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Canadian Journal of Public Health = Revue Canadienne de Santé Publique logoLink to Canadian Journal of Public Health = Revue Canadienne de Santé Publique
. 2018 Mar 12;109(1):35–42. doi: 10.17269/s41997-018-0024-y

Quelle est l’association entre les caractéristiques résidentielles et du quartier et le développement de l’enfant à la maternelle?

Isabelle Laurin 1,2,, Danielle Guay 1, Michel Fournier 1, Danielle Blanchard 1, Nathalie Bigras 3
PMCID: PMC6964705  PMID: 29981070

Abstract

Objectives

Evaluate the association between residential and neighbourhood characteristics of families and children and the latter’s development, using data from the Montréal Survey on the Preschool Experiences of Children in Kindergarten (MSPECK).

Method

A sample of 1101 children was extracted from a survey frame that included Montréal children assessed in the 2012 Québec Survey of Child Development in Kindergarten (2012 QSCDK). Data collected from the children’s parents were used to document the following residential and neighbourhood characteristics (independent variables): material deprivation in the neighbourhood, housing health, residential crowding, housing instability, neighbourhood safety, and access to resources. Linking QSCDK data provided a measure of development for children in kindergarten (dependent variable). Logistic regression was used to predict the probability of kindergarten children being vulnerable in at least one domain of development, or in two or more domains.

Results

Children living in neighbourhoods perceived to be dangerous are 1.5 times more likely to be vulnerable in at least one domain of development, compared with their peers living in neighbourhoods perceived to be safe (95% CI: 1.02–2.14). A similar result is observed for vulnerability in two or more domains of development (OR 1.67; 95% CI: 1.07–2.61). Children living in families who lack access to resources are also more likely to be vulnerable in two or more domains of development than their peers in families who have easy access to resources (OR 1.56; 95% CI: 1.003–2.44).

Conclusion

Parents’ feelings of insecurity and lack of access to local resources can limit children’s opportunities for socialization and their exposure to enriching experiences.

Keywords: Child development, EDI, Neighbourhood safety, Housing, Access to resources, Housing instability

Introduction

Depuis le début des années 2000 au Canada, un nombre important de travaux de recherche font foi de l’importance de soutenir le développement de l’enfant dès ses premières années de vie. Les constats soulevés par l’enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) (Kohen et al. 2008), l’étude longitudinale du développement des enfants du Québec (ELDEQ) (Desrosiers 2013) ainsi que les nombreuses enquêtes provinciales sur le développement des enfants à la maternelle (Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle 2013a; Are our children ready for school? 2009; Hertzman et al. 2002) illustrent avec constance que tous les enfants ne partent pas dans la vie avec les mêmes opportunités. Ce constat presse les diverses instances gouvernementales à soutenir des politiques publiques qui favorisent l’équité en matière de développement de l’enfant.

Quelles sont les expériences de la petite enfance qui sont le plus susceptibles d’influencer l’état de développement des enfants et plus largement leur trajectoire de vie? De nombreuses études qui ont cherché à répondre à cette question se sont intéressées surtout à des caractéristiques de l’enfant ou de son milieu familial (Zaouche-Gaudron 2005). D’autres se sont intéressés plus particulièrement à l’effet de la fréquentation d’un service éducatif (Desrosiers 2013; Burger 2010). Au cours des dernières années, des chercheurs se sont intéressés spécifiquement à l’influence des caractéristiques résidentielles, du quartier et de la collectivité en partant du postulat que dans les quartiers mieux nantis se trouvent des parents plus susceptibles d’avoir les ressources pour offrir un environnement bénéfique pour l’enfant (Oliver et al. 2007). Dans ces quartiers, l’environnement bâti et social est de meilleure qualité et l’offre de services plus développée (Zaouche-Gaudron 2005).

L’insalubrité du logement est la caractéristique résidentielle la plus fréquemment étudiée. L’ELNEJ indique que la vie dans un logement qui ne rencontre pas les normes de salubrité peut compromettre l’épanouissement de l’enfant (Ross et Roberts 1999). Indépendamment du statut socio-économique, les enfants d’âge scolaire qui vivent dans ces logements de mauvaise qualité présentent davantage de détresse émotionnelle et de problèmes de comportement que les enfants qui vivent dans des logements de bonne qualité (Evans et al. 2001; Evans 2004; Gifford et Lacombe 2006). Les moisissures et l’humidité excessive ont été identifiées comme le principal facteur de risque modifiable associé à la prévalence de l’asthme et d’infections respiratoires chez les enfants (Étude sur la santé respiratoire des enfants montréalais de 6 mois à 12 ans 2011). L’instabilité résidentielle peut aussi avoir une influence sur la vie des enfants (Hertzman et al. 2002; Evans 2004). Ceux de familles à faible revenu qui changent de logement 3 fois ou plus au cours de leurs premières années de vie ont plus de problèmes de comportement et d’attention (Ziol-Guest et McKenna 2014). Les enfants de moins de trois ans qui ont déménagé fréquemment ont davantage de problèmes de santé (Becker 2011). L’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Économiques) identifie également le surpeuplement comme autre caractéristique résidentielle d’importance qui peut influencer négativement le développement cognitif des enfants et diminuer leur sentiment d’autonomie (Comment va la vie? 2015). Les familles vivant en contexte de pauvreté avec un ou plusieurs enfants âgés de moins de 18 ans sont trois fois plus susceptibles de vivre en surpeuplement dans leur logement que les familles mieux nanties (Oliver et al. 2007).

Des études font également un lien entre certaines caractéristiques du quartier et le développement de l’enfant. Notamment, le fait de vivre dans un quartier non sécuritaire ou un quartier dont la cohésion sociale est faible augmente le risque de présenter des problèmes de développement (Desrosiers 2013; Are our children ready for school? 2009; Curtis et al. 2004). Selon Ross et Roberts (Ross et Roberts 1999), environ 15 % des enfants de familles à faible revenu habitent des quartiers jugés dangereux par leurs parents, comparativement à seulement 8 % des familles mieux nanties. Desrosiers allègue que les problèmes de sécurité du quartier pourraient accroître le stress parental, limiter les occasions de socialisation des enfants et seraient associés à un manque de modèles positifs (Desrosiers 2013). Dans les quartiers moins sécuritaires, on identifie également un manque de ressources de qualité pour la famille (parcs, piscines, bibliothèques, services de garde etc.) (Desrosiers 2013; Kohen et al. 1998; Sampson et al. 2002; Dunn 2002). D’autres auteurs évoquent que la fréquentation de ce type de ressources pourrait avoir une influence positive sur le développement des enfants (Zaouche-Gaudron 2005; Leventhal et Brooks-Gunn 2000); néanmoins des inégalités d’accès existent en défaveur des quartiers défavorisés (Oliver et al. 2007; Hertzman et al. 2000; Hertzman et Kohen 2003). Les travaux de l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle (EQDEM) montrent que les enfants résidant dans un quartier défavorisé matériellement sont proportionnellement plus nombreux à être vulnérables dans au moins un domaine de leur développement que les autres (Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle 2013a). Hertzman et son équipe, à Vancouver, montrent plus spécifiquement que les enfants de familles à faible revenu qui vivent dans ces quartiers défavorisés sont plus susceptibles de présenter un moins bon développement à l’entrée à l’école que ceux qui vivent dans des quartiers socioéconomiques mixtes (Hertzman et al. 2002).

La présente recherche vise à évaluer, en contexte montréalais, l’association entre les caractéristiques résidentielles et du quartier de la famille de l’enfant et son développement à partir des données de l’Enquête montréalaise sur l’expérience préscolaire des enfants de maternelle (EMEP) (Thibodeau et Gingras 2013) réalisée en 2012 par la Direction régionale de santé publique du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal (DRSP du CCSMTL). Cette enquête a été réalisée en complément à l’EQDEM (Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle 2013b).

MÉTHODE

Population à l’étude

La population visée par l’EMEP est celle des enfants fréquentant l’école maternelle 5 ans sur l’île de Montréal en 2012. La base de sondage utilisée comprend tous les enfants montréalais dont le développement a été évalué dans le cadre de l’EQDEM, soit 78 % des enfants de maternelle (Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle 2013b). Un échantillon probabiliste de 1184 enfants, stratifié en fonction de l’indice de défavorisation matérielle de Pampalon (Pampalon et al. 2001) (avec surreprésentation du quintile inférieur), de la langue d’enseignement (français/anglais) et du statut de l’école (privé/public) a été obtenu.

Un questionnaire structuré développé par la DRSP et l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) a été utilisé pour documenter l’expérience préscolaire des enfants incluant certaines caractéristiques résidentielles et du quartier. La collecte de données a été réalisée par téléphone auprès des parents entre le 25 avril et le 2 juillet 2012 par l’ISQ (Thibodeau et Gingras 2013). L’interviewer demandait de parler aux parents de l’enfant sélectionné. Les mères représentent 72 % des répondants. L’étude a reçu une approbation des comités d’éthique de la DRSP de l’Agence de Montréal et de l’ISQ.

Nos analyses portent sur des sous-groupes de 1078 à 1101 enfants selon la variable indépendante étudiée, soit ceux pour lesquels il n’y avait pas de données manquantes.

Définitions des variables

Variables indépendantes : caractéristiques résidentielles et du quartier de la famille de l’enfant

Insalubrité du logement

L’insalubrité du logement a été déterminée à partir de trois questions portant sur la présence ou non : 1) de moisissures; 2) d’odeurs persistantes de moisi, de terre, de gaz ou de produits chimiques; 3) d’insectes ou de rongeurs. Le nombre de problèmes (0 à 3) a été utilisé dans les analyses.

Surpeuplement du logement

Un logement est considéré comme surpeuplé s’il compte moins d’une pièce par personne habitant le domicile, exclusion faite de la cuisine et de la salle de bain.

Instabilité résidentielle

Une famille ayant déménagé au moins trois fois au cours des cinq dernières années est considérée comme ayant vécu de l’instabilité résidentielle.

Sécurité du quartier

Le niveau de sécurité du quartier a été établi à partir des réponses du parent à trois questions tirées de l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes (ELNEJ) : 1) On peut marcher seul en toute sécurité après la tombée de la nuit; 2) Les enfants peuvent jouer dehors durant la journée en toute sécurité; 3) Il y a des parcs, des terrains de jeux et des endroits pour jouer qui sont sécuritaires. Le parent devait indiquer s’il était tout à fait d’accord, d’accord, en désaccord ou tout en fait en désaccord à chacune de ces questions. À partir des réponses obtenues, des scores ont été calculés, un score plus élevé indiquant un niveau de sécurité plus faible. Les enfants pour lesquels le score se situait dans le quintile supérieur ont été considérés comme vivant dans un quartier perçu non sécuritaire par les parents.

Accessibilité aux ressources

Les parents devaient indiquer s’ils pouvaient se rendre facilement (c’est-à-dire en 15 min approximativement à pied, en voiture ou en autobus) aux ressources suivantes : 1) parc public ou terrain de sport, 2) bibliothèque, 3) CLSC ou CSSS, 4) piscine, pataugeoire ou aire de jeux d’eau et 5) centre communautaire ou de loisirs. Une famille qui n’a pas facilement accès à l’ensemble de ces cinq types de ressources est considérée manquer d’accès aux ressources.

Défavorisation matérielle du quartier

La version régionale de l’indice de défavorisation matérielle de Pampalon (Pampalon et al. 2001) a été retenue et utilisée comme variable ordinale dans les analyses. Trois niveaux ont été définis : quartile favorisé, quartiles médians et quartile défavorisé.

Variable dépendante : Développement de l’enfant à la maternelle

Le couplage des données de l’EMEP à celles de l’EQDEM, réalisé à l’aide du code permanent de chaque enfant octroyé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, donne accès aux diverses mesures du développement de l’enfant à la maternelle obtenues avec l’Instrument de mesure du développement de la petite enfance (Janus et al. 2007). Cet instrument, rempli par l’enseignant, mesure cinq domaines du développement de l’enfant, soit la santé physique et le bien-être, les compétences sociales, la maturité affective, le développement cognitif et langagier, et les habiletés de communication et connaissances générales (Janus et al. 2007). Il possède de bons indices de fidélité et de validité (Janus et al. 2007; Laurin et al. 2012). Les informations colligées à l’aide de l’IMDPE permettent d’attribuer à un enfant un score pour chaque domaine de développement. Un enfant est considéré vulnérable dans un domaine si son score est égal ou inférieur au 10e percentile de la distribution de l’ensemble des enfants québécois pour ce domaine. Deux indicateurs du développement global de l’enfant ont été retenus : la vulnérabilité dans au moins un domaine du développement ainsi que dans deux domaines ou plus, peu importe lesquels.

Analyses

Nos analyses utilisent la pondération établie par l’ISQ (Thibodeau et Gingras 2013), laquelle tient compte de la probabilité inégale de sélection des sujets ainsi que des ajustements faits en fonction de la défavorisation matérielle, du sexe et de la vulnérabilité dans au moins un domaine de développement. Pour chacune des caractéristiques résidentielles et du quartier étudiées (variables indépendantes), la régression logistique a été utilisée afin de prédire la probabilité d’un enfant de maternelle d’être vulnérable dans au moins un domaine de son développement ou dans deux domaines ou plus. Chaque analyse de régression incluait un même ensemble de variables de contrôle : l’âge au 1er septembre 2011 et le sexe de l’enfant, la scolarité de la mère ainsi que le faible revenu (revenu avant impôt sous le seuil de faible revenu de 2011) (Statistique Canada 2011) et le statut d’immigration récente (deux parents ayant immigré au Canada au cours des cinq dernières années) de la famille. Les analyses ont été réalisées avec le logiciel STATA, version 13.

RÉSULTATS

Les statistiques descriptives des variables dépendantes, indépendantes et de contrôle sont présentées au Tableau 1. Les résultats des analyses de régression logistique sont présentés au Tableau 2. Les enfants résidant dans un quartier perçu non sécuritaire sont 1,5 fois plus susceptibles d’être vulnérables dans au moins un domaine de leur développement comparativement à leurs pairs résidant dans un quartier perçu sécuritaire (IC à 95% : 1,02–2,14). Un résultat similaire est observé pour la vulnérabilité dans deux domaines de développement ou plus (RC 1,67, IC95% : 1,07–2,61). Les enfants vivant dans une famille ayant un manque d’accès aux ressources sont également plus susceptibles d’être vulnérables dans deux domaines ou plus de leur développement que leurs pairs dont la famille a facilement accès aux ressources (RC 1,56, IC95% : 1,003–2,44). Aucun effet statistiquement significatif n’a été observé en lien avec les autres caractéristiques étudiées.

Tableau 1.

Statistiques descriptives des variables dépendantes, indépendantes et de contrôle à l’étude (n = 1101)

Pourcentage
Données pondérées Données non pondérées
Variables dépendantes
 Vulnérabilité dans au moins un domaine de développement 29,0 26,0
 Vulnérabilité dans deux domaines de développement ou plus 15,6 13,9
Variables indépendantes
 Instabilité résidentielle* 10,2 10,4
 Insalubrité du logement
  Aucun 75,5 73,4
  1 problème 18,1 18,9
  2 problèmes 4,8 5,9
  3 problèmes et + 1,7 1,8
 Surpeuplement du logement 34,5 38,9
 Quartier perçu non sécuritaire* 20,2 23,5
 Manque d’accès aux ressources 22,0 23,8
 Défavorisation matérielle du quartier*
  Quartile favorisé 22,8 16,8
  Quartile médian 47,6 37,8
  Quartile défavorisé 29,6 45,5
Variables de contrôle
 Sexe féminin 50,6 50,8
 Âge moyen (au 1er septembre 2011)
  54–59 mois 10,0 10,5
  60–62 mois 26,0 26,0
  63–65 mois 24,4 24,7
  66–68 mois 24,2 23,8
  69–74 mois 15,4 15,0
 Scolarité de la mère
  Études secondaires non complétées 8,7 10,7
  Diplôme d’études secondaires 16,0 17,7
  Diplôme de niveau collégial 22,9 21,9
  Diplôme de niveau universitaire 52,5 49,7
  Famille d’immigration récente 14,9 17,4
  Faible statut socioéconomique 39,7 45,8

*Le « n » est légèrement plus petit pour ces variables en raison d’un plus grand nombre de valeurs manquantes

Scolarité du père si la famille est dirigée par un père monoparental (1,8% des cas)

Tableau 2.

Régression logistique de l’effet des caractéristiques résidentielles et du quartier de la famille sur la vulnérabilité des enfants de maternelle dans au moins un domaine de développement et dans deux domaines ou plus

Vulnérabilité dans au moins un domaine de développement Vulnérabilité dans 2 domaines de développement ou plus
Rapport de cotes IC à 95% Rapport de cotes IC à 95%
Instabilité résidentielle 0,76 0,47–1,23 0,97 0,55–1,71
Insalubrité du logement 1,18 0,94–1,48 1,08 0,81–1,44
Surpeuplement du logement 1,24 0,85–2,22 0,91 0,56–1,48
Quartier perçu non sécuritaire 1,48 1,02–2,14 1,67 1,07–2,61
Manque d’accès aux ressources 1,30 0,90–1,88 1,56 1,003–2,44
Défavorisation matérielle du quartier 1,16 0,90–1,49 1,09 0,77–1,53

Chaque ligne correspond à une analyse de régression distincte

Les résultats statistiquement significatifs sont en gras

Variables de contrôle : âge et sexe de l’enfant, scolarité de la mère, seuil de faible revenu et statut d’immigration récente de famille

Discussion

L’objectif principal de cet article est de documenter quelles sont les caractéristiques résidentielles et du quartier dans lequel l’enfant vit qui sont le plus susceptibles d’influencer son état de développement. Dans notre étude, à l’exception de la variable défavorisation du quartier, la majorité des variables étudiées sont de nature individuelle, ce sont les parents qui ont témoigné de leur expérience en lien avec le logement et le quartier habité. Puisque certaines caractéristiques des parents, notamment leur statut socioéconomique, leur niveau de scolarité ou leur parcours migratoire peuvent influencer tout autant le développement de l’enfant que le choix de la résidence et du quartier, elles ont été utilisées comme variables de contrôle dans le modèle.

Il ressort de nos analyses que les enfants résidant dans un quartier non sécuritaire ont 50 à 70 % plus de chance d’être vulnérables dans au moins un domaine de leur développement ou dans deux domaines ou plus de leur développement, comparativement à leurs pairs résidant dans un quartier sécuritaire. Ces résultats vont dans le même sens de ceux observés dans une enquête réalisée au Manitoba avec le même outil que celui de notre enquête (Are our children ready for school? 2009). Les enfants résidant dans des quartiers non sécuritaires sont proportionnellement plus nombreux à être vulnérables aux domaines santé physique et bien-être, compétence sociale et développement cognitif et langagier que leurs pairs résidants dans des quartiers sécuritaires (Are our children ready for school? 2009). Parmi les enfants de l’ELNEJ, ceux vivant dans un quartier non sécuritaire présentent davantage de difficultés émotives, de problèmes de comportement et d’hyperactivité (Curtis et al. 2004). L’ensemble de ces études, incluant la nôtre, s’appuient sur la perception des parents pour évaluer la sécurité de leur quartier. Curtis précise qu’il est démontré que les parents ont tendance à rapporter plus de problèmes dans leur quartier que des évaluateurs externes, ce qui suggère qu’ils ne seraient pas objectifs (Curtis et al. 2004). Il précise qu’ils adoptent des comportements en fonction de leurs perceptions et il démontre que cela a un effet sur l’enfant. Les données de l’ELDEQ illustrent cette observation en montrant que la moyenne à l’échelle des pratiques parentales cohérentes, évaluée à la maternelle, tend à être plus faible chez les familles vivant dans des quartiers moins cohésifs (Desrosiers 2013). L’indicateur utilisé pour évaluer le niveau de cohésion sociale du quartier dans cette enquête de l’ELDEQ comporte aussi des questions liées à la sécurité.

Nos analyses montrent aussi une association significative avec l’accessibilité aux ressources dans le quartier. Les enfants vivant dans une famille ayant un manque d’accès aux ressources sont 1,6 fois plus susceptibles d’être vulnérables dans au moins deux domaines de leur développement comparativement à leurs pairs dont la famille a facilement accès aux ressources. À notre connaissance, aucune autre étude n’a démontré le risque associé à l’inaccessibilité aux ressources pour le développement de l’enfant. En vertu de l’indicateur utilisé dans notre étude, soit le manque d’accès à cinq types de ressources, nos résultats suggèrent trois hypothèses. Les enfants vulnérables habitent dans un quartier sérieusement dépourvus de ressources ou alors celles-ci sont dispersées ou trop éloignées du domicile. Il se peut également que les parents ne connaissent pas l’existence des ressources.

Plusieurs théories ont été développées au cours des années 90 pour expliquer l’influence du quartier sur le développement des enfants (Curtis et al. 2004). Celles qui nous apparaissent les plus pertinentes pour interpréter nos résultats sont la théorie de la « socialisation collective », et celle de « l’utilisation des ressources communautaires » (Zaouche-Gaudron 2005; Leventhal et Brooks-Gunn 2000). La première théorie met de l’avant que les adultes jouent des rôles différents dans la communauté, notamment en étant des modèles positifs pour les enfants et en exerçant un contrôle social sur ceux-ci pour assurer leur sécurité. Dans les quartiers où la cohésion sociale est faible et ou le sentiment d’insécurité est élevé, les enfants n’ont pas accès à des modèles positifs et ils vivent dans des environnements familiaux stressants (Desrosiers 2013). Leurs parents sont plus susceptibles de se sentir isolés et de recevoir moins de soutien pour palier le stress lié à leur rôle (Desrosiers 2013). Quant à la seconde théorie, elle insiste sur l’importance de l’offre et de l’accessibilité à un ensemble de ressources de qualité pour maximiser les expériences enrichissantes pour les enfants. À la lumière de nos résultats, on peut supposer que le sentiment d’insécurité des parents peut être un frein à leur déplacement dans le quartier et restreindre leur fréquentation des ressources si celles-ci ne sont pas à proximité.

Nos résultats en lien avec les caractéristiques résidentielles et la défavorisation matérielle du quartier ne montrent aucune association avec le développement des enfants. Ce résultat s’explique probablement en partie par le fait d’avoir contrôlé pour certaines variables, notamment le statut socioéconomique. C’est donc dire que le revenu familial exerce une plus grande influence sur le développement de l’enfant que le niveau de défavorisation du quartier. Les résultats de l’ELDEQ appuient cette observation et indiquent qu’une concentration plus importante de personnes défavorisées dans l’environnement résidentiel de l’enfant ne constitue pas un facteur de risque additionnel pour les enfants de ménages à faible revenu (Desrosiers et Tétrault 2012).

Les effets obtenus dans notre étude sont très modestes. Ces résultats sont consistants avec d’autres études canadiennes, notamment celle d’Oliver (Oliver et al. 2007) et celle de Kohen (Kohen et al. 2008) qui montrent que les caractéristiques du voisinage expliquent une proportion très faible de la variance individuelle des résultats obtenus avec l’IMDPE et autres mesures liées au développement de l’enfant (Leventhal et Brooks-Gunn 2000). Cela suggère que les caractéristiques propres à l’enfant ou à son milieu familial exercent une plus grande influence sur son niveau de développement à la maternelle.

Limites de l’étude

La principale limite de cette étude est la faible taille de l’échantillon. Celle-ci est en-deça des tailles d’échantillon des grandes enquêtes populationnelles canadiennes et québécoises citées dans cet article. Ainsi la reprise de nos analyses sur des échantillons plus grands est souhaitable. De plus, l’EMEP visait principalement à documenter le parcours préscolaire des enfants dans les services éducatifs; ainsi les caractéristiques résidentielles et du quartier n’ont pas été documentées en profondeur. Il aurait été intéressant notamment de mesurer le niveau de cohésion du quartier. Soulignons également que pour l’ensemble des variables étudiées, les parents devaient se référer à leur expérience au cours de l’année précédant l’entrée à la maternelle. Il est évident que pour une certaine proportion d’enfants dont les parents ont déménagé dans l’année précédant l’entrée à la maternelle, la situation rapportée ne correspond pas à la réalité à laquelle ils ont été la plus exposées pendant leur parcours préscolaire. Toutefois, la faible proportion d’enfants ayant déménagé plus de 3 fois au cours des cinq dernières années dans notre échantillon (10 %, données non publiées) permet de supposer que l’expérience rapportées pour une grande proportion d’enfants reflète l’expérience cumulative de l’environnement dans lequel ils ont grandi. Soulignons que parmi les enfants québécois évalués dans l’ELDEQ, près de 80 % de ceux qui vivaient dans un quartier moins cohésifs à l’âge de 5 ans y résidaient depuis l’âge de 5 mois (Desrosiers et Tétrault 2012).

Conclusion

Le sentiment d’insécurité des parents et le manque d’accès aux ressources du quartier peuvent restreindre les occasions de socialisation des enfants et leur exposition à des expériences enrichissantes, et être ainsi associés à un moins bon développement de l’enfant à la maternelle. Dans de travaux futurs, il serait pertinent d’inclure dans nos modèles des variables issues de systèmes avec cartographie permettant de localiser les ressources dans le quartier ainsi que des indicateurs permettant de qualifier le niveau de sécurité du quartier. Nous pourrions documenter si ces mesures factuelles concordent avec les mesures de perception des parents. Cela sera possible dans le contexte de l’Enquête québécoise sur le parcours préscolaire des enfants de maternelle réalisée par l’ISQ en 2017 avec un nombre de répondants de plus de 10 000 enfants.

Financement

Ce projet a bénéficié d’un soutien financier tripartite provenant d’Avenir d’enfant, de la Direction de santé publique de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal et du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Compliance with Ethical Standards

Conflit d’intérêts

Aucun à déclarer.

Références

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Articles from Canadian Journal of Public Health = Revue Canadienne de Santé Publique are provided here courtesy of Springer

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