Abstract
Introduction
Depuis sa commercialisation, les modalités d’accès à la méthadone sont encadrées en raison de ses propriétés pharmacologiques et du risque de surdosage. Suite au confinement, une surveillance renforcée est mise en place en raison du risque d’augmentation des surdosages : changement d’organisation des CSAPA ; mise en place de mesures dérogatoires pour la dispensation [1] ; contexte anxiogène ; faible diffusion de naloxone. L’objectif est de suivre la survenue de surdosages depuis janvier 2020 par rapport à 2019.
Méthodes
Parmi les cas graves méthadone saisis dans la BNPV durant les 1ers semestres 2019 et 2020, ceux en lien avec un surdosage (signes cliniques, décès) sont retenus.
Résultats
Parmi les 410 cas graves saisis, 280 sont des surdosages dont 133 sont survenus durant le 1er semestre (59 en 2019 et 74 en 2020). Si on tient compte des cas survenus ET notifiés la même année, on observe davantage de surdosages en 2020 (Fig. 1) : 2,2 fois plus de cas par rapport à 2019 et 3 fois plus de décès (21 versus 7). En 2020, le nombre de cas est plus important depuis le confinement (alors qu’il existe un temps de décalage entre la date de survenue et de déclaration). Les surdosages se caractérisent par : un usage dans le cadre d’un protocole ou hors prescription chez des sujets naïfs/consommateurs occasionnels ; une accessibilité via l’entourage direct ; des contextes de consommation variés (défonce, à visée anxiolytique ou sédative, geste impulsif suite à un conflit, antalgique, festif, autolyse…) ; des consommations associées à d’autres dépresseurs respiratoires et cocaïne ; la faible mention d’utilisation de « take home » naloxone.
Discussion
L’ensemble de ces données met en avant : une augmentation des indicateurs de morbi-mortalité en parallèle à l’augmentation de l’accessibilité de la méthadone (tendance exacerbée durant le confinement) et une méconnaissance de sa puissance pharmacologique et des risques par les sujets exposés (et l’entourage). Devant l’ampleur des données, le réseau français d’addictovigilance a diffusé plusieurs informations [2] et rédigé des FAQ sur le site public d’information sur les médicaments [3] et l’ANSM a diffusé un point d’information [4].
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Figure 1.
Répartition des cas de surdosage (décès + hors décès) survenus ET notifiés au 1er semestre de la même année (exclus pour 2019 les cas notifiés en 2020).
Références
- 1.Ministre des solidarités et de la santé. Arrêté du 19 mars 2020 complétant l’arrêté du 14 mars 2020 portant diverses mesures relatives à la lutte contre la propagation du virus covid-19. 20 mars 2020. https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000041737443&dateTexte&categorieLien=id.[Consulté le 7 janvier 2021].
- 2.Réseau français d’addictovigilance. Communiqué de l’Association Française des Centres d’Addictovigilance - Méthadone et confinement lié au COVID-19: assurer la continuité du traitement tout en maintenant la sécurité de son usage et intêret de la naloxone. Avril 2020. http://www.addictovigilance.fr/Methadone-et-confinement-lie-au.[Consulté le 7 janvier 2021].
- 3.Société française de pharmacologie et de thérapeutique. Décembre 2020. https://sfpt-fr.org/covid19-foire-aux-questions/.[Consulté le 7 janvier 2021].
- 4.ANSM. L’ANSM rappelle les risques de la méthadone et l’importance de disposer de la naloxone - Point d’information. 16 juillet 2020. https://www.ansm.sante.fr/S-informer/Points-d-information-Points-d-information/L-ANSM-rappelle-les-risques-de-la-methadone-et-l-importance-de-disposer-de-la-naloxone-Point-d-information.[Consulté le 7 janvier 2021].

