégoût] reste à Montréal! ».

Elena n'a jamais connu son père. Après le décès de sa mère alors qu'elle n'avait que 10 ans, elle a été élevée par ses oncles et ses tantes célibataires qui habitaient dans la même maison. Sa famille élargie n'avait pas les moyens de payer les droits de scolarité à l'université où Elena souhaitait étudier. Elle a réalisé ses études en informatique dans une université moins prestigieuse et moins coûteuse. Elena a indiqué dans sa fiche signalétique faire partie d'un groupe minorisé en raison de son accent. Son expérience se distingue de celle de Xiu :

À Québec, oui, peut‐être que je constate qu'il y a une certaine discrimination passive […] j'ai eu quelques expériences […]. Au début, quand je suis arrivée et que j'ai commencé à maîtriser le français, les personnes ne faisaient [pas] vraiment d'efforts pour me comprendre.

Maria est née au Mexique. Son père était marbrier et sa mère secrétaire. Elle a dû quitter le domicile familial à l’âge de 15 ans, au moment où elle a déclaré être un homme homosexuel, ce qui n'a pas été accepté par ses parents. Quelques années plus tard, Maria a compris qu'elle se sentait comme une femme. Après une période d'itinérance, un ami gai l'a accueillie chez lui et lui a enseigné le métier de la coiffure. Maria est arrivée au Québec comme réfugiée en fuyant une relation abusive. Après quelques années, elle a repris son métier et nous raconte avoir été confrontée directement, et à plusieurs reprises, par des personnes tenant des propos manifestement racistes mettant en doute non seulement ses habilités professionnelles, mais aussi sa place au Québec :

Surtout dans le service à la clientèle, oh my god… J'ai entendu des choses… Il y a un client qui m'a dit : « Est‐ce que vous savez couper les cheveux québécois? ». J'ai dit :« My gosh! J'ai vu des cheveux ici, en Russie ou en Chine, hein! C'est l'expérience d'une personne qui compte ». Ma couleur de peau, mon accent, il n'y a rien à faire parce qu'il y a du monde qui me dit : « Quoi? Quoi? » J'ai dit : « Écoute! Tu comprends bien! Parce que j'ai un accent, mais mon français est compréhensible, j'articule quand je parle pour que le monde me comprenne. » « Est‐ce que vous payez des taxes? » J'ai dit : « Oh my god! Je travaille, je paye des taxes! » « Parce que tous les immigrants, vous venez pour l'aide sociale! » J'ai dit : « Peut‐être vous. Vous, mais pas moi. Parce que moi, je viens travailler ici pour avoir une vie meilleure ».

Nina possède un baccalauréat en communications sociales avec concentration en publicité obtenu au Brésil. Au Québec depuis 2001, elle a complété des études de niveau supérieur en affaires. Au moment de l'entrevue, soit 18 ans après son arrivée au Québec, Nina travaillait en infographie dans un bureau d'information. Elle croit être toujours jugée par la société d'accueil parce qu'elle est immigrante :

[…] les gens vont avoir plus de respect pour toi à cause de la perception de ton niveau social et économique. Des perceptions, parce que je suis immigrante ici. Ça veut dire quoi? Que mon niveau intellectuel n'est pas un match [n’égale pas] pour ma position sociale ici. Les gens ne me prennent pas aussi sérieusement à cause de ça. Je suis toujours l'immigrante, toujours quelqu'une qui ne comprend pas le pays où je suis, à qui il faut encore apprendre des choses.

Les propos de Maria et de Nina, originaires de l'Amérique latine, montrent que leurs compétences professionnelles et intellectuelles sont constamment mises en doute par le groupe majoritaire. Leurs expériences font écho aux stéréotypes rapportés par la population d'origine latino‐américaine vivant au Québec dans l’étude d’Armony (2020), qui a déclaré que le groupe majoritaire la perçoit comme étant une population peu éduquée, ignorante et peu intelligente.

L'ensemble des propos présentés montrent la manière dont la classe sociale peut atténuer, voire invisibiliser les impacts de l'altérisation vécue, que ce soit en fonction de la race ou de l'orientation sexuelle. Les personnes les plus aisées économiquement ont tendance à minimiser et même à ne pas identifier ces processus dans leur parcours de vie. Au contraire, les participants les moins aisés économiquement sont confrontés à des expériences de discrimination flagrantes qu'ils peuvent facilement pointer dans leurs histoires de vie.

6. Les expériences de racisme et le manque de représentativité au sein de la communauté LGBTQ+ au Québec

Les participants du Sud et des participants du Nord dont les parents sont originaires du Sud décrivent la communauté LGBTQ+ au Québec, les lieux de socialisation et les organismes communautaires qui œuvrent auprès de cette clientèle comme un milieu très blanc. S'ils partagent largement ce constat, soit un manque de représentativité des personnes non blanches, leur manière d'y réagir est différente : certains participants prennent la décision de ne pas joindre ces milieux, tandis que d'autres jugent qu'il est important d'y participer afin, justement, d'accroître la représentation des personnes qui ne font pas partie du groupe majoritaire.

Ainsi, Zinna a assisté à deux réunions du groupe LGBTQ+ de son université, mais elle n'a pas apprécié son expérience. Elle s'est sentie « comprise à moitié » en partageant son vécu en tant que femme pansexuelle originaire de l'Algérie. Les membres dudit groupe étiquetaient son pays d'origine comme étant homophobe, ce que Zinna a considéré comme une attitude raciste. Elle a décidé de ne plus le fréquenter. Pour Davy, le fait de ne pas voir d'autres personnes comme lui a freiné sa participation aux activités communautaires LGBTQ+. Lors des journées communautaires du festival Fierté Montréal qui réunit plusieurs organismes et groupes LGBTQ+, il a fait la constatation suivante :

J'ai vu qu'il avait des groupes de marche, des groupes de chant, puis je me suis toujours retenu en fait d'y aller parce que déjà, je ne voyais pas de personne issue de ma… je ne voyais pas de Noirs ! Je vais le dire comme ça, j'ai toujours eu l'impression que le fait d’être une personne racisée pouvait être une barrière et que je ne me sentirais pas à ma place et pas inclus dans ces communautés et ces organismes en fait. […] Maintenant, c'est ça, j'ai toujours cette espèce d'appréhension de prendre contact avec ces organismes.

À l'inverse, Kimpo Kim a eu un autre type de réaction. Iel a voulu s'impliquer auprès d'un organisme communautaire LGBTQ+ qui réalise des interventions auprès de divers publics, basées sur la réalité de ces personnes. Kimpo Kim voulait présenter une figure nouvelle, qui ne faisait pas partie du décor :

J’étais très impliqué·e parce que je pensais que c’était important d'avoir une représentation ethnique aussi. Je ne suis pas une lesbienne girly (féminine), je rentrais un peu dans les stéréotypes de la lesbienne butch, mais j'apportais un autre chapeau, qui était ma couleur. Je pensais que j'avais quelque chose à faire aussi. Parfois, surtout en région, les gens n'avaient jamais vu de personnes de couleur qui étaient en plus lesbiennes, donc certaines personnes qui étaient de couleur pouvaient se dire « ah oui, c'est possible ». Je pense que j'amenais quelque chose.

De leur côté, les participants du Nord ayant eu recours aux organismes LGBTQ+ au Québec n'ont pas mentionné d'enjeux de représentativité ni l'existence de barrières concernant leur implication dans ces milieux. Dès son arrivée à Montréal, Evan a cherché des lieux LGBTQ+ pour pratiquer des activités sportives et il s'est impliqué dans plusieurs groupes sportifs ou communautaires LGBTQ+ 

Ce que j'ai fait quand je suis arrivé [à Montréal], je me suis rapproché de la communauté LGBTQ sportive pour me faire des ami.e.s. Je ne connaissais personne et puis, je me suis dit, c'est un moyen, à travers le sport, je suis hyper sportif, de connaitre d'autres personnes et puis, étant donné que c'est LGBTQ, c'est quand même aussi intéressant. Donc je suis allé rejoindre l’Équipe de Montréal […] l'organisme qui chapeaute un peu tous les organismes sportifs ou ludiques LGBTQ de Montréal et, donc, à l'intérieur d’Équipe Montréal, j'ai rejoint un groupe sportif gai et je suis resté pendant plusieurs années et, là, je me suis fait des ami.e.s.

De même, à aucun moment durant l'entrevue, Evan n'a déclaré que le fait d’être une personne d'origine italienne pouvait être une barrière à son intégration au sein de groupes LGBTQ+. En plus, il a réussi à se créer un réseau d'amis au Québec à partir de sa participation à ces organismes. L'expérience d'Evelyne est similaire. Elle a eu recours à un organisme pour obtenir de l'information concernant les familles homoparentales sans jamais se questionner quant à l'accueil qu'elle allait y recevoir en tant que personne d'origine française. Par ailleurs, les informations auxquelles elle a eu accès se sont avérées incontournables pour fonder sa famille.

Dans un chapitre de son ouvrage, Eddo‐Lodge (2020) explore la notion de privilège blanc en soulignant la difficulté de décrire un mécanisme fondé sur l'absence. Pour l'auteure, ce privilège se manifeste par l'absence des conséquences du racisme dans la vie des personnes qui en bénéficient. En faisant le parallèle entre le vécu des participants socialement reconnus comme blancs et celui des participants minorisés, nous pouvons identifier l'absence d’épreuves liés à la race ainsi que les effets matériels de la blanchité : Evelyne a eu accès sans embûche au service qu'elle cherchait, Evan a pu joindre un groupe sportif et se faire des amis. Les expériences diffèrent chez les participants minorisés pour lesquels les ressources sont moins accessibles, le manque de représentativité dans ces milieux étant l'une des barrières rencontrées.

7. Les relations intimes et la race

Un autre aspect soulevé, principalement par les hommes cis gais du Sud, est celui de la discrimination ou la fétichisation dans le cadre des relations intimes. Ce type de discrimination conceptualisé comme étant du racisme sexuel peut prendre la forme de fétichisme racial, de stéréotype ethnosexuel ou de rejet sexuel (Corneau et al. 2016). Les témoignages montrent encore une fois que le type de discrimination varie en fonction des origines ethnoculturelles.

Nassim rapporte avoir identifié au sein de la communauté LGBTQ+ l'existence d'une attente de virilité, soit un stéréotype ethnosexuel, concernant les hommes originaires de l'Afrique du Nord :

[…] on peut se sentir exclu parce que quand on voit les standards de beauté ou les standards d'hommes qui sont désirés par la communauté homosexuelle, les hommes arabes, immigrants ou autres ne font pas forcément partie de ces standards‐là. Donc je me sens aussi exclu par rapport à ça. Même physiquement, on n'a pas le corps… Parce que très souvent, dans la tête des personnes qui sont ici, c'est que l'homme gai arabe est un homme forcément viril, etc., donc même son inclusion, si elle se fait, se fait sur une base de fétichisation du corps et s'il n'arrive pas à cocher ces cases‐là, il va être forcément exclu parce qu'on n'en veut pas s'il n'est pas comme ça.

Davy et Ludovic, quant à eux, ont déjà été confrontés à des situations de rejet sexuel fondé sur leur race:

Je me souviens d'une fois où sur une application, j'ai consulté le profil de quelqu'un et il avait marqué no black, no chinese, voilà. C’était assez marquant aussi, ça m'a vraiment … […] C'est sûr qu'effectivement au niveau des rencontres par exemple, les sites de rencontre, je suis très prudent. Je sais que [dans] les bars aussi, je n'oserais peut‐être pas forcément aborder aussi facilement les gens que quelqu'un d'autre. Donc, oui, j'ai conscience de ça, j'ai conscience de ma couleur, j'ai conscience de ces barrières qui existent, culturelles. […] Quand je dis prudence, je dis par exemple, le fait d’être dans un bar avant d'aborder quelqu'un, je vais faire un peu attention parce que par rapport à ma couleur de peau, le rejet va peut‐être être plus violent. Si la personne n'est pas intéressée, peut‐être qu'elle va me rejeter plus violemment ou qu'elle aura un commentaire beaucoup plus… Il y a toujours cette espèce de petite peur. (Davy)

Moi, j'ai vécu beaucoup sur les réseaux sociaux de rencontre : « Est‐ce que ça te tente d'aller prendre un café? — Ah bien là, les Asiatiques ne m'intéressent pas. — OK? C'est comme — Bien là, moi, je veux juste prendre un café avec toi. — Moi, j'aime juste les Caucasiens. — Bien je ne couche pas avec toi‐là. » En tout cas, j'ai vécu beaucoup de situations comme ça […]. (Ludovic)

Ailleurs dans l'entrevue, Davy raconte ne pas s’être senti à l'aise dans un bar gai à Montréal. Il a perçu que le fait d’être noir pouvait être une barrière pour les rencontres. Les situations décrites par Davy et par Ludovic font écho à d'autres études portant sur le racisme sexuel qui décrivent un milieu gai majoritairement blanc et peu accueillant pour les hommes gais minorisés (Corneau et al. 2016; Han et Choi 2018). Également, le volet quantitatif du projet SAVIE‐LGBTQ a réalisé une enquête en ligne auprès d'environ 5000 personnes LGBTQ+ résidant au Québec, qu'elles soient nées au Canada ou à l’étranger. Les résultats montrent que 57 % des personnes blanches nées à l’étranger et 62 % des personnes racisées ont rapporté des difficultés à trouver un partenaire. Parmi les participants nés au Canada, le chiffre tombe à 52 % pour les participants blancs et à 53 % pour ceux qui sont racisés3.

Pour ce qui est des deux participants cis et gais originaires du Nord, nous n'avons pas identifié dans leurs entrevues de situations de discrimination sexuelle vécues au Québec en lien avec leur race. Selon les résultats de l’étude de Han et Choi (2018), les hommes socialement reconnus comme blancs sont perçus comme plus désirables tant par les hommes racisés que par les hommes blancs, ces derniers ayant plus d'occasions de contacts sexuels que les autres.

La seule personne ayant abordé l'existence de tels enjeux à l'intérieur de la communauté lesbienne a été Kimpo Kim. Iel nous a fait part d'un fétichisme racial, soit une préférence de certaines femmes lesbiennes à l’égard des femmes asiatiques, perçues comme féminines, ainsi que le stéréotype ethnosexuel voulant que les femmes asiatiques soient désexualisées :

[…] comme on est dans la communauté LGBT, on se sent plus safe évidemment, parce qu'au moins, on ne va pas subir des insultes homophobes. Mais on peut subir des insultes racistes ou paternalistes. Souvent, les Asiatiques sont considérés comme des enfants, ils sont désexualisés. Moi, j'ai plus tendance à être butch asiatique, donc on est un peu désexualisé. Il n'y a pas beaucoup de rice queens4 dans la communauté lesbienne. Souvent, si les lesbiennes aiment les Asiatiques, c'est parce qu'elles sont très féminines, donc c'est encore l’érotisme hétérosexuel qui revient à la charge.

8. Conclusion

Les résultats présentés montrent que le privilège dont jouissent les personnes socialement reconnues comme blanches peut être identifié par l'absence d’épreuves liés à la race dans leurs parcours de vie. Partant de ce fait, l'analyse en parallèle du parcours d'immigration du groupe minoritaire permet d'identifier les obstacles rencontrés par les individus de ce groupe et l'absence de tels obstacles dans les histoires de vie des personnes qui, malgré l'immigration, gardent leur place dans le groupe majoritaire.

En nous appuyant sur l'approche historique développé par les études sur la blanchité et la théorie critique de la race, nous avons retracé l’émergence et la mise en place des hiérarchies raciales. La mobilisation de ces théories, qui opèrent à un niveau macro, a permis de mettre en évidence non seulement l'origine de la distinction entre le groupe majoritaire et le groupe minoritaire, mais aussi celle de la hiérarchie entre deux espaces imaginaires, The West et The Rest.

L'analyse des récits de vie des participants montre comment ces dynamiques structurelles révélées par l'approche historique se traduisent concrètement dans les relations contemporaines entre les populations du West et du Rest. Le système de représentation qui distingue ces vastes espaces, bien qu'opérant au niveau macro, a des conséquences concrètes, au niveau individuel, principalement à travers l'assignation raciale par autrui, qui induit divers comportements, dont le rejet, et les représentations stéréotypées. Ainsi, le processus de racialisation vécu par les participants blancs sur le plan phénotypique et originaires du Sud contraste avec l'expérience de leurs homologues du Nord, qui conservent leur appartenance au groupe majoritaire même après l'immigration.

Les entrevues de type récit de vie nous mettent en contact avec une narration autobiographique fondée sur le sens que les participants donnent à leurs expériences de vie. L'analyse du matériel empirique du point de vue de l'acteur montre que chaque personne interprète les interactions sociales rencontrées d'une manière différente. De là, sur le plan du vécu, les expériences de racialisation ne sont pas si tangibles que sur le plan théorique et leur compréhension individuelle semble être influencée par d'autres aspects identitaires, comme la classe sociale.

En somme, les travaux portant sur le croisement théorique des études sur la blanchité et sur l'immigration queer sont encore rares en contexte québécois. Pour en approfondir le potentiel heuristique et développer ce champ d’études embryonnaire au Québec, d'autres recherches qualitatives, avec un échantillon plus important, portant sur les expériences de racialisation des immigrants du Sud et du Nord globaux, gagneraient à être réalisées. Les entrevues devraient explorer ces expériences pré‐ et post‐migratoires, en prenant en compte l'imbrication des aspects identitaires qui peuvent les influencer, notamment la classe sociale, et en évitant d'homogénéiser le vécu des populations du Nord et du Sud globaux.

Déclaration De Conflit D'intérêts

Les auteures déclarent n'avoir aucun conflit d'intérêts en lien avec la recherche, l'analyse ou la rédaction de cet article.

Endnotes

1

Le projet SAVIE‐LGBTQ, qui s'est déroulée de 2016 à 2026, visait à analyser les mécanismes d'exclusion et d'inclusion des personnes LGBTQ vivant au Québec dans différents domaines de leur vie. Le volet qualitatif du projet a mené des entrevues auprès de 137 participants, dont certains ont vécu un processus migratoire. Pour la présente étude, seules les entrevues réalisées auprès de ces participants immigrants ont été mobilisées. Ce projet a été rendu possible grâce au financement du Conseil de recherches en sciences humaines et aux contributions de partenaires et d'organismes associés. Le projet a reçu l'approbation du Comité institutionnel d’éthique de la recherche avec des êtres humains (CIEREH) de l'Université du Québec à Montréal en janvier 2018 (numéro du certificat: 2019‐2528)

2

Bien qu’Éli s'identifie comme une personne non binaire, iel ne parle pas de cette identité dans le cadre de son travail. Pour cette raison, nous mentionnons seulement son orientation sexuelle.

3

L'infographie a été réalisée par l’équipe du projet SAVIE‐LGBTQ à partir de l'analyse des données de l'enquête quantitative réalisée en ligne: https://rb.gy/8pbmi6. Pour plus d'information sur le volet quantitatif du projet, voir : https://savie‐lgbtq.uqam.ca/projet

4

Il s'agit d'un terme désobligeant qui désigne un homme blanc attiré par des hommes asiatiques.

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Articles from Canadian Review of Sociology are provided here courtesy of Wiley

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