Cher éditeur,
Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est une des conséquences possibles d’un traumatisme important plus ou moins récent (catastrophe naturelle, guerre, attentat, accident, agression, deuil, exposition à la mort, etc.). Le « Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. Fifth edition » (DSM-5) [1] définit les critères diagnostiques de ce trouble (Tableau 1 ). Des épidémies ou pandémies d’une importance exceptionnelle peuvent également en être la cause [2]. Lors des épidémies de « syndrome respiratoire aigu sévère » (SRAS) de 2002–2003 et de « syndrome respiratoire du Moyen-Orient » (MERS) de 2012–2013, causées par des coronavirus, les professionnels de santé ont développé des troubles de la santé mentale : anxiété, dépression, burn-out, troubles du sommeil, mais aussi des symptômes de TSPT qui peuvent survenir pendant l’épidémie, mais parfois de façon retardée (plusieurs mois ou années plus tard) [3], [4]. Il nous a semblé intéressant de rapporter les résultats des études portant sur le TSPT chez les professionnels de santé au cours de la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), due à un nouveau coronavirus, le « Severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 » (SARS-CoV-2), à l’origine de la pandémie actuelle, la plus sévère à l’échelle mondiale depuis la pandémie grippale de 1918–1920 (la « grippe espagnole »). En effet, dans un contexte mondial d’urgence sanitaire et de manque de ressources humaines et matérielles, les professionnels de santé, qui fournissent des efforts physiques et psychologiques intenses et répétés depuis le début de la pandémie, sont à risque de développer des troubles de stress aigus pouvant être à l’origine d’un TSPT [2].
Tableau 1.
Principaux critères du trouble de stress post-traumatique (TSPT) selon le DSM-5 [1].
| A — Exposition à la mort, à une menace de mort, à une blessure grave ou à des violences sexuelles |
| 1 — Exposition directe à l’évènement traumatique (ET) |
| 2 — Témoin direct (d’un ET survenu à d’autres personnes) |
| 3 — Annonce d’un évènement accidentel ou violent survenu à un proche (famille, ami) |
| 4 — Exposition répétée ou extrême à des situations aversives (par ex., soignants, secouristes, policiers) |
| B — Présence d’au moins un symptôme envahissant associé à un ET et ayant débuté après cet ET |
| 1 — Souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants provoquant un sentiment de détresse |
| 2 — Rêves répétitifs provoquant un sentiment de détresse |
| 3 — Réactions dissociatives (par ex., flashbacks) |
| 4 — Détresse psychique lors de l’exposition à des stimuli évoquant l’ET |
| 5 — Réactions physiologiques marquées lors de l’exposition à des stimuli évoquant l’évènement traumatique |
| C — Évitement persistant des stimuli associés à au moins un ET |
| 1 — Souvenirs, pensées ou sentiments provoquant un sentiment de détresse |
| 2 — Stimuli associés (par ex., personnes, endroits, activités, situations, objets) |
| D — Altérations négatives des cognitions et de l’humeur associées et débutant ou s’aggravant après un ET |
| 1 — Amnésie dissociative (incapacité de se rappeler un aspect important de l’ET) |
| 2 — Croyances négatives concernant soi-même, les autres ou le monde |
| 3 — Distorsions cognitives poussant le sujet à se blâmer ou à blâmer autrui |
| 4 — État émotionnel négatif persistant (par ex., crainte, horreur, colère, culpabilité, honte) |
| 5 — Réduction de l’intérêt pour des activités importantes ou pour la participation à ces activités |
| 6 — Sentiment de détachement d’autrui ou devenir étranger aux autres |
| 7 — Incapacité d’éprouver des émotions positives (par ex., bonheur, satisfaction, sentiments affectueux) |
| E — Altérations marquées de l’éveil et de la réactivité associées à au moins un ET et débutant ou s’aggravant après un ET |
| 1 — Comportement irritable ou accès de colère (avec peu ou pas de provocation) |
| 2 — Comportement irréfléchi ou autodestructeur |
| 3 — Hypervigilance |
| 4 — Réaction de sursaut exagérée |
| 5 — Difficultés de concentration |
| 6 — Perturbation du sommeil |
| F — Durée de plus d’un mois des symptômes (des critères B, C, D et E) |
| G — Souffrance cliniquement significative ou altération du fonctionnement (social, professionnel ou dans d’autres domaines importants) |
| H — Pas d’imputabilité aux effets physiologiques d’une substance (par ex., médicament, alcool) ou à une autre affection médicale |
DSM-5 : DiagnosticandStatisticalManualofMentalDisorders. Fifthedition ; ET : évènement traumatique.
Dans la revue systématique et méta-analyse de Luo et al. [5] menée en Chine entre le 1er novembre 2019 et le 25 mai 2020 et incluant 62 études (soit 162 639 participants de 17 pays), la prévalence des symptômes de TSPT chez les professionnels de santé était de 3 % à 16 %. La revue systématique et méta-analyse réalisée en Inde entre le début de la pandémie et le 22 avril 2020 [6] retrouvait une prévalence des symptômes de TSPT de 13 % chez les professionnels de santé. Dans une revue systématique [7] menée en Italie entre janvier et mai 2020, la prévalence des symptômes de TSPT était comprise entre 7,4 % et 35 %. Les prévalences les plus élevées étaient notées chez les femmes, les infirmières, les soignants situés en première ligne (services des urgences et de réanimation) et chez les professionnels de santé présentant des symptômes somatiques (par exemple, céphalées, insomnie). Une enquête grecque [8] réalisée sur internet du 10 au 13 avril 2020 auprès de 270 professionnels de santé retrouvait des symptômes de TSPT chez 16,7 % des participants. Ces symptômes étaient plus fréquents chez les femmes (21,7 %) que chez les hommes (5,1 %). En revanche, une enquête italienne [9] menée sur internet du 16 avril 2020 au 11 mai 2020 auprès de 330 professionnels de santé retrouvait une prévalence plus élevée de symptômes de TSPT (36,7 %).
Dans une étude norvégienne [10] menée du 31 mars au 7 avril 2020, la prévalence des symptômes de TSPT était significativement plus élevée chez les soignants directement exposés aux patients souffrant de la COVID-19 que chez ceux indirectement exposés : 36,5 % vs. 27,3 % (p ≤ 0,001). Une pathologie psychiatrique préexistante ainsi que des niveaux élevés d’anxiété ou de dépression étaient associés à une prévalence plus élevée de symptômes de TSPT (p = 0,002, p ≤ 0,001 et p ≤ 0,001, respectivement). L’étude de Tan et al. [11] menée à Singapour du 19 février au 13 mars 2020 comparait la prévalence des symptômes de TSPT parmi le personnel médical (médecins et infirmiers/ères) et non médical (aides-soignants, brancardiers, pharmaciens, techniciens, personnels administratifs, etc.) prenant en charge des patients souffrant de la COVID-19. La prévalence des symptômes de TSPT chez l’ensemble des participants était de 7,7 %. De façon surprenante, la prévalence était plus élevée chez le personnel non médical (10,9 %) que chez le personnel médical (5,7 %) : OR = 1,47 (IC 95 % : 0,71–3,04). Une étude précédente, également conduite à Singapour [12] lors de l’épidémie de SRAS, retrouvait une prévalence des symptômes de TSPT trois fois plus élevée chez le personnel médical (médecins et infirmiers/ères) que celle constatée par Tan et al. [11] au cours de la pandémie actuelle de COVID-19. Pour les auteurs, cette différence pourrait être expliquée en partie par l’expérience acquise précédemment lors de l’épidémie de SRAS, incluant notamment une préparation mentale accrue et une meilleure connaissance des mesures de contrôle de l’infection. L’enquête de Chew et al. [13] menée en Inde et à Singapour du 19 février au 17 avril 2020 auprès de 906 professionnels de santé (personnel médical et non médical) concernait les relations entre symptômes somatiques et risque de TSPT. Le symptôme somatique le plus fréquent était les céphalées (32,3 %), et 33,4 % des participants déclaraient présenter plus de quatre symptômes somatiques. Les participants déclarant des symptômes somatiques au cours des 30 derniers jours avaient un risque augmenté de présenter les critères du TSPT (OR = 2,20 ; IC 95 % : 1,12–4,35 ; p = 0,023). L’enquête de Li et al. [14] concernant le personnel médical de la réserve sanitaire venu en renfort à Wuhan, était menée entre le 4 avril 2020 et la date du retour à leur domicile. Après leur retour au domicile, la prévalence des symptômes de TSPT était importante (31,6 %).
Facteurs de risque de TSPT
L’étude de Lai et al. [15], réalisée à Wuhan, évaluait les facteurs de risque de TSPT chez 1257 professionnels de santé (493 médecins et 764 infirmiers/ières). Les principaux facteurs de risque étaient : le degré d’exposition au virus, la profession d’infirmier/ière, le sexe féminin, et une moindre expérience professionnelle (moins d’années ancienneté).
Facteurs protecteurs de TSPT
Chez des professionnels de santé et des soignants travaillant dans les services des urgences au cours des pandémies et donc à risque de développer un TSPT, des études ont montré que les personnes présentant une résilience et sachant mieux faire face à des situations difficiles (« coping ») avaient un risque moindre de TSPT [16], [17]. Plusieurs facteurs interviennent dans la résilience : la compétence, le contrôle de soi et le fait de savoir-faire face (« coping ») à une situation stressante. La résilience est un processus par lequel un individu est capable de se préserver face à des évènements ou des situations de vie pénibles par un bon contrôle du stress et des émotions négatives. La résilience augmente la tolérance des émotions négatives et des échecs et joue un rôle important dans la prévention des conséquences négatives d’évènements de vie personnels ou professionnels particulièrement difficiles. Les personnes ayant un niveau élevé de résilience ont une plus grande estime de soi et une autoefficacité plus importante [18], [19]. Le « coping » se réfère à des compétences cognitives et comportementales permettant de contrôler, diminuer ou tolérer les tensions liées à une situation stressante [20].
En conclusion
Les conséquences psychologiques (dont le TSPT) liées à la pandémie actuelle de COVID-19 doivent être dépistées et prises en charge dans la population générale et les patients souffrant de cette pathologie, mais également chez les professionnels de santé. Le dépistage et le traitement du TSPT sont essentiels chez les professionnels de santé au cours de la pandémie, mais aussi à moyen et long terme. Leur accès aux structures d’aide psychologique et de santé mentale est essentiel. Les interventions d’aide psychologique visent à augmenter la résilience, à gérer les stratégies de « coping » et à diminuer le risque des conséquences délétères de la pandémie sur la santé mentale [2], [21]. Les études futures devront clarifier les effets à long terme de la pandémie de COVID-19 sur la santé mentale des professionnels de santé, avec une attention particulière sur le TSPT, qui peut survenir de façon retardée, longtemps après la fin de la pandémie [7].
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références
- 1.American Psychiatric Association . Fifth ed. DSM-5TM. APA; Washington: 2013. Diagnostic and statistical manual of mental disorders. [Google Scholar]
- 2.Dutheil F., Mondillon L., Navel V. PTSD as the second tsunami of the SARS-CoV-2 pandemic. Psychol Med. 2020;24:1–2. doi: 10.1017/S0033291720001336. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 3.Maunder R.G., Lancee W.J., Balderson K.E. Long-term psychological and occupational effects of providing hospital healthcare during SARS outbreak. Emerg Infect Dis. 2006;12:1924–1932. doi: 10.3201/eid1212.060584. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 4.Park J.S., Lee E.H., Park N.R. Mental health of nurses working at a government-designated hospital during a MERS-CoV outbreak: a cross-sectional study. Arch Psychiatr Nurs. 2018;32:2–6. doi: 10.1016/j.apnu.2017.09.006. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 5.Luo M., Guo L., Yu M. The psychological and mental impact of coronavirus disease 2019 (COVID-19) on medical staff and general public – a systematic review and meta-analysis. Psychiatry Res. 2020;291:113190. doi: 10.1016/j.psychres.2020.113190. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 6.Krishnamoorthy Y., Nagarajan R., Saya G.K. Prevalence of psychological morbidities among general population, healthcare workers and COVID-19 patients amidst the COVID-19 pandemic: a systematic review and meta-analysis. Psychiatry Res. 2020;293:113382. doi: 10.1016/j.psychres.2020.113382. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 7.Benfante A., Di Tella M., Romeo A. Traumatic stress in healthcare workers during COVID-19 pandemic: a review of the immediate impact. Front Psychol. 2020;11:569935. doi: 10.3389/fpsyg.2020.569935. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 8.Blekas A., Voitsidis P., Athanasiadou M. COVID-19: PTSD symptoms in Greek health care professionals. Psychol Trauma. 2020;12:812–819. doi: 10.1037/tra0000914. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 9.Giusti E.M., Pedroli E., D’Aniello G.E. The psychological impact of the COVID-19 outbreak on health professionals: a cross-sectional study. Front Psychol. 2020;11:1684. doi: 10.3389/fpsyg.2020.01684. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 10.Johnson S.U., Ebrahimi O.V., Hoffart A. PTSD symptoms among health workers and public service providers during the COVID-19 outbreak. PLoS One. 2020;15:e0241032. doi: 10.1371/journal.pone.0241032. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 11.Tan B.Y.Q., Chew N.W.S., Lee G.K.H. Psychological Impact of the COVID-19 pandemic on health care workers in Singapore. Ann Intern Med. 2020;173:317–320. doi: 10.7326/M20-1083. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 12.Chan A.O., Huak C.Y. Psychological impact of the 2003 severe acute respiratory syndrome outbreak on health care workers in a medium size regional general hospital in Singapore. Occup Med. 2004;54:190–196. doi: 10.1093/occmed/kqh027. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 13.Chew N.W.S., Lee G.K.H., Tan B.Y.Q. A multinational, multicentre study on the psychological outcomes and associated physical symptoms amongst healthcare workers during COVID-19 outbreak. Brain Behav Immun. 2020;88:559–565. doi: 10.1016/j.bbi.2020.04.049. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 14.Li X., Li S., Xiang M. The prevalence and risk factors of PTSD symptoms among medical assistance workers during the COVID-19 pandemic. J Psychosom Res. 2020;139:110270. doi: 10.1016/j.jpsychores.2020.110270. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 15.Lai J., Ma S., Wang Y. Factors associated with mental health outcomes among health care workers exposed to coronavirus disease 2019. JAMA Netw Open. 2020;3:e203976. doi: 10.1001/jamanetworkopen.2020.3976. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 16.Louise Duncan D. What the COVID-19 pandemic tells us about the need to develop resilience in the nursing workforce. Nurs Manag. 2020;27:22–27. doi: 10.7748/nm.2020.e1933. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 17.Mealer M., Jones J., Moss M. A qualitative study of resilience and posttraumatic stress disorder in United States ICU nurses. Intensive Care Med. 2012;38:1445–1451. doi: 10.1007/s00134-012-2600-6. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 18.Connor K.M. Assessment of resilience in the aftermath of trauma. J Clin Psychiatry. 2006;67:46–49. [PubMed] [Google Scholar]
- 19.Levine S.Z., Laufer A., Stein E. Examining the relationship between resilience and posttraumatic growth. J Trauma Stress. 2009;22:282–286. doi: 10.1002/jts.20409. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 20.Prati G., Pietrantoni L. Optimism, social support and coping strategies contributing to posttraumatic growth: a meta-analysis. J Loss Trauma. 2009;14:364–388. [Google Scholar]
- 21.Carmassi C., Foghi C., Dell’Oste V. PTSD symptoms in healthcare workers facing the three coronavirus outbreaks: what can we expect after the COVID-19 pandemic. Psychiatry Res. 2020;292:113312. doi: 10.1016/j.psychres.2020.113312. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
