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. 2021 Jan 7;2021(528):24–25. [Article in French] doi: 10.1016/S1773-035X(20)30387-7

L’OMS sur la trace vers le réservoir animal du Sars-CoV-2

Jean-Marie Manus
PMCID: PMC7790450  PMID: 33437316

« L’apparition d’un nouveau virus chez l’humain est l’un des plus grands mystères qu’un épidémiologiste puisse espérer percer, estime-t-on, à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), car des maladies humaines courantes, certaines les plus mortelles, sont dues à des bactéries ou à des virus d’origine animale. »

Selon l’OMS, « ces dernières décennies, la tendance n’a fait que se renforcer : on estime que 70 % des agents pathogènes nouveaux ou réapparaissant sortent d’un réservoir animal » [1].

On peut citer la grippe – d’abord aviaire –, la maladie à virus Ebola, la grippe, la lèpre, la fièvre de Lassa, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient : Mers-CoV [2], la rage, le syndrome respiratoire aigu sévère, la variole, la tuberculose, le virus Zika…

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© adogslifephoto/stock.adobe.com

Comprendre le passage : au début

Comment une maladie infectieuse passe-t-elle de l’animal à l’homme ? « C’est une énigme qui peut prendre des années à être résolue », admet l’OMS. En fait, il est essentiel de comprendre comment une épidémie a débuté pour empêcher d’autres introductions dans la population humaine.

Ainsi, depuis que le premier foyer épidémique de pneumonie atypique a été détecté à Wuhan, en Chine, l’OMS est à la recherche d’éléments factuels sur le mode de passage à l’origine de ce virus, de l’animal à l’homme.

« Bien que la priorité de la santé publique des pays impactés ait été, et demeure, de mettre en place une riposte rapide et efficace pour tenter d’interrompre la transmission interhumaine du virus afin de sauver des vies, notre capacité à prévenir de futures pandémies et à y répondre passe d’une part par l’identification des réservoirs naturels et des hôtes intermédiaires du Sars-CoV-2, d’autre part des circonstances qui ont permis à ce nouveau coronavirus d’envahir le monde. »

Le 14 janvier dernier, lors de la première conférence de presse sur le nouveau coronavirus (Sars-CoV-2), le directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, insistait sur le premier point. À la première réunion du Comité d’urgence Covid-19 [3], il était question déjà d’entreprendre des recherches épidémiologiques à Wuhan sur les premiers cas détectés et la source de l’infection. D’ailleurs, rappelle l’OMS, son directeur général a évoqué la question de l’identification de l’origine du virus et de ses hôtes intermédiaires avec le président Xi Jinping lors de sa visite en Chine en janvier dernier.

La recommandation du Comité d’urgence de déclarer une urgence de santé publique de portée internationale, acceptée le 30 janvier, ciblait également l’origine du virus. Une réunion mondiale à l’OMS, en février, en a fait un domaine de recherche prioritaire.

Une source zoonotique, par quelle voie ?

L’OMS et ses partenaires ont examiné avec les scientifiques chinois qui enquêtent à Wuhan et d’autres pays les éléments probants de ce sujet clé. En mai, la 73e Assemblée mondiale de la santé a adopté une résolution qui confie à l’OMS, à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et à leurs pays membres, la mission « Un monde, une santé ».

70 % des agents pathogènes nouveaux ou réapparaissant sortent d’un réservoir animal

Pour l’OMS, il s’agit d’identifier la source zoonotique du virus et de déterminer son mode d’introduction dans la population humaine, en tenant du rôle potentiel d’hôtes intermédiaires. Cela suppose des enquêtes scientifiques de terrain sur la base d’un programme de recherche visant à réduire le risque d’événements ou incidents similaires et à fournir des orientations sur les moyens futurs à mettre en œuvre pour prévenir les infections humaines et animales à Sars-CoV-2 et éviter l’apparition de nouveaux réservoirs zoonotiques, en réduisant les risques d’émergence et de transmission des zoonoses.

Par cette résolution, les 194 États membres ont reconnu l’importance de ce travail en confiant à l’OMS un mandat clair pour en assurer la direction.

En juillet, des experts de l’OMS se sont rendus en Chine pour définir le rôle de l’équipe internationale d’enquête : étudier les sources potentielles d’infection des premiers cas signalés à Wuhan en décembre 2019, identifier les cas humains sporadiques antérieurs à cette date ou via des études séroépidémiologiques et d’autres sur les animaux et l’environnement.

Et les hôtes intermédiaires

Les résultats jetteront les bases d’études à plus long terme sur le ou les hôtes animaux intermédiaires, l’origine du virus et la façon dont il a fait son apparition dans la population humaine. Ces premières recherches pourraient donner lieu à des travaux similaires dans d’autres pays.

En septembre, l’équipe d’enquête a été constituée en y incluant des scientifiques représentant un large éventail de compétences et de nationalités.

En ce moment, les scientifiques passent en revue les études préliminaires, élaborent des protocoles et des supports d’étude et planifient des travaux dans le pays.

L’équipe a tenu sa première réunion en ligne avec ses homologues chinois le 30 octobre.

« Comme nous l’ont appris les flambées précédentes, il faut parfois des années pour retrouver l’origine de virus qui ont franchi la barrière des espèces de l’animal à l’homme », tempère l’OMS. Elle rappelle ainsi qu’il a fallu plus d’un an après la découverte du premier cas humain de Mers-CoV en 2012, pour identifier le dromadaire comme hôte intermédiaire1.

« Compte tenu de l’ampleur et de la complexité de la pandémie de Covid-19, nous avons besoin d’un ensemble mondial de recherches scientifiques, menées en Chine et ailleurs, pour trouver le ou les hôtes intermédiaires et l’origine du virus. Et, pour aboutir, ces travaux minutieux et rigoureux devront pouvoir compter sur la confiance et la coopération de nombreux intervenants locaux, nationaux et internationaux », conclut, optimiste, l’OMS.

Note

1. Manus JM. Mers-CoV : l’hypothèse chameau est confirmée, mais… Rev Franc Lab. 2014;459:14

Références


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