Une femme de 88 ans atteinte de démence légère et résidant dans un établissement de soins de longue durée a développé une rétention urinaire, après quoi on lui a installé une sonde à demeure de type Foley. Elle avait des antécédents de constipation chronique, mais son dossier médical n’indiquait aucune infection urinaire récurrente ni anomalie des voies urinaires. Deux semaines plus tard, la sonde et le sac collecteur d’urine avaient pris une couleur violet intense (figure 1). La patiente était apyrétique, ses signes vitaux étaient normaux et son état cognitif ne s’était pas dégradé. L’urine à l’intérieur de la sonde était jaune, le pigment violet n’adhérant qu’aux surfaces synthétiques. Compte tenu de l’absence de signes cliniques d’infection urinaire, l’analyse d’urine a été reportée. On a diagnostiqué un syndrome de la poche à urine violette. La sonde et la poche ont été changées sans qu’on instaure un traitement antimicrobien, et des mesures appropriées de prévention de la constipation ont été prises. La coloration a rapidement disparu et n’est pas réapparue.
Figure 1 :

Coloration violette d’une sonde à demeure de type Foley et d’une poche de drainage, dans lesquelles l’urine d’une femme de 88 ans était restée jaune.
Le syndrome de la poche à urine violette est une affection bénigne résultant du métabolisme microbien du tryptophane en indigotine et en indirubine, des pigments qui adhèrent aux surfaces de la sonde et du sac, leur donnant une couleur violette1,2. Parmi les facteurs de risque, on compte le cathétérisme urinaire à long terme, l’âge avancé, le sexe féminin, la constipation, l’alcalinité urinaire, la vie en établissement de soins de longue durée et l’invagination intestinale2. Les organismes souvent en cause sont Escherichia coli, Klebsiella pneumoniae, Proteus mirabilis, les espèces du genre Enterococcus et Pseudomonas aeruginosa2,3. Bien que le syndrome de la poche à urine violette soit un phénomène visuel bénin, il est souvent associé à une bactériurie et parfois à des infections symptomatiques des voies urinaires. Chez les personnes asymptomatiques, vérifier que l’urine elle-même reste jaune peut permettre d’éviter des analyses inutiles et l’administration d’antibiotiques. Toutefois, on aura recours à des tests diagnostiques et à une antibiothérapie si de la fièvre, des signes généraux d’infection, des symptômes urinaires ou une détérioration cognitive surviennent. Parmi les autres causes de coloration anormale de l’urine, notons les médicaments (p. ex., urine orange avec la rifampicine; urine verte avec le propofol, l’amitriptyline ou le bleu de méthylène) et les maladies métaboliques (p. ex., urine brun rougeâtre chez les personnes atteintes de porphyrie, urine foncée chez celles atteintes d’alcaptonurie). Les facteurs contributifs comme la constipation doivent être pris en charge. La capacité à reconnaître le syndrome de la poche à urine violette peut aider à prévenir le recours inutile aux antibiotiques chez les personnes asymptomatiques.
Remerciement
L’auteur a utilisé l’outil Editage (www.editage.jp) pour la rédaction en langue anglaise.
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.260150
Footnotes
Intérêts concurrents : Aucun déclaré.
Le présent article a été révisé par des pairs.
Le consentement de la patiente a été obtenu.
Traduction et révision : Équipe Francophonie de l’Association médicale canadienne
Références
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