La Société canadienne de pédiatrie (SCP) félicite les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux du Canada de se concentrer sur les enjeux reliés aux enfants et aux adolescents. Nous partageons l’optimisme selon lequel une démarche fédérale, provinciale et territoriale coordonnée et ciblée améliorera la santé et le bien-être des générations futures. Le texte qui suit représente un bref résumé de quelques-uns des principaux problèmes en matière de santé pour les enfants et les adolescents (ainsi que des solutions) qu’a repérés la SCP. La santé mentale, la pauvreté et la prévention des blessures représentent les principales priorités. Cependant, tous les enjeux sont importants pour la santé et le bien-être des enfants et adolescents canadiens. Nous espérons que le prochain budget fédéral et que le Plan d’action national pour les enfants aborderont clairement ces sujets.
SANTÉ MENTALE
Les professionnels de la santé canadiens s’inquiètent des besoins croissants et non satisfaits des enfants et des adolescents en santé mentale (1). La SCP propose que le Plan d’action national pour les enfants s’attache aux facteurs qui incitent les enfants et les adolescents à souffrir de troubles de comportement et de santé mentale. Idéalement, un groupe de pédiatres, de pédopsychiatres, de médecins de famille, d’infirmières, de psychologues, de travailleurs sociaux, de parents et d’adolescents serait convoqué pour repérer les antécédents des troubles de santé mentale et pour élaborer des stratégies préventives ainsi que des directives de traitement au besoin. Cette mesure créerait des réseaux de connaissances et de savoir-faire régionaux qui permettraient de maximiser les soins des enfants et des adolescents. Ce projet visant à élaborer une structure de «soins partagés» des enfants et des adolescents refléterait les principes de base, tant en matière de prévention que d’intervention.
L’un des principaux résultats de cette étude consisterait à créer des cours sur l’art d’être parent, fondés sur des recherches comme le programme Systematic Training for Effective Parenting (STEP) (2). Grâce à ces cours, les familles apprendraient les meilleures méthodes à utiliser pour élever leurs enfants. Il serait également possible de repérer rapidement les enfants souffrant de troubles du développement qui ont besoin de traitements plus intensifs et d’intervenir auprès d’eux.
PAUVRETÉ
L’absence de richesse de circonstances favorables représente un grave problème pour les 1,4 million de Canadiens de moins de 18 ans qui vivent sous le seuil de la pauvreté (3). La SCP propose qu’un groupe de professionnels ferrés dans tous les aspects de la pauvreté soit créé pour former un programme voué à repérer rapidement les troubles du développement causés par la pauvreté, à intervenir à cet égard et à privilégier la prévention. Ce programme tiendrait compte de la santé, de l’éducation, de l’alimentation, de la santé mentale, de la sécurité et du développement social. Il viserait à créer des programmes qui interviennent le plus rapidement possible afin d’éviter les effets négatifs de l’absence de richesse et de circonstances favorables sur les enfants et les adolescents. Le programme comprendrait également un important volet éducatif à l’intention des parents et des professionnels qui traitent des enfants et des adolescents affligés par la pauvreté. Nous sommes d’avis que, par une démarche coordonnée et multidisciplinaire, la situation critique actuelle pourrait être réduite de manière considérable.
PRÉVENTION DES BLESSURES
Les blessures représentent la principale cause de décès chez les enfants et les adolescents canadiens. De plus, la qualité de vie à long terme des personnes qui subissent des blessures graves diminue de manière marquée, et les coûts pour le système de santé augmentent énormément. La SCP propose l’établissement d’un centre national de prévention des blessures dans le cadre du Plan d’action national pour les enfants. Ce centre coordonnerait la recherche et permettrait d’élaborer des stratégies politiques publiques sur les causes et la prévention des blessures.
PROGRAMMES D’INTERVENTION PRÉCOCE
La Société canadienne de pédiatrie appuie des investissements soutenus sur les conditions qui maximisent le développement et le rôle parental dans la première enfance. Les recherches démontrent que le fait de repérer rapidement l’enfant qui présente des troubles du développement et du comportement et d’intervenir aussitôt peut se révéler fort bénéfique. Par conséquent, la SCP invite les gouvernements fédéral et provinciaux à profiter des fondements déjà établis par des initiatives comme Grandir ensemble, un programme fédéral qui favorise l’élaboration de projets d’action communautaire. Des recherches soutenues au moyen de projets pilotes devraient permettre d’orienter la promotion de programmes d’intervention efficaces fondés sur des faits.
IMMUNISATION
Bien que le Canada ait énormément progressé dans le domaine de la vaccination contre les maladies infantiles, des préoccupations demeurent. À l’heure actuelle, il existe douze calendriers de vaccination provinciaux et territoriaux différents qui prêtent à confusion et à cause desquels de nombreux enfants ratent leur vaccin. À la conférence nationale sur l’immunisation tenue en 1998 à Calgary, l’avis consensuel tendait vers le besoin d’un registre national d’immunisation. Nous invitons les ministres de la Santé fédéral et provinciaux à travailler à un calendrier d’immunisation national harmonisé (4).
TABAGISME
Le tabagisme est une maladie pédiatrique grave, aux conséquences terribles. Les décès reliés au tabagisme frappent 45 000 Canadiens par année et sont à la hausse. L’incidence de jeunes fumeurs augmente. La plupart des fumeurs contractent leur habitude avant l’âge de 18 ans. Environ 250 000 enfants et adolescents canadiens commenceront à fumer cette année. La SCP propose que le Plan d’action national pour les enfants et que le budget fédéral convergent vers la prévention du tabagisme chez les enfants et les adolescents, et vers la désaccoutumance au tabac pour ceux qui ont déjà commencé. Des travaux supplémentaires sont nécessaires dans les domaines de la recherche et de l’éducation (tant publique que professionnelle). Le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur le tabac en 1997. Aucun règlement n’a encore été présenté. Des règlements sévères en vertu de cette loi sont nécessaires et essentiels si nous voulons éviter que nos enfants adoptent le tabac (5,6).
SANTÉ DES AUTOCHTONES
La santé des Autochtones du Canada, et surtout de ses enfants, représente une zone critique depuis longtemps. Au congrès 1999 de la SCP, le chef autochtone Ovide Mercredi a mis au défi la SCP et ses partenaires à tenir un sommet sur la santé des enfants autochtones. Ce sommet permettrait d’offrir des stratégies ciblées et réalisables afin d’améliorer la santé des enfants autochtones du Canada. Les participants seraient des chefs autochtones, des professionnels de la santé, des représentants du gouvernement et des adolescents. Nous encourageons le gouvernement fédéral à prêter ses qualités de chef au soutien de cette initiative.
ANOMALIES CONGÉNITALES
Des observations probantes indiquent qu’un apport convenable d’acide folique pendant la période de conception peut réduire l’occurrence de spina bifida et d’autres anomalies du tube neural jusqu’à 75 %. Chaque année, entre 400 et 800 enfants canadiens naissent avec le spina bifida ou d’autres anomalies graves de la moelle épinière (7). Il est peu probable que le fait de conseiller aux femmes en âge de procréer de prendre plus d’acide folique dans leur régime soit efficace. Nous incitons les gouvernements fédéral et provinciaux à entreprendre des essais à grande échelle pour évaluer les répercussions de l’enrichissement d’acide folique dans la farine afin d’assurer un apport quotidien moyen de 0,5 mg par jour à 1 mg par jour aux femmes en âge de procréer. Si cet essai démontre l’efficacité et l’innocuité de la farine enrichie, cette pratique devrait devenir une politique nationale. Des données indiquent également que cette mesure pourrait réduire l’incidence de bec-de-lièvre et de fissure du palais ainsi que de maladies cardiaques et de cancer dans la population adulte.
ADOLESCENTS
Le Plan d’action national pour les enfants contient des objectifs destinés à améliorer la santé des enfants, et des adolescents. La SCP apprécie cette occasion de continuer à travailler avec des partenaires aux problèmes des jeunes de la rue, qui posent de réels défis. La SCP demande également au gouvernement fédéral de soutenir l’initiative nationale de formation en santé des adolescents, un programme de formation multidisciplinaire détaillé conçu pour les professionnels qui travaillent avec les adolescents et qui offrirait des avantages potentiels énormes s’il était diffusé à l’échelon national.
SANTÉ DES ENFANTS DANS LE MONDE
L’ancien Premier ministre du Canada, Lester Pearson, a contribué à faire progresser l’idée selon laquelle la santé des enfants canadiens est inévitablement liée à la santé et au bien-être des enfants de tous les pays. Des dizaines de milliers d’enfants meurent chaque jour dans le monde de maladies évitables, sans compter la multitude qui souffre de malnutrition, d’un manque d’éducation, d’exploitation et de violence. Nous félicitons le gouvernement canadien d’accroître son aide outre-mer de 120 millions de dollars cette année, mais nous nous inquiétons néanmoins du fait que notre budget actuel à l’aide étrangère demeure inférieur à celui du début des années 1990 (8). Nous invitons le gouvernement fédéral à continuer à soutenir et à accroître des initiatives comme l’initiative canadienne d’immunisation internationale, et à accroître son aide au développement par l’entremise de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) et des organismes non gouvernementaux canadiens outre-mer.
PLANIFICATION DES EFFECTIFS PÉDIATRIQUES
Les sondages sur les effectifs pédiatriques indiquent un équilibre très précaire dans le nombre de pédiatres au Canada. Certaines régions du pays ne forment pas assez de résidents pour remplacer l’attrition et les retraites des pédiatres. Une pénurie importante de surspécialistes en pédiatrie est prévue dans un avenir rapproché. Nous incitons les ministres de la Santé fédéral et provinciaux à collaborer avec la SCP à l’élaboration rapide d’une stratégie nationale sur les effectifs pédiatriques (9).
RÉFÉRENCES
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1.Société canadienne de pédiatrie . Assessment of the Health Information Needs of Canadian Paediatricians, mené pour le Réseau canadien de la santé. Ottawa: 1999. [Google Scholar]
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2.Dinkmeyer D, McKay GD. The Parent’s Handbook: Systematic Training for Effective Parenting. New York: Random House; 1997. [Google Scholar]
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3.Statistique Canada, Catalogue n° 13-207-XPB Distribution du revenu par dimension au Canada. Site Internet de Statistique Canada : http://www.statcan.ca/francais/Pgdb/People/Families/famil41a.htm
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4.MacDonald NE. Disharmony in provincial and territorial immunization schedules: A downside of recent developments. Paediatr Child Health. 1997;2(3):171–2. [Google Scholar]
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5.National Tobacco OR Kids Campaign . A critical message to Canadians about keeping the tobacco industry away from our children. Toronto: National Tobacco OR Kids Campaign; 1998. [Google Scholar]
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6.Comité de pharmacologie et des substances dangereuses Société canadienne de pédiatrie. L’effet de la variation du prix de la cigarette sur l’usage du tabac chez les adolescents. Paediatr Child Health. 1998;3(2):99–100. [Google Scholar]
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7.Comité de pharmacologie et des substances dangereuses Société canadienne de pédiatrie. La consommation périconceptionnelle d’acide folique pour réduire le risque d’anomalies du tube neural. Paediatr Child Health. 1997;2(2):155–8. [Google Scholar]
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8.Stackhouse J. Foreign-aid cuts assailed for harming children. The Globe and Mail. 1999 Feb 23;:A1, A12. [Google Scholar]
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9.Hall JG. Road map for child and youth health into the 21st century: Report on the 1997 Ross Conference. Paediatr Child Health. 1997;2(6):401–3. [Google Scholar]