POSITION DE L’ACIO/CANO
Les personnes atteintes de cancer et leur famille ont le droit de recevoir des soins de navigation prodigués par des infirmières spécialisées en oncologie pour faciliter la trajectoire de soins souvent complexe et faisant intervenir différents secteurs des systèmes de santé.
Les infirmières spécialisées en oncologie offrent du soutien ciblé et des stratégies personnalisées pour coordonner les soins entre les différents milieux et secteurs, aplanissant ainsi les obstacles que peuvent rencontrer les personnes atteintes de cancer et leur famille.
Les infirmières spécialisées en oncologie jouant un rôle principalement axé sur la navigation des patients atteints de cancer améliorent les résultats de santé, notamment l’accès aux soins, la continuité des soins et l’efficacité clinique, de même que la participation et l’expérience des patients.
Dans le domaine des soins du cancer, la navigation se définit comme « un processus proactif et intentionnel de collaboration avec une personne et sa famille afin de guider ceux-ci au moment de manoeuvrer à travers l’éventail des traitements, des services et des obstacles possibles, et ce, tout au long de l’expérience globale du cancer » (CPAC/PCCC – Canadian Partnership Against Cancer/Partenariat canadien contre le cancer, 2012, p. 5).
Ce rôle, lorsqu’il est confié à une infirmière possédant une expertise en oncologie, produit des résultats positifs pour les patients, les familles et les proches aidants. Les infirmières pivots s’efforcent de comprendre les obstacles aux soins particuliers à chaque patient et aident le patient à surmonter ces obstacles. Elles coordonnent au fil du temps les situations nécessitant des soins de santé afin de répondre aux besoins changeants des patients. Les infirmières pivots sont garantes de l’efficacité des soins interdisciplinaires en intervenant activement pour optimiser l’accès aux services, les rendez-vous médicaux, les processus et la communication entre les équipes afin d’améliorer les soins aux patients (Case, 2011; Cantril et Haylock, 2013; McMullen, 2013; Pedersen, Hack, McClement et Taylor-Brown, 2014).
L’ACIO/CANO a établi sept normes encadrant la pratique de l’infirmière spécialisée en oncologie (2006). Ces normes s’appliquent toutes lorsque l’infirmière s’occupe de navigation, mais à titre d’infirmière pivot, les compétences fondamentales mises de l’avant visent surtout la facilitation de la continuité des soins, l’orientation du patient dans le système, l’enseignement et l’encadrement, la relation de soutien, et la relation thérapeutique.
FONDEMENT DE LA DÉMARCHE—DONNÉES PROBANTES APPUYANT LA POSITION DE L’ACIO/CANO
Au Canada, le panorama des soins du cancer est, à bien des égards, en pleine évolution. Cette situation nous pousse à reconnaître la nécessite d’un nouveau rôle infirmier en oncologie, axé principalement sur la navigation et la coordination des soins, afin d’offrir des soins de grande qualité centrés sur la personne. Ces facteurs de changement sont :
Le nombre de patients atteints de cancer au Canada continue de croître de façon exponentielle : on s’attend à ce qu’un Canadien sur deux en souffre au cours de sa vie (CCS/SCC – Canadian Cancer Society/Société canadienne du cancer, 2017).
De plus en plus de traitements efficaces font leur apparition; il y a donc maintenant plus de personnes qu’avant vivant avec le cancer (CCS/SCC, 2017).
Dans bien des cas, l’administration de ces nouveaux traitements s’est complexifiée. De plus, les profils d’effets secondaires sont également moins bien connus et plus compliqués (Levit, 2013). L’utilisation répandue des inhibiteurs des points de contrôle immunitaire et l’arrivée de la thérapie par lymphocytes T à récepteur d’antigène chimérique constituent deux exemples du portrait hétérogène en pleine évolution des traitements oncologiques.
Le recours aux traitements anticancéreux administrés par voie orale est de plus en plus fréquent, ce qui alourdit, pour les patients, la responsabilité d’autogestion de la maladie (Given, Given, Sikorskii, Vachon et Banik, 2017).
Le fait de devoir se déplacer pour recevoir les traitements ajoute au fardeau des patients et des familles (Matthews, Buehler et West, 2009); les modèles de soins du cancer se transforment pour faciliter l’accès aux traitements du cancer dans les localités (Corrie et al., 2013).
D’une population à l’autre, l’expérience des effets du cancer et de ses traitements est différente; il est donc nécessaire d’adapter les soins pour répondre aux besoins spécifiques de chaque groupe (Brown, Ham-Baloyi, van Rooyen, Aldous et Marais, 2016).
Comme le nombre de Canadiens atteints de cancer et le nombre de survivants de la maladie ne cessent de croître, il est utopique de s’attendre à ce qu’un seul professionnel de la santé puisse répondre à la myriade de besoins de chaque patient, ou alors que tous les patients atteints de cancer auront exactement besoin des mêmes soins. La portée et l’objectif du rôle des infirmières pivots sont définis par l’organisation qui les emploie et par la législation provinciale; elles tiennent également compte des secteurs névralgiques où une meilleure coordination des soins doublée de services de navigation pourrait améliorer l’efficacité du système et l’expérience des patients. Les programmes peuvent varier et être généralistes ou propres à un groupe de tumeurs, ou alors cibler des moments précis de la trajectoire des soins, une population particulière ou marginalisée, ou un secteur géographique. Au Canada, ce sont des infirmières spécialisées en oncologie qui, en très grande majorité, accomplissent les fonctions de navigation. Bien que le modèle des soins de navigation puisse varier, l’objectif et les résultats sont fondamentalement les mêmes : surmonter les obstacles à l’obtention de soins en temps opportun, faciliter la coordination des soins et améliorer la prestation de soins oncologiques de grande qualité et centrés sur la personne.
Traditionnellement, les soins du cancer se concentraient sur le diagnostic et le traitement, mais le système de soins a évolué et l’expérience du cancer s’est fragmentée et complexifiée. Par conséquent, toutes les agences canadiennes du cancer ont maintenant mis en place des services axés sur la navigation sous une forme ou sous une autre (navigation professionnelle, navigation non professionnelle, autonavigation) (CPAC/PCCC, 2012). Les résultats sont largement influencés par le type de navigation choisie. Le modèle professionnel qui fait appel à des infirmières spécialisées en oncologie permet de s’ajuster et de s’adapter à l’ensemble des besoins exprimés par les patients et les familles tout au long de leur expérience du cancer, et améliore également l’efficacité de la prestation des soins (Case, 2011; Swanson et Koch, 2010).
Le système de soins du cancer est complexe, il a souvent de multiples points d’entrée, il regroupe différents types de professionnels de la santé et il couvre plusieurs domaines cliniques. Le fait de réduire la fragmentation du système bonifiera certes l’expérience des patients et l’accès aux soins et, à titre de professionnels de la santé, nous sommes bien placés pour connaître tous les rouages du système et en naviguer les méandres. À leur entrée dans le système, les patients atteints de cancer n’ont pas, eux, les connaissances et l’expertise qui leur permettent de bien anticiper les obstacles et les difficultés pouvant accompagner un diagnostic de cancer ou la navigation d’un système de santé complexe.
Nombreuses sont les provinces canadiennes qui reconnaissent maintenant que la navigation constitue un élément clé d’un système intégré de soins du cancer et une approche efficace pour améliorer la prestation des soins centrés sur la personne, de même que l’efficacité clinique. Le présent énoncé de position a pour but de clarifier l’effet du rôle de navigation santé lorsqu’il est confié à une infirmière spécialisée en oncologie. Les patients, les professionnels de la santé et les décideurs s’intéressent de plus en plus aux programmes de navigation pour améliorer la coordination et la continuité des soins et assurer un accès aux services de santé en temps opportun. Il est important de voir la navigation des patients atteints de cancer comme faisant partie des différents rôles de l’infirmière spécialisée en oncologie.
Approbation du conseil
d’administration de l’ACIO/CANO
Date initiale d’approbation : Avril 2020
RÉFÉRENCES
- Brown O, Ham-Baloyi W, van Rooyen D, Aldous C, Marais L. Culturally competent patient-provider communication in the management of cancer: An integrative literature review. Global Health Action. 2016:9. doi: 10.3402/qha.v9.33208. (epub). [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- Canadian Association of Nurses in Oncology/Association canadienne des infirmières en oncologie (CANO/ACIO) Practice Standards and Competencies for the Specialized Oncology Nurse. 2006 http://c.ymcdn.com/sites/cano.malachite-mgmt.com/resource/resmgr/standards/CONEP_Standards2006September.pdf. [Google Scholar]
- Canadian Cancer Society/Société canadienne du cancer (CCS/SCC) – Advisory Committee on Cancer Statistics/Comité directeur des statistiques sur le cancer. Canadian cancer statistics 2017. Canadian Cancer Society; 2017. https://www.cancer.ca/~/media/cancer.ca/CW/cancer%20information/cancer%20101/Canadian%20cancer%20statistics/Canadian-Cancer-Statistics-2017-EN.pdf?la=en. [Google Scholar]
- Canadian Partnership Against Cancer/Partenariat canadien contre le cancer (CPAC/PCCC) Navigation: A guide to implementing best practices in person-centred care. 2012. http://www.cancerview.ca/idc/groups/public/documents/webcontent/guide_implement_nav.pdf.
- Cantril C, Haylock PJ. Patient navigation in the oncology care setting. Seminars in Oncology Nursing. 2013;29(2):76–90. doi: 10.1016/j.soncn.2013.02.003. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- Case MAB. Oncology nurse navigator. Clinical Journal of Oncology Nursing. 2011;15(1) doi: 10.1188/11.CJON.33-40. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- Corrie P, Moody A, Armstrong G, Nolasco S, Lao-Sirieix S, Bavister L, Prevost A, Parker R, Sabes-Figuera R, McCrone P, Balsdon H, McKinnon K, Hounsell A, O’Sullivan B, Barclay S. Is community treatment best? A randomized trial comparing delivery of cancer treatment in the hospital, home and GP Surgery. British Journal of Cancer. 2013;109(6):1549–1555. doi: 10.1038/bjc.2013.414. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- Given B, Given C, Sikorskii A, Vachon E, Banik A. Medication burden of treatment using oral cancer medications. Asia-Pacific Journal of Oncology Nursing. 2017;4(4):275–282. doi: 10.4103/apjon.apjon_7_17. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- Levit LA, Balogh E, Nass SJ, Ganz P. Delivering high-quality cancer care: Charting a new course for a system in crisis. National Academies Press; 2013. pp. 7–8. [PubMed] [Google Scholar]
- Mathews M, Buehler S, West R. Perceptions of health care providers concerning patient and health care provider strategies to limit out-of-pocket costs for cancer care. Current oncology. 2009;16(4) doi: 10.3747/co.v16i4.375. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- McMullen L. Oncology nurse navigators and the continuum of cancer care. Seminars in Oncology Nursing. 2013;29(2):105–117. doi: 10.1016/j.soncn.2013.02.005. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- Pedersen AE, Hack TF, McClement SE, Taylor-Brown J. An exploration of the patient navigator role: Perspectives of younger women with breast cancer. Oncology Nursing Forum. 2014;41(1):77–88. doi: 10.1188/14.ONF.77-88. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- Swanson J, Koch L. Oncology Nursing Forum. 1. Vol. 37. Oncology Nursing Society; 2010. The role of the oncology nurse navigator in distress management of adult inpatients with cancer: A retrospective study; p. 69. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- The Health Foundation. Person-centred care made simple. 2014 https://www.health.org.uk/sites/health/files/PersonCentredCareMadeSimple.pdf. [Google Scholar]
