À l’Assemblée nationale la députée Marie-George Buffet, s’adressant à Adrien Taquet, secrétaire d’État chargé de la protection de l’enfance, lui explique que la commission d’enquête pour mesurer et prévenir les effets de la crise de la Covid-19 sur les enfants et les jeunes a adopté à l’unanimité 80 propositions « visant à une véritable prise en compte de leurs droits et de leurs besoins dans les politiques publiques en période de crise ».
Si les enfants sont pour l’instant peu touchés, leur vie quotidienne et leur rapport aux autres ont été bouleversés.
Les auditions ont révélé des conséquences physiques liées à la fermeture des cantines et à l’arrêt des pratiques sportives, mais aussi la suspension des vaccinations ou du suivi médical. La situation des enfants dont les familles sont placées en hôtel social est particulièrement inquiétante, y compris en ce qui concerne la continuité pédagogique.
Trop peu de pédopsychiatres
Mais l’alerte porte aussi sur les conséquences psychiques pour les enfants, vus en début de crise comme porteurs du virus, coupés de leur école et donc de sociabilité, voire victimes de tensions intrafamiliales.
Des alertes sont remontées durant les auditions, face à la gestion de cette crise : le nombre de pédopsychiatres a diminué de 50 % depuis 2006, pour atteindre seulement 600 professionnels ; les centres de protection maternelle et infantile n’ont pas toujours pu poursuivre leurs activités pendant le confinement et les disparités territoriales perdurent ; la médecine scolaire est en situation difficile : un médecin pour 12 500 élèves, un infirmier pour 1 300 élèves ; quant aux psychologues, chacun accompagne 1 600 élèves. Si l’aide sociale à l’enfance s’est mobilisée pour les enfants, la crise montre que l’État doit jouer un rôle accru pour assurer partout l’égalité des droits.
Quel est l’avis du secrétaire d’État sur les propositions de la commission d’enquête : présence d’un pédopsychiatre au Conseil scientifique, soutien au service de la protection maternelle et infantile à hauteur de 100 millions d’euros, renforcement de l’attractivité des professions du secteur médico-social scolaire, création d’un Observatoire de l’enfance et de la jeunesse ?
Burn-out parental
Adrien Taquet a pris connaissance avec beaucoup d’attention et d’intérêt du rapport de la commission d’enquête, présenté par Sandrine Mörch, Marie-George Buffet et al. en décembre à l’Assemblée nationale [1,2], une contribution fondamentale pour appréhender les difficultés auxquelles nos enfants sont confrontés. Les chiffres qui remontent des CHU montrent que les violences ont augmenté, en dépit de la vigilance de tous et de l’augmentation des appels au 119.
Un certain nombre de signaux nous avaient déjà inquiétés : une perte de repères des enfants depuis le confinement, une scolarité bousculée, une sédentarité forcée, une alimentation parfois déréglée, notamment du fait de la fermeture des cantines ; les parents ont dû faire face et ont pu compter sur la Caisse nationale des allocations familiales, sur beaucoup d’associations d’aide à la parentalité et sur les mesures mises en place par le gouvernement.

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On parle beaucoup de burn-out parental : la crise a aussi des conséquences psychiques pour les adultes, elle commence à peser sur notre moral. En novembre 2020, le secrétaire d’État a réuni des pédopsychiatres qui ont signalé l’augmentation des troubles anxieux et du comportement alimentaire. En réaction, Olivier Véran a annoncé, le 5 janvier 2021 [3], l’amplification d’une feuille de route pour la santé mentale et la psychiatrie, qui a notamment prévu le renforcement des moyens de la psychiatrie à hauteur de 60 millions d’euros, dont 20 millions pour la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.
Le président de la République a rencontré ces mêmes pédopsychiatres et la présidente de la Société française de pédiatrie, pour envisager la tenue avant l’été d’assises de la psychiatrie et de la santé mentale centrées sur les enfants. Il a également fait en sorte que soient prises en charge les consultations des psychologues libéraux et renforcée la médecine scolaire, pour mieux détecter et accompagner les souffrances.
