La Société canadienne de thoracologie (SCT) a récemment constaté le besoin urgent de créer un nouveau programme audacieux pour accroître tant la recherche fondamentale que clinique sur les maladies respiratoires. L’examen du milieu de la recherche démontre clairement qu’il est temps d’agir et, grâce à son comité de recherche, c’est exactement ce que fait la SCT : prendre des mesures décisives en collaboration avec ses partenaires.
Plusieurs enjeux liés à l’état de la recherche en pneumologie au Canada ont suscité ce plan d’action.
Un bassin décroissant de cliniciens-chercheurs
Au sein des unités de pneumologie du Canada, seulement 51 médecins ont une description de tâches qui protège environ 50 % de leur temps pour la recherche. La majorité d’entre eux (29 sur 51) proviennent des grands centres (p. ex., l’université de Toronto [Toronto, Ontario], The Hospital for Sick Children [Toronto, Ontario] et l’Université Laval [Sainte-Foy, Québec]). Les 22 autres sont chichement répartis entre 12 unités universitaires. Bon nombre de cliniciens-chercheurs bien formés en mi-carrière ne dirigent plus de programme de recherche actif.
Le fardeau croissant des maladies respiratoires au Canada
On a diagnostiqué une maladie respiratoire chez six millions de Canadiens en 2007 (1). Les maladies respiratoires sont responsables de 11 % de toutes les hospitalisations et de 9 % de l’ensemble des décès au Canada (1,2). Elles constituent la troisième cause en importance des années de vie « en santé » perdues au profit de la morbidité et se situent en troisième place parmi les principales causes de décès, après le cancer et les maladies cardiovasculaires. De plus, les maladies respiratoires représentent la seule cause majeure de décès qui continue d’augmenter (1,2). Des estimations prudentes du fardeau économique des maladies respiratoires l’établissent à 9 milliards de dollars par année, et il risque d’atteindre 15,4 milliards de dollars par année d’ici 2020 (3).
La menace sur la réputation de chef de file mondial
Il est largement entendu que les chercheurs en pneumologie canadiens « jouent dans la cour des grands » sur la scène mondiale. Dans une évaluation sur la productivité en recherche effectuée par Michalopoulos et Falagas (4), les chercheurs canadiens se situaient en quatrième place après l’Europe occidentale, les États-Unis et le Japon, avec un total de 2 612 articles entre 1995 et 2003. Ces résultats sont comparables aux 19 646 articles publiés par les meilleurs chercheurs en pneumologie d’Europe occidentale. Le Canada bénéficie de la réputation méritée d’être un chef de file mondial en recherche pneumologique, mais on s’inquiète de plus en plus du danger de perdre cette distinction.
D’importantes carences sur le plan de la main-d’œuvre, des infrastructures, des possibilités de financement et de formation déterminées par les directeurs des unités de pneumologie
Les directeurs des unités de pneumologie canadiennes signalent d’importantes carences sur le plan de la main-d’œuvre, des infrastructures, des possibilités de financement et de formation, qui constituent des obstacles marqués au maintien ou à l’accroissement de la productivité en recherche au sein de leur établissement. Un récent sondage mené par la SCT auprès des directeurs d’unités du pays (n=15), a révélé une inquiétude généralisée quant à l’avenir du clinicien-chercheur qui, selon bon nombre d’entre eux, est en grave danger d’extinction ! Les thèmes récurrents de ce sondage s’établissaient comme suit :
La recherche clinique en pneumologie est nettement sous-financée étant donné le fardeau relativement lourd des maladies pulmonaires. En appui avec cette allégation, les estimations prudentes indiquent que seulement 4 % environ de tout le financement fédéral (des Instituts de recherche en santé du Canada [IRSC]) sont affectés à la recherche en pneumologie. De cette proportion, moins de 30 % du financement total sont attribués à la recherche clinique. Depuis dix ans, les organismes subventionnaires ont constamment favorisé la recherche fondamentale aux dépens de la recherche clinique. Le taux de succès global du financement fédéral (c’est-à-dire les IRSC) est d’environ 17 %, et encore moindre à l’égard des cliniciens-chercheurs. Le groupe de pneumologie du comité de sélection des IRSC se compose surtout de chercheurs fondamentaux et d’une représentation minoritaire ou « symbolique » de cliniciens-chercheurs.
Peu de diplômés des programmes de formation en pneumologie optent pour une carrière en recherche clinique. Les possibilités de formation réduites et le financement insuffisant sont souvent évoqués comme des obstacles.
Les principales craintes étaient les carences profondes du financement des soins de santé, la pénurie nationale de main-d’œuvre et l’intérêt primordial des établissements envers les impératifs cliniques et de formation aux dépens de la promotion de la recherche.
Les problèmes précédents posent d’énormes défis, mais nous sommes déterminés à les vaincre grâce aux projets suivants :
La création d’un nouveau comité de recherche et l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan d’action :
En 2009, un nouveau comité de recherche de la SCT a été formé sous la direction inspirée d’Andrew Halayko. Ce comité se compose de 13 scientifiques de haut niveau des quatre coins du pays (plus précisément, 12 scientifiques de haut niveau et une version « en classe économique », moi !) dont le mandat élargi consiste à faire progresser le programme de recherche de la SCT de manière stratégique au cours des prochaines années. Après une vaste consultation, un plan d’action de la recherche a été adopté et en est à la première phase de mise en œuvre. Ce processus inclut le recrutement d’un nouveau groupe d’experts composé de cliniciens-chercheurs fondamentaux et cliniques de pointe, responsable d’utiliser une démarche juste et transparente (le processus Delphi) dans l’établissement de priorités de recherche. Ces priorités seront axées sur les domaines de l’asthme, de la maladie pulmonaire obstructive chronique, des troubles respiratoires du sommeil, des maladies infectieuses et de l’hypertension artérielle pulmonaire, en étroite collaboration avec les comités des lignes directrices respectifs de la SCT. Personne n’est mieux placé pour déterminer les lacunes dans les connaissances scientifiques que ceux qui ont entrepris une analyse bibliographique rigoureuse pour créer des recommandations de pratiques exemplaires. Cette démarche assurera l’intégration horizontale nécessaire pour promouvoir de nouveaux projets de recherche translationnelle efficaces.
Nous remercions l’Association pulmonaire du Canada (APC) de son soutien pendant ce processus, grâce à madame Anne Van Dam, une administratrice expérimentée et efficace.
Faire fructifier notre collaboration avec les IRSC :
Les IRSC ont récemment convenu de la nécessité d’accroître la recherche clinique et translationnelle au Canada (5). La SCT appuie cette proposition et partage l’espoir d’y parvenir sans éroder le financement pour l’excellente recherche fondamentale. Le comité de recherche de la SCT est dans une position idéale pour inspirer ce plan fédéral novateur et y contribuer, notamment en matière de recherche respiratoire. En tout cas, nous accueillons cette occasion de contribuer à tous les projets qui finiront par profiter aux Canadiens atteints d’une maladie respiratoire.
Tirer profit de notre collaboration continue avec l’APC :
Tandis que nous tenterons de régler les problèmes, nous travaillerons en étroite collaboration avec notre partenaire, l’APC, avec qui nous entretenons une relation harmonieuse et nous partageons l’objectif commun d’accroître le financement de la recherche. L’APC est engagée à améliorer la santé pulmonaire par la recherche et l’éducation et, depuis sa création, a pris les devants avec grand succès pour sensibiliser le public aux maladies pulmonaires courantes. Les associations pulmonaires provinciales ont lancé de nombreux programmes efficaces qui ont fourni une éducation structurée et axée sur le patient en prévention et en prise en charge autonome des maladies pulmonaires auprès du public. L’APC a joué un rôle prépondérant dans la création du Cadre de travail national sur la santé pulmonaire et exerce inlassablement des pressions contre le tabagisme et la pollution de l’air.
En 2008, l’APC est arrivée en sixième place des dix principaux organismes de bienfaisance nationaux faisant de la collecte de fonds, avec des revenus annuels de plus de 34 millions de dollars. Six pour cent des revenus totaux ont alors été affectés à la recherche. L’APC distribue environ 0,5 million de dollars par année en subventions nationales à des étudiants en médecine ou au doctorat. Des 11 demandes de bourse au postdoctorat jugées subventionnables par le comité de sélection en 2009–2010, seulement deux ont pu être accordées. Le concours de bourse en aide à la recherche de la SCT n’est pas d’envergure nationale à proprement parler, mais triprovincial. En effet, seules l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique y participent actuellement. Tous les ans, l’APC octroie plus d’un million de dollars en subventions, la plu-part axées sur la recherche fondamentale. En 2007–2008, 336 939 $ ont été attribués à la recherche clinique, et 840 926 $ à la recherche fondamentale.
Le comité directeur et la directrice générale de l’APC, de même que la direction des associations pulmonaires provinciales, auront un rôle essentiel à jouer dans le programme de recherche national. En effet, la réussite de ce projet serait grandement favorisée si la direction de l’APC s’engageait fermement à participer au lobbying auprès des intervenants afin d’accroître le financement. La SCT prévoit travailler de très près avec l’APC et l’encourager à suivre la voie tracée par de nombreux autres organismes de bienfaisance nationaux qui ont exploré de nouveaux modèles fédérés de financement de la recherche.
Obtenir du financement :
Enfin, après avoir mis en place des priorités et des partenariats de recherche, la prochaine étape consistera à inciter divers intervenants à collaborer avec nous dans la quête de financement supplémentaire. Des dossiers d’analyse persuasifs seront préparés pour chaque priorité de recherche afin d’obtenir le soutien de différents commanditaires, comme les gouvernements fédéral et provinciaux, le Cadre de travail, l’industrie pharmaceutique et d’autres organismes subventionnaires intéressés par la santé pulmonaire.
De nombreux autres projets sont en préparation. On recommence à mettre en valeur la formation des jeunes chercheurs et on élabore un plan d’accroissement du financement des subventions à la recherche et des bourses d’études. Le comité de recherche est à cartographier la topographie de la recherche respiratoire au pays. De plus, il crée un site Web pour améliorer les communications entre chercheurs et faciliter la formation de futurs réseaux de recherche. Nous travaillons également à intégrer un contenu de recherche plus abondant au Congrès canadien sur la santé respiratoire et à améliorer les communications (sociales et scientifiques) entre jeunes chercheurs. De même, l’American Thoracic Society a accepté de fournir une nouvelle tribune canadienne (une séance d’affiches) dans le but exclusif de faire ressortir la recherche canadienne à son congrès qui aura lieu à Denver, au Colorado (États-Unis) en 2011.
De toute évidence, le comité de recherche de la SCT a préparé un plan très ambitieux pour affronter ces défis considérables. Cependant, il ne réussira pas tout seul. L’appui de ses partenaires clés, y compris l’APC et les IRSC, sera essentiel. Des efforts sont également consentis pour faire participer les chefs universitaires (directeurs d’unités et de programmes) du pays. Bien sûr, l’appui unifié de ce groupe clé est nécessaire à notre réussite.
Nous comptons également sur l’appui de l’ensemble de la communauté de la pneumologie pour ce projet vital, y compris sur le vôtre, afin de mettre sur pied un programme de recherche en pneumologie qui entraînera des améliorations à la santé respiratoire de tous les Canadiens, maintenant et pour les années à venir.
J’espère compter sur votre appui !
Amicalement,
Denis E O’Donnell MD FRCPI FRCPC
Président, Société canadienne de thoracologie
RÉFÉRENCES
- 1.Agence de la santé publique du Canada. Principales causes de décès et d’hospitalisation au Canada, 2004. < www.phac-aspc.gc.ca/publicat/lcd-pcd97/index-fra.php> (consulté le 31 mai 2010)
- 2.Estimated DALY for Canada 2002 (Charge mondiale de morbidité de l’OMS) <www.who.int/topics/global_burden_of_disease/fr/index.html> (consulté le 31 mai 2010).
- 3.Tendances des dépenses nationales de santé, 1975–2009. Institut canadien d’information sur la santé, 2009 <http://secure.cihi.ca/cihiweb/dispPage.jsp?cw_page=AR_31_F> (consulté le 31 mai 2010).
- 4.Michalopoulos A, Falagas ME. A bibliometric analysis of global research production in respiratory medicine. Chest. 2005;128:3993–8. doi: 10.1378/chest.128.6.3993. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 5.Stratégie de recherche axée sur le patient. <www.cihr-irsc.gc.ca> (consulté le 31 mai 2010).
