L’acétaminophène est l’analgésique et l’antipyrétique de choix pour les personnes enceintes
Plus de la moitié des personnes enceintes prennent de l’acétaminophène, habituellement pour soulager la douleur1. Comparativement aux autres médicaments analgésiques et antipyrétiques, l’acétaminophène a fait l’objet d’un plus grand nombre d’études rigoureuses et est associé à des profils d’innocuité plus rassurants, tant pour la personne enceinte que pour le fœtus. Des organismes réglementaires et des sociétés d’obstétrique de premier plan recommandent l’utilisation judicieuse de l’acétaminophène comme traitement de première intention contre la fièvre et la douleur pendant la grossesse2.
Les études n’établissent pas de lien de causalité entre la prise d’acétaminophène pendant la grossesse et le risque de troubles neurodéveloppementaux
Certaines revues systématiques laissent entrevoir un faible lien entre l’exposition du fœtus à l’acétaminophène et le développement de troubles du spectre de l’autisme (TSA) et du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Or, les études tenant rigoureusement compte des facteurs de confusion potentiels ou privilégiant l’analyse contrôlée avec la fratrie établissent généralement des liens encore plus faibles, voire inexistants3,4. Cela laisse supposer que des facteurs de confusion non mesurés (p. ex., facteurs génétiques ou environnementaux) expliquent en grande partie l’association avec les troubles neurodéveloppementaux5. Aucun essai contrôlé randomisé n’ayant été mené, les lacunes méthodologiques dans les études observationnelles existantes empêchent de conclure à un lien de causalité.
Les données relatives aux effets de l’acétaminophène sur les systèmes reproducteur et endocrinien du fœtus font état de liens faibles et variables
Les résultats des études observationnelles liant la prise d’acétaminophène pendant la grossesse à des anomalies de l’appareil reproducteur masculin sont contradictoires : si certaines études démontrent une faible association avec la cryptorchidie et une distance anogénitale réduite, d’autres ne le font pas5. Qui plus est, la majorité des études s’appuient sur les souvenirs des personnes enceintes quant à leur prise d’acétaminophène pendant la grossesse, ce qui peut introduire un biais de rappel susceptible de fausser l’ampleur des effets observés ou de mener à de fausses associations.
La fièvre non traitée pendant la grossesse a été associée à des issues fœtales indésirables
Il est difficile de discerner les effets potentiels de la prise d’acétaminophène de ceux du problème médical qu’elle est censée traiter. Sur le plan clinique, le traitement de la fièvre chez les personnes enceintes est indiqué : selon certaines études observationnelles, la fièvre pendant la grossesse est associée à un risque accru de troubles neurodéveloppementaux6. Durant le premier trimestre, la fièvre peut mener à des anomalies congénitales, comme une malformation du tube neural ou du cœur, ou une fente orofaciale.
Les recommandations quant à l’utilisation d’acétaminophène pendant la grossesse doivent reposer sur une analyse critique des données
Les données probantes actuelles ne permettent pas d’établir un lien de causalité entre la prise d’acétaminophène pendant la grossesse et des issues indésirables chez le nourrisson. Dans leurs recommandations, les cliniciens et cliniciennes doivent présenter clairement les limites des données tirées des études observationnelles afin de rassurer les personnes enceintes et d’éviter qu’elles s’empêchent de prendre des médicaments indiqués contre la fièvre et la douleur pendant la grossesse.
Le JAMC vous invite à soumettre vos textes pour la rubrique Cinq choses à savoir… en ligne à https://mc.manuscriptcentral.com/cmaj.
Remerciement
L’auteur et les autrices remercient le Dr Donald Redelmeier pour ses commentaires utiles sur les versions antérieures du manuscrit.
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.260138
Footnotes
Intérêts concurrents : Jonathan Zipursky déclare avoir reçu un financement des Instituts de recherche en santé du Canada, des honoraires de NYC Health + Hospitals et de la North American Society of Obstetric Medicine, du soutien de la Société canadienne de médecine interne pour ses déplacements, et des honoraires de cabinets d’avocats pour son expertise médicolégale au sujet de l’innocuité et de l’efficacité de médicaments n’ayant aucun lien avec les présents travaux. Aucun autre intérêt concurrent n’a été déclaré.
Le présent article a été révisé par des pairs.
Traduction et révision : Équipe Francophonie de l’Association médicale canadienne
Références
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