Ce village n’est pas là où vous le situez habituellement.
Il est aux antipodes de la métropole, sur les îles de Wallis et Futuna.
C’est le dernier territoire français à avoir résisté à l’invasion du coronavirus.
Sage décision que de décider brutalement l’arrêt des vols commerciaux à compter du 17 mars 2020. Deux jours plus tard, le coronavirus s’était introduit en Nouvelle Calédonie, notre porte d’entrée habituelle. Il est vrai aussi que nous n’avions aucune chance dans la confrontation : d’un côté, plus de 400 formes graves attendues, de l’autre côté 1 seul lit équipé pour faire de la réanimation … Depuis, la population vaque normalement à ses occupations, sans confinement. Tout au plus a-t-on entendu parler de distanciation sociale, mais son application n’est guère dans les coutumes. Les informations métropolitaines inondent les télévisions wallisiennes et la population prend conscience de sa chance, mais aussi du risque : ne dénombre-t-on pas 80 % d’habitants en surcharge pondérale, 17 % de diabétiques, 30 % d’hypertendus à Wallis et à Futuna ? La peur, parfois irrationnelle, s’installe. Cet ennemi invisible est partout … et 12 500 Wallisiens et Futuniens deviennent épidémiologistes et virologues ! Notre territoire est en ébullition ; faut-il encore accepter le fret ? Le virus ne traîne-t-il pas sur les cartons ? Mais comment assurer l’approvisionnement de nécessité, l’approvisionnement en médicaments ? Longtemps, l’idée de fermer Wallis à l’arrivée de quiconque l’a emporté. Pourquoi ne pas vivre tranquillement et profiter de cette prison dorée, isolée de ce monde infesté ? Mais le service de santé joue encore le troublion. Comment faire venir des renforts professionnels, dont des personnels de santé ? Que faire si l’un d’eux tombe malade ? Il n’y a qu’un seul anesthésiste-réanimateur et qu’un seul chirurgien. Comment faire revenir les patients partis en évacuation sanitaire (EVASAN) ? Et comble de malchance, le scanner est tombé en panne, nécessitant l’intervention d’un technicien venant de l’extérieur ! Un sas de confinement a donc été proposé, strict, pour une quatorzaine, le technicien enfermé, sans contact, dans une chambre d’hôtel, avec une PCR avant l’embarquement pour Wallis et une autre PCR en fin de confinement. Mais les chefferies s’interrogent ; cela est-il suffisant ?
La pression s’organise aussi à l’extérieur : pas moins de 300 Wallisiens et Futuniens attendent – de plus en plus impatiemment – de pouvoir revenir sur leurs îles. Et soudain la magie a opéré : un navire de croisière a accepté de rapatrier en nombre des passagers pour Wallis, après avoir navigué 14 jours, – le temps d’un confinement organisé dans des cabines de luxe. Les premiers passagers débarqueront sur Wallis le 18 mai 2020. Pendant ce temps, l’hôpital n’aura pas perdu son temps et aura renforcé l’ensemble de ses moyens. Mais à l’isolement que nous connaissons déjà, se rajoute presque la « malchance » de ne pas avoir de virus ! Comment être crédible et entendu quand vous n’avez aucune raison d’être prioritaire…
Ainsi va notre village gaulois dans cette période irréelle … village qui a bien conscience de son bonheur par rapport à sa mère nourricière, la métropole.
Pour le moment.
Déclaration de liens d’intérêts
l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.
Footnotes
Voir aussi à ce sujet l’article du même auteur : Riou O, et al. Médecine et santé à Wallis et à Futuna. Presse Med Form 2020;1:82–8.
