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Elsevier - PMC COVID-19 Collection logoLink to Elsevier - PMC COVID-19 Collection
. 2021 Feb 5;38(3):240–248. [Article in French] doi: 10.1016/j.rmr.2021.02.001

Facteurs associés à la survenue de la détresse respiratoire aiguë et au décès chez des patients atteints de COVID-19 au Burkina Faso

Factors associated with the occurrence of acute respiratory distress and death in patients with COVID-19 in Burkina Faso

AR Ouédraogo a,, G Bougma b, A Baguiya c, A Sawadogo d, PR Kaboré e, CJ Minougou a, A Diendéré f, S Maiga d, CR Agbaholou b, A Hema b, A Sondo g, G Ouédraogo b, A Sanou h, M Ouedraogo b
PMCID: PMC7862901  PMID: 33589360

Abstract

Introduction

The development of acute respiratory distress syndrome indicates a serious form of COVID-19. Although there have been several studies on the prognostic factors of its severe form, no such study has been conducted in Burkina Faso.

Methods

This was a retrospective cohort study conducted from March 9 to June 9, 2020 in Ouagadougou, Burkina Faso which involved 456 patients with COVID-19.

Results

Nearly a quarter of the patients (23.2%) had presented with acute respiratory distress and 44.3% of them died. Being over 65 years old (HR: 2.7; 95% CI: 1.5-5.1) and having hypertension (HR: 1.9; 95% CI: 1-3.5) were independently associated with the risk of mortality. However, after adjustment, only age over 65 years (HR: 2.3; 95% CI: 1.2-4.3) was a risk factor for death. The survival rate for patients over 65 was 38.5% at 7 days and 30.3% at 15 days.

Conclusions

Acute respiratory distress leading to death is mainly found in older people with COVID-19. Close monitoring of these high-risk patients may reduce the risk of death.

Keywords: COVID 19, Acute respiratory distress, Death, Burkina Faso

Introduction

L’apparition de plusieurs cas de pneumopathies d’origine inconnue dans la province de Hubei en Chine a conduit à l’identification, en janvier 2020, d’un nouveau coronavirus, appelé « severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 » (SARS-CoV-2) [1], [2]. Le SARS-CoV-2 provoque une maladie respiratoire parfois sévère, nommée « COVID-19 » par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Cette maladie s’est rapidement propagée à toutes les régions du monde, obligeant l’OMS à la déclarer comme une pandémie le 11 mars 2020. L’OMS a ainsi interpellé les pays dont les systèmes de santé étaient vulnérables, à s’attendre au pire. À la date du 22 septembre 2020, plus de 31,35 millions de cas ont été notifiés dans le monde avec 965 529 décès [3].

Bien que 81 % des cas de COVID-19 soient bénins, 14 % des patients présentent la forme grave et 5 % une forme critique. Le taux de mortalité est d’environ 50 % parmi les cas critiques [4]. Un certain nombre de facteurs associés à la survenue du Syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) au cours de la COVID-19 ont été identifiés dans la littérature. Un âge plus avancé, le sexe masculin, la présence de comorbidités, une désaturation en oxygène et des résultats de laboratoire anormaux (lactate déshydrogénase élevée, procalcitonine élevée, faible nombre de cellules CD4, hypoalbuminemie) se sont avérés être des facteurs de risque de COVID-19 sévère [5], [6], [7], [8], [9], [10], [11].

Cependant, les facteurs liés au patient et à la maladie varient d’une région à l’autre et ces facteurs peuvent être associés à la gravité clinique de la COVID-19 [11]. Cette gravité clinique peut être également influencée par la disponibilité d’un plateau technique adéquat pour la prise en charge des cas graves. Il y a très peu d’étude concernant les facteurs pronostiques de la forme grave de la maladie chez les patients atteints de COVID-19 dans les pays à ressources limitées. Cette étude a été réalisée pour identifier les facteurs associés à la survenue de détresse respiratoire aiguë (DRA) et au décès chez des patients atteints de COVID-19 pris en charge au Burkina Faso.

Méthodes

Type et cadre de l’étude

Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective qui s’est déroulée du 09 mars 2020 (date de notification des premiers cas de COVID-19) au 09 juin 2020. L’étude a été conduite au Centre Hospitalier Universitaire de Tingandogo (CHU-T) et à la Polyclinique Princesse Sarah (PPS) qui étaient les deux principaux centres réquisitionnés pour la prise en charge des cas de COVID-19 à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso. Ils avaient respectivement une capacité de 600 et 30 lits d’hospitalisation. Le CHU-T disposait d’un service de réanimation. Aucun des sites n’était doté d’unité permettant la réalisation d’une gazométrie artérielle ou d’une tomodensitométrie thoracique.

Population d’étude et collecte des données

Tous les patients hospitalisés sur ces deux sites durant la période d’étude pour une infection à COVID-19 confirmée par un test de réaction en chaîne par polymérase à transcription inverse en temps réel (RT-PCR) sur prélèvement par écouvillonnage nasal ont été inclus dans l’étude. Les données démographiques, cliniques, de laboratoire, du traitement et de l’évolution ont été recueillies à partir des dossiers médicaux des patients. Les données démographiques et cliniques comprenaient l’âge, le sexe, les comorbidités, les symptômes et les signes vitaux à l’admission et le traitement à l’hôpital. Les données de laboratoire comprenaient la numération formule sanguine (NFS), la protéine C réactive (CRP), les D-dimères et la biochimie sanguine. La saturation pulsée en oxygène (SpO2) a été mesurée par oxymétrie de pouls dès l’hospitalisation du patient.

Le diagnostic de DRA a été fait sur la base de critères cliniques : la dyspnée, les signes d’hypoxémie (cyanose, trouble de la conscience), et les signes d’hypercapnie (céphalées, flapping tremor, somnolence, désorientation, confusion, hypertension artérielle, vasodilatation cutanée, sueurs, hypersialorrhée, encombrement) [12].

Nous avons utilisé la définition de l’OMS de « décès dû à la COVID-19 »: "décès résultant d’une maladie cliniquement compatible, chez un cas probable ou confirmé de la COVID-19, en l’absence de toute autre cause évidente de décès sans lien avec la maladie à coronavirus" [13].

La guérison d’un patient porteur de COVID-19 a été déclarée après deux contrôles successifs de RT-PCR négatif en 48 heures d’intervalle.

Analyse statistique

Les analyses descriptives des variables ont été exprimées en médiane (intervalle interquartile (IQR)), en moyenne ou pourcentage (%). Les données catégorielles ont été comparées à l’aide du test de Chi2 ou du test exact de Fisher. Une régression logistique a été utilisée pour déterminer les ORs et les ICs à 95 % entre les facteurs individuels et la survenue de la DRA. Le modèle de régression de Cox a permis d’identifier les déterminants de la survie à 15 jours chez les patients qui ont présenté une DRA. Le temps avant l’événement « décès » a été défini comme le temps écoulé entre l’admission à l’hôpital et le décès. Tous les tests ont été effectués avec un seuil de significativité de 5 %. Toutes les analyses ont été effectuées avec le logiciel SPSS 25.

Considérations éthiques

La confidentialité des données a été assurée par la codification des fiches d’enquête. Cette étude a été menée conformément aux principes de la Déclaration d’Helsinki et a été approuvée par le Comité d’Éthique en Recherche en Santé (CERS) du Burkina Faso (N° 2020-8-162).

Résultats

Caractéristiques démographiques et cliniques

Un total de 456 patients testés positif au COVID 19 et hospitalisés a été inclus dans l’étude. Le Tableau 1 résume les données démographiques et cliniques des patients de l’étude. La durée médiane d’hospitalisation était de 19 jours ± 17,4 jours [0–86]. La moyenne d’âge des patients était de 43,52 ± 17,75 ans [0,58–93] et 292 patients (292/456 [64,0 %]) étaient de sexe masculin. Quarante d’entre eux (40/456 [8,8 %]) étaient des agents de santé. Deux cent deux patients (202/456 [44,3 %]) avaient des comorbidités incluant l’HTA (99/456 [21,7 %]) et le diabète (38/456 [8,3 %]). Les symptômes les plus rapportés étaient la toux (211/456 [46,3 %]) et la fièvre (200/456 [43,9 %]). La médiane de la saturation périphérique en oxygène était de 97 % [30 % - 100 %].

Tableau 1.

Caractéristiques démographiques et cliniques des patients.

Variables n (%)
Âge (en années)
 [00 - 25] 84 (18,4)
 [25 - 45] 160 (35,1)
 [45 - 65] 155 (34,0)
 ≥ 65 57 (12,5)
Sexe
 Masculin 292 (64,0)
 Féminin 164 (36,0)
Profession
 Agents de santés 40 (8,8)
 Autres professions 416 (91,2)
Nombre de comorbidité
 Néant 254 (55,7)
 1 116 (25,4)
 ≥ 2 86 (18,9)
Comorbidités
 HTA 99 (21,7)
 Diabète 38 (8,3)
 Asthme 24 (5,3)
 Néphropathie 21 (4,6)
 Autresa 20 (4,4)
Signes fonctionnels
 Signes respiratoires
  Toux 211 (46, 3)
  Dyspnée 119 (26,1)
  Rhinorrhée 68 (14,9)
  Obstruction nasale/Anosmie 30 (6,6)
  Hémoptysie 3 (0,6)
 Signes non respiratoires
  Fièvre 200 (43,9)
  Asthénie 147 (32,2)
  Céphalées 84 (18,4)
  Troubles digestifsb 21 (4,6)
  Arthralgie/myalgie 20 (4,4)
  Agueusie 7 (1,5)
  Douleur thoracique 7 (1,5)
Température (˚C)
 Température ≤ 37°5 256 (56,1)
 Température ˃ 37°5 200 (43,9)
Saturation périphérique en 02 (SPO2)
 SpO2 ˂ 90 % 81 (17,8)
 90 % ≥ SpO2 < 95 % 25 (5,5)
 SpO2 ≥ 95 % 350 (76,7)
Détresse respiratoire aiguë
 Oui 106 (23,3)
 Non 350 (76,7)
a

Cardiopathie, Hépatopathie.

b

Douleurs abdominales, diarrhée, vomissement.

Données paracliniques et thérapeutiques

Le bilan biologique des patients au cours de leur hospitalisation est résumé dans le Tableau 2 . La CRP a été réalisé chez 140 patients et elle était élevée dans 28,6 % des cas (40/140). Plus d’un quart (70/231 [30,3 %]) des patients présentait une lymphopénie. Une défaillance rénale qui se traduisait par une créatininémie élevée était retrouvée chez 18,9 % (21/111) des patients. Des perturbations hépatiques étaient également notifiées avec une élévation des aspartates aminotransférases (ASAT : 83/214 [38,8 %]) et des alanines aminotransférases (ALAT : 71/214 [33,2 %]). Sur 33 radiographies thoraciques réalisées (33/456 [7,23 %]), 17/33 (51,5 %) présentaient des lésions. Ces lésions étaient diffuses dans la majorité des cas (15/17 [88,2 %]), bilatérales (16/17 [94,1]) et étaient dominées par des lésions interstitielles (9/17 [51,5 %]) et alvéolo-interstitielles (8/17 [47,5]).

Tableau 2.

Bilan biologique des patients au cours de leur hospitalisation.

Variables Nombre de patients testés N (%) n (%)
Hématologie 237(51,9)
Taux d’hémoglobine (g/dl)
 ≥ 12 176 (74,3)
 [10 - 12] 37 (15,6)
 [7 - 10] 19 (8,0)
 ˂ 7 5 (2,1)
Leucocytes (cell/mm 3)** 235 (51,5)
 ˂ 4.103 22 (9,4)
 [4.103 - 10.103] 184 (78,3)
 ˃ 10.103 29 (12,3)
Lymphocytes (cell/mm 3)** 231 (50,6)
 ˂ 20.103 70 (30,3)
 [20.103 - 45.103] 113 (48,9)
 ˃ 45.103 48 (20,8)
Granulocytes (cell/mm 3) 231(50,6)
 ˂ 55.103 146 (63,2)
 [55.103 - 75.103] 47 (20,3)
 ˃ 75.103 38 (16,5)
Plaquettes (cell/mm3)** 233 (51,0)
 ˂ 150.103 17 (7,3)
 [150.103 - 400.103] 176 (75,5)
 ˃ 75.103 40 (17,2)
D- Dimères (μg/L) 5 (1,0)
 ˂ 500 4 (-)
 ˃ 500 1(-)
Biochimie
C réactive Protéine (g/dl) 140 (30,7)
 ≤ 6 40 (28,6)
 ˃ 6 100 (71,4)
Glycémie (mmol/L) 153 (55,4)
 ˂ 4 33 (21,6)
 [4–6] 95 (62,1)
 ˃ 6 25 (16,3)
ASAT(UI) 214 (46,9)
 [8–30] (H*) & [6–25] (F*) 131 (38,8)
 ˃ 30 (H*) & ˃ 25 (F*) 83 (61,2)
ALAT (UI) 214 (46,9)
 [8–35] (H*) & [6–25] (F*) 143 (33,2)
 ˃ 35 (H*)& ˃ 25 (F*) 71 (66,8)
Créatininémie (μmol/L) 111 (24,3)
 ≤ 120 (H*) & ≤ 100 (F*) 90 (18,9)
 ˃ 120 (H*) & ˃ 100 (F*) 21 (81,1)
Urémie (g/L) 114 (25,0)
 ≤ 7,5 89 (21,9)
 ˃ 7,5 25 (78,1)

*H : homme F : femme. **Cell : Cellule.

Sur les 456 patients de l’étude, 21,3 % (97/456) ont bénéficié d’une oxygénothérapie. Neuf (09/456 [1,97 %]), d’entre eux ont subi une intubation avec ventilation assistée. Dans la plupart des cas un traitement oral à base d’hydroxychloroquine (397/456 [87 %]) et d’azithromycine (360/456 [78,9 %]) était administré. La ceftriaxone injectable était administrée chez 86/456 (18,8 %), les corticoïdes injectables chez 36/456 (7,9 %), la vitamine C chez 53/456 (11,6 %) et les héparines de bas poids moléculaires (HBPM) chez 26/456 patients (5,7 %).

Facteurs associés à la survenue de la détresse respiratoire aiguë et la mortalité associée

Sur les 456 patients, 106 soit 23,2 % ont présenté une DRA, 51 (11,2 %) sont décédés. La proportion de décès chez les patients avec une DRA était de 47/106 (44,3 %). Le taux de survie globale était de 61,4 % et 59 % respectivement à 7 à 15 jours (Fig. 1 ). Les patients de sexe masculin avaient un taux de survie à 7 jours et à 15 jours de 69,7 % et 59,4 %. Ceux d’un âge supérieur à 65 ans avaient un taux de survie à 7 jours de 38,5 % et 30,3 % à 15 jours (Fig. 2 ). Les patients ayant une HTA avaient un taux de survie de 43,3 % à 7 jours et 40,2 % à 15 jours. La prise de chloroquine, d’azithromycine et de corticoïde était associé à la DRA (Tableau 3 ). Ceux traités par la chloroquine avaient un taux de survie à 7 jours de 70 % et de 60,3 % à 15 jours (Fig. 3 ) et ceux traités par l’azithromycine avaient un taux de survie de 73 % à 7 jours et de 63,5 % à 15 jours (Fig. 4 ). En analyse univariée, l’âge supérieur à 65 ans (HR :2,7 ; IC95 % : 1,5-5,1) et l’HTA (HR :1,9 ; IC95 % : 1-3,5) étaient indépendamment associés au risque de décès tandis que le fait d’avoir reçu un traitement par la chloroquine (HR :0,4 ; IC95 % : 0,2-0,7) et l’azithromycine (HR :0,3 ; IC95 % : 0,2-0,6) étaient indépendamment associés à la réduction du risque de décès (Tableau 4 ). Cependant après ajustement, seul l’âge supérieur à 65 ans (HR :2,3 ; IC95 % : 1,2-4,3) était un facteur de risque de décès (Tableau 4).

Figure 1.

Figure 1

Courbe de survie globale.

Figure 2.

Figure 2

Courbe de survie selon l’âge.

Tableau 3.

Facteurs associés à la détresse respiratoire aiguë (n = 456).

Facteurs Analyse bivariée
Analyse multivariée
OR [IC à 95 %] p-value OR [IC à 95 %] p-value
Sexe masculin 0,29 [0,22–0,38] < 0,001 0,72 [0,46–1,14] 0,161
Age ≥ 65 ans 1,85 [1,08–3,19] 0,027 7,39 [3,76–14,51] < 0,001
Diabète 0,35 [0,21–0,59] < 0,001 0,69 [0,35–1,35] 0,275
Corticoïdes 2,37 [1,12–4,62] 0,023 7,28 [3,22–16,45] < 0,001
Hydroxychloroquine 0,25 [0,20–0,32] < 0,001 0,32 [0,17–0,62] 0,001
Azithromycine 0,26 [0,20–0,34] < 0,001 0,58 [0,30–1,12] 0,105
HTA 1,46 [0,89–2,41] 0,136
Néphropathie 0,40 [0,16–1,03] 0,058

Figure 3.

Figure 3

Courbe de survie selon la prise d’hydroxychloroquine.

Figure 4.

Figure 4

Courbe de survie selon la prise d’azithromycine.

Tableau 4.

Facteurs prédictifs de la survie en analyse univariée (model de Cox).

Analyse univariée
Analyse multivariée
Facteurs HR [IC à 95 %] p-value Facteurs HR [IC à 95 %] p-value
Sexe masculin 0,61 [0,33–1,13] 0,116 Age > 65 ans 2,28 [1,21–4,29] 0,011
Age > 65 ans 2,73 [1,47–5,08] 0,001 HTA 1,77 [0,94–3,34] 0,078
Asthme 0,05 [0–10,49] 0,265 HCQ 0,67 [0,28–1,62] 0,375
Diabète 1,50 [0,73–3,06] 0,267 Azithromycine 0,44 [0,19–1,02] 0,056
HTA 1,90 [1,03–3,51] 0,041
Cardiopathie 0,65 [0,16–2,69] 0,552
Néphropathie 1,26 [0,39–4,09] 0,7
Lésion radiologique 1,01 [0,36–2,82] 0,992
Corticoïdes 1,40 [0,71–2,74] 0,33
HCQ 0,38 [0,2–0,74] 0,004
Azithromycine 0,33 [0,18–0,62] 0,001
HBPM 0,85 [0,36–2,03] 0,717
Ceftriaxone 1,83 [0,93–3,58] 0,079
Vitamine C 1,85 [0,77–––40] 0,168

HR : Hazard ratio IC : Intervalle de confiance HCQ : hydroxychloroquine.

Discussion

Cette étude a été conduite dans un pays à ressource limitée où le fardeau de la pandémie n’est pas aussi élevé que celui rapporté dans certains pays européens ou américains. Dans cette étude, près d’un quart des patients (23, 2 %) avaient présenté une DRA au cours de l’hospitalisation et 44,3 % d’entre eux en sont décédés. Les facteurs associés à la DRA et au décès étaient essentiellement l’âge avancé (> 65 ans). Ni la présence de comorbidité (telle que le diabète, les néphropathies, et l’asthme), ni le sexe masculin n’étaient statistiquement associés à ce risque.

Ces résultats doivent être considérés à la lumière des limites de cette étude. Une des limites est l’insuffisance du plateau technique, notamment l’absence d’appareil pour la réalisation des gaz du sang dans notre contexte d’exercice, et le nombre limité de patient ayant pu réaliser le bilan radiologique thoracique. Ces insuffisances nous ont conduits à utiliser le terme de « détresse respiratoire aiguë » plutôt que de « syndrome de détresse respiratoire aiguë » comme décrit dans la littérature des pays développés. Cependant la prévalence de la DRA et le taux de mortalité dans notre étude sont proches de ceux évoqués dans la littérature. Ainsi bien que 81 % des cas de COVID-19 soient bénins, 14 % sont graves et 5 % sont critiques. Le taux de mortalité est d’environ 50 % dans les cas critiques [4]. La variation des chiffres de mortalité dépend du profil démographique des pays et de la réponse des autorités sanitaires à la pandémie dans les premiers stades. Il est important de noter que les politiques de dépistage précoce et le plateau technique des pays ont considérablement influencé les taux de mortalité déclarés [14], [15].

Plusieurs études ont montré qu’un âge avancé était associé à un risque accru de développer un SDRA et d’en mourir, [15], [16] probablement en raison d’une réponse immunitaire moins rigoureuse. La mortalité touche principalement les patients d’âge moyen et âgés atteints de maladies préexistantes (cancers, cirrhose, hypertension artérielle, coronaropathie, diabète sucré, maladie rénale chronique, immunodéficience, maladies cérébro-vasculaires et maladies neuro-dégénératives) [15]. En France, 89 % des patients décédés étaient âgés de plus de 65 ans et 90 % étaient porteurs d’une comorbidité dont l’HTA [17]. Les résultats de la présente étude suggèrent que la survenue d’une DRA et du décès est influencée par un âge avancé (> 65 ans). Une attention particulière doit être portée sur les personnes âgées atteintes de COVID-19. Dans les études de Zhou et al. et Wu et al., l’HTA et le diabète étaient significativement associés à la survenue d’un SDRA en analyse multivariée et à la mortalité en analyse univariée [18], [19]. Dans notre étude l’HTA était indépendamment associée au risque de mortalité en analyse univariée, mais pas en analyse multivariée. Le taux de survie des patients avec une HTA était de 43,3 % à 7 jours et 40,2 % à 15 jours.

Depuis le 26 mars 2020, le ministère de la Santé du Burkina Faso a publié une directive dans laquelle il a institué l’hydroxychloroquine (HCQ) en association avec l’azithromycine (AZ) comme traitement standard de tous les cas de COVID19 [20]. Ainsi pour les cas positifs sans signes de gravité, la conduite thérapeutique était l’administration de l’HCQ à la posologie de 200 mg toutes les 8 heures par jour pendant 10 jours associé à l’AZ 500 mg le 1er jour puis 250 mg par jour du 2e au 5e jour. Pour les cas positifs avec signes de gravité et/ou comorbidité, la conduite thérapeutique consistait en plus de l’association HCQ/AZ aux posologie suscitées, à l’administration de la ceftriaxone à la posologie de 2 g/jour pendant 7 jours, et à la prise en charge adéquate des comorbidités [20]. Dans notre étude la prise de l’HCQ et de l’AZ étaient indépendamment associés à la réduction du risque de mortalité. Cependant après ajustement des côtes, cette association n’a pas pu être mise en évidence. De récents essais cliniques n’ont pas mis en évidence l’efficacité de l’HCQ (avec ou sans AZ) respectivement sur la mortalité hospitalière [21], [22], [23], les transferts en réanimation ou décès toute cause [24], et la négativation virale [25].

L’utilisation de corticostéroïdes chez les patients COVID-19 était controversée au début de la pandémie [26], [27]. Ce qui justifie que seuls 7,9 % de nos patients (tous avec DRA) avaient bénéficié d’une corticothérapie. Nous n’avons pas pu établir l’impact de la corticothérapie sur la réduction des décès. La Chinese Thoracic Society a pourtant déclaré que l’utilisation des corticostéroïdes à une dose faible à modérée de courte durée chez les patients atteints de forme grave de COVID-19 était recommandée [28]. L’effet bénéfique des corticostéroïdes chez les patients ayant développé un SDRA est relaté dans plusieurs études [16], [29].

Cette étude avait plusieurs limites. Premièrement, il s’agissait d’une étude rétrospective menée dans deux centres de la ville de Ouagadougou, qui n’a concerné que des patients hospitalisés. Par conséquent, ces résultats ne peuvent pas être généralisés à tous les patients atteints de COVID-19 dans le pays. Deuxièmement, certains bilan essentiels qui pourraient être associés à la gravité de la maladie n’ont pas été réalisés (ou réalisés en partie) dans cette étude, notamment les gaz du sang, les marqueurs de l’inflammation, le bilan radiologique. Troisièmement, la définition de l’OMS de « décès dû à la COVID-19 » que nous avons utilisé, résulte d’une maladie cliniquement compatible, qui intervient simplement dans le cadre de la pandémie COVID-19. Le risque était de largement surévaluer le nombre de morts dans une relation de causalité relevant de la simple probabilité en lien avec la COVID-19.

Conclusion

L’apparition d’une DRA constitue une des principales formes graves de la COVID-19. Dans notre étude, il ressort que cette forme grave conduisant au décès est essentiellement retrouvée chez des sujets d’âge avancé. Le traitement à base d’HCQ et AZ ne semble pas éviter cette complication ni son évolution vers le décès. Une évaluation appropriée des facteurs pronostiques et une surveillance étroite pour fournir les interventions nécessaires au moment opportun chez les patients à haut risque peuvent réduire le taux de létalité du COVID-19.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

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Articles from Revue Des Maladies Respiratoires are provided here courtesy of Elsevier

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