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editorial
. 2020 Oct 1;42(12):1460–1462. doi: 10.1016/j.jogc.2020.08.001

Enjeux de condition féminine en temps de pandémie : Iniquité des sexes exacerbée pour les femmes au Canada et dans le monde entier en raison de la COVID-19

Dre Innie Chen 1,2,, Dre Olga Bougie 3,4
PMCID: PMC7528895  PMID: 33012626

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I. Chen

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O. Bougie

Malgré les progrès réalisés en matière de condition féminine au cours des dernières décennies, la pandémie de COVID-19 a accentué les disparités existantes, ce qui a provoqué un retour aux rôles familiaux traditionnels et nuit à la santé de bien des femmes au Canada, leur imposant des effets physiques, psychologiques, sociaux et économiques potentiellement durables.

De février à avril 2020, Statistique Canada a signalé une baisse de l'emploi de 16,9 % chez les femmes par rapport à 14,6 % chez les hommes. L’écart est encore plus frappant en ce qui concerne les données de reprise de l'emploi d'avril à mai : le taux de chômage a chuté de 2,4 % pour les hommes et de seulement 1,1 % pour les femmes1. Même avant la pandémie, les femmes étaient plus susceptibles de travailler à temps partiel, de travailler dans des postes de soutien ou de vente au détail et de se retrouver sans emploi en raison de fermetures. De plus, les femmes gagnaient moins pour des emplois équivalents, économisaient moins et étaient plus susceptibles d’être aidantes non rémunérées comparativement aux hommes; par conséquent, elles étaient plus susceptibles de quitter leur emploi pour assumer leurs responsabilités ménagères.

Ces exemples d'accentuation de l'iniquité des sexes depuis l'arrivée de la pandémie peuvent partiellement être exacerbés par l'absence de services de soutien qui permettaient auparavant aux femmes de travailler. Avec la suspension de nombreux services, comme les services de garde, les soins aux personnes âgées et l'aide à l'entretien ménager et à la préparation des repas, le fardeau ménager supplémentaire est retombé sur les femmes de manière disproportionnée. Pour les femmes qui ont conservé leur emploi, il est normal qu'elles éprouvent un stress supplémentaire en tentant de concilier travail et famille, ce qui peut se traduire par une baisse de productivité au travail. Par exemple, un rapport a révélé une diminution spectaculaire des publications soumises à des revues spécialisées par des auteures comparativement à leurs homologues masculins2.

En plus de faire les frais de la pandémie sur les plans sociaux et économiques, les femmes semblent disproportionnellement touchées en matière de bien-être et de santé physique. Bien qu'en cas d'infection au SARS-CoV-2, les risques d'atteinte sévère et de mort soient plus élevés chez les hommes, les femmes sont plus nombreuses à contracter la COVID-19 et à en mourir au Canada. En date du 4 juin 2020, l'Agence de la santé publique du Canada rapporte dans sa mise à jour hebdomadaire que les femmes représentaient 57 % des cas de COVID-19 et 54 % des décès3. Bien que ces pourcentages puissent résulter en partie de la proportion plus élevée de femmes dans les centres de soins de longue durée, ils témoignent également de la proportion plus élevée de femmes dans les professions de la santé et les emplois de service, deux secteurs associés à l'exposition à la COVID-19.

L'inquiétude règne à l’échelle mondiale; on observe dans plusieurs pays une augmentation de 25 à 33 % des signalements de violence fondée sur le sexe. Au Canada, on constate une augmentation du recours aux maisons d'hébergement pour femmes4; au Royaume-Uni, on a signalé une augmentation de 100 % du nombre de morts attribuables à la violence familiale sur une période de deux semaines. Il est probable que l'ampleur sans précédent des ordres de confinement ait exacerbé les tensions dans les ménages et accentué l'isolement social des amis, de la famille et des réseaux de soutien. Par conséquent, il est plus important que jamais que les professionnels de la santé des femmes reconnaissent et soutiennent les femmes victimes de violence fondée sur le sexe qu'ils rencontrent dans leur pratique clinique.

Les divers facteurs de stress économique, social et physique auxquels font face les femmes pendant la pandémie nuisent indéniablement à la santé mentale. Une étude révèle que les femmes connaissent une baisse de l'humeur subjective beaucoup plus importante comparativement aux hommes. Bien qu'un écart en matière de santé mentale existait déjà avant la pandémie, il s'est accentué de 66 % de la fin mars à la mi-avril5.

Compte tenu de ces multiples facteurs contribuant à la disparité entre les sexes, notre spécialisation doit être particulièrement préoccupée par l'accès sécuritaire et rapide aux services de santé des femmes. Étant donné que les femmes ont été les plus touchées par la pandémie sur le plan économique, elles peuvent être réticentes à obtenir des soins médicaux en raison de leur incapacité à prendre des congés. Les femmes peuvent également ne pas être en mesure d'assumer certains coûts liés aux rendez-vous, tels que les frais de transport, le coût des technologies numériques requises pour les visites virtuelles ou les coûts des médicaments ou d'autres traitements. En raison de lafermeture des écoles et garderies, les options limitées pour la garde des enfants peuvent constituer un autre obstacle pour les femmes qui doivent consulter en personne, car les mesures de distanciation les empêchent souvent d'amener leurs enfants à des rendez-vous. De plus, en raison de l'augmentation de l'isolement social, de la diminution de la mobilité et du manque d'intimité des ménages résultant des ordres de confinement à grande échelle, l'autonomiedécisionnelle des femmes en matière de planification familiale peut s'en trouver atteinte. Ainsi, les femmes touchées par la violence liée au sexe peuvent se voir contraintes dans leurs choix et leur accès en matière de planification familiale.

Au sein du système de santé, un certain nombre de services de planification familiale destinés aux femmes ont fait l'objet de fermetures ou de restrictions. Les services fournis par de nombreuses cliniques spécialisées et de première ligne sont demeurés considérablement réduits, ce qui peut entraîner une évaluation inadéquate et un traitement inadapté pour divers problèmes de santé nécessitant des consultations en personne, par exemple le dépistage et le traitement des infections transmissibles sexuellement, le dépistage du cancer du col de l'utérus, le traitement des néoplasies cervicales, la biopsie de l'endomètre et autres analyses de laboratoire importantes ou examens d'imagerie pertinents. Dans certaines provinces et certains territoires, les pharmacies limitent l'exécution d'ordonnances à des intervalles mensuels, ce qui augmente les frais relatifs et le risque d'interruption de l'utilisation des médicaments. Il y a également lieu de s'inquiéter de la pénurie de certains médicaments de planification familiale, comme la combinaison mifépristone–misoprostol pour l'avortement médicamenteux. Même avant la pandémie, on observait une attention limitée portée aux troubles menstruels et douloureux des femmes. La prestation de soins pour les problèmes gynécologiques chroniques et non cancéreux en période de pandémie peut encore être dépriorisée davantage, car les ressources sont réaffectées vers la réponse à la pandémie, ce qui entraîne une détérioration supplémentaire de la santé, de la productivité et de la qualité de vie des femmes.

En tant qu'organisme spécialisé en santé des femmes et doté d'une gouvernance où les femmes sont bien représentées, la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada se trouve dans une position idéale pour défendre l’équité des sexes au Canada et dans le monde entier. À cette fin, notre société a publié un certain nombre de déclarations et de documents d'orientation pour aider à atténuer les répercussions de la COVID-19 sur les services de santé pour les femmes6. Le gouvernement fédéral a également décidé de protéger les droits des femmes liés à la procréation en désignant l'avortement comme un service essentiel, même si les provinces et territoires en ont restreint l'accès, et a accordé des fonds pour soutenir les femmes à risque de violence fondée sur le sexe. Bien que ces mesures reconnaissent le fardeau supplémentaire que les femmes doivent supporter pendant la pandémie, elles ne sont pas suffisantes pour corriger les problèmes profondément enracinés en matière de disparité entre les sexes au sein de notre société. En tant que communauté de professionnels de la santé des femmes dévoués et attentionnés, les obstétriciens-gynécologues du Canada doivent continuer à militer en faveur des changements systémiques durables qui sont nécessaires à tous les niveaux de la société afin d'assurer aux femmes l’équité entre les sexes, surtout en période de pandémie.

Footnotes

Competing interests: See Acknowledgements.

RÉFÉRENCES


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