L’encéphalopathie, ou observation clinique d’une altération de l’état de conscience accompagnée de maux de tête, de signes neurologiques ou de fièvre, présente un défi diagnostique pour les médecins. La liste de troubles infectieux et non infectieux susceptibles d’être associés à l’encéphalopathie, avec ou sans pléocytose du liquide céphalorachidien (LCR), est longue et complexe. Il faut adopter une approche systématique de ces patients pour optimiser la probabilité de déterminer avec exactitude la cause étiologique de la maladie et pour s’assurer de l’instauration d’un traitement précis et précoce. L’article documentaire rédigé par Ford-Jones et ses collègues et révisé par le comité des maladies infectieuses et d’immunisation de la Société canadienne de pédiatrie (pages 33–41) porte sur le diagnostic différentiel, l’approche de l’investigation et la connaissance actuelle de l’encéphalomyélite démyélinisante aiguë et présente les possibilités thérapeutiques cruciales dans la prise en charge de l’encéphalite infantile.
Le comité des maladies infectieuses et d’immunisation de la SCP recommande les mesures suivantes:
L’évaluation de tous les enfants devrait comprendre un questionnaire pour identifier les patients atteints d’encéphalopathie. Les symptômes de l’encéphalopathie comprennent une altération de l’état de conscience, comme la léthargie, ainsi que des troubles du comportement et du langage, comme la dysphasie, l’aphasie et la perte de mémoire. Il reste à déterminer si la présence ou l’absence d’irritation méningée représente une observation clinique majeure ou négligeable. Lorsqu’on diagnostique une encéphalopathie, il faut procéder à un questionnaire fouillé et détaillé, afin d’établir les facteurs de risque de contact, tels une maladie préalable, un voyage ou des piqûres d’insecte.
Il faut transférer rapidement les enfants atteints d’encéphalopathie dans un centre médical tertiaire si leur état ne s’améliore pas dans les 24 à 48 heures afin d’effectuer des tests diagnostiques (imagerie spécialisée et évaluations microbiologiques) et d’optimiser la prise en charge des convulsions et de l’accroissement de l’hypertension intracrânienne. Une méningoencéphalite virale sans complication ou des maladies reliées à un exanthème se prennent en charge facilement, et le transfert est alors inutile. Au transfert d’un patient, on doit remettre un échantillon de sérum (et de LCR le cas échéant) prélevé peu après l’admission.
Il est nécessaire de procéder à une investigation rapide de tous les enfants pour identifier les infections du système nerveux central qui réagissent à des traitements précis, comme l’acyclovir contre l’encéphalite aiguë causée par le virus de l’herpès simplex et les corticoïdes contre l’encéphalomyélite démyélinisante, et pour identifier d’autres causes traitables d’encéphalopathie, comme la septicémie, les troubles métaboliques ou l’angéite.
Il peut être utile de consulter rapidement des collègues en neurologie, en imagerie diagnostique et en maladies infectieuses afin de délimiter le besoin d’anticonvulsivants empiriques, d’antiviraux spécifiques et de corticoïdes.
Il faut surveiller de près l’évolution clinique de chaque enfant atteint d’encéphalopathie et documenter cette évolution tous les jours. Il convient de porter une attention particulière aux modifications de l’état de conscience, à la fièvre, à l’orientation, aux convulsions, aux dysfonctions du système nerveux autonome, à l’augmentation de l’hypertension intracrânienne ainsi qu’aux troubles moteurs et d’élocution. Il faut également porter attention à d’autres régions que le système nerveux, surtout pour déceler des preuves d’infection nosocomiale.
Parce qu’après leur guérison, les enfants ayant souffert d’une encéphalopathie peuvent se souvenir des discussions qui ont eu lieu devant eux pendant leur maladie, il est prudent de tenir ces discussions loin de leur chevet.
Il est recommandé d’assurer le suivi de tous les enfants atteints d’encéphalopathie afin d’identifier les troubles d’apprentissage ou de comportement, de même que les complications neurologiques qui n’ont pas surgi avant le congé. En cas d’infection au virus de l’herpès simplex, il faut envisager la possibilité de rechute ou d’infection récurrente.
Footnotes
COMITÉ DES MALADIES INFECTIEUSES ET D’IMMUNISATION
Membres : Docteurs Gilles Delage, directeur scientifique, Laboratoire de santé publique du Québec, Sainte-Anne-de-Bellevue (Québec) (président); François Boucher, département de pédiatrie, Centre hospitalier universitaire de Québec, Québec (Québec); Joanne Embree, Winnipeg (Manitoba); Elizabeth Ford-Jones, unité des maladies infectieuses, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (auteure principale); David Speert, unité des maladies infectieuses et immunologiques, université de la Colombie-Britannique, Vancouver (Colombie-Britannique); Ben Tan, unité des maladies infectieuses, Royal University Hospital, université de la Saskatchewan, Saskatoon (Saskatchewan)
Conseillers : Docteurs Noni MacDonald, unité des maladies infectieuses, Hôpital pour enfants de l’est de l’Ontario, Ottawa (Ontario); Victor Marchessault, Cumberland (Ontario)
Représentants : Docteurs Neal Halsey, université Johns Hopkins, Baltimore, Maryland (American Academy of Pediatrics); Susan King, unité des maladies infectieuses, The Hospital for Sick Children, Toronto (Ontario) (Canadian Paediatric AIDS Research Croup); David Scheifele, unité des maladies infectieuses, BC’s Children’s Hospital, Vancouver (Colombie-Britannique) (Centre d’évaluation des vaccins); madame Susan Tamblyn, Conseil régional de santé de Perth, Stratford (Ontario) (Santé publique); docteur John Waters, agent de santé provincial, Santé Alberta, Edmonton (Alberta) (Epidémiologie)
Les recommandations du présent guide de pratique clinique ne constituent pas une démarche ou un mode de traitement exclusif. Des variations tenant compte de la situation du patient peuvent se révéler pertinentes.
