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. 2018 Nov 22;2018(507):19. [Article in French] doi: 10.1016/S1773-035X(18)30350-2

Il est temps de chercher à maîtriser le virus Nipah

Jean-Marie Manus
PMCID: PMC7140267  PMID: 32288829

Le virus Nipah (NiV) est un paramyxovirus dont l’hôte-réservoir est une chauve-souris frugivore du genre Pteropus. Occasionnellement il touche les populations humaines où il entraîne une maladie sévère, marquée par une encéphalite ou une maladie respiratoire. Il porte le nom du village malaisien où il fut isolé à la fin des années 1990 après l’émergence de cas humains qui fit 106 morts, et dont l’hôte secondaire était le porc.

Le Lancet signale, dans un éditorial [1], une flambée de cas dans le sud de l’Inde, qui a fait au moins 16 morts. Cet épisode attire l’attention sur cette menace sanitaire peu connue, due à ce virus zoonotique. Il est vrai que l’intérêt pour le NiV est resté limité à de petites communautés de chercheurs et aux pays affectés. Pourtant des flambées annuelles surviennent au Bangladesh où les humains sont exposés à la contamination via la consommation de produits de palmiers dattiers contaminés par des chauves-souris infectées. Problème, le NiV peut aussi être à transmission interhumaine (ce qu’on a observé dans les cas de l’Inde), la plupart des cas survenant alors dans les familles ou chez des auxiliaires de santé prenant en charge des sujets malades montrant les signes caractéristiques de l’infection : hyperthermie, vomissements, dyspnée, syndrome respiratoire et encéphalite dans les cas les plus graves. La létalité peut atteindre 75 %. Actuellement cette menace sanitaire peu connue ne bénéficie d’aucun vaccin ni traitement spécifique, on peut seulement apporter aux patients des soins de support, La maladie à NiV est loin de nous : pays d’Asie du sud et de l’est, où 600 cas ont été rapportés entre 1 998 et 201 5, selon l’OMS. Loin ? En fait, souligne le Lancet, une préoccupation commence à poindre quant à un possible potentiel pandémique du virus Nipah. L’Organisation mondiale pour la santé animale, qui a signé en mai dernier un accord de coopération avec la FAO (ONU) et l’OMS pour la gestion des risques hommes-animaux-environnement, estime que le NiV possède un potentiel zoonotique dévastateur !

L’OMS estime que le NiV possède un potentiel zoonotique dévastateur !

Alors que l’OMS estime que le risque d’extension géographique des flambées est bas, on observe une migration extensive des chauves-souris frugivores et un élargissement de la distribution de cette espèce. Ainsi au Bangladesh le passage du virus de l’animal à l’humain se produit régulièrement, autant d’opportunités pour qu’émerge une souche hautement plus transmissible pour infecter et s’adapter à l’Homme. Favorisée par la densité et la mobilité de la population, une telle évolution augmente le risque d’une pandémie. En outre, la relativement faible capacité des systèmes de sante et de surveillance dans des territoires à faibles ressources où circule le NiV limite la capacité à répondre et maîtriser les flambées...

Pour l’éditorialiste, il y a un précédent à certaine impréparation épidémique : la trop lente réponse à la flambée de maladie à virus Ebola (MVE) qui a touché l’Afrique de l’ouest en 2014-2016. Elle a fait 11 000 morts, c’était un échec dévastateur. Et le Lancet ajoute : les leaders de la santé publique promettent d’apprendre de leurs erreurs et d’agir en conséquence (proactivement !). La flambée actuelle de MVE en République Démocratique du Congo leur en donne l’occasion. Alors les cas de NiV aussi, l’opportunité de mettre en place une préparation pandémique adéquate.

L’infection à NiV a rejoint Ebola, Zika, MERS (coronavirus), Lassa et Crimée- Congo sur la liste OMS R&D Blueprint 2018 [2] des menaces épidémiques prioritaires nécessitant d’urgence recherche et actions. L’OMS a publié une feuille de route (roadmap, le mot à la mode) pour le NiV, qui donne priorité aux mesures attendues : diagnostics, traitements, vaccins, un groupe de travail consultatif avec des experts internationaux. C’est la décision d’évaluation de la menace jamais prise par l’OMS !

La Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, créée par la Norvège, l’Allemagne et le Japon, le Bill & Melinda Gates Foundation et le Wellcome Trust ont annoncé un investissement de 25 millions de dollars dans 2 biotechs pour le développement d’un vaccin anti-NiV... en cours (en sommeil ?)... depuis 15 ans.

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Références


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