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Parmi les supputations et les promesses formulées par les médias, qui naviguent entre tests de détection baptisés PCR, tests sériques ou sérologiques et tests d’immunité surgit maintenant l’espoir de disposer d’un traitement à base d’anticorps prélevés chez les sujets convalescents du Covid-19. Comme tous attendent le vaccin, on s’explique les balbutiements concernant cette autre promesse. Une autorité médicale, l’Académie nationale de médecine (ANM), a apporté les informations nécessaires à une bonne information… dont les Français(e)s sont particulièrement friand(e)s en ce moment de vulgarisation intense.
Amélioration clinique
Pour l’ANM [1], « les immunoglobulines hyperimmunes anti-Sars-CoV-2 [sont] un choix stratégique urgent ». Pourquoi ? C’est simple : à la mi-avril, aucun traitement antiviral n’avait démontré son efficacité contre le Covid-19, « mais l’amélioration spontanée chez la plupart des malades – ceux qui s’en sortent – traduit la réponse immunitaire protectrice, liée en particulier aux anticorps neutralisants. » Rappel : la très ancienne sérothérapie a été utilisée dans des épidémies récentes : chikungunya, Ebola (un vaccin serait prêt), dans les deux précédentes infections à Coronavirus (Sars-CoV-1 et Mers-CoV) et même contre la grippe A/H1N1. L’ANM donne en référence des publications indiquant l’amélioration clinique de formes graves du Covid-19 (neutralisation de la charge virale, baisse de la protéine C réactive) après recours à des plasmas de convalescents (les donneurs). Petites séries certes, mais justifiant des essais en France et aux États-Unis.
Des points clés
L’ANM attire cependant l’attention sur des points clés de cette stratégie reconnue.
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Certains inconvénients du plasma total, pour répondre en urgence à une situation clinique préoccupante : la nature, le titre et le pouvoir neutralisant des anticorps très variables d’un donneur à l’autre, risques de la présence de citrate, au volume perfusé chez des patients fragiles, à la possible transmission d’agents infectieux, ou de molécules pro-inflammatoires… L’ANM recommande de constituer des pools de plasmas de sujets immunisés, ayant des titres d’anticorps élevés, afin de préparer des immunoglobulines hyperimmunes (IGHI).
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Avantages : risque réduit de transmission virale par inactivation, meilleure qualification du produit, amélioration de la qualité scientifique et du niveau de preuve des études à mener du fait de la standardisation des lots, apport d’Ig antipneumococciques et antigrippales à des sujets à risque de surinfection.
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Les IGHI pourraient être utilisées en traitement dans les formes graves, comme rapporté dans deux publications chinoises [2,3], référencées par l’ANM, et lors de la sortie du confinement, associées au dépistage sérique, en prévention chez les proches séronégatifs de patients Sars-CoV-2-positifs, en particulier dans les établissements d’hébergement des personnes âgées dépendantes, ainsi que dès le début de l’infection, chez les sujets fragiles : très âgés, cancéreux, immunodéprimés, présentant un risque de développer une forme grave.
« La France a les moyens scientifiques et industriels pour initier des essais thérapeutiques et la production, en vue d’un impact rapide du traitement et de la prévention de cette infection car la production et la mise sur le marché d’anticorps monoclonaux recombinants nécessiteront plus de temps », conclut l’ANM.
Référence
- 1.www.academie-medecine.fr/wp-content/uploads/2020/04/20.4.15-Seniors-et-d%C3%A9confinement-FINAL.pdf
- 2.Duan K, Bende L, Cesheng L et al. Effectiveness of convalescent plasma therapy in severe COVID-19 patients. PNAS in press. [DOI] [PMC free article] [PubMed]
- 3.Shen C, Wang Z, Zhao F et al.Treatment of 5 critically ill patients with COVID-19 with convalescent plasma. JAMA (on line le 27 mars 2020). [DOI] [PMC free article] [PubMed]

