RÉSUMÉ
Après les traitements actifs pour un cancer, les défis paraissent nombreux pour les femmes, notamment dans l’adoption d’un mode de vie sain, et ce, malgré les nombreux bénéfices connus qui y sont associés. L’objectif de l’étude était d’identifier les déterminants de l’intention de pratiquer régulièrement des activités physiques et de consommer quotidiennement des légumes et des fruits chez les femmes atteintes de cancer du sein ou de cancer gynécologique de la région de Chaudière-Appalaches au Québec. Au total, 105 femmes d’âge moyen de 62 ans ayant terminé leurs traitements actifs dans la dernière année ont participé à une étude corrélationnelle en répondant à un questionnaire autoadministré en ligne et basé sur l’Approche de l’Action Raisonnée (AAR). Des analyses de régression multiple hiérarchique indiquent que 87 % (p < 0,0001) de la variance de l’intention de consommer des légumes et des fruits chaque jour au cours du prochain mois est expliquée par l’attitude de la personne et la perception de contrôle (ensemble 82 %), le comportement passé (2 %), le fait d’être célibataire, d’avoir un diplôme universitaire et le revenu annuel (2 %). L’attitude et la perception de contrôle sont aussi associées à l’intention de faire des activités physiques (R2 = 79 %; p < 0,0001) ainsi que le comportement passé (2 %). Aucune variable clinique n’influence significativement l’intention d’adopter ces deux comportements. Ces résultats orienteront l’intervention destinée aux femmes en post-traitement pour les encourager à maintenir un mode de vie sain.
INTRODUCTION
Au Canada, l’estimation de la survie nette après cinq ans selon le groupe d’âge est de 90 à 92 % pour le cancer du sein, de 57 à 87 % pour le cancer du col de l’utérus, de 22 à 64 % pour le cancer de l’utérus et de 39 à 78 % pour le cancer des ovaires (Statistique Canada, 2025). Comparativement à la population générale, les femmes atteintes de cancer restent toutefois à risque de développer un second cancer ou une autre maladie (p. ex. diabète de type 2, syndrome métabolique) après la fin de leurs traitements actifs (Kjærgaard et al., 2025; Rillamas-Sun et al., 2023). L’obésité représente aussi un facteur de risque majeur (Rock et al., 2022), et l’observation d’un gain de poids chez les femmes atteintes du cancer du sein est fréquente, surtout si elles reçoivent de la chimiothérapie (Makari-Judson et al., 2014). Une femme atteinte de cancer est susceptible d’être aux prises avec un facteur de risque pour sa santé en raison des traitements qu’elle reçoit, d’où l’importance de valoriser un mode de vie sain autant pour prévenir le cancer que pour maintenir une qualité de vie après les traitements. Un mode de vie sain comporte notamment l’adoption de comportements visant l’amélioration de l’état de santé, du bien-être et de la qualité de vie. La pratique régulière d’activités physiques et la consommation quotidienne de fruits et de légumes sont incluses dans les recommandations qui décrivent un mode de vie sain, considéré comme la pierre angulaire de la prise en charge de la survivance au cancer (National Comprehensive Cancer Network, 2024). L’amélioration de la qualité de vie et du bien-être, la diminution de la fatigue lors de la période de l’après-traitement et une réduction du risque de récidive constituent des bénéfices démontrés (Campbell et al., 2019; Hamer et Warner, 2017; Vallance et al., 2019). Par exemple, une saine alimentation est associée à un risque plus faible de mortalité chez les femmes atteintes du cancer du sein ou de cancers gynécologiques (Castro-Espin et Agudo, 2022, Cava et al. 2022 ; Hou et al., 2019; Lee et al., 2022; Rock et al., 2022). Le Guide alimentaire canadien recommande de consommer des légumes et des fruits en abondance tous les jours (Santé Canada, 2019). Pour ce qui est de la pratique d’activités physiques, la recommandation est d’au moins 30 minutes par jour, au moins cinq jours par semaine, d’activités d’intensité modérée, avec deux séances par semaine de renforcement musculaire (Campbell et al., 2019). Bien que ces recommandations définissent un mode de vie sain (Campbell et al., 2019), les niveaux d’activités physiques sont généralement faibles chez les survivantes du cancer du sein puisque 70 % ne rencontreraient pas le minimum recommandé (Caperchione et al., 2019). Cette population perçoit entre autres des barrières qui doivent être surmontées afin de s’alimenter sainement, notamment la fatigue, la douleur, la perte d’appétit ou une perturbation du sens du goût, toutes conséquentes aux traitements (Beckenstein et al. 2020; Keaver et al., 2021; Limon-Miro et al., 2017; Rock et al., 2022).
Pratiquer de l’activité physique s’avère aussi efficace pour maintenir ou améliorer la qualité de vie pendant et après les traitements (Rock et al., 2022). En effet, des études ont démontré que la pratique régulière d’activités physiques modérées ou vigoureuses, notamment chez les femmes atteintes du cancer du sein, peut contrer la fatigue et/ou la douleur, qui sont des inconforts fréquemment ressentis à la suite d’un traitement (Doré et al., 2022; Elshahat et al., 2021; Juvet et al., 2017; Leitzelar et al., 2025; Meneses-Echavez et al., 2015). En effet, la fatigue et la douleur conséquentes aux traitements sont les principales barrières à la pratique d’activités physiques relevées par les femmes atteintes de cancer du sein ou d’un cancer gynécologique (Beckenstein et al. 2020; Keaver et al., 2021; Rock et al., 2022). Certaines caractéristiques déjà présentes avant le diagnostic de cancer, comme l’obésité, la sédentarité ou le fait d’avoir un problème de santé (comme l’arthrite), compliquent par ailleurs la pratique d’activité physique (Brown et al., 2023; Doré et al. 2022; Rock et al., 2022).
Étant donné que le cancer est maintenant reconnu comme une maladie chronique, les femmes atteintes de cancer doivent participer activement à l’autogestion de leur maladie afin de prévenir l’exacerbation de symptômes résiduels, la diminution de leur qualité de vie ou une récidive du cancer (Howell et al., 2021). Toutefois, la majorité des personnes survivantes du cancer n’apporteraient pas les changements nécessaires (Tollosa et al., 2019). Plusieurs défis attendent donc les professionnels de la santé souhaitant mobiliser les personnes atteintes de cancer à s’engager dans l’autogestion de leur santé, notamment en faisant la promotion de saines habitudes de vie et en ciblant des interventions structurées incluant des stratégies pour surmonter les barrières perçues pour entreprendre ou maintenir une alimentation riche en fruits et légumes et une pratique régulière d’activités physiques (Cava et al., 2022; Haas et al.,2016; Hanson et al., 2020; Hirschey et al., 2023; Plante et al., 2023). La phase de l’après-traitement constitue une période charnière pour l’intégration de saines habitudes de vie (Amireault et al., 2021). Il importe donc de connaître les facteurs motivationnels à l’adoption de ces saines habitudes afin d’orienter des stratégies d’intervention. Cette étude s’inscrit dans un projet de recherche en deux phases visant à identifier : 1) ces déterminants (facteurs d’influence) [phase 1]; et 2) les stratégies favorisant l’adoption de ces comportements [phase 2]. Seule la première phase est abordée dans le présent article. L’objectif de recherche était d’identifier les déterminants de l’intention de consommer quotidiennement des légumes et des fruits et de pratiquer régulièrement des activités physiques chez des femmes atteintes de cancer du sein ou de cancer gynécologique dans la phase de l’après-traitement. Elle s’est déroulée du 21 mars 2022 à janvier 2023.
Cadre théorique
L’utilisation de l’Approche de l’Action Raisonnée (AAR) de Fishbein et Ajzen (2010) a permis d’identifier les déterminants psychosociaux de l’intention (mesure de la motivation) de la consommation quotidienne de légumes et de fruits et de la pratique régulière d’activités physiques. L’efficacité de cette théorie a été démontrée pour prédire et expliquer différents comportements liés à la santé dans la méta-analyse de McEachan et collaborateurs (2016). Sa précédente version, la théorie du comportement planifié (TCP) (Ajzen, 1991) s’est avérée performante pour identifier les facteurs psychosociaux et expliquer jusqu’à 67 % de l’intention de pratiquer régulièrement de l’activité physique chez des femmes avec un diagnostic de cancer du sein (Lévesque-Gagné et Boucher, 2022). L’AAR indique que l’inten-tion (niveau de motivation) est influencée par trois facteurs : 1) l’attitude à l’égard du comportement; 2) les normes sociales perçues – dont la norme subjective (l’influence des personnes significatives sur l’adoption du comportement), la norme descriptive (la prévalence perçue du comportement dans l’entou-rage) et la perception du contrôle concernant la capacité perçue à adopter le comportement visé –; et 3) l’autonomie pour le faire. Ces trois facteurs sont déterminés par trois catégories de croyances personnelles : les croyances comportementales (avantages et inconvénients perçus), les croyances normatives (attentes perçues des personnes significatives concernant l’adoption du comportement) et les croyances de contrôle (barrières et facilitateurs perçus) (figure 1).
Figure 1.

Cadre théorique adapté de l’Approche de l’Action Raisonnée (Fishbein et Ajzen, 2010)
MÉTHODOLOGIE
Pour répondre à l’objectif de recherche, un devis corréla-tionnel a été utilisé pour identifier les déterminants de l’intention de consommer quotidiennement des légumes et des fruits selon les recommandations du Guide alimentaire canadien (Santé Canada, 2019) et de pratiquer régulièrement des activités physiques modérées au moins 150 minutes par semaine.
Recrutement des participantes
Les participantes ont été recrutées par une infirmière à partir du registre du cancer de la région. Les femmes qui recevaient leur dernier traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie à la clinique ambulatoire d’hémato-oncologie des centres hospitaliers ruraux ont aussi été invitées à participer à l’étude. Les critères d’inclusion étaient les suivants : 1) avoir un diagnostic de cancer du sein ou de l’endomètre, des ovaires ou du col de l’utérus; 2) avoir terminé des traitements actifs dans la dernière année : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, ou curiethérapie; 3) lire le français. Les femmes qui répondaient aux critères étaient contactées par la professionnelle de recherche (n = 164) pour les inviter à participer au pro-jet et répondre à leurs questions. Celles qui ont donné leur approbation ont indiqué une adresse courriel ou postale pour les joindre afin de recevoir un feuillet d’informations et de consentement. À la suite de leur accord pour participer, elles ont reçu un lien web vers un questionnaire électronique.
Échantillon
L’échantillon de convenance est composé de 105 femmes âgées de plus de 18 ans répondant aux critères d’inclusion. Il a été anticipé que le nombre final de 103 participantes serait suffisant pour identifier les facteurs prédictifs (n = 7) avec une analyse de régression multiple en tenant compte d’une puissance statistique de 80 % et d’un seuil de signification de 5 % pour détecter une relation entre ces facteurs et l’intention comportementale ou le comportement lui-même avec une taille de l’effet (effect size) modérée de 0,15 selon Cohen (1988). L’estimation de ce calcul a été effectuée selon les recommanda-tions de Faul et al. (2009) avec le logiciel G*Power 3.1.9.4.
Développement, validation du questionnaire et mesures des variables
Un questionnaire comportant 86 items a été développé selon les recommandations de Fishbein et Ajzen (2010) et de Gagné et Godin (2012). En ce qui a trait à la consommation quotidienne de fruits et de légumes (F&L) et à la pratique régulière d’activités physiques (AP), les items pour la mesure des croyances comportementales (n = 8 pour F&L; n = 4 pour AP), normatives (n = 3 pour F&L; n = 4 pour AP) et celles liées au contrôle (n = 10 pour F&L; n = 9 pour AP) proviennent des résultats d’une étude antérieure réalisée auprès de la population cible (Boucher et al., 2018). Notamment, des avantages perçus comme les bienfaits sur l’état psychologique et émotionnel constituent des croyances comportementales. Alors que la fatigue, le manque d’appétit, le coût élevé des fruits et des légumes et le manque de goût pour les légumes représentent des barrières à une saine alimentation. En ce qui a trait à la pratique régulière d’activités physiques, avoir un partenaire d’entraînement, se retrouver dans un environnement favorable, et avoir l’objectif de maintenir sa santé sont considérés comme des facteurs facilitants (croyances de contrôle), tandis que la fatigue et le manque de motivation ont été perçus comme les principales barrières.
Pour les autres variables psychosociales, la mesure des dimensions affectives et cognitives de l’attitude, des normes sociales perçues et de la perception du contrôle a été effectuée avec un total de 19 items qui mesuraient ces facteurs en lien avec l’intention de consommer quotidiennement des fruits et des légumes et un total de 18 items concernant celle de pratiquer régulièrement des activités physiques selon les recommandations. Les items reliés à la pratique d’activités physiques proviennent de l’étude de Lévesque-Gagné et Boucher (2022). Des vignettes illustrant les recommandations des deux comportements étaient incluses dans le questionnaire. Les questions liées aux données sociodémographiques (n = 5) et cliniques (n = 3) comportaient des choix de réponses, sauf pour les questions ouvertes pour l’âge et le comportement passé (n = 3). Il a été expérimenté préalablement par trois patientes de la population cible qui se sont exprimées lors d’une entrevue individuelle téléphonique pour approuver la clarté et la compréhension des directives, des énoncés et des choix de réponses (Willis, 2005). De plus, le questionnaire a été vérifié par deux experts en développement de questionnaires basés sur l’AAR (2010). Une nutritionniste spécialisée en oncologie a également analysé les énoncés. Ses recommandations ont permis d’en rédiger la version finale. La validation du contenu a été effectuée par des experts cliniques en oncologie. Les qualités psychométriques des items du questionnaire ont été vérifiées. L’analyse des coefficients alpha de Cronbach a démontré une consistance interne satisfaisante des items de chaque variable psychosociale variant de 0,68 à 0,97 (tableau 1).
Tableau 1.
Questionnaire psychosocial pour la consommation des légumes et des fruits
| Variables | Nombre d’énoncés | Exemples d’énoncés | Exemples de réponses | Coefficients | Moyennes (É-T) |
|---|---|---|---|---|---|
| Intention | 3 | Je vais consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette. | Très improbable Assez improbable Plutôt improbable Plutôt probable Assez probable Très probable |
0,951 | 4,7 (1,2) |
| Attitude globale | 7 | ||||
| Dimension affective | 4 | Consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois serait… | Très désagréable Assez désagréable Plutôt désagréable Plutôt agréable Assez agréable Très agréable |
0,921 | 5,1 (0,9) |
| Dimension cognitive | 3 | Consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois serait… | Très inutile Assez inutile Plutôt inutile Plutôt utile Assez utile Très utile |
0,921 | 5,4 (0,8) |
| Normes perçues | 6 | ||||
| Norme subjective | 3 | La plupart des personnes qui sont importantes pour moi me recommanderaient de consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois | Très en désaccord Assez en désaccord Plutôt en désaccord Plutôt d’accord Assez d’accord Très d’accord |
0,821 | 5,1 (0,9) |
| Norme descriptive | 3 | Parmi les femmes qui ont un diagnostic de cancer du sein ou gynécologique que je connais le mieux, j’évalue que celles qui consomment des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette est… | Très faible Assez faible Plutôt faible Plutôt élevé Assez élevé Très élevé |
0,731 | 3,8 (1,1) |
| Perception du contrôle | 3 | Je me sentirais capable de consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois | Très en désaccord Assez en désaccord Plutôt en désaccord Plutôt d’accord Assez d’accord Très d’accord |
0,911 | 4,8 (1,2) |
| Croyances comportementales | 8 | Si je consommais des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois, cela contribuerait à contrôler mon poids | Très en désaccord Assez en désaccord Plutôt en désaccord Plutôt d’accord Assez d’accord Très d’accord |
n.d. | n.d. |
| Croyances normatives | 3 | Les personnes suivantes me recommanderaient de consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois | Mon conjoint/ma conjointe Mes enfants |
n.d. | n.d. |
| Croyances de contrôle | 10 | Je me sentirais capable de consommer des légumes et des fruits chaque jour la moitié de l’assiette au cours du prochain mois même si j’étais fatiguée | Mes amis et amies Très en désaccord Assez en désaccord Plutôt en désaccord Plutôt d’accord Assez d’accord Très d’accord |
n.d. | n.d. |
Coefficient alpha de Cronbach
Échelle de type Likert : scores possibles entre 1 (ex. : très improbable) et 6 (ex. : très probable); n/d : non disponible
Les mesures du comportement passé ont été définies en termes d’action, de cible, de contexte et de temps et ont été évaluées grâce aux deux questions suivantes : « Au cours de la dernière semaine, combien de jours avez-vous consommé la moitié de l’assiette de légumes et de fruits? »; « Au cours de la dernière semaine, combien de jours avez-vous pratiqué des activités physiques d’une durée d’au moins 30 minutes? ». Les questions psychosociales sur les comportements à l’étude sont présentées sous forme d’énoncés avec six choix de réponses sur une échelle de type Likert allant de « très improbable » à « très probable » ou de « très en désaccord » à « très en accord », par exemple.
Collecte des données
La collecte des données a été effectuée par la professionnelle de recherche en acheminant le questionnaire autoad-ministré en format électronique (Google Forms) avec un lien web dans un courriel. Environ 45 minutes étaient nécessaires pour y répondre. Un rappel invitant à répondre au questionnaire était fait après deux semaines, le cas échéant. Le comité d’éthique de la recherche du Centre intégré de santé et services sociaux (CISSS) de la région concernée du Québec a approuvé le projet (2022-949/08-04-2022).
Plan d’analyse des données
Des analyses descriptives (moyennes, écarts-types et fréquences) ont été utilisées pour décrire les variables sociodémographiques, cliniques et psychosociales (tableau 2). Des associations bivariées entre les variables psychosociales et l’intention ont été déterminées avec des corrélations de Pearson. L’analyse de régression linéaire multiple hiérarchique a permis d’identifier les déterminants (variables indépendantes) de l’intention (variable dépendante) d’adopter les recommandations en lien avec les comportements à l’étude chez les participantes. À l’étape 1, l’analyse de régression a été conduite en entrant les variables psychosociales de l’AAR. À l’étape 2, l’ajout du comportement passé (au cours de la dernière semaine) et les variables sociodémographiques à l’étape 3. À l’étape 4, l’âge (p = 0,3590) et le statut d’emploi (p = 0,9226) ont été retirés du modèle au tableau 3, car elles n’étaient pas significatives, tout comme les variables sociodémographiques (p > 0,1808) au tableau 4. Finalement, les croyances significatives associées à une intention élevée d’adopter les recommandations pour chacun de ces comportements ont été identifiées avec une analyse de régression linéaire multiple en dichotomisant l’intention (faible ou élevée) comme variable dépendante. La multicolinéarité a été vérifiée dans les modèles de régression pour s’assurer que les déterminants n’apportent pas d’informations redondantes.
Tableau 2.
Caractéristiques des participantes
| Variables | n | % |
|---|---|---|
| Scolarité | ||
| Primaire | 3 | 2,9 |
| Secondaire | 35 | 33,3 |
| Diplôme d’études professionnelles | 21 | 20 |
| Diplôme d’études collégiales | 29 | 27,6 |
| Diplôme d’études universitaire | 15 | 14,3 |
| Statut d’emploi | ||
| Retraitée | 51 | 48,6 |
| Temps complet/temps partiel | 41 | 39,1 |
| Congé de maladie/incapacité permanente/sans emploi | 11 | 10,5 |
| Situation familiale | ||
| Célibataire | 22 | 21,4 |
| En couple | 54 | 52,4 |
| En couple avec enfants ou monoparentale | 27 | 26,2 |
| Revenu familial annuel | ||
| Moins de 45 000 $ | 37 | 35,9 |
| 45 000 $ à 59 999 $ | 14 | 13,3 |
| 60 000 $ à 74 999 $ | 9 | 8,6 |
| 75 000 $ et plus | 29 | 27,6 |
| Préfère ne pas répondre | 14 | 13,3 |
| Stade de la maladie | ||
| Stade I | 61 | 69,3 |
| Stade II | 18 | 20,5 |
| Stade III | 6 | 6,8 |
| Stade IV | 3 | 3,4 |
| Réponses manquantes | 17 | 16,2 |
| Traitement | ||
| Chirurgie | 88 | 83,8 |
| Radiothérapie | 83 | 79 |
| Chimiothérapie | 28 | 26,7 |
| Curiethérapie | 8 | 7,6 |
Tableau 3.
Déterminants de l’intention pour la consommation de légumes et de fruits
| Variables | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
| ||||||||
| Modèle 1 | Modèle 2 | Modèle 3 | Modèle 4 | |||||
| Attitude globale | 0,22 | 0,0114 * | 0,19 | 0,0224 * | 0,30 | 0,0012 * | 0,29 | 0,0011 * |
| Norme subjective | 0,08 | 0,2154 | 0,07 | 0,2605 | 0,04 | 0,5571 | 0,057 | 0,3815 |
| Norme descriptive | 0,02 | 0,7347 | 0,03 | 0,5592 | 0,04 | 0,3877 | 0,04 | 0,4686 |
| Perception de contrôle | 0,82 | < 0,0001 * | 0,72 | < 0,0001* | 0,68 | < 0,0001* | 0,68 | < 0,0001* |
| Comportement passé | 0,10 | 0,0015 * | 0,11 | 0,0008 * | 0,11 | 0,0004* | ||
| Âge | 0,009 | 0,3590 | ||||||
| Situation familiale | ||||||||
| En couple | Référence | Référence | ||||||
| Célibataire | 0,41 | 0,003 * | 0,37 | 0,0048 * | ||||
| En couple avec enfants/Monoparentale | −0,03 | 0,80 | −0,12 | 0,2695 | ||||
| Niveau de scolarité | ||||||||
| Primaire/Secondaire | Référence | Référence | ||||||
| Diplôme d’études professionnelles (DEP) | −0,17 | 0,2371 | −0,19 | 0,1772 | ||||
| Diplôme d’études collégiales (DEC) | −0,10 | 0,4359 | −0,11 | 0,3794 | ||||
| Diplôme universitaire | −0,27 | 0,0858 | −0,31 | 0,0368 * | ||||
| Statut d’emploi | ||||||||
| Retraitée | Référence | |||||||
| Temps complet/Temps partiel | 0,01 | 0,9282 | ||||||
| Congé maladie/Incapacité permanente/Sans emploi | 0,02 | 0,9226 | ||||||
| Revenu familial annuel | ||||||||
| 45 000 à 74 999 $ | Référence | Référence | ||||||
| Moins de 45 000 $ | −0,27 | 0,0418 * | −0,27 | 0,0379 * | ||||
| 75 000 $ et plus | 0,08 | 0,5355 | 0,05 | 0,7229 | ||||
| Préfère ne pas répondre | −0,02 | 0,8914 | −0,04 | 0,7929 | ||||
|
| ||||||||
| R 2 ajusté | 0,83 | 0,84 | 0,8682 | 0,8707 | ||||
| Valeur p (modèle) | < 0,0001* | < 0,0001* | < 0,0001* | < 0,0001 * | ||||
Seuil de signification : p < 0,05
Note. Résultats des modèles de l’analyse de régression multiple hiérarchique. R2 : Coefficient de corrélation multiple mis au carré qui représente le % de variance expliquée par le modèle final d’analyse de régression.
Tableau 4.
Déterminants de l’intention pour la pratique d’activités physiques
| Variables | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p | Coefficient de régression | Valeur p |
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
|
| ||||||||
| Modèle 1 | Modèle 2 | Modèle 3 | Modèle 4 | |||||
| Attitude globale | 0,33 | 0,0020 * | 0,27 | 0,0089 * | 0,27 | 0,0155 * | 0,27 | 0,0089 * |
| Norme subjective | −0,11 | 0,1768 | −0,07 | 0,3717 | −0,05 | 0,5738 | −0,07 | 0,3717 |
| Norme descriptive | 0,11 | 0,0985 | 0,13 | 0,0506 | 0,12 | 0,1086 | 0,13 | 0,0506 |
| Perception de contrôle | 0,84 | <0,0001 * | 0,76 | <0,0001 * | 0,76 | <0,0001 * | 0,76 | < 0,0001* |
| Comportement passé 1 | 0,08 | 0,0080 * | 0,07 | 0,0299 * | 0,08 | 0,0080 * | ||
| Comportement passé 2 | 0,03 | 0,3656 | 0,02 | 0,5231 | 0,03 | 0,3656 | ||
| Âge | 0,01 | 0,3044 | ||||||
| Situation familiale | ||||||||
| En couple | Référence | |||||||
| Célibataire | −0,12 | 0,5175 | ||||||
| En couple avec enfants/Monoparentale | −0,24 | 0,2125 | ||||||
| Niveau de scolarité | ||||||||
| Primaire/Secondaire | Référence | |||||||
| Diplôme d’études professionnelles (DEP) | 0,15 | 0,4000 | ||||||
| Diplôme d’études collégiales (DEC) | 0,12 | 0,4593 | ||||||
| Diplôme universitaire | 0,28 | 0,1808 | ||||||
| Statut d’emploi | ||||||||
| Retraitée | Référence | |||||||
| Temps complet/Temps partiel | 0,18 | 0,3723 | ||||||
| Congé maladie/Incapacité permanente/Sans emploi | 0,34 | 0,2543 | ||||||
| Revenu familial annuel | ||||||||
| 45 000 à 74 999 $ | Référence | |||||||
| Moins de 45 000 $ | −0,03 | 0,8433 | ||||||
| 75 000 $ et plus | −0,10 | 0,5925 | ||||||
| Préfère ne pas répondre | −0,06 | 0,7518 | ||||||
| R 2 ajusté | 0,79 | 0,81 | 0,80 | 0,81 | ||||
| Valeur p (modèle) | < 0,0001* | < 0,0001* | < 0,0001* | < 0,0001 * | ||||
Seuil de signification : p < 0,05
Note : Résultats des modèles de l’analyse de régression multiple hiérarchique. R2: coefficient de corrélation multiple mis au carré qui représente le % de variance expliquée par le modèle final d’analyse de régression.
RÉSULTATS
Profil de l’échantillon
Un total de 105 femmes atteintes d’un cancer du sein ou d’un cancer gynécologique en phase d’après-traitement ont pris part à cette étude. La moyenne d’âge est de 62 ans (étendue de 39 à 81 ans). Le tableau 2 présente d’autres caractéristiques sociodémographiques et cliniques de l’échantillon. Les analyses descriptives relatives aux habitudes de vie des participantes révèlent qu’elles avaient consommé en moyenne une quantité de fruits et de légumes qui équivaut à la moitié de l’assiette 5,5 jours au cours de la dernière semaine. Les participantes ont aussi déclaré avoir pratiqué de l’activité physique (qui crée un essoufflement), d’une durée de 30 minutes ou plus 4 jours par semaine en moyenne, lors de la dernière semaine. Pour les exercices de renforcement musculaire, la moyenne est de 2 jours au cours des 7 derniers jours.
Le niveau de motivation (intention) des deux comportements ciblés a été évalué avec une échelle de Likert de 1 (très improbable) à 6 (très probable). Les moyennes révèlent que les participantes ont une opinion plutôt favorable (score de 4 sur 6) à la recommandation de consommer des légumes et des fruits chaque jour ainsi que de pratiquer des activités physiques d’intensité modérée au moins 30 minutes par jour au moins cinq jours par semaine.
Corrélations entre les variables
Les corrélations de Pearson indiquent que toutes les variables psychosociales sont reliées de façon significative à l’intention de consommer des fruits et des légumes au cours du prochain mois (coefficients de corrélation variant de r = 0,39 [norme descriptive] à 0,90 [perception de contrôle]; p < 0,0001).
L’intention de pratiquer régulièrement des activités physiques est, elle aussi, corrélée significativement avec toutes les variables psychosociales. Les corrélations varient entre un r = 0,28 pour la norme descriptive à un r = 0,88 pour la perception du contrôle. La corrélation entre cette intention et la norme descriptive s’avère être la plus faible (p = 0,0036). Les variables sociodémographiques et cliniques ne sont pas significativement associées à l’intention de consommer des fruits et des légumes ni pour pratiquer régulièrement des activités physiques. Sauf pour les femmes avec un diplôme universitaire qui ont plus l’intention de faire des activités physiques (coefficient de régression = 0,94; p = 0,02) comparativement à celles qui ont un diplôme d’études primaire ou secondaire.
Déterminants de l’intention
Pour ce qui est de l’intention de consommer quotidiennement des fruits et des légumes au cours du prochain mois, elle est déterminée de façon significative par l’attitude globale à l’égard du comportement et à la perception de contrôle. La première étape des analyses de régression multiple hiérarchique indique que 83 % (p < 0,0001) de la variance de l’intention est expliquée par ces deux variables : attitude et perception de contrôle. À la deuxième étape, le comportement passé est aussi une variable significative, mais n’explique que 2 % de la variance de l’intention (p = 0,0004). À la troisième étape, le fait d’être célibataire (p = 0,0048) et celui d’avoir un diplôme universitaire (p = 0,0368) sont significativement associés à l’intention. Cependant, avoir un revenu annuel inférieur à 45 000 $ diminue cette intention (p = 0,0379). L’âge et le statut d’emploi ont été retirés au modèle 4 puisqu’ils n’étaient pas significatifs. Les variables cliniques (stade, type de traitement, date du dernier traitement) ne sont pas significativement associées à l’intention (tableau 3). Le modèle final explique 87 % de cette variance de l’intention.
Pour la pratique régulière des activités physiques au cours du prochain mois, l’intention est aussi influencée significativement par l’attitude et la perception de contrôle. Effectivement, la première étape des analyses de régression hiérarchique révèle que l’attitude globale (p = 0,0089) et la perception de contrôle (p < 0,0001) sont les deux variables qui expliquent significativement 79 % de l’intention pour ce comportement. À la deuxième étape, le comportement passé des sept derniers jours en explique 2 % (p = 0,0080). À l’issue de la troisième étape, aucune variable sociodémographique ni clinique n’influence significativement cette intention. Le modèle statistique final explique 81 % de cette variance (tableau 4). Les analyses ont été effectuées auprès de 103 participantes, car deux questionnaires ont été retirés à cause d’un nombre élevé de données manquantes sur des items de variables psychosociales.
D’autres analyses de régression multiple ont permis d’associer certaines croyances à une intention élevée de suivre les recommandations relatives aux deux comportements à l’étude. Elles indiquent que l’attitude positive envers la consommation quotidienne de légumes et de fruits est influencée par le fait de croire que « cela apporterait du plaisir à manger » (p = 0,0063). Par ailleurs, pour la personne qui déclare que c’est déjà « une habitude ancrée dans ma vie », cette croyance est significativement associée au fait qu’elle se sentirait capable de consommer des fruits et des légumes chaque jour au cours du prochain mois (p < 0,0001).
Pour la pratique régulière d’activités physiques, l’intention de suivre les recommandations au cours du prochain mois est fortement liée à la croyance relative à l’attitude que cela « ferait du bien au moral » (p = 0,0142). Les participantes indiquent aussi que « si la pratique d’activités physiques est intégrée à leur routine », leur intention d’adopter ce comportement est plus forte (p < 0,0001). Cette croyance influence la perception de contrôle que ressent la personne à l’égard de ce comportement.
DISCUSSION
Cette étude a atteint l’objectif d’identifier des facteurs psychosociaux associés à l’intention de consommer quotidiennement des légumes et des fruits ainsi que de pratiquer régulièrement des activités physiques chez 103 femmes atteintes d’un cancer du sein ou d’un cancer gynécologique en phase de post-traitement dans une région du Québec. L’intention d’adopter chacun de ces comportements est, dans les deux cas, fortement déterminée par l’attitude de la personne et la perception de contrôle. En somme, l’intention de consommer des légumes et des fruits chaque jour ainsi que de pratiquer régulièrement des activités physiques est due à une attitude favorable envers chacun de ces comportements et à une perception de se sentir capable et autonome d’adopter ces recommandations (perception du contrôle). Des résultats similaires ont été obtenus dans d’autres études. Par exemple, Min et al. (2022) ont trouvé que l’attitude et la perception de contrôle étaient significativement associées à l’intention de pratiquer de l’activité physique chez un échantillon de femmes atteintes du cancer du sein en phase de post-traitement mais dans une moindre mesure (R2 = 44 %). De même, Husebø et al. (2013) concluent que l’intention et la perception de contrôle sont les variables les plus fortes pour prédire les comportements sains chez les femmes atteintes du cancer du sein.
Les résultats révèlent aussi que certaines croyances sont associées à l’attitude et à la perception de contrôle pour les deux comportements sains visés par l’étude. En effet, le fait de croire qu’il est plaisant de manger des fruits et des légumes tout comme celui de croire que de pratiquer de l’activité physique procure des bénéfices psychologiques sont associés à une attitude plus positive vis-à-vis du comportement. La revue de littérature réalisée par Elshahat et al. (2021) met également en évidence que les personnes atteintes de cancer ont une attitude positive vis-à-vis la pratique d’activité physique, reconnaissant sa valeur pour le maintien d’une bonne santé. Ces auteurs sont aussi d’avis que les bénéfices perçus de l’activité physique l’emportent sur les barrières perçues dans la probabilité de passer à l’action.
Toutefois, notre étude suggère que, les comportements sains sont considérés comme plus faciles à mettre en place s’ils font partie des habitudes de vie de la femme. En effet, les croyances associées à la perception de contrôle concernaient la facilité de consommer des légumes et des fruits et de pratiquer l’activité physique si c’étaient des habitudes ancrées dans la routine quotidienne. Ce constat est aussi mis de l’avant par Beckenstein et al. (2020).
Par ailleurs, les résultats de l’étude indiquent que les participantes suivent déjà les recommandations pour un mode de vie sain. Effectivement, elles ont déclaré consommer la moitié de l’assiette en fruits et en légumes 5,5 jours par semaine et pratiquer de l’activité physique 150 minutes par semaine. Ces résultats sont surprenants puisque, selon Rock et al. (2022), l’adhésion aux recommandations relatives à l’alimentation et à l’activité physique chez les femmes atteintes de cancer du sein est, au mieux, modérée. Cela suggère qu’un taux d’adhésion supérieur à 30 % pourrait ne pas représenter la réalité. Conséquemment, il est possible que les femmes de notre étude aient répondu par désirabilité sociale, c’est-à-dire qu’elles auraient pu répondre de façon qu’elles soient perçues comme ayant une alimentation saine et un niveau d’activités physiques recommandé, même si ce n’est pas le cas.
Retombées
Considérant que l’attitude et la perception du contrôle déterminent l’intention d’adopter des comportements sains chez les participantes, ces résultats peuvent influencer la pratique des infirmières en oncologie dans la phase de l’après-traitement. Des implications spécifiques sont suggérées dans les quatre dimensions de la pratique soient, en clinique, en gestion, en éducation et en recherche (tableau 5). Le fait de promouvoir une consommation quotidienne de légumes et de fruits et une pratique régulière d’activités physiques contribue au développement de l’autogestion de la maladie chez les femmes atteintes d’un cancer du sein ou gynécologique dans le cadre d’une approche interdisciplinaire. Actuellement, au Québec, il n’y a pas de suivi infirmier standardisé inclus dans la trajectoire de soins pour les femmes atteintes d’un cancer à la fin de leurs traitements actifs. Pourtant, plusieurs auteurs et chercheurs s’entendent pour dire que de tels suivis sont essentiels pour assurer un bon état de santé chez les femmes ayant un cancer, quel qu’en soit le type (Balnaeves et al., 2024; Hirschey et al., 2023; Howell et al., 2021; Phothikul et al., 2025). Les résultats de notre étude pourront orienter des stratégies pour encourager les femmes à adopter des comportements sains incluent dans un plan de soins de suivi remis à la fin des traitements. Par ailleurs, le partenariat essentiel entre les chercheuses universi taires et les cliniciennes doit être pragmatique pour répondre aux besoins d’information et de soutien après les traitements actifs, en plus de développer une culture de recherche intégrée.
Tableau 5.
Retombées potentielles des résultats sur la pratique des infirmières en oncologie dans la phase de l’après-traitement
| Dimensions | Implications |
|---|---|
| Clinique | Pour les infirmières pivots en oncologie (IPO) dans les services ambulatoires:
|
| Gestion | Pour l’infirmière gestionnaire des services ambulatoires :
|
| Éducation |
|
| Recherche |
|
Forces de l’étude
Quelques forces se retrouvent sur le plan théorique et méthodologique. Premièrement, l’étude s’appuie sur un modèle théorique reconnu et bien décrit pour diriger l’ensemble de la démarche scientifique. De fait, la plupart des études recensées par Bluethmann et al. (2016) et par Husebø et al. (2013) mentionnent des construits propres à des théories du comportement (p. ex. auto-efficacité, intention, barrières), mais sans décrire le cadre théorique ou sans y référer pour interpréter les résultats obtenus ou étayer les fondements de l’intervention. Ensuite, selon Rock et al. (2022), les facteurs d’influence sont peu connus sur l’adoption de ces comportements chez les femmes atteintes d’un cancer gynécologique, une majorité d’études portant sur le cancer du sein. Certes, le cancer du sein est le plus diagnostiqué chez les femmes (Société canadienne du cancer, 2023), mais il importe de vérifier et de comprendre aussi les facteurs associés à un mode de vie sain chez les femmes qui sont atteintes d’un cancer gynécologique (Rock et al., 2022). Finalement, l’échantillon correspondait à la puissance statistique nécessaire pour procéder à l’analyse de régression multiple, la validité du contenu faite par une équipe d’experts et la pré-expérimentation témoignent du processus rigoureux du développement du questionnaire.
Limites
L’étude se limite à identifier les facteurs associés à l’intention d’adopter ces deux comportements, mais ne se penche pas sur leur adoption. Les résultats issus d’un échantillon francophone dans une seule région du Québec ne peuvent être généralisés à l’ensemble des femmes ayant le même diagnostic. Il est permis de croire que le volontariat des participantes à répondre au questionnaire intéresserait davantage les femmes déjà motivées à améliorer leur mode de vie, ce qui peut affecter la représentativité. De plus, les questions concernant l’intention de consommer chaque jour des légumes et des fruits en référence au Guide alimentaire canadien (Santé Canada, 2019) peut être difficile à quantifier, même si l’image de l’assiette se trouve dans le questionnaire. Aussi, bien que l’anonymat des réponses soit indiqué sur le questionnaire, le risque de désirabilité sociale existe dans une étude sur des comportements liés à la santé. L’opinion exprimée des participantes dans le questionnaire quant à leur intention d’adopter une action future augmente la probabilité qu’elles répondent en ce sens (Godin et al., 2012).
CONCLUSION
L’étude a permis d’identifier des facteurs modifiables tels que l’attitude de la personne et sa perception de contrôle reliés à l’intention de consommer quotidiennement des fruits et des légumes et de pratiquer régulièrement des activités physiques. À partir des résultats, différentes implications à la pratique sont formulées dont le développement et la mise en place d’un programme de soutien qui constituent la phase 2 du projet de recherche.
REMERCIEMENTS
Les auteures remercient les participantes à ce projet de recherche. Elles remercient aussi Guylaine Chandonnet, kinésiologue au Centre régional intégré de cancérologie du CISSS de Chaudière-Appalaches (CA) pour sa révision du questionnaire et Stéphane Turcotte, statisticien au Centre de recherche du même établissement (CISSS-CA) pour son soutien statistique. Merci à Chloé Lévesque-Gagné, inf., M. Sc., professionnelle de recherche pour sa rigueur dans la collecte et la saisie des données.
Footnotes
CONTRIBUTION DES AUTEURES: DB a rédigé le protocole, la demande au comité d’éthique de la recherche (CÉR) et ce manuscrit. SP a corrigé le protocole et mis en œuvre la procédure de recrutement dans l’établissement. JH a révisé et corrigé le protocole, la demande au CÉR et ce manuscrit. AFT a effectué la programmation statistique pour l’analyse des données. ÉDG a contribué à la formulation des items du questionnaire de recherche sur la consommation quotidienne de fruits et de légumes et à l’interprétation des données.
FINANCEMENT: Ce projet a été financé par le concours sur la recherche intégrée de la Fondation de l’Hôtel-Dieu de Lévis et du Centre de recherche du CISSS de Chaudière-Appalaches (Québec).
DÉCLARATION DE CONFLITS D’INTÉRÊTS: Les auteures déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
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