Skip to main content
Elsevier - PMC COVID-19 Collection logoLink to Elsevier - PMC COVID-19 Collection
editorial
. 2020 May 7;1(2):122–123. [Article in French] doi: 10.1016/j.lpmfor.2020.05.012

COVID-19 – Journal de Bord – 11/04/2020  – Masque chirurgical et autres protections

Gérard Lorette 1
PMCID: PMC7204649

Je l’ai tout de suite remarquée dans la salle d’attente de l’hôpital pédiatrique.

Elle accompagnait son enfant et portait un masque chirurgical.

C’était plusieurs semaines avant le début de l’épidémie COVID-19.

Quelques minutes plus tard elle entrait dans ma salle de consultation … mais sans masque.

Je l’ai d’abord interrogée sur la raison de ce masque : « de la fièvre, de la toux ». Je l’ai félicitée de prendre soin de ne pas propager cette infection ; mais je lui ai ensuite demandé pourquoi elle avait enlevé le masque avant d’entrer dans mon bureau ? « Parce que vous, ce n’est pas pareil, vous êtes médecin ». Je lui ai bien sûr fait remarquer que les médecins peuvent être malades et même mourir ; puis j’ai examiné l’enfant.

Plus tard j’ai repensé à cet incident, et j’y pense plus encore depuis le début de l’épidémie.

Ces derniers temps, on nous adresse sans cesse des messages de protection, de distanciation, et beaucoup de personnes sont confinées. Mais ces protections n’ont pas toujours existé.

Je me souviens de mes premières années de jeune médecin … avec une inquiétude rétrospective ! Six mois de pneumologie entouré de patients tuberculeux mal pris en charge par les traitements de l’époque, des gardes en réanimation au contact de malades ayant le tétanos, des méningites, des septicémies. Nous avions ce qu’on nous fournissait, c’est-à-dire, peu de choses ; jamais de masques, presque jamais de gants, une blouse blanche (changée une fois par semaine) pour toute protection, quasiment pas de sur-blouses. Pourtant, je n’ai pas le souvenir que nous étions inquiets en venant travailler, ou que nous avions peur d’être contaminés. Nous allions aussi tous manger à l’internat sans enlever notre blouse ! Je n’ai pas non plus le souvenir d’internes ayant eu des infections graves à l’exception d’hépatites, parfois sévères, chez les internes de néphrologie (il n’y avait pas encore de vaccin contre l’hépatite B) et de quelques cas de tuberculose, mais c’était peu au vu du peu de précautions que nous prenions. On peut se demander si nous avions de la chance ; ou si, au contact quotidien de nombreux germes, nous n’avions pas développé une certaine résistance vis-à-vis des infections.

Bien sûr, je ne défends pas ce que nous faisions ; et bien sûr, je trouve évident et souhaitable que tous les personnels de santé se protègent le plus efficacement possible.

Mais la situation actuelle est l’occasion d’une réflexion.

Nous vivions dans un monde très dangereux, mais nous faisions comme nos collègues et comme nos maîtres avaient fait avant nous. Il y avait une certaine fatalité ; nous étions médecins et nous acceptions avec insouciance l’aléa professionnel d’être contaminés. À cette époque, les médecins de famille consultaient en tenue de ville, en visite comme à leur cabinet ; les solutions hydroalcooliques n’existaient pas, et seules certaines familles, dont mes parents, préparaient une savonnette et une serviette pour le médecin pour qu’il puisse se laver les mains avant de repartir.

Il est clair que nous ne reviendrons pas en arrière sur les mesures de protection professionnelle comme les gants et les masques. Les tenues de protection progresseront sans doute : actuellement elles ne sont pas totalement efficaces. On associe surtout de nombreux éléments plus ou moins hétéroclites, plus ou moins bien ajustés, qui peuvent se déplacer lors des mouvements nécessaires aux actes médicaux ; une combinaison souple, étanche, d’une seule pièce, couvrant tout le corps, serait sans doute plus sûre.

Mais dans la vie courante aussi d’autres questions se poseront ; ne plus se serrer la main ou se faire la bise, rester à distance des autres, tout cela sera bien triste. On peut aussi se demander si des protections excessives ne rendront pas notre espèce plus fragile. Elle a su s’adapter au fil de l’évolution sur des millions d’années. Nos ancêtres lointains ont affronté de nombreux dangers ; leur squelette et leurs organes se sont modifiés au fil du temps. Notre immunité aussi s’est adaptée, pour vivre plus ou moins en harmonie avec les virus, les bactéries et les champignons microscopiques. Nous sommes le résultat de ces évolutions ; nous nous sommes longtemps adaptés avec humilité au monde environnant. Mais, ces derniers temps, c’est nous qui avons modifié profondément l’environnement en défrichant, en polluant à grande échelle, en créant des mégapoles surpeuplées, en laissant des malheureux errer d’un pays à l’autre, en cherchant des profits aussi immenses que dérisoires.

Serons-nous encore adaptés à ce monde que nous bouleversons sans scrupule ?

On peut espérer que cette épidémie finisse par disparaître, peut-être même en partie grâce à la vaccination ou à d’autres traitements que nous aurons inventés ; d’autres épidémies surviendront. Il ne faudra pas oublier entre-temps de vivre bien, dignement, et avec moins d’arrogance. Mais il ne faudra pas oublier non plus notre interdépendance vis-à-vis du risque infectieux ; ainsi, la vaccination n’est efficace que si la plupart des sujets sont vaccinés, – c’est ce que soulignent actuellement les graves épidémies de rougeole qui surviennent dans différents pays du monde en cas de relâchement vaccinal.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.


Articles from La Presse Médicale Formation are provided here courtesy of Elsevier

RESOURCES