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. 2019 May 31;24(8):502–508. [Article in French] doi: 10.1093/pch/pxz060

Opinions et positions de médecins à l’endroit de la punition corporelle comme pratique parentale disciplinaire

Marie-Ève Clément 1,, Marie-Hélène Gagné 2, Sarah Dufour 3, Jean-Yves Frappier 4
PMCID: PMC6901166  PMID: 31844393

Résumé

Contexte de l’étude

Les médecins sont parmi les professionnels les plus sollicités par les parents pour obtenir des conseils sur l’exercice du rôle parental. Pourtant, ils sont rarement formés pour informer les parents, et particulièrement en ce qui concerne la légitimité des pratiques disciplinaires comme la punition corporelle (PC).

Objectifs

Cette étude vise à documenter les attitudes de médecins québécois en faveur de la PC ainsi que leur pratique de soutien auprès des parents.

Méthodes

Au total 113 médecins œuvrant au moins 20% du temps avec des enfants mineurs ou leurs parents ont complété un sondage en ligne sur leurs caractéristiques personnelles et professionnelles, leurs connaissances et attitudes face à la PC et leurs pratiques de soutien.

Résultats

Les résultats montrent que les répondants connaissent bien les balises légales de l’article 43 du Code criminel canadien qui encadrent le recours aux PC et qu’ils sont en désaccord avec cette méthode disciplinaire. Lorsqu’ils soupçonnent une situation de PC envers un enfant, les médecins répondants offrent diverses modalités de soutien aux parent (ex.: aborder le sujet, proposer d’autres pratiques disciplinaires), ce qui est moins souvent le cas lorsque la situation implique un adolescent. Enfin, les résultats montrent que certains facteurs sont associés aux pratiques de soutien des répondants, dont les attitudes face aux PC et le sentiment d’être suffisamment formé pour aborder les pratiques disciplinaires avec les parents.

Conclusions

Ces résultats soulignent l’importance d’outiller et de soutenir les médecins dans leurs interventions auprès des parents en difficulté.

Keywords: Punition corporelle, Parents, Pratiques de soutien, Attitudes

Keywords: Corporal punishment, Parenting, Professional Practice, Attitude of Health Personnel

Introduction

La punition corporelle (PC) est définie comme tout acte de nature physique commis dans le but d’entraîner une douleur ou un malaise chez l’enfant, mais non une blessure, afin de corriger un comportement jugé indésirable (1). Au Canada, elle est encore admise dans la mesure où elle implique l’utilisation d’une « force raisonnable » au sens du code criminel. Depuis 2007 toutefois, son recours est encadré par des balises légales. Entre autres, selon l’article 43 du code criminel, la PC est réservée aux enfants de 2 à 12 ans inclusivement, qui ne présentent aucun problème cognitif ou développemental susceptible d’entraver leur apprentissage d’une leçon tirée de la punition, et elle exclut l’utilisation d’objets ou de coups portés à la tête.

Même si l’approbation et le recours parental aux PC est en baisse en Amérique du Nord depuis quinze ans, c’est environ un enfant Canadien sur trois la subit encore au moins une fois au cours d’une année (2–4). En outre, de plus en plus d’études montrent que cette pratique disciplinaire entraîne des conséquences néfastes pour le développement de l’enfant, telles que l’agressivité et les troubles de la conduite (5,6), en plus des risques d’escalade vers l’abus physique (3). Ses conséquences affectent toutes les sphères de développement de l’enfant et dépassent largement les blessures pour inclure les séquelles cognitives, affectives et comportementales (6,7).

Au Canada, depuis les dernières décennies, plusieurs groupes de pression tentent de sensibiliser les professionnels, dont les médecins, quant aux risques qu’entrainent les PC pour l’enfant et à l’importance de détecter rapidement les difficultés parentales dans l’exercice de la discipline (8,9). À cet effet, on sait que les médecins sont parmi les professionnels les plus sollicités par les parents pour obtenir des conseils sur l’exercice du rôle parental (10–13). Ils sont également très bien placés pour identifier les parents ayant recours à la PC ou à risque d’y recourir (ex.: dépression parentale, violence conjugale) (14,15). Pourtant, les médecins sont rarement formés pour conseiller les parents, et particulièrement en ce qui concerne la légitimité des pratiques disciplinaires comme la PC et les risques d’abus physique qui en découlent (16–18). Certains recommandent aux parents de jeunes enfants de l’utiliser (19), alors que d’autres évitent d’aborder la question avec eux, bien qu’il s’agit d’un des principaux sujets sur lesquels les parents désirent obtenir de l’information (20,21). D’autres évitent de l’aborder parce qu’ils ne savent pas comment le faire ou quoi dire aux parents (17), parce qu’ils ne veulent pas entacher la relation de confiance qu’ils ont avec les familles, que cela risque d’entrainer un malaise (18), ou parce qu’ils veulent éviter de devoir éventuellement signaler des situations d’abus physique à la Direction de la protection de la jeunesse (22).

Selon Finch et al (23), les discussions entre les médecins et leurs patients au sujet de la discipline sont étroitement liées à leur sentiment d’auto-efficacité à aborder la situation et à modeler les comportements parentaux. D’ailleurs, le fait d’avoir déjà suivi une formation dans le domaine de l’abus envers les enfants est associé à un plus grand sentiment de compétence des médecins à identifier les situations à risque et à les aborder avec les parents (24,25). Les médecins sont aussi davantage portés à aborder le sujet avec les parents d’enfants plus jeunes (2–5 ans c. 6–11 ans) (21), de même que lorsqu’ils adoptent une approche globale centrée sur le développement de l’enfant et le bien-être de la famille (26).

Bien qu’aux États-Unis, les médecins soient majoritairement contre les PC et décourageront les parents d’y recourir (27,28), au Québec, l’étude de Labbé et al (17) montre que plus d’un futur médecin sur cinq se déclare favorable à cette méthode et qu’il pourrait influencer la conduite des parents en ce sens. À ce jour, on connait peu les facteurs qui influencent les pratiques des médecins en regard des situations de PC. On sait néanmoins que leurs attitudes en faveur de la PC ou leurs perceptions de ses impacts sur l’enfant sont liés à une histoire personnelle de fessée reçue dans l’enfance (17,28), à moins d’expérience professionnelle auprès des familles (28) et à l’absence de formation dans le domaine (24).

Cette étude vise à décrire les connaissances et les attitudes de médecins québécois vis-à-vis les PC comme méthode disciplinaire parentale. Elle informe également sur leurs pratiques de soutien auprès des parents en lien avec ces situations et sur les facteurs associés à ces pratiques.

Méthode

Participants

Les données proviennent d’un sondage en ligne réalisé entre avril et novembre 2017 auprès de 1 824 professionnels québécois qui, dans le cadre de leur travail, interviennent directement au moins 20% de leur temps auprès d’enfants mineurs ou de leurs parents. Basée sur une méthode d’échantillonnage non probabiliste, l’étude a permis de rejoindre des répondants volontaires qui ont été recrutés par le biais de leurs ordres ou associations professionnels (52%), de leurs employeurs (20%), des réseaux sociaux (17%) ou d’une autre forme de publicité (11%). De ce nombre, 113 sont membres du Collège des médecins du Québec. Seuls les résultats les concernant sont rapportés ici. La grande majorité des médecins répondants ont complété le questionnaire en français (96%); seuls 4% l’ont complété en anglais.

Les attitudes ont été mesurées à l’aide de six items tirés d’enquêtes québécoises sur la violence familiale (2). Trois items portent sur les attitudes en faveur de la PC (ex.: « Certains enfants ont besoin qu’on leur donne des tapes pour apprendre à bien se conduire ») et trois autres portent sur la justification de la PC (ex.: « Il serait acceptable qu’un parent tape un enfant si cet enfant est provocant »). Ces six questions ont déjà fait l’objet d’analyse factorielle et la cohérence interne de la dimension « attitudes face à la PC » a été jugée très bonne avec un alpha de Cronbach de 0,85 (29). La perception des impacts de la PC sur l’enfant a été mesurée avec deux items développés pour l’enquête (ex.: « Il peut arriver que la punition corporelle ait des conséquences émotives ou psychologiques pour les enfants »). Les choix de réponses de chaque item varient de 1=Tout à fait d’accord à 4=Tout à fait en désaccord. Les connaissances des balises encadrant le recours à la force raisonnable selon l’article 43 du code criminel ont été mesurées par huit items. Pour chaque balise, les répondants devaient se prononcer sur le fait qu’il s’agit d’une balise légale ou non (vrai, faux, ou ne sais pas). Les pratiques de soutien ont été explorées par le biais de quatre vignettes présentant chacune une situation de PC dont le niveau de sévérité varie: 1) la situation est mineure et elle implique un enfant (tape sur la main), 2) la situation est ambiguë et elle implique un enfant (frapper pour une mauvaise note), 3) la situation est ambiguë et elle implique un adolescent (gifler pour arrogance), et 4) la situation est sévère et elle implique un enfant (frapper avec un objet dur). Pour chacune de ces vignettes, les répondants devaient indiquer s’ils aborderaient la pratique disciplinaire avec le parent qui commet le geste, s’ils proposeraient d’autres pratiques disciplinaires et s’ils réfèreraient le parent à des ressources d’aide (1=Tout à fait d’accord à 6= Tout à fait en désaccord). Enfin, l’enquête a documenté certaines caractéristiques personnelles (ex.: avoir reçu la fessée dans l’enfance) et professionnelles (ex.: années d’expérience, besoin de formation) des répondants.

À noter que les réponses au sondage étaient anonymes et qu’en aucun cas les répondants ne fournissaient des informations susceptibles de permettre de les identifier. Le comité d’éthique à la recherche de l’institution d’appartenance de l’auteure principale et du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Ile-de-Montréal (Direction de l’enseignement universitaire et de la recherche) ont également donné leur aval pour la réalisation de cette étude.

Résultats

Description des médecins répondants

Les 113 médecins répondants sont âgés en moyenne de 44,5 ans (ET=11,4), de sexe féminin (96%), et nés au Canada (90%). La majorité exerce en médecine familiale (77%), alors que les autres exercent en pédiatrie (23%). Ils travaillent dans une clinique médicale (54%), un hôpital (22%), en CISSS-CLSC (19%) ou en pratique privée (5%). Les résultats des analyses descriptives sur les connaissances et attitudes sont d’abord présentés suivis des résultats issus des analyses de régression linéaire multiple visant à documenter les prédicteurs des pratiques de soutien auprès des parents en lien avec leur recours aux punitions corporelles.

Description des connaissances et attitudes face aux PC

Les médecins répondants connaissent bien les balises de l’article 43 du Code criminel, et plus particulièrement celles qui interdisent l’utilisation de la PC si les enfants sont âgés de moins de deux ans, si elle implique des coups à la tête ou le recours aux objets, puisqu’elles sont connues respectivement de 81%, 86% et 87% des répondants (tableau 1). Certaines balises sont toutefois moins connues: le fait que la force soit considérée raisonnable au sens de la loi lorsque l’enfant peut en tirer une leçon (connue par 5%) ou lorsque que son effet est transitoire (connue par 46%); et le fait que la force ne soit pas raisonnable au sens de la loi lorsqu’elle est utilisée avec un adolescent âgé de plus de 12 ans (connue par 63%).

Tableau 1.

Connaissances des répondants sur les limites de l’article 43 du Code criminel canadien (n=113)

Selon le cadre légal en vigueur, il est raisonnable qu’un parenta Vrai Faux Ne sais pas
n % n % n %
…utilise une force légère et transitoire pour corriger son enfant. 52 46 16 14 45 40
…utilise la force, même si elle résulte de la frustration ou de l’emportement. 2 2 86 76 25 22
…utilise la force pour corriger son enfant de moins de 2 ans. 1 1 92 81 20 18
…utilise la force pour corriger son adolescent de plus de 12 ans. 9 8 72 63 32 29
…utilise la force si son enfant peut tirer une leçon de cette correction. 6 5 77 68 30 27
…utilise un objet pour corriger son enfant. 0 0 98 87 15 133
…gifle son enfant au visage pour le corriger. 3 3 82 72 28 25
…frappe son enfant à la tête pour le corriger. 1 1 97 86 15 13

a Les limites actuelles de l’article 43 sont indiquées en gras

L’analyse des attitudes relatives à la PC montre qu’en général, les médecins répondants sont en désaccord avec cette méthode disciplinaire (tableau 2). En effet, ils se positionnent presque tous contre une loi qui permet le recours à la force pour corriger un enfant (99%), ils la jugent inefficace (98%) et croient qu’elle peut avoir des conséquences néfastes sur l’enfant (97%). Les affirmations à l’effet que certains enfants peuvent avoir besoin de PC et que certains comportements justifient son recours (enfant provocant, désobéissant, violent) sont endossées par 7% des médecins répondants.

Tableau 2.

Description des attitudes des répondants en regard de la punition corporelle (n=113)

Fortement ou plutôt d’accord Fortement ou plutôt en désaccord
n % n %
Il devrait y avoir une loi qui permet aux parents d’employer la force pour corriger un enfant 1 1 112 99
Certains enfants ont besoin qu’on leur donne des tapes pour apprendre à bien se conduire 8 7 105 93
La punition corporelle est une méthode efficace pour éduquer un enfant 2 2 111 98
Il serait acceptable qu’un parent tape un enfant lorsque cet enfant est provocant 7 6 106 94
Il serait acceptable qu’un parent tape un enfant lorsque cet enfant est désobéissant 7 6 106 94
Il serait acceptable qu’un parent tape un enfant lorsque cet enfant est violent 8 7 105 93
Il peut arriver que la punition corporelle ait des conséquences émotives ou psychologiques pour les enfants 110 97 3 3
Il peut arriver que la punition corporelle ait des conséquences physiques pour les enfants 111 98 2 2

Description des pratiques de soutien en situation de PC et facteurs associés

Quelle que soit la sévérité de la situation de PC à laquelle ils sont confrontés, les médecins répondants affirment qu’ils aborderaient le sujet avec les parents, qu’ils leur proposeront des pratiques alternatives et qu’ils les réfèreraient à des ressources d’aide (figure 1). La situation impliquant un adolescent est celle qui est la moins abordée avec les parents, pour laquelle moins de pratiques disciplinaires alternatives sont proposées et pour laquelle on propose moins de référence à des ressources d’aide.

Figure 1.

Figure 1.

Pratiques de soutien aux parents des répopndants (n=113)

Afin de documenter les facteurs associés aux trois pratiques de soutien (aborder le sujet, proposer des alternatives, référer), un score moyen a été calculé pour chacune d’elle (moyenne des réponses sur l’échelle de 1 à 6 pour les quatre vignettes). Désapprouver la PC (score moyen d’attitudes), lui attribuer des impacts négatifs sur l’enfant (score moyen inversé) et se juger suffisamment formé sont les facteurs qui prédisent le fait d’aborder ou non les situations de PC avec les parents. Outre les impacts perçus, ces facteurs permettent également de prédire le fait de proposer des pratiques alternatives aux parents (tableau 3). Enfin, seules les attitudes en défaveur de la PC permettent de prédire le fait de référer les parents à des ressources d’aide.

Tableau 3.

Modèle de prédiction des pratiques de soutien face à la punition corporelle comme méthode disciplinaire chez les répondants (n=113)

Aborder la situation de PC Proposer d’autres pratiques disciplinaires Référer les parents à des ressources d’aide
B SE B β B SE B β B SE B β
Attitudes face à la PC 0,39 0,18 0,22 * 0,41 0,15 0,26 ** 0,52 0,16 0,31 **
Impacts perçus de la PCa 0,96 0,41 0,23 * 0,30 0,35 0,09 0,49 0,37 0,13
Suffisamment formés 0,31 0,12 0,25 ** 0,24 0,10 0,23 * 0,20 0,11 0,18
Principale source de connaissances (formation) 0,16 0,18 0,08 0,04 0,15 0,02 -0,12 0,16 -0,07
Expérience (années) -0,01 -0,01 -0,09 0,01 0,01 0,04 0,01 0,01 0,12
R 2 0,14 0,13 0,14

aScore inversé; **p ≤ 0,01; *p ≤ 0,05

Discussion

Des chercheurs ont déjà documenté les perceptions des parents ou d’adultes de la population générale sur la légitimité des PC au Canada (2,30,31) mais la présente étude innove, puisqu’elle est la première à explorer le point de vue de médecins à ce sujet.

Alors que la grande majorité des médecins répondants connaissent les balises légales encadrant les PC relatives à l’âge des enfants (non raisonnable avec les enfants âgés moins de deux ans) et l’interdiction de recours aux objets ou aux coups portés à la tête, d’autres sont moins connues. Par exemple, la légitimité d’un recours aux PC aux effets transitoires ou qui permettent que l’enfant puisse en tirer une leçon sont connues d’une minorité de médecins répondants. Ce résultat n’est pas surprenant considérant que la Cour suprême n’a pas défini ce qui est entendu par « transitoire », ni ce qu’est une « leçon apprise » (30). Le caractère arbitraire de certaines balises, l’absence de définition claire des termes utilisés dans la loi et la légitimité même de l’article 43 est d’ailleurs questionné par plusieurs acteurs sociaux, dont des chercheurs (30–32), l’Association médicale canadienne et les politiciens. D’ailleurs, la définition de la force raisonnable donnée par le tribunal correspond à la majorité des situations signalées et retenues en protection de l’enfance pour abus physique en Ontario et au Canada (30,33). Contrairement au Canada, à ce jour, 54 pays interdisent légalement tout recours aux PC envers les enfants à l’école et dans la famille (www.endcorporalpunishment.org/countdown).

Les médecins québécois sondés sont fortement contre le recours aux PC dans l’éducation des enfants et ils sont conscients des effets négatifs de cette pratique sur leur développement. Ces résultats concordent avec les connaissances scientifiques actuelles, qui établissent que les PC sont non seulement inefficaces, mais qu’elles entraînent des impacts négatifs sur le développement de l’enfant (5). Ces résultats concordent aussi avec ceux obtenus dans une étude américaine où trois pédiatres sur quatre se disent contre la fessée, connaissent ses conséquences sur les risques d’agressivité chez les enfants et d’escalade vers l’abus physique (28). Dans une autre étude auprès d’employés œuvrant dans deux grands hôpitaux américains, ceux offrant des soins directs aux familles (incluant les pédiatres) se montrent davantage contre la fessée comparativement aux autres employés (27). Au Québec, Labbé et al (17) avaient pourtant établi que de nombreux étudiants en médecine questionnés entre 2006 et 2011, et dont le quart n’avait pas l’intention de travailler auprès des enfants, se montraient favorables à la PC. Les différences au niveau des caractéristiques de l’échantillon pourraient expliquer en partie les différences obtenues, d’autant plus que Labbé et al (17) avaient constaté une baisse des attitudes en faveur de la PC durant les deux dernières années de son étude. Dans la population générale, des enquêtes ont montré que les attitudes en faveur de la PC diminuent significativement au Québec depuis la dernière décennie (2).

La grande majorité des médecins sondés déclarent qu’ils aborderaient les situations de PC avec les parents, et ce peu importe leur sévérité. Ils sont tout aussi nombreux à déclarer les deux autres formes de soutien aux parents dans ces situations. Cela rejoint le constat de Font et al (15) à l’effet que la majorité des médecins œuvrant en milieu hospitalier interviennent dans les situations de PC en abordant la situation avec les parents ou en contactant un travailleur social. Les situations impliquant un adolescent semblent, par ailleurs, celles pour lesquelles les médecins sondés semblent les moins à l’aise. Cela se reflète à la fois dans leur méconnaissance de la force jugée déraisonnable lorsqu’elle est administrée à un enfant âgé de plus de 12 ans (article 43), que dans leurs pratiques de soutien auprès des parents; cette situation étant moins souvent abordée et moins référée à des ressources d’aide que les situations impliquant des enfants. Il est possible que la perception de la vulnérabilité de la personne disciplinée et des impacts potentiels de la PC influence la décision des répondants, un adolescent étant perçu moins vulnérable qu’un enfant et moins à risque de subir les séquelles de la PC. Dans une étude, les médecins abordaient davantage le sujet de la discipline avec les parents de jeunes enfants qu’avec les plus vieux (23).

Les résultats obtenus soulignent l’importance des attitudes des répondants face à la PC qui expliquent les diverses pratiques de soutien. La perception des impacts de la PC sur l’enfant explique elle aussi en partie le fait d’aborder ou non cette pratique avec le parent. Ensemble, ces résultats appuient l’importance de former les médecins sur l’inadéquation de la PC et ses effets négatifs sur le développement de l’enfant. D’ailleurs le constat à l’effet que ceux qui se sentent suffisamment formés pour aborder la situation avec le parent prédise aussi les pratiques de soutien abonde en ce sens. De telles formations, de courte durée, ont déjà montré leur efficacité auprès des médecins qui se sentent ensuite plus confiants d’aborder les situations, de conseiller les parents et d’identifier ceux à risque de recourir à l’abus physique (24,34). Elles peuvent aussi être efficaces pour modifier les attitudes en faveur de la PC (24,35). Enfin, bien que les médecins soient plus souvent sollicités par les parents de jeunes enfants pour des conseils sur la discipline, les formations devraient traiter des enjeux de la PC sur les adolescents et de ses impacts à long terme. Même si les parents y ont moins souvent recours avec des adolescents (2), ils ne se sentent pas moins démunis quant aux stratégies disciplinaires à utiliser. Les médecins sont tout désignés pour les conseiller ou les guider vers des ressources susceptibles de les aider.

Cette étude comporte certaines limites. D’abord, il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif de médecins québécois, de sorte que les résultats ne peuvent être généralisés. De plus, en raison de la petite taille de l’échantillon, il a été impossible de réaliser des analyses selon le genre et la spécialité des médecins. Enfin, cette étude n’a pas permis de documenter l’éventail des pratiques de soutien des répondants ni de l’ensemble des situations possibles de PC connues ou soupçonnées par les médecins dans leur pratique. Malgré ces limites, la présente étude est novatrice car elle a permis de mettre en lumière un sujet important et peu documenté. Qui plus est, les résultats obtenus justifient la pertinence de mieux appuyer les médecins dans leurs interventions auprès des parents en difficulté, qu’ils utilisent la PC ou qu’ils soient à risque de le faire.

Source de financement: Cette étude est financée par le CRSH (435-2016-0327).

Conflit d’intérêt: Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt.

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Articles from Paediatrics & Child Health are provided here courtesy of Oxford University Press

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