Avec la légalisation à partir du 1er juillet 2018 de l’usage récréatif du cannabis, le Canada s’embarquera, comme quelques autres états l’ont fait avant, dans l’une des expériences populationnelles les plus attendues. Pour souligner cet événement, la Revue canadienne de santé publique publie un numéro composé principalement d’études quantitatives et de commentaires qui mettent en évidence la recherche canadienne sur la consommation de substances psychotropes. Au cours des derniers mois, nous avons fait des efforts particuliers pour accélérer la révision d’articles reçus sur le sujet large de la consommation de ces substances, pour être en mesure de confectionner ce numéro. Vous y trouverez de tout, allant de l’étude des déterminants de la consommation de ces substances, aux études concernant leurs effets sur la santé mentale, physique et sociale.
Notre but n’était pas de statuer sur l’à propos pour le Canada de légaliser l’usage du cannabis. Nous laissons cela à tous ceux qui ont déjà exprimé un large éventail d’opinions plus ou moins fondées et le plus souvent opposées. Nous voulons prioritairement montrer l’étendue des recherches auxquelles le cannabis et d’autres substances donnent lieu et souligner qu’il existe encore beaucoup d’incertitudes sur les effets potentiels d’une telle loi. La plupart des études disponibles traitent des déterminants ou des effets de l’usage des drogues sur le plan individuel. Comme il n’existe que très peu de pays et d’états dans lesquels l’usage récréatif du cannabis est légal, les données probantes sur les effets d’une telle législation sur la consommation et la santé sont très rares, et ont fait cruellement défaut pour éclairer le débat actuel.
En fait le Canada entrera dans un club très restreint de sociétés où l’usage du cannabis est légal et régulé. C’est là une occasion unique d’affirmer l’excellence de la recherche canadienne dans le domaine de la santé publique en donnant les moyens aux équipes pertinentes de conduire les recherches qui permettront au Canada d’établir des standards dans le domaine. En effet, à cause des spécificités du système de santé publique des États-Unis, les études conduites suite à l’expérience du Colorado et des états de la côte ouest américaine sont relativement peu pertinentes pour des sociétés plus libérales comme la plupart des pays européens. Il y a fort à parier que des pays comme l’Australie, l’Allemagne et quelques autres où la consommation récréative de cannabis est tolérée attendent avec impatience les résultats d’études canadiennes.
Dans une société du savoir, on s’attend à ce que des changements sociaux de cette envergure fassent systématiquement l’objet de recherches scientifiques, pour apprendre de ces expériences et partager ces apprentissages avec le reste de la communauté internationale. C’est ce que nous voulons souligner et manifester en organisant ce numéro de la Revue pour qu’il coïncide plus ou moins avec l’entrée en vigueur de la loi légalisant l’usage récréatif au Canada. Nous espérons que les organismes de financement de la recherche proposeront des programmes pour soutenir le développement des connaissances sur les impacts du point de vue de la santé des populations qu’entraînera une telle loi.
Louise Potvin, Ph.D.
Rédactrice-en-chef
École de santé publique, Université de Montréal
Editorial
With the legalization effective July 1, 2018 of the recreational use of cannabis, Canada, as some states have done before, will embark on one of the most anticipated population-based experiments. To highlight this event, the Canadian Journal of Public Health is publishing an issue composed primarily of quantitative studies and commentaries that highlight Canadian research on the consumption of psychotropic substances. Over the last few months, we have made special efforts to accelerate the review of articles we have received on the broad subject of the consumption of these substances, to be in a position to put together this edition. In it you will find everything from studies on the use of the substances to studies regarding their effects on mental, physical, and social health.
Our aim is not to judge the appropriateness of Canada legalizing the use of cannabis. We leave that to those who have already expressed a broad range of opinions that are more or less well-founded and most often opposed. First and foremost, we want to show the extent of the research that cannabis and other substances have given rise to and to emphasize that a lot of uncertainty still exists as to the potential effects of such a law. Most of the available studies deal with the determinants or the effects of drug use on an individual basis. Since there are only a very few countries and states in which the recreational use of cannabis is legal, evidence of the effects of such legislation on consumption and health is very sparse and has been sorely lacking to clarify current discussions.
Canada is, in fact, joining a very select group of societies in which the use of cannabis is legal and regulated. As a result, there is a unique opportunity to affirm the excellence of Canadian research in the field of public health, by providing relevant teams with the means to conduct research that will allow Canada to establish standards in the field. In fact, due to certain features of the public health system in the US, studies conducted following experiments in Colorado and American west coast states are of limited relevance for more liberal societies such as the majority of European countries. It is more than likely that countries such as Australia, Germany, and a few others where the recreational use of cannabis is tolerated are waiting impatiently for the results of the Canadian studies.
In knowledge-based societies, it is expected that social changes of this magnitude be scientifically researched, to learn from these experiments and to share this knowledge with the rest of the international community. That is what we want to highlight and demonstrate by arranging to have this issue of the Journal coincide, more or less, with the coming into effect of the law legalizing recreational usage in Canada. We hope that research funding bodies will propose programs to support the development of knowledge on the impacts that such a law will bring about, from a public health perspective.
Louise Potvin, PhD
Editor-in-Chief
School of Public Health, University of Montreal
