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. 2020 Nov 19;15(1):24–32. [Article in French] doi: 10.1016/j.mmm.2020.11.002

Prise en charge par téléconsultation des patients diabétiques dans le contexte de la pandémie de la COVID-19 : étude prospective observationnelle

Telemedicine for diabetes management during the COVID-19 pandemic: An observational prospective study

Mathilde Flocard 1, Laurent Meyer 1,2, Thibault Fabacher 3, Thibault Bahougne 1, Françoise Ortéga 1, Dominique Paris 1, Marion Munch 1, Sylvie Boullu-Sanchis 2, Clémence Canel 2, Claire Chappaz 2, Laurence Kessler 1,4,
PMCID: PMC7676311

Abstract

The COVID-19 pandemic has compelled the French government to impose confinement measures to stem the spread of the coronavirus. These measures may have had a potential impact on the glycemic control of diabetic patients. Within this context, telemedicine appears to be a viable option for follow-up appointments of diabetic patients. To assess this theory, we simultaneously led a prospective observational study during the novel coronavirus pandemic at Strasbourg's teaching hospital and at a private medical office to evaluate glycemic control in 491 diabetic patients either attending a telehealth appointment (n = 338) or whom in-person consultation had been postponed by 6 months (n = 153). Surveys were collected to assess both the patients’ and the physicians’ satisfaction. A decrease in average glycated hemoglobin (HbA1c) was observed among patients from the telehealth appointment group: ΔHbA1c = −0.33% (n = 175) as well as the other group: ΔHbA1c = −0.13% (n = 92) 3 months after the beginning of the study. Patients belonging to the telehealth appointment group at Strasbourg's teaching hospital (n = 97) experienced a decrease in their HbA1c average from 7.65 ± 1.19% to 7.18 ± 0.9%, while patients from the same group attending a private medical office (n = 78) also experienced a decrease from 7.28 ± 0.80% to 7.11 ± 0.79%. Ninety-two percent of patients were satisfied with the telehealth appointment, think it could be a virtual alternative to in-person consultation and would recommend it to other diabetic patients. Even though seven out of eight diabetologists had never offered telehealth appointments to their patients prior to the COVID-19 pandemic, all of them hope to provide such services to their patients once the health crisis is over. The tendency towards a decrease in HbA1c levels within our cohort should be qualified due to missing data caused by the disruption in data collection during the COVID-19 pandemic. Evaluation and assessment of the cohort's glycemic control 6 months after the beginning of the study could help confirm these results.

Keywords: Telemedicine, Diabetes mellitus, Coronavirus disease, Diabetes management, France

Introduction

Depuis janvier 2020, la pandémie de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) touche la France, avec 527 448 cas et 31 700 décès au 26/09/2020 [1]. La région Grand-Est a été l’une des plus impactées, avec un taux d’incidence d’infections respiratoires aiguës de 661 cas pour 100 000 habitants au pic de l’épidémie (semaine 13) [2]. D’après une étude chinoise publiée dans le JAMA en mars 2020 [3], sur 138 patients testés COVID+, 46,4 % présentaient au moins une comorbidité : une hypertension artérielle (31,2 %) et/ou un diabète (10,1 %). Pour autant, le diabète ne semble pas être associé à un surrisque d’infection à « severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 » (SARS-CoV-2), mais constitue un facteur de risque de la maladie à COVID-19 sévère [4], [5]. De plus, l’étude de Zhou et al. a démontré un excès de mortalité hospitalière chez les patients diabétiques (odds ratio [OR] = 2,85 [intervalle de confiance à 95 %, IC 95 % : 1,35–6,05]) [6]. Or, la prévalence du diabète est plus élevée dans le Grand-Est que sur le reste du territoire français : 5,7 % contre 5,0 % au plan national [7], [8]. Par ailleurs, du fait du confinement, les patients diabétiques asymptomatiques ne se sont plus rendus en consultation dans les services de diabétologie ou chez leur diabétologue de ville, en dehors des situations aiguës : acidocétose, pied diabétique, diabète gestationnel. En outre, la limitation des déplacements à l’extérieur du domicile s’est accompagnée d’une augmentation de la sédentarité, environ 6 français sur 10 ne satisfaisant pas aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en termes d’activité physique hebdomadaire [9], [10], avec un impact potentiel sur l’équilibre glycémique (évalué par les taux sanguins d’hémoglobine glyquée [HbA1c]) [10], [11]. Durant le confinement, des difficultés de gestion du diabète en lien avec une anxiété accrue ont également été rapportées [12]. Au-delà de son intérêt pour la réduction des disparités territoriales d’accès aux soins, la télémédecine semble particulièrement pertinente pour assurer le suivi des patients diabétiques dans le contexte sanitaire actuel [13]. Des études ont démontré l’efficacité de la télémédecine dans le contrôle de l’équilibre glycémique des patients diabétiques [14]. Cependant, la pratique de la télémédecine reste marginale en France, et peu d’études en vie réelle sont disponibles. La crise que nous traversons est une opportunité unique d’exploiter les outils de télésanté pour apporter aux patients un suivi médical sécurisé.

Objectifs de l’étude

Les objectifs de l’étude sont :

  • évaluer l’équilibre glycémique à 3 et 6 mois des patients diabétiques suivis par téléconsultation en ville et à l’hôpital dans le contexte de la pandémie à la COVID-19 en comparaison au groupe de patients qui n’a pas eu de téléconsultation ;

  • analyser la satisfaction des patients et des diabétologues ayant participé à la téléconsultation. Nous rapportons ici l’évaluation métabolique à 3 mois.

Patients et méthodes

Nous avons mené une étude prospective observationnelle ouverte bicentrique au sein du service d’endocrinologie, diabète et nutrition des hôpitaux universitaire de Strasbourg et d’un cabinet libéral de diabétologie de Strasbourg (ClinicalTrial.gov Identifier : No NCT04370171). Le protocole a été approuvé par le Comité de protection des personnes (ID-RCB : 2020-A00974-35). Pour chaque patient, la non-opposition de participation à l’étude a été recueillie oralement par téléphone.

Critères d’inclusion et exclusion

Tous les patients de plus de 18 ans, diabétiques (type 1 [DT1], type 2, [DT2], « Maturity-onset Diabetes of the young » [MODY], secondaire, post-transplantation), suivis à l’hôpital ou au cabinet libéral et devant bénéficier d’une consultation en présentiel ont été inclus. Les femmes enceintes, les patients atteints de cancer ou dont l’espérance de vie était limitée à 6 mois, et les patients présentant des complications aiguës (accident vasculaire cérébral ; infarctus du myocarde ; plaies du pied) étaient exclus.

Les patients du groupe « téléconsultation » ont bénéficié d’une téléconsultation par visioconférence ou par téléphone en remplacement de la consultation en présentiel prévue le même jour. Le groupe « sans téléconsultation » était composé de patients ayant refusé la téléconsultation ou pour lesquels la consultation en présentiel a dû être différée. Tous les patients bénéficieront d’une consultation en présentiel 6 mois après la date de la téléconsultation ou de la consultation reportée.

Évaluation métabolique et satisfaction

Les données recueillies (caractéristiques des patients, complications micro- et macro-vasculaires, et traitement) étaient issues des dossiers médicaux informatisés du CHU de Strasbourg et du logiciel Crossway® (Cegedim, Boulogne-Billancourt) au centre libéral d’endocrinologie et maladies métaboliques, logiciel DxCare® (Medasys, Le Plessis-Robinson) au CHU. Le contrôle glycémique était évalué à 3 et 6 mois par le dosage de l’HbA1c.

Un questionnaire de satisfaction conduit conformément aux principes des bonnes pratiques cliniques, a été proposé à chaque patient par téléphone immédiatement après la téléconsultation ou dans les 3 mois qui suivaient par les secrétaires médicales et les infirmières de recherche clinique. Un questionnaire de satisfaction dédié aux huit praticiens diabétologues et relatif à leur vécu/impression/expérience de la télémédecine, a également été renseigné dans les 2 mois qui suivaient le début de l’étude. Les événements intercurrents : décès, hospitalisation, infection à SARS-CoV-2 (RT-PCR SARS-CoV-2 positive ou aspect scanographique évocateur de la COVID-19) étaient comptabilisés.

Critères d’évaluation principale et secondaire

Le critère d’évaluation principal était la variation de l’HbA1c 3 mois après le début de l’étude dans les deux groupes : « téléconsultation » et « sans téléconsultation », comparativement à la dernière HbA1c disponible avant inclusion. Les critères secondaires étaient : l’évaluation du nombre de patients accessible à la téléconsultation en ville et à l’hôpital ; la survenue de complications aiguës ; la satisfaction des médecins et des patients diabétiques suivis en téléconsultation en ville et à l’hôpital (questionnaire téléphonique) ; le nombre de patients infectés par le SARS-CoV-2.

Analyse statistique

Les données ont été analysées à l’aide de méthodes bayésiennes et décrites en termes de fréquence (%) pour les données catégorielles et via la moyenne (SD)/médiane (quartile) pour les données quantitatives. Le résultat principal a été analysé par une régression linéaire avec un effet aléatoire sujet et une interaction entre le temps du dosage et le groupe d’appartenance du sujet. Les lois, a priori, ont été définies avant l’étude sur la base d’hypothèses peu informatives dérivées des connaissances des experts et de la littérature disponible. Nous avons calculé la probabilité que l’évolution du dosage de l’HbA1c soit supérieure dans un groupe par rapport à l’autre. Nous rappelons que les méthodes bayésiennes n’utilisent pas de valeur de p et que les probabilités calculées ne doivent pas être confondues avec des p-valeurs. Les probabilités proches de 1 ou 0 suggèrent toutes deux un effet, respectivement une différence positive ou négative ou un OR supérieur ou inférieur à 1. Tous les calculs ont été effectués avec le logiciel R Open 3.3.1 et le programme de simulation bayésienne JAGS.

Résultats

Caractéristiques des patients

Quatre cent quatre vingt onze patients étaient éligibles sur la période du 17 mars 2020 au 21 avril 2020. Trois cent trente huit patients ont constitué le groupe suivi par téléconsultation, dont 174 suivis en ville et 164 à l’hôpital, et 153 patients le groupe sans téléconsultation, dont 77 à l’hôpital et 76 en ville (tableau I ). La moyenne d’âge était plus élevée dans le groupe « sans téléconsultation » que dans le groupe « téléconsultation » (64,9 ± 12,2 ans versus 57,4 ± 13,5 ans ; Pr = 0), tout comme l’indice de masse corporelle (IMC : 29,7 ± 4,6 kg/m2 versus 28,8 ± 5,2 kg/m2 ; Pr = 0,018), les proportions de patients DT1 (33,4 % versus 20,3 % ; Pr = 0,099) et de patients insulinotraités (74,3 % versus 70,7 % ; Pr = 0,984). Comparativement aux patients suivis en ville, les patients suivis à l’hôpital étaient statistiquement plus jeunes (57,2 ± 13,9 ans versus 62,5 ± 12,6 ans ; Pr = 0,005), plus souvent DT1 (35,7 % versus 25,1 % ; Pr = 1), présentaient plus souvent un diabète secondaire (15,0 % versus 1,6 % ; Pr = 1). Ils étaient plus souvent sous pompe à insuline (34,0 % versus 25,8 % ; Pr = 0,001), et plus compliqués sur le plan microvasculaire (50,6 % versus 39,0 % ; Pr = 0,988) (tableau II ). Les proportions respectives de patients suivis en ville ou à l’hôpital étaient comparables entre les groupes « téléconsultation » et « sans téléconsultation ». La téléconsultation correspondait à une consultation téléphonique dans 63,3 % des cas, et à une visioconférence dans 36,7 % des cas. Dans le groupe suivi en ville, la téléconsultation par visioconférence concernait 44,4 % des patients contre 2,9 % à l’hôpital.

Tableau I.

Caractéristiques de la population totale et des patients suivis avec et sans téléconsultation

Population totale Groupe téléconsultation Groupe sans téléconsultation Pr
n = 491 (100 %) n = 338 (69 %) n = 153 (31 %)
Sex-ratio : H/F (%) 55/45 55/45 57/43 0,467
Âge (années) 59,7 ± 13,5 57,4 ± 13,5 64,9 ± 12,2 0
IMC (kg/m2) 29,2 ± 5,0 28,8 ± 5,2 29,7 ± 4,6 0,018
HbA1c (%) 7,4 ± 1,0 7,4 ± 0,9 7,5 ± 1,1 0,301
Diabète de type 1/2/autre, n (%) 145 (29,6)/307 (62,4)/39 (8) 113 (33,4)/194 (57,4)/31 (9,2) 31 (20,3)/113 (73,8)//9 (5,9) 0,1/0,04/0,8
ADO, n (%) 251 (51) 161 (47,6) 87 (56,9) 0,0433
Analogue du GLP-1, n (%) 103, (21) 71 (21) 31 (20,3) 0,611
Insuline, n (%) 348 (70,7) 251 (74,3) 98 (64) 0,984
Insulinothérapie : injection insuline, n (%)/pompe, n (%) 222 (63,8) 148 (59,0) 68 (69,4) 0,984
126 (36,2) 103 (41,0) 30 (30,6)
Dose d’insuline (UI/J) 46,2 ± 23,7 48 ± 25,1 43,9± 20,1 0,545
Complications : macro-/micro-vasculaire, n (%) 132 (26,8)/228 (46,3) 91 (26,7)/151 (44,4) 41 (26,8)/77 (50,3) 0,526/0,14
Consultation par visioconférence, n (%) 124, (25,2) 124 (36,7) NS
Consultation téléphonique, n (%) 214, (43,7) 214 (63,3) NS
Suivi cabinet libéral, n (%) 251 (51) 174 (51,5) 77 (50,3) NS
Suivi hospitalier, n (%) 241 (49) 164 (48,5) 76 (49,7) NS
Infection COVID-19, n (%) 16 (3,3) 12 (2,5) 4 (0,8) NS

IMC : index de masse corporelle ; ADO : antidiabétiques oraux ; GLP-1 : « glucagon-like peptide -1 ».

Tableau II.

Caractéristiques des patients suivis à l’hôpital et en cabinet libéral

Patients suivis à l’hôpital Patients suivis en ville Pr
n = 241 n = 250
Sex-ratio : H/F (%) 54/46 58/42 0,0733
Âge (années) 57,2 ± 13,9 62,5 ± 12,6 0,0056
IMC moyen (kg/m2) 28,7 ± 5,2 29,3 ± 4,6 0,0347
HbA1c (%) 7,4 ± 1,1 7,3 ± 0,8 0,511
Diabète de type 1/2/autre, n (%) 86 (35,7)/119 (49,3)/36 (15) 61 (25,1)/184 (73,3)/4 (1,6) 1/0/1
ADO, n (%) 99 (41,7) 142 (56,6) 0
Analogue du GLP-1, n (%) 55 (22,8) 44 (17,6) 0,639
Insuline, n (%) 188 (78) 163 (65) 1
Injection insuline/pompe, n (%) 106 (44)/82 (34) 121 (74,2)/42 (25,8) 0,0012
Dose d’insuline (UI/J) 36/46 40,3/47,8 0,222
Complications macro/micro, n (%) 67 (27,8)/122 (50,6) 63 (25,1)/98 (39) 0,75/0,988
Téléconsultation 164 (68) 174 (69,6) NS
Visioconférence/téléphone 7 (2,9)/157 (65,1) 111 (44,4)/63 (25,2) 0,003/0,001
Délai entre les deux dernières consultations, n (jours) 301 ± 179 162 0,527
Infection COVID-19, n (%) 10 (4,2) 6 (2,4) NS

IMC : index de masse corporelle ; ADO : antidiabétiques oraux ; GLP-1 : « glucagon-like pepetide-1 ».

Suivi et résultats métaboliques

Sept patients (1,4 %) ont nécessité une hospitalisation pour une raison non diabétologique, et 17 cas (3,4 %) d’infections à SARS-CoV2 ont été rapportés : 12 (3,6 %) cas dans le groupe téléconsultation, et cinq (1,5 %) cas dans le groupe sans téléconsultation, dont deux mortelles. La différence n’était pas significative. Dans le groupe des patients suivis par téléconsultation (n  = 338), on observait une réduction moyenne à 3 mois non significative du taux d’HbA1c : ΔHbA1c  = −0,33 % contre −0,13 % dans le groupe sans téléconsultation. La valeur de l’HbA1c à 3 mois passait de 7,48 ± 1,01 % à 7,15 ± 0,84 % dans le groupe téléconsultation contre 7,39 ± 1,11 % à 7,26 ± 1,00 % dans le groupe sans téléconsultation (tableau III ). L’HbA1c des patients suivis en téléconsultation à l’hôpital diminuait de 7,65 ± 1,19 % à 7,18 ± 0,9 % contre 7,28 ± 0,80 % à 7,11 ± 0,79 % dans le groupe suivi en ville. L’HbA1c passait de 7,51 ± 1,06 % à 7,25 ± 0,95 % à 3 mois chez les patients suivis à l’hôpital, et de 7,25 ± 0,87 % à 7,12 ± 1,00 % chez ceux suivis en ville. Au sein du groupe sans téléconsultation, l’HbA1c à 3 mois diminuait de 7,57 ± 1,17 % à 7,37 ± 1,02 % chez les patients suivis à l’hôpital, et de 7,08 ± 1,01 % à 7,07 ± 0,89 % à 3 mois chez ceux suivis en ville. Nous avions 59 % de données manquantes dans le groupe avec téléconsultation, 63 % dans le groupe sans téléconsultation, 47 % en ville et 45 % à l’hôpital (tableau III).

Tableau III.

Évolution de l’HbA1C dans les différents groupes avec ou sans téléconsultation et suivis à l’hôpital ou suivi en ville


Téléconsultation
Sans téléconsultation
(n = 175) (n = 92)
HbA1c (%) à T0
7,48 ± 1,01
7,39 ± 1,11
HbA1c (%) à T 3 mois 7,15 ± 0,84 7,26 ± 1,00

Hôpital
Ville
(n = 157) (n = 110)
HbA1c (%) à T0
7,51 ± 1,06
7,25 ± 0,87
HbA1c (%) à T 3 mois 7,25 ± 0,95 7,12 ± 0,82
Téléconsultation à l’hôpital
Téléconsultation en ville
(n = 97) (n = 78)
HbA1c (%) à T0 7,65 ± 1,19 7,28 ± 0,80
HbA1c (%) à T 3 mois 7,18 ± 0,90 7,11 ± 0,79

Sans téléconsultation à l’hôpital
Sans téléconsultation en ville
(n = 32) (n = 60)
HbA1c (%) à T0
7,57 ± 1,17
7,08 ± 1,01
HbA1c (%) à T 3 mois 7,37 ± 1,02 7,07 ± 0,89

Satisfaction des patients et des diabétologues

Sur les trois cent trente huit patients ayant bénéficié d’une téléconsultation, 255 (75,4 %) patients ont complété le questionnaire de satisfaction. Les patients se sont déclarés satisfaits de leur téléconsultation dans 92 % des cas, 89 % l’ont trouvé utile, 96 % simple et pratique, et 85 % suffisante. Cependant, pour 80 % d’entre eux, la téléconsultation ne devrait constituer qu’un complément au suivi conventionnel, et ce, à raison de 1 à 2 téléconsultations par an (figure 1 ). Sur les huit diabétologues participant à l’étude, la très grande majorité n’avait jamais effectué de téléconsultations avant le début de l’épidémie de la COVID-19 (87,5 %). Trois diabétologues sur huit ont trouvé la téléconsultation aussi efficace que la consultation en présentiel, alors que cinq d’entre eux l’ont jugée moins efficace, aucun ne l’a jugée plus efficace (figure 2 ). Les principaux inconvénients de la téléconsultation téléphonique par rapport à la visioconférence étaient : le contact limité avec le patient pour cinq médecins sur huit (62,5 %), les difficultés de compréhension pour un praticien (12,5 %), et l’impossibilité de réaliser un examen clinique pour trois des huit diabétologues ayant participé à l’étude (37,5 %). Quant à la durée de la téléconsultation comparativement à celle d’une consultation en présentiel, elle était plus importante pour un diabétologue, plus courte pour quatre d’entre eux, et comparable pour les trois autres. Cependant, sept médecins sur huit ont prévu de continuer à proposer cette modalité de suivi après la crise sanitaire.

Figure 1.

Figure 1

Satisfaction (A) et positionnement de la téléconsultation par rapport à la consultation en présentiel (B) du point de vue des patients

Figure 2.

Figure 2

Efficacité (A) et durée (B) de la téléconsultation par rapport à la consultation en présentiel du point de vue des diabétologues

Discussion

Dans cette étude, nous avons observé une tendance globale à l’amélioration des taux d’HbA1c, qui était plus marquée dans le groupe suivi par téléconsultation et en particulier à l’hôpital. Ces différences apparentes sont probablement en lien avec les caractéristiques des groupes de patients. En effet, les patients suivis par téléconsultation à l’hôpital étaient plus jeunes, plus souvent DT1, plus souvent insulinotraités, traités par pompe à insuline et sous analogues du récepteur au « glucagon-like peptide-1 » (GLP1-AR). L’absence de significativité des résultats concernant la variation moyenne d’HbA1c peut, en partie, s’expliquer par la forte proportion de données d’HbA1c manquantes à 3 mois (∼50 %). Les principales causes de ce déficit de données étant : le refus des patients de réaliser l’examen sanguin, et l’impossibilité de les contacter à plusieurs reprises. Enfin, l’existence de valeurs initiales d’HbA1c suboptimales dans les deux groupes (7,4 %) a pu influencer l’évolution des valeurs des taux d’HbA1c dans la cohorte. En effet, certaines études ont montré l’efficacité à court, moyen et long terme des interventions de télémédecine chez les patients DT1 et DT2, avec une réduction significative de l’HbA1c d’autant plus importante que l’HbA1c initiale était élevée (>8 %) et le diabète récemment diagnostiqué [15].

Une pratique de la téléconsultation différente entre la ville et l’hôpital ?

On note une disparité importante dans les pourcentages de téléconsultations effectuées par visioconférences entre la ville et l’hôpital : 44 % versus 3 %, respectivement. Cette différence majeure est liée à un niveau d’équipement plus faible au sein du service public hospitalier, où seulement un sur quatre des diabétologues disposent d’une caméra connectée, contre quatre sur quatre des diabétologues en ville. De plus, l’utilisation des différents logiciels de téléconsultation disponibles nécessitaient une formation préalable, ce qui a pu constituer un frein à leur emploi.

Évaluation de la satisfaction des patients et des médecins à la téléconsultation

Dans la grande majorité des cas, les patients ont été satisfaits de la prise en charge par téléconsultation, comme le montrent les questionnaires de satisfaction. En revanche, 15 % des patients l’ont trouvé insuffisante, essentiellement du fait de l’absence de prise de constantes lors de la téléconsultation. Pour pallier ce problème, des box équipés pour la téléconsultation et la télésurveillance, ont été aménagés dans certaines pharmacies de ville. De la même manière, 11 % des patients l’ont trouvé inutile, même si 8 % seulement n’étaient pas satisfaits de la téléconsultation. En outre, la téléconsultation a été perçue par les patients comme une source de réassurance dans cette période d’incertitude, sans en attendre nécessairement un bénéfice métabolique. Quatre-vingts pour cent des patients diabétiques estiment la téléconsultation comme complémentaire à une consultation en présentiel et n’envisagent pas de remplacer cette dernière par une téléconsultation. Nos observations corroborent les résultats d’un sondage réalisé en janvier 2020 par l’institut Harris Interactive, dans lequel une majorité de sujets déclaraient ne pas être prêts à renoncer à la relation directe et physique avec leur diabétologue [16]. Quant aux médecins, la crise de la COVID-19 les a incités à changer leurs modalités d’exercice, ce qu’ils n’avaient pas envisagé auparavant, puisque seulement un diabétologue sur huit avait déjà pratiqué de la téléconsultation. Depuis le 15 septembre 2018, la téléconsultation bénéficie d’un remboursement à 70 % par l’Assurance maladie, et le nombre d’actes facturés à l’Assurance maladie n’a cessé de croître depuis [17]. Des dispositions exceptionnelles ont été prises pour assurer la continuité des soins pendant la pandémie de la COVID-19, notamment la prise en charge à 100 % des consultations à distance jusqu’au 31 décembre 2020 [18]. Un nombre record d’actes de téléconsultation (486 369) a d’ailleurs été enregistré au plus fort de l’épidémie (semaine 13) [19]. La France présente toutefois un retard par rapport à ses voisins européens, dans le déploiement des outils de télémédecine et la généralisation de la téléconsultation : on recense, par exemple, 6 % de consultations de premier recours par téléconsultation en Suède [20]. Ce changement « forcé » d’exercice a permis aux médecins volontaires d’appréhender les avantages et les limites de la télémédecine, avec un retour d’expérience très positif puisque sept des huit diabétologues ont prévu de continuer à proposer des téléconsultations à leurs patients. Un diabétologue parmi les huit a déclaré la téléconsultation comme chronophage en l’absence de secrétariat dédié pour l’accueil téléphonique des patients et la récupération en amont des éléments médicaux nécessaires. Dans notre questionnaire, la durée de la téléconsultation ne prenait effectivement pas en compte la préparation prétéléconsultation (appel du patient et récupération des données médicales), ce qui a pu constituer un biais dans l’évaluation de la durée de la téléconsultation, car seulement cinq des huit diabétologues étaient dotés d’un système de secrétariat, quatre en ville et un à l’hôpital.

Existe-t-il un profil-patient type pour la téléconsultation ?

La majorité des patients (68,8 %) étaient accessibles au suivi par téléconsultation, que ce soit en ville ou à l’hôpital, avec des profils très divers (âge, sexe, IMC, diabète, traitement…). Ces résultats étayent l’idée que tout patient est un candidat potentiel à la téléconsultation et qu’aucune restriction, telle que l’âge, ne doit influencer la décision d’un suivi par télémédecine. En effet, un certain nombre de patients âgés ont été accompagnés par un proche lors de leur téléconsultation. Une consultation par télémédecine requiert une préparation préalable : le patient doit réunir les éléments médicaux essentiels (biologie, données de mesure continue du glucose interstitielle, carnet de glycémies, poids…) qu’il communiquera à son diabétologue. Ceci contribue à la participation active du patient à sa prise en charge. Dans notre étude, les patients suivis par consultation téléphonique présentaient une moyenne d’âge plus élevée, en lien avec une absence d’équipement informatique et des difficultés à utiliser les nouvelles technologies. Des formations pourraient être proposées afin de remédier à ces inégalités d’accès aux services de santé connectée. Les patients n’ayant pas bénéficié d’une téléconsultation à l’hôpital n’étaient pas toujours des patients l’ayant refusée, à la différence de ceux suivis en ville. En effet, leur diabétologue référent n’était pas toujours disponible pour leur permettre d’en bénéficier. Il a pu en résulter un biais de sélection, le groupe « sans téléconsultation » suivi en cabinet libéral n’étant composé que de patients qui ont refusé la téléconsultation, d’où certaines différences constatées entre les deux groupes.

Conclusion

La modernisation de la pratique médicale courante implique la pleine intégration de la télémédecine et des outils de télésanté. La crise sanitaire de la COVID-19 a servi de catalyseur à cette nécessaire évolution. Elle a en effet amené les diabétologues participant à notre étude à proposer la téléconsultation à leurs patients et à en évaluer l’impact métabolique. Le suivi par télémédecine des patients diabétiques présente un intérêt certain dans les situations médicales particulières ou en alternance avec une consultation en présentiel, pour l’optimisation du contrôle métabolique. Elle permet d’assurer le suivi des patients, tout en élargissant l’intervalle de temps entre les consultations en présentiel, mais aussi de faciliter l’accès aux soins pour tous et de limiter les déplacements pour les patients les plus éloignés des structures de soin. Cependant, plusieurs aspects de la téléconsultation devront être précisés. Quels sont les profils de patients éligibles ? Quels en sont les prérequis en termes d’équipements et de formation en informatique, pour les patients et les soignants ? Quel impact aura le déploiement de la 5G ? Faut-il revoir la valorisation des actes de télémédecine ? Comment assurer la sécurité des données transmises pour un nombre croissant de patients ? Enfin… Comment préserver la relation patient-soignant ?

Les points essentiels.

  • La pandémie de la maladie à COVID-19 a accéléré l’essor de la téléconsultation en diabétologie.

  • La téléconsultation permet d’assurer la continuité des soins avec un bénéfice métabolique.

  • La pratique de la téléconsultation nécessite une préparation en amont (récupération du carnet de glycémies, données de mesure du glucose interstitiel, biologies…).

  • Les patients et les diabétologues sont satisfaits de la téléconsultation et la préconise en complément de la consultation en présentiel.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Remerciements

Les auteurs remercient les prestataires de santé à domicile, Asdia et Elivie, pour leur participation à la collecte des données nécessaires à la réalisation de l’étude.

Références


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