La pandémie mondiale à SARS-CoV-2 et les mesures sanitaires, prises pour lutter contre celle-ci, ont un impact sociétal majeur. Face au confinement nécessaire pour lutter contre l’épidémie et à l’isolement social qu’il induit, une augmentation du nombre d’enfants et adolescents en danger et des violences en général a été redoutée, alors que l’accès aux services d’aide pouvait s’avérer plus difficile. Une augmentation de plus de 50 % des appels au 119 « Allô Enfance en Danger » a été observée lors du premier confinement du 18 mars au 10 mai 2020, par rapport à l’année 2019, et une hausse de 30 % des informations préoccupantes transmises aux services départementaux de protection de l’enfance [1]. Ce constat est partagé par d’autres pays. Aux États-Unis, l’activité globale des services d’urgences, sur la tranche 0–17 ans, a maintenu une tendance plus basse, depuis le début de la pandémie en 2020, alors que le nombre de passages aux urgences en lien avec une suspicion de maltraitance ou négligence ou de cas avérés a rapidement retrouvé des valeurs habituelles élevées. La proportion de passages de mineurs aux urgences, relatifs à ce motif, a ainsi augmenté depuis le début de la pandémie [2]. En France, après un temps de sidération, le nombre de passages aux urgences relatifs à une suspicion de maltraitance ou négligence ou de cas avérés est revenu à un niveau habituel avec des situations parfois plus sévères dans une période de confinement inédite. Il sera nécessaire d’analyser l’ensemble de ces périodes de restriction tant sur le volet qualitatif que quantitatif afin d’avoir une idée très précise de la situation sur le territoire national. Dans son dernier rapport « Global Status Report on Preventing Violence Against Children 2020 », l’Organisation mondiale de la santé a souligné les importantes conséquences de la pandémie et des décisions prises pour y faire face sur les violences faites aux enfants, les violences conjugales et l’exposition des enfants à ces violences [3]. Les mesures restrictives prises initialement dans un contexte de méconnaissance de la pathogénicité exacte et des modes de transmission du SARS-CoV-2 ont mis en avant une réaction hygiéniste et au second plan l’intérêt supérieur des enfants, en particulier par l’interruption des interactions sociales, en suspendant la scolarisation et la socialisation [4]. La fermeture des écoles et des structures collectives a eu un impact important sur la survenue des situations de danger, leur repérage et les suites données. En effet, l’école et les collectivités plus largement représentent un lieu de repérage majeur des enfants en danger et en risque de danger. Elle permet également aux enfants de limiter le temps d’exposition aux violences intrafamiliales lorsque celles-ci ont lieu. Les périodes de confinement strict avec fermeture des établissements scolaires et collectivités paraissent être des moments d’autant plus à risque pour les familles déjà vulnérables. En parallèle, le nombre d’enfants et d’adolescents consultant pour des motifs de santé mentale sont nombreux et en augmentation depuis le début des restrictions mises en place.
L’isolement social et l’impact économique, tel que la perte d’emploi ou la mise en chômage partiel, rendent ainsi plus vulnérables certaines familles. Dans une étude menée en Allemagne, les parents présentaient un stress parental plus élevé depuis le début de la pandémie. Celui-ci est défini comme le stress vécu par le parent dans la relation qu’il entretient avec son enfant. Il était associé à une augmentation des violences verbales vis-à-vis de l’enfant et des épisodes où l’enfant était exposé à des violences conjugales. Par ailleurs, les parents qui présentaient un stress important relatif à la pandémie (peur d’être en contact avec une personne infectée, d’être hospitalisé ou de mourir), présentaient également plus souvent un niveau de stress parental élevé, ainsi qu’un haut niveau d’anxiété et des symptômes dépressifs [5]. Une autre étude longitudinale menée cette fois-ci aux États-Unis suggère également, à partir d’autodéclarations des mères, une augmentation des conflits parent-enfant depuis le début de cette pandémie [6].
Il est donc primordial de rester particulièrement vigilant quant au repérage des situations de violences et de négligence vis-à-vis des mineurs. Des préconisations médicales pour un repérage des situations de violences, pour les enfants et les adolescents en sortie de confinement, ont été publiées et sont toujours d’actualité pour évoquer de possibles situations de maltraitance dans le contexte singulier de limitation des interactions sociales liées aux différentes mesures de restriction [7]. Elles soulignent l’importance pour le médecin d’être prêt à repérer, entendre et accueillir les propos des mineurs. Elles suggèrent une approche adaptée pour aborder le sujet des violences et du danger de manière générale et non intrusive auprès des enfants et des adolescents. Enfin, elles rappellent les éléments cliniques qui doivent poser question chez les nourrissons et les plus grands enfants, en complément des recommandations en vigueur.
En cas de suspicion d’une situation de danger, tout praticien peut contacter la cellule départementale de recueil, de traitement et d’évaluation des informations préoccupantes (CRIP), le médecin référent protection de l’enfance de son département, une structure hospitalière pédiatrique spécialisée dans l’accueil des mineurs victimes ou tout autre structure selon les organisations locales. En cas de danger imminent ou d’infraction pénale suspectée, l’autorité judiciaire sera saisie par la rédaction d’un signalement.
Une hospitalisation en milieu pédiatrique reste toujours une alternative précieuse pour protéger les mineurs et prendre soin d’eux. D’emblée, ceux-ci peuvent bénéficier d’une prise en charge dans une dynamique de pédiatrie médicolégale reposant sur le trépied : soins, protection et parcours médico-judiciaire protégé [8].
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références
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