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editorial
. 2011 Sep 6;183(12):1388–1389. [Article in French]

Il est temps de lutter contre l’abus des stimulants sur nos campus

Daniel Rosenfield 1, Paul C Hébert 1, Matthew B Stanbrook 1; l’équipe consultative de rédaction1, Ken Flegel 1, Noni E MacDonald 1
PMCID: PMC3168621

Les universités et les collèges doivent en faire plus pour protéger nos jeunes adultes des dangers liés à l’utilisation de stimulants illicites et pour les renseigner sur cette question. L’abus de médicaments d’ordonnance comme le méthylphénidate et l’atomoxétine atteint un taux alarmant de 5 à 35 %1. Si rien n’est fait, certains de nos meilleurs cerveaux sont à risque.

Les étudiants utilisent des stimulants pour accroître leur attention et leur vigilance afin de donner un coup de fouet à leur rendement scolaire. Ces bienfaits ne sont toutefois pas fondés sur la réalité, mais plutôt sur un mythe omniprésent. En effet, la plupart des preuves démontrent que l’utilisation de stimulants n’entraîne aucune amélioration cognitive par rapport à un placebo chez des individus en bonne santé2. En bref, les étudiants qui pensent qu’une pilule améliorera leurs notes ou fera surgir en eux de nouvelles aptitudes scolaires se trompent grandement.

Pire encore, la plupart des étudiants ne semblent pas conscients des effets secondaires potentiels et des dangers associés à l’utilisation de stimulants3. Lorsque ces substances sont utilisées sans supervision médicale, qu’elles sont prises pour les mauvaises raisons ou qu’elles sont mal administrées (c.-à-d. prisées ou injectées), leurs effets indésirables connus ne sont pas seulement probables, ils sont inévitables. Les données sur les dangers encourus par des participants en bonne santé sont rares, mais si l’on extrapole à partir de données portant sur des patients atteints d’hyperactivité avec déficit de l’attention, le médicament a des conséquences graves pour la santé. Les risques comprennent le décès, une hypertension et des arythmies mettant en danger la vie du malade, des surdoses graves, de la dépendance et de la dépression1. Une surdose se traduit par des effets comparables à ceux observés dans les cas d’utilisation d’amphétamines et de cocaïne, notamment de l’hypertension grave, une hyperthermie, une tachycardie, de l’agitation grave et de la psychose. Les effets secondaires graves ont généré un avertissement de type « boîte noire » par la Food and Drug Administration et Santé Canada lorsque ces médicaments sont utilisés selon la prescription médicale. Lorsqu’ils sont administrés par des voies non approuvées ou mal étudiées comme par absorption nasale (prisées) ou par injection de comprimés écrasés et dissous, les conséquences peuvent être plus fréquentes et plus graves.

Les surdoses sont rares et potentiellement mortelles. Le plus inquiétant, c’est le potentiel d’accoutumance à ces médicaments d’ordonnance. Un examen récent a mis en lumière le fait que « les effets de renforcement du méthylphénidate étaient généralement semblables à ceux de la cocaïne et de la d-amphétamine [speed] »4.

Les universités et les collèges sont au point zéro en matière d’abus de stimulants pour augmenter le rendement scolaire. Par conséquent, une attention soutenue doit être exercée et des ressources doivent être affectées à ce dossier. Mais d’abord, cette question doit être reconnue par les universités comme étant un problème qui met la vie en danger, puis cet usage doit être dénormalisé.

Pour commencer, les universités doivent s’engager dans des campagnes ciblées d’éducation sur la santé qui démysti-fient les croyances et exposent les risques, tout comme les campagnes antitabac.

Les universités doivent également essayer de recenser les causes profondes de l’abus de stimulants et s’attaquer au problème. Il est plausible que la concurrence malsaine, le jeu rude ou les attitudes de bourreau de travail prévalent. Des attentes claires, le mentorat par les pairs, des ressources supplémentaires et un environnement plus structuré peuvent encourager de saines habitudes d’étude. Des programmes qui aident à l’intégration des très jeunes étudiants qui vivent loin de leur famille pour la première fois, l’accès facile au tutorat et à d’autres ressources seront fort utiles. Nous devons nous rappeler que la plupart des étudiants qui utilisent ces médicaments de façon inappropriée ont de bonnes intentions, mais ont peut-être simplement besoin de renseignements ou de ressources fiables pour faire les bons choix.

Les administrateurs universitaires doivent être vigilants parce que, comme dans le cas de beuverie et de consommation d’alcool par des mineurs, ils pourraient être tenus responsables des conséquences de l’abus de stimulants à l’intérieur de leurs murs. En plus d’offrir des programmes conçus pour réduire au minimum les abus, les universités devraient rassembler leurs propres données sur l’abus de substances, notamment l’abus des stimulants, pour faire en sorte de s’attaquer à cette importante question.

Les fournisseurs de soins dans les cliniques de santé universitaires doivent être attentifs aux étudiants qui n’ont pas reçu de diagnostic de symptômes d’hyperactivité avec déficit de l’attention, et leur prescrire les médicaments appropriés afin de les empêcher de pratiquer l’automédication pour un trouble déficitaire de l’attention non diagnostiqué5. Plus important encore, les professionnels de la santé travaillant avec les adolescents et les jeunes adultes doivent dissuader leurs patients de vendre ou de distribuer leurs « surplus » de médicaments.

Enfin, l’Enquête de surveillance canadienne de la consommation d’alcool et de drogues doit consacrer un paragraphe à la jeunesse qui fréquente des établissements postsecondaires pour contribuer à la surveillance nationale.

Comme le dopage dans le sport, l’abus de stimulants par nos étudiants les meilleurs et les plus brillants doit être dénormalisé et être purement et simplement considéré comme de la tricherie ou de la toxicomanie.

Footnotes

Intérêts concurrents : Aucun déclaré par Daniel Rosenfield. Se rendre à www.cmaj.ca/site/misc/cmaj_staff.xhtml pour les déclarations de l’équipe consultative de rédaction.

Pour la version anglaise de l’éditorial, veuillez consulter la page 1345.

Les opinions exprimées dans le contenu rédactionnel du JAMC sont celles des auteurs et ne sont pas nécessairement celles de l’Association médicale canadienne.

Références

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