Les commentateurs divers ont largement insisté sur les difficultés économiques qui attendaient les pays touchés par la pandémie de Covid-19. Au niveau individuel, quel est son impact ? C’est le sens de la question très sociale du député Dominique Potier au ministre la Santé, sur la nécessité de documenter l’effet de ces inégalités durant la pandémie.
Constat du parlementaire [1]: avec la pandémie, on fait l’apprentissage tragique du lien entre santé humaine et écologie. Cette prise de conscience, dont le concept One Health [une seule santé: homme/environnement, NDLR] est l’emblème, ne doit pas faire oublier la modernité du lien entre politique sanitaire et sociale dans une perspective de prévention des maladies chroniques et de résistance aux risques pandémiques. De premières enquêtes – la Covid est officiellement en France depuis mi-janvier –, il ressort l’inégalité de l’humain face au virus.
En touchant plus durement les sujets les plus vulnérables et les plus précaires de la société, la crise sanitaire a confirmé que les inégalités sociales et économiques se traduisent également dans l’inégal accès aux soins et à la qualité de vie: en témoigne notamment la surmortalité constatée au sein des professions les plus dévalorisées et dans certaines zones géographiques où les handicaps économiques, sociaux et sanitaires se cumulent.
« Ainsi, dit Dominique Potier, ce n’est pas un hasard si le département de la Seine-Saint-Denis, le plus jeune et le plus pauvre de France, est celui qui a connu la plus forte hausse du taux de surmortalité en mars et avril 2020 (augmentation de 130 % par rapport à 2019). » Il y a fort à parier que ces écarts de surmortalité se retrouvent également au sein même des métropoles du Grand-Est, d’un quartier à l’autre.
Deux hypothèses sont avancées pour expliquer la surmortalité des catégories de la population les plus démunies: surexposition au virus en amont et plus grande vulnérabilité en cas d’infection.

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La première s’explique d’abord par l’occupation des professions en première ligne pendant l’épidémie (agent hospitalier, aide-soignant, caissier, livreur.) qui présentent un plus grand risque de contamination que la moyenne. La surexposition passe également par la promiscuité des espaces familiaux et collectifs pour les personnes les plus précaires, qui favorise la transmission du virus.
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La seconde résulte d’un rapport entre inégalités sociales et inégalités sanitaires: il existe une double peine pour les personnes les plus précaires qui sont aussi, en moyenne, les plus vulnérables. Cela est notamment lié à la permanence de déserts médicaux dans certaines régions, qui rendent l’accès aux soins plus difficile qu’ailleurs. À cela s’ajoute chez les plus précaires une plus grande prévalence des facteurs de comorbidité en cas de contagion: diabète, obésité, pathologies chroniques respiratoires. Les inégalités économiques, sociales et sanitaires semblent donc avoir aggravé le bilan de la pandémie.
Au même titre que les études en cours sur l’efficacité des traitements de patients contaminés et la recherche pour développer un vaccin, une étude qui documente plus précisément la sociologie des personnes atteintes de la Covid-19 et des personnes qui en sont décédées serait un élément clé de connaissance puissant pour engager une authentique politique de prévention susceptible de limiter les conséquences dramatiques d’une nouvelle pandémie.
Constat: on doit concevoir ici un autre volet de la prévention. C’est pourquoi le parlementaire demande au ministre de la Santé « s’il est possible de commander une telle étude afin de tirer toutes les leçons sanitaires et politiques utiles de la pandémie ».
