L’ampleur des violences exercées par un conjoint à l’encontre de sa conjointe est de mieux en mieux évaluée ; parallèlement, les victimes de violences commencent à être mieux repérées par les professionnels de santé. Dans l’enquête « Cadre de vie et sécurité 2012/2018 » (qui ne comptabilise pas les violences verbales, psychologiques et/ou économiques), pas moins de 219 000 femmes déclarent avoir été victimes de violences physiques et/ou des violences sexuelles de la part du conjoint ou de l’ex-conjoint au cours de l’année précédente.
Un retentissement majeur sur la santé des femmes
Les pathologies induites en lien avec les violences peuvent recouvrir tous les champs de la médecine avec des tableaux cliniques divers, notamment :
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santé mentale : 50 % des femmes victimes de violences conjugales sont dépressives ;
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gynécologie-obstétrique : grossesse non désirée, grossesse à risque, fausse couche, retard de suivi de grossesse, dépression post-partum, douleurs pelviennes, infections sexuellement transmissibles, cancer du col de l’utérus, interruption volontaire de grossesse, etc. ;
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troubles physiques : arthralgies, myalgies, fibromyalgies
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les agressions sexuelles, les viols, sont les violences les plus graves en termes de retentissement sur la santé, et les plus fréquemment accompagnées de stress post-traumatique.
Les enfants, co-victimes
Les enfants et les adolescents sont les co-victimes de la violence dans le couple. Celle-ci a des conséquences graves sur le développement physique et psychologique de l’enfant. Les enfants qui grandissent dans un climat de violence contre leur mère ne sont pas que des témoins passifs de la tension et de la violence à la maison ; ce sont aussi des victimes de cette violence.
Les agressions physiques, sexuelles, verbales, psychologiques et économiques créent un climat de vie quotidienne marqué par l’insécurité, l’instabilité et l’imprévisibilité pour l’enfant : il a peur que sa mère soit blessée ou tuée.
Les effets et les conséquences de l’exposition à la violence conjugale sur les enfants peuvent être multiples tant sur le développement affectif et relationnel, la santé physique et mentale, les comportements, que sur le développement cognitif, les acquisitions scolaires et apprentissages des relations sociales. Ils peuvent entraîner une souffrance anxio-dépressive.
COVID-19, confinement et violences
La 1re semaine de confinement s’est soldée par une augmentation de plus de 30 % des signalements de violences conjugales, en province comme à Paris.
Du fait des mesures actuelles de confinement décrétées par nos institutions pour lutter contre la pandémie du COVID-19, l’homme violent se retrouve en permanence avec sa victime et ses enfants. Ce nouvel environnement devient un élément de stratégie. Isolement, confinement, menace, séquestration, face-à-face permanent, autant d’éléments que l’agresseur va utiliser, instrumentaliser, pour humilier, blesser, frapper, agresser sexuellement et assoir sa domination sur sa conjointe et ses enfants ; et ce, avec comme « justifications » la promiscuité, le bruit des enfants, la pandémie, bref tous les évènements lui permettant de passer à l’acte !
Être victime de violence, c’est perdre l’estime de soi, avoir honte, avoir peur pour soi, pour ses enfants, être dans l’incapacité de comprendre ce qui se passe, être dans la méfiance et dans la crainte des autres ; c’est aussi penser qu’on est responsable des violences que l’on subit.
Les victimes sont insuffisamment protégées, car le plus souvent non entendues, non secourues, non crues. Pour preuve le dernier rapport d’études des féminicides de 2018 : 65 % des victimes étaient connues des forces de police et 80 % des plaintes avaient été classées. En temps normal, les victimes sont rarement questionnées sur les violences subies. Cependant, s’il est très difficile d’être aidée, écoutée, crue, accompagnée et protégée comme victime de violences conjugales, il existe des instants de répit, d’isolement, des moments possibles de dialogue avec les médecins, notamment grâce aux numéros d’appels tels que le 39 19 ou le 0800 05 95 95.
Avec le confinement, nul répit, nulle possibilité de s’isoler. Ces femmes sont en permanence sous la surveillance et le joug de leur agresseur ; elles sont en grand danger ainsi que leurs enfants.
Croire et accompagner
Nous, professionnels de santé, savons à quel point les victimes ont besoin de soutien, d’écoute, de savoir qu’on les croit. Elles n’attendent qu’une chose : être accompagnées tout en respectant leur temps de décision. Une simple question en confiance et en confidentialité sur les violences qu’elles peuvent subir suffit souvent à leur permettre de mettre des mots sur leurs souffrances et de débuter une prise en charge. Des questions simples permettent de révéler les violences subies et de faire le lien avec les tableaux cliniques, conséquences du psycho-traumatisme résultant de l’agression, et ayant parfois débutés de nombreuses années auparavant. La victime prend conscience de ce qu’elle subit ; elle acceptera la mise en place d’aides et soutiens pour sortir des violences, notamment d’établir un lien essentiel avec les associations et les professionnels du psycho-traumatisme. Elle n’est plus seule, elle est enfin reconnue comme victime, elle peut enfin être aidée, soignée, prise en charge.
Dans cette période de confinement, il nous faut être encore plus vigilants et ne pas hésiter à poser de façon systématique la question des violences aux patientes : « Êtes-vous victimes de violences verbales, psychologiques, physiques, et/ou sexuelles ? »
Nous n’avons de réponses qu’aux questions que l’on pose….
Comme le rappelle Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas ». Encore faut-il que nous soyons formés, car nous ne savons faire que ce que l’on nous a appris. Nous attendons toujours la mise en place de formations médicales initiales dans toutes nos facultés, mais aussi de formation continue indemnisées pour tous les médecins.
L’impact des violences est immense sur la santé des femmes et de leurs enfants.
Seul le questionnement nous permet de les aider, les accompagner et les protéger.
Et c’est d’autant plus vrai en cette période de confinement.
Déclaration de liens d’intérêts
l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
