Abstract
Contexte
Durant le premier cycle des études de pharmacie, le stage d’application en officine a pour objectif de permettre à tous les étudiants d’appliquer, en situation réelle, les connaissances acquises en enseignement coordonné sur les pathologies les plus importantes et les principales classes thérapeutiques. L’objectif du présent travail est de décrire un dispositif déployé durant la première période de confinement contre la COVID 19.
Méthodes
Nous présentons le canevas d’entretien pharmaceutique développé par les étudiants en distanciel avec un Patient Partenaire, ainsi que les classes d’items utilisés pour l’évaluation du dispositif.
Résultats-Discussion
La faisabilité technique s’est révélée acceptable ; le format pédagogique préexistant est resté robuste au travers de l’exercice distanciel ; le modèle testé ressemble à une mise en situation professionnelle « hybride », grâce à l’interaction avec un interlocuteur, à la fois « vrai patient » et partenaire pédagogique.
Conclusion
Ce dispositif s’avère complémentaire du modèle préexistant déployé en présentiel.
Mots clés: Compétences psychosociales, COVID, Patient Partenaire, Simulation en santé
Abstract
Context
During the first cycle of pharmacy studies, the community pharmacy internship aims to allow all students to apply, in real situation, knowledge acquired during coordinated teaching on most important pathologies and main therapeutic classes. The objective of this paper is to describe a module deployed during the first period of containment against COVID 19.
Methods
We present the remote pharmaceutical interview grid developed with Partner patients, as well as the items classes used for the evaluation of the device.
Results-Discussion
The technical feasibility proved to be acceptable ; the pre-existing pedagogical format remained robust through the remote exercise; the module tested looks like a “hybrid” format, thanks to the interaction with a partner who is both a pedagogical partner and a « real » patient.
Conclusion
This module is complementary to the pre-existing face-to-face format deployed in the classroom.
Keywords: Psychosocial competencies, COVID, Expert Patient, Simulation
Introduction
Au cours de son cursus, en complément des enseignements théoriques, méthodologiques, appliqués et pratiques, l’étudiant en Pharmacie a l’opportunité d’un apprentissage de la pratique professionnelle via un certain nombre de périodes de stage ciblant les différentes filières possibles de la profession (Officine, Hôpital, Industrie, Recherche). En application de l’arrêté du 22 mars 2011 (Diplôme de Formation Générale en Sciences Pharmaceutiques – DFGSP), les enseignements sont complétés par un stage officinal d’initiation d’une durée de 4 semaines à temps complet, en une ou deux périodes. En application de l’arrêté du 8 avril 2013 (Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Pharmaceutiques – DFASP), les enseignements sont complétés par un stage d’application en officine d’une durée totale de 2 semaines (au minimum une semaine au cours de la 3e année et une semaine en 4e année), un stage hospitalier d’une durée de 12 mois à mi-temps ou 6 mois à temps complet, enfin par un stage de pratique professionnelle d’une durée de 6 mois, soit dans une officine, soit dans un établissement pharmaceutique, industriel ou commercial, selon le parcours choisi par l’étudiant.
Le stage d’application en officine a pour objectif de permettre à tous les étudiants d’appliquer, en situation réelle, les connaissances acquises en enseignement coordonné sur les pathologies les plus importantes et les principales classes thérapeutiques. Ces enseignements thématiques proposent une progression pédagogique, de la pathologie (Physiologie, Sémiologie) au traitement (Chimie thérapeutique, Pharmacologie), la Pharmacie clinique venant opérer une synthèse ouvrant sur la sécurisation et le bon usage des produits de santé. Durant le stage, l’étudiant va conduire des entretiens pharmaceutiques, tels que décrits par la Société Française de Pharmacie Clinique [1], visant à expliciter à un instant donné la situation du patient, de sa pathologie et de sa thérapeutique médicamenteuse.
Au sein de l’UFR de Pharmacie de l’Université Grenoble Alpes (UGA), les compétences à mobiliser par l’étudiant durant ce stage sont :
-
•
savoir recueillir de manière reproductible, efficace et pertinente l’information concernant le patient, son état de santé et ses médicaments;
-
•
savoir restituer cette information sur le patient, sa pathologie et ses médicaments ;
-
•
savoir analyser cette information de manière complète et pertinente, au regard des informations issues des cours reçus pendant son cursus universitaire.
Les thèmes concernés sont ceux étudiés durant le semestre précédant la période de stage en enseignement coordonné. Durant sa période de stage, l’étudiant doit réaliser un entretien par jour (soit 5 entretiens sur la durée du stage), sur base des techniques d’entretiens enseignées au préalable à la faculté1 . L’exercice s’apparente à une mise en situation professionnelle (MSP). Chaque patient est sélectionné au préalable par le maître de stage officinal (MdS). Chaque entretien est préparé avec le MdS, sur base des informations déjà disponibles, dont celles issues du dossier patient ou de l’historique de dispensation. L’entretien est mené si possible au domicile du patient, sinon dans l’espace de confidentialité de l’officine. L’entretien est réalisé en présence ou non du MdS (à la discrétion de ce dernier). La trame d’entretien est de type « semi-structuré », suivant une trame de type SOC-SVP [2], [3]. Au sortir de l’entretien, l’étudiant débriefe avec son MdS l’entretien (fond et forme). Au final, l’étudiant produit un rapport de stage exposant dans le détail 3 des 5 entretiens conduits. Cette production écrite est finalement présentée à l’oral par l’étudiant, en fin d’année universitaire, devant un jury pluridisciplinaire (1 enseignant de matière fondamentale, 1 enseignant de Pharmacie Clinique, 1 pharmacien d’officine).
La première vague de COVID-19 a rendu difficile la période de stage d’application en officine. Afin de garder le lien pédagogique avec nos étudiants et de pouvoir valider les compétences attendues dans le cadre du stage, nous avons construit une ingénierie en distanciel, gardant la posture classique de MSP avec un « vrai patient » telle que prévue sur ce type de stage, tout en garantissant un exercice pédagogique sécurisé pour l’étudiant et le patient. Nous avons donc sollicité nos Patients Partenaires locaux, afin de développer un entretien pharmaceutique à distance.
Qui sont nos Patients Partenaires ?
Au sein de l’UGA, les partenariats construits depuis plusieurs années avec la représentation de patients dans le cadre de projets de recherche et d’enseignement ont permis en 2020 la création du Département Universitaire des Patients de l’UGA (DUP-GA). Ce département, intégré au sein du Secteur Santé de l’UGA (co-portage UFR Médecine et UFR Pharmacie), vise à fédérer des actions d’enseignement (initial et continu) à destination de publics divers – soignants ou patients – mais aussi des actions de recherche dans lesquelles les compétences de Patients Partenaires sont jugées indispensables.
L’objectif du présent travail est de décrire et évaluer la mise en œuvre par les étudiants d’entretiens pharmaceutiques en distanciel avec des Patients Partenaires.
Matériel et Méthode
L’activité
Qui ? Les acteurs du dispositif sont les étudiants et les Patients Partenaires du DUP-GA.
La promotion 2019–2020 de 3e année de Pharmacie (DFGSP 3) se composait de 104 étudiants. Ces étudiants ont suivi les enseignements coordonnés et l’UE relative à la communication en santé de DFGSP 3. Les apports essentiels de cette UE sont les techniques d’écoute active, le recours aux questions ouvertes, aux relances pour aider le patient à expliciter au mieux ses propos et aux synthèses pour valider avec le patient les informations recueillies. Ces enseignements se développent sur une trame de pédagogie inversée :
-
•
accès à des supports en ligne concernant les fondamentaux ;
-
•
séances de TD visant à expérimenter sous forme de jeux de rôle les enjeux et techniques de communication en santé ;
-
•
séances de débriefing par étape des acquis et questions des étudiants).
Les Patients Partenaires en lien avec le DUP-GA sont acculturés à la pédagogie en santé et ont acquis les principes de base de la communication en santé. Ils ont tous un équivalent 40 h de formation en Education Thérapeutique du Patient, acquis au sein de l’UFR de Pharmacie de Grenoble par le biais d’une formation co-construite par l’Unité Transversale d’Education du Patient de l’Isère (UTEP-38/resp Pr B Allenet) et le DUP-GA (co-resp R Merle, Pr C Pison, Pr B Allenet).
Quoi ? Le format de l’intervention.
Nous ne sommes pas en univers simulé : il n’y a pas de scenario standardisé. Le Patient Partenaire « joue » son propre rôle. Il laisse les étudiants développer leur entretien. En cela, nous sommes dans un cadre de MSP.
Coté étudiant, le format d’entretien utilisé est de type SOC-SPV (figure 1 ), proposant la grille critèriée suivante :
-
•subjectif : santé perçue :
-
∘conditions d’apparition de la maladie,
-
∘ressenti du patient en ce moment, par rapport à la pathologie,
-
∘effets indésirables déjà perçus,
-
∘bénéfices perçus de la prise en charge ;
-
∘
-
•objectif : santé objective :
-
∘données factuelles sur le traitement,
-
∘traitement médicamenteux prescrit du moment,
-
∘médicaments non prescrits (automédication),
-
∘traitement non médicamenteux ;
-
∘
-
•comportements de santé : ce que fait le patient :
-
∘alimentation,
-
∘exercice physique,
-
∘tabac,
-
∘adhésion médicamenteuse ;
-
∘
-
•
savoir : la connaissance/les représentations du patient de sa pathologie et ses médicaments ;
-
•pouvoir : organisation des soins :
-
∘lien avec les autres professionnels de santé,
-
∘lien avec l’officine,
-
∘gestion des stocks,
-
∘organisation des prises,
-
∘consommation effective des traitements ;
-
∘
-
•vouloir : motivation à se soigner :
-
∘éléments pratiques qui donnent envie de se soigner,
-
∘personnes identifiées comme aidantes pour se soigner,
-
∘sensation du patient d’être capable de suivre le traitement.
-
∘
Figure 1.
Le plan de l’entretien
Les consignes préalables à l’entretien sont construites par chaque étudiant et validées par l’enseignant :
-
•
qui je suis ;
-
•
d’où je viens ;
-
•
mon objectif : écouter et apprendre du patient ;
-
•
les modalisées pratiques de l’entretien : durée, prise de notes, secret professionnel ;
-
•
le fait qu’en qualité d’étudiant de 3e année, je prendrai en notes les éventuelles questions que vous me poserez et j’y répondrai en fin d’exercice, avec mon maître de stage.
La règle implicite donnée aux étudiants qu’ils sont libres de verbaliser en démarrage d’entretien est la suivante :
-
•
je suis là pour comprendre : j’ai besoin de vous, je vous écoute ;
-
•
je suis là pour apprendre : je répondrai aux questions après l’entretien, avec mon MdS.
Comment ?
Concernant le déroulement, le bureau de la scolarité a défini de manière aléatoire les binômes d’étudiants puis a alloué à chacun de ces binômes un contact Patient Partenaire. Charge aux étudiants de gérer la prise de contact et le mode d’organisation, en accord avec le Patient Partenaire (créneau horaire, moyen de communication pour l’entretien–téléphone ou visioconférence).
Le jour J, chaque binôme se connectait et développait son entretien avec le Patient Partenaire. Un étudiant opérait le travail de « pharmacien junior » et le second faisait office d’observateur non participant. Son rôle était de prendre des notes sur ce qu’il observait, entendait et ressentait de l’échange. À mi-parcours, les 2 étudiants échangeaient leurs rôles et continuaient le même entretien : le second « pharmacien junior » réadaptaient le cas échéant l’orientation de l’entretien, selon ce qu’il avait analysé en première période2 . En fin d’entretien, le Patient Partenaire donnait à chaud son ressenti de l’interaction et restituait le cas échéant quelques remarques concernant la forme et les techniques de communication utilisées.
Évaluation de l’activité.
Deux types d’informations ont été recueillies, concernant 1. le processus (la préparation et le déroulement de l’activité) et 2. son impact perçu par les acteurs.
Les 2 populations de protagonistes ont été questionnées :
-
•
les Patients Partenaires par méthode qualitative non structurée de type « retour d’expérience », rédigé à chaud par chaque Patient Partenaire en fin d’intervention ;
-
•
les étudiants par méthode quantitative (enquête en ligne sur Google Forms, associant des questions fermées et une zone de recueil de verbatim).
Résultats
Concernant le processus, 54 binômes d’étudiants et 7 Patients Partenaires ont été mobilisés, sur la période de mars 2020. Chaque Patient Partenaire a donc travaillé chacun avec 7 ou 8 binômes.
Concernant l’évaluation de l’activité, sur les 108 étudiants ayant participé aux entretiens pharmaceutique par simulation distanciel, 63 étudiants ont répondu au questionnaire, soit 58 % de la promotion.
Nous décrivons les 3 étapes de mise en œuvre de l’activité, mettant en miroir les données issues des Patients Partenaires et celles issues des étudiants.
Préparation de l’entretien
En termes de préparation de l’activité (tableau I ), les étudiants sont d’accord sur la facilité d’organisation des différents contacts, entre binôme et avec le Patient Partenaire.
Tableau I.
préparation de l’entretien à distance, selon l’étudiant.
| Concernant la préparation de l’entretien | Tout à fait d’accord | Plutôt d’accord | Plutôt pas d’accord | Pas du tout d’accord |
|---|---|---|---|---|
| Il a été facile de prendre contact avec votre binôme | 87,3 | 9,5 | 3,2 | 0,0 |
| Il a été facile de prendre RDV avec le patient partenaire | 77,8 | 20,6 | 1,6 | 0,0 |
| Il a été facile de structurer l’entretien en amont avec votre binôme | 49,2 | 41,3 | 6,3 | 3,2 |
Le seul bémol perçu par les étudiants durant la phase de préparation et de déroulement du dispositif, c’est la construction aléatoire des binômes : assez perturbant pour les étudiants, ce qui a pu biaiser leur entrée dans l’activité.
« Nous nous connaissions avec mon binôme et savions en amont que le travail serait fait et pour le mieux. Je me demande dans quelle mesure un binôme qui ne se connaît pas peut aboutir à un entretien structuré sans trop connaître le caractère de l’autre. Peut-être faudrait-il faciliter le choix de son binôme pour les prochaines années. »
« Il faut pouvoir choisir son binôme car on peut tomber sur quelqu’un à qui on n’a jamais parlé et c’est compliqué. »
Déroulement de l’entretien
La durée des entretiens s’est située en moyenne entre 30 et 50 min. L’application en visioconférence, via l’application WhatsApp® et la visioconférence par ordinateur ont été les 2 médias principaux de communication (66,7 %) (tableau II ), le téléphone restant le recours possible, souvent imposé par une connexion informatique trop faible.
« Le plus embêtant a été le problème de wifi du côté du Patient Partenaire pour utiliser WhatsApp® à 3. Donc, soit il aurait été intéressant de savoir à l’avance si les patients avaient une bonne connexion internet ou alors trouver une autre application pour réaliser un appel à 3, avec moins de problèmes de connexion et ainsi, moins de problèmes dans la communication et l’empathie. »
Tableau II.
Déroulement de l’entretien à distance, selon l’étudiant.
| Concernant le déroulement de l’entretien | Tout à fait d’accord | Plutôt d’accord | Plutôt pas d’accord | Pas du tout d’accord |
|---|---|---|---|---|
| Il a été facile de conduire l’entretien en binôme. | 34,9 | 49,2 | 14,3 | 1,6 |
| Le patient partenaire a été aidant pour le déroulé de l’exercice. | 54,0 | 34,9 | 9,5 | 1,6 |
| Le débriefing avec le patient partenaire a été utile. | 52,4 | 31,7 | 14,3 | 1,6 |
Coté patient, cet inconfort exprimé par les étudiants ne s’est pas trop ressenti : « J’ai senti une très bonne préparation des groupes, une très bonne coordination entre chaque binôme ».
Au total, 66.7 % des interactions se sont déroulées en visioconférence.
« J’ai eu l’occasion de participer à des visio-conférences, c’est beaucoup plus agréable que des audio-conférences, on voit nos interlocuteurs, c’est bien plus riche en échanges, le dialogue est beaucoup plus facile. Je pense que chacun de nous doit avoir une tablette où un ordi, pour pouvoir utiliser ce système. »
De fait, voir son interlocuteur permet de recevoir un plus grand nombre d’informations, notamment celles non verbales, ce qui permet l’adaptation de la stratégie d’entretien.
La plupart des acteurs, s’ils avaient le choix, préfèrent une interaction en présentiel.
« Le contexte de réaliser l’entretien par visio ou téléphone est moins évident ; il serait intéressant de pouvoir le faire en face-à-face avec les Patients Partenaires, bien que, sans doute, il est plus compliqué de mettre en œuvre des sessions en présentiel. »
Enfin, on perçoit quelques indices d’impact positif de l’exercice à distance. Selon un patient, « le format distanciel a aidé à libérer la parole, beaucoup plus qu’en présentiel ».
Coté Patients Partenaires, c’est la posture des étudiants qui est cité en premier.
« J’ai beaucoup apprécié leur façon de se présenter. »
« Les étudiants étaient très bien préparés ; le rappel des règles de confidentialité était clair ; je les ai trouvés empathiques et bienveillants. »
C’est ensuite la bonne structuration de la conduite d’entretien qui revient de manière unanime.
« Les questions étaient pertinentes et, selon les registres, si je décidais de ne pas y aller, ils respectaient. »
« Tout était très bien organisé, les consignes claires » et enfin, le caractère très « pro » du déroulé « il y avait contextualisation de l’entretien et les étudiants étaient respectueux de ça » ; « on sentait bien la chronologie des thèmes abordés ».
« La grille d’entretien était très pertinente : on prend le patient dans sa globalité. On ne lui demande pas de diviser sa vie, ce qu’il est.. Et moi qui craignais de n’avoir pas grand-chose à leur dire … ».
Coté étudiant, la trame d’entretien avait été préparée à l’avance et testée. Cependant le « travailler ensemble » pose souci aux étudiants.
« Plus difficile de tenir un entretien à deux bien que moins stressant que seul. Le partage des parties à discuter avec le patient est difficile à délimiter à deux. »
Le Patient Partenaire apparaissait alors comme facilitateur de l’exercice dans plus de 80 % des cas.
Seule difficulté pratique, assez classiquement vécue à l’amorce de cette pratique, la gestion du temps.
« Pour la durée de l’entretien, on nous avait dit de faire 30 min ; finalement l’entretien a duré 1 h pour nous et heureusement car c’était très intéressant ! »
Impact perçu par les étudiants
C’est sur la compréhension de la pathologie chronique (65,1 % tout à fait d’accord) et des traitements (68,7 % tout à fait d’accord) que les étudiants semblent avoir le plus apprécié l’exercice. Concernant l’amélioration de leur technique d’entretien, ils sont moins unanimes : de 22,2 % à 42,9 % tout à fait d’accord, selon les items (Tableau III ).
Tableau III.
Impact de l’entretien à distance, selon l’étudiant.
| Concernant l’impact de l’entretien | Tout à fait d’accord | Plutôt d’accord | Plutôt pas d’accord | Pas du tout d’accord |
|---|---|---|---|---|
| L’exercice a amélioré ma capacité à faire preuve d’empathie. | 22,2 | 52,4 | 22,2 | 3,2 |
| L’exercice a amélioré mes techniques de communication. | 28,6 | 54,0 | 12,7 | 4,8 |
| L’exercice m’a permis d’en apprendre plus sur les maladies chroniques. | 65,1 | 31,7 | 1,6 | 1,6 |
| L’exercice m’a permis d’en apprendre plus sur les traitements des maladies chroniques. | 58,7 | 36,5 | 4,8 | 0,0 |
| L’exercice a amélioré ma capacité à structurer et tenir un entretien. | 42,9 | 41,3 | 14,3 | 1,6 |
| J’ai été satisfait de l’exercice. | 55,6 | 41,3 | 3,2 | 0,0 |
| L’exercice peut être intéressant à intégrer dans une année “normale”. | 44,4 | 44,4 | 9,5 | 1,6 |
Au final, plus de 90 % des étudiants sont d’accord pour dire qu’ils sont satisfaits de l’exercice et qu’il serait intéressant de l’intégrer à un enseignement « classique ».
« Cette expérience est par ailleurs, un réel complément aux entretiens réalisés en officine ».
Impact perçu par les Patients Partenaires
A l’unanimité, les Patients Partenaires ont souligné la découverte de la posture professionnelle de nos étudiants.
« Des étudiants assez techniques et à la fois ultra bienveillants et empathiques »
« Dans ces entretiens, je n’ai pas eu l’impression que j’étais juste une maladie ; c’était possible d’aller plus loin, en liberté ».
De fait, cela a pu impacter leur propre perception, tel que mis en action par les étudiants.
« Cette expérience a redoré mon image du pharmacien ».
« Cet exercice a su démontrer qu’en situation réelle, j’aurais été entendue sur mes problématiques, mes attentes, mes craintes aussi notamment vis-à-vis de certains de mes traitements ».
Discussion
Une grande réactivité pour la préparation du dispositif d’enseignement, compte tenu du contexte COVID
En amont de ces premiers résultats, il faut souligner la grande réactivité des acteurs du dispositif. La clé de cette réactivité se situe dans la conjonction de 3 facteurs :
-
•
la forte envie des étudiants, par le biais de leurs référents, de « faire quelque chose » sur la période de stage initialement prévue, dans un contexte où il était difficile d’aller sur le site de stage officinal ;
-
•
la réponse enthousiaste puis l’investissement des Patients Partenaires sollicités par le biais de l’UDP-GA tout au long du processus ;
-
•
le support logistique sans faille de la scolarité de l’UFR Pharmacie. De fait, en l’espace de quelques semaines, l’ingénierie de formation était sur pied.
Les contraintes techniques ont néanmoins limité la qualité du travail. Le premier confinement lié à la Covid-19 révèle l’insuffisance des ressources logistiques pour l’enseignement à distance tant institutionnelle que domestique. Les problèmes de réseaux (wifi, télécommunication) ont été une entrave à la mise en œuvre des techniques communicationnelles à travailler pendant l’exercice.
Coté étudiants, une mise en œuvre en binômes moyennement bien vécue
La perception mitigée de la mise en œuvre des binômes cache sans doute 2 types de difficultés : celle du « travailler ensemble » quand on ne se connait pas mais aussi la difficulté méthodologique de conduire un entretien à 2, face à un même patient. Ainsi, 60,3 % des étudiants penchent plutôt pour un exercice en solo. Ce point ne met pas en cause l’activité distancielle en tant que telle ; il met en lumière la difficulté du travail réflexif. Lors de l’enseignement préparatoire au stage d’application, c’est par trinômes d’étudiants que les apprentissages d’entretiens pharmaceutiques s’opèrent (sous la forme de jeux de rôle). Il est vrai qu’en présentiel, les étudiants choisissent eux-mêmes leurs partenaires, ce qui facilite sans doute le travail. Il apparaît notamment plus aisé de « se dire les choses en confiance », pendant les débriefings d’activités. Lors du stage en officine, l’étudiant se retrouve seul face au patient. Sa stratégie de conduite d’entretien se déploie en autonomie. Dans le présent dispositif en distanciel, pour l’étudiant jouant en second le rôle du pharmacien, il faut ajouter à la capacité d’écoute entre étudiants, celle d’adaptation de la stratégie d’entretien en duo.
Coté format pédagogique, une nouvelle option de MSP « hybride » avec patient « non naïf »
Dans le champ des apprentissages médico-techniques (savoir-faire métiers) et psychosociaux (savoir-être professionnels), l’approche par simulation s’avère une porte d’entrée très impactante [4], [5] [1], [2].. Dans notre enseignement préparatoire au stage d’application en officine, nous utilisons une technique de simulation par « jeu de rôle ». Celle-ci met en scène une personne, étudiante ou enseignante, dans le rôle fictif de patient, face à un étudiant engagé dans une posture professionnelle de pharmacien. Ce dispositif peu coûteux marque ses limites par son manque de réalisme : les acteurs « amateurs » ne peuvent prétendre incarner le patient de manière crédible. Cet aspect contraint le dialogue patient-pharmacien et réduit l’acquisition de compétences communicationnelles [6].
L’approche dite du « patient simulé » s’avère alors intéressante en réponse à cette problématique [7], [8]. Elle vise à définir précisément un scénario interprété par des comédiens ou patients formés à simuler au plus près de la réalité l’histoire d’un véritable patient. Le patient simulé peut d’ailleurs être « standardisé », chacune de ses interprétations se devant d’être identique d’un étudiant à l’autre.
Notre intervention se situait au-delà de la simulation classique. Elle s’inscrit dans le cadre d’une Mise en Situation Professionnelle particulière, avec le patient « non naïf » que représente le Patient Partenaire. L’hyperréalisme de la situation était garanti par le fait que le patient ne « simulait pas ». En effet, les Patients Partenaires développaient leur propre histoire, sans retenue ni complaisance. Cette approche a permis l’instauration d’un véritable dialogue « professionnel » entre l’étudiant et le patient. Coté étudiants, on a d’ailleurs apprécié l’hyper-réalisme de la situation vécue. De plus, un rôle pédagogique a était alloué aux Patients Partenaires, celui de débriefer en direct avec les étudiants, sur des éléments de communication. Cet aspect n’était jusqu’alors pas intégré dans le dispositif d’entretien à l’officine.
Quelques biais sont à prendre en compte par rapport aux résultats proposés
Concernant la mise en place du dispositif, les moyens matériels imposés par la situation (accès à une interface, qualité de la communication …) ont sans doute parasité la qualité de la communication, rendant l’exercice académique plus complexe. Toutefois, les conditions « naturelles », celles de la vraie vie, ont imposé aux étudiants de travailler leurs compétences d’adaptation.
Concernant le débriefing en fin d’entretien, le patient restituait son ressenti de l’interaction sans structuration particulière. Un outil, en cours de conception avec les Patients Partenaires, permettra dans un proche futur de maximiser cette phase du processus.
Enfin, la posture « hybride » du Patient Partenaire jouant son propre rôle reste à approfondir.
« Pour l’image, je suis un patient, mais en réalité, je suis un intervenant, ils ne me considèrent pas comme un vrai patient, certains m’ont donné l’impression qu’ils se comportaient face à un examinateur ! ».
Nous disposons de peu de littérature dans ce champ. Ainsi, une recherche est en cours, qui vise à consolider un modèle d’intervention de Patients Partenaires face à nos étudiants. Ce modèle questionnera 4 modalités de simulation :
-
•
le Patient Partenaire intervenant avec sa propre histoire personnelle ;
-
•
le Patient Partenaire jouant un scénario préétabli ;
-
•
l’étudiant jouant un scénario préétabli ;
-
•
l'enseignant jouant un scenario préétabli.
Une progression pédagogique utilisant ces différents types de stratégies est sans nul doute à envisager, qui favorise l’acquisition progressive par les étudiants à la fois de compétences psycho-sociales mais aussi de compétences techniques. L’implication des Patients Partenaires à l’enseignement ne se limitant pas au rôle d’acteur [9], ce modèle interrogera également l’intégration de ces derniers à la conception du contenu pédagogique des Mises en Situation Professionnelle.
Les auteurs déclarent que les travaux décrits n’ont pas impliqué d’expérimentations sur les patients, sujets ou animaux.
Consentement éclairé et confidentialité des données
les auteurs déclarent que les travaux décrits n’impliquent aucun patient ou sujet.
Déclaration de liens d’intérêts
les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Financement
cette étude n’a reçu aucun financement spécifique d’une agence publique, commerciale ou à but non lucratif.
l’ensemble des auteurs attestent du respect des critères de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE) en ce qui concerne leur contribution à l’article.
Footnotes
A la faculté de Pharmacie de Grenoble Cet enseignement des techniques de communication s’insère dans un continuum pédagogique de la seconde à la 4eme année de pharmacie, soit 60 heures de formation en sciences humaines et sociales : L2 (18 heures eq TD) : les modèles de psychologie de la santé et la relation de soins ; L3 (25 heures eq TD) : les techniques d’entretien avec le patient - 3 TD de simulation d’entretien sous forme de jeux de rôle - et l’approche des populations particulières (pédiatrie, gériatrie, handicap physique, handicap psycho-social…) ; M1 (17 heures eq TD) : du Bilan Educatif Partagé à l’ingénierie de formation en Education Thérapeutique du Patient.
A l’instar de ce que nous développons en simulation pendant l’enseignement préalable, les étudiants évoluent par groupes de 3 ; ils se distribuent les rôles suivants : un des étudiants tient le rôle du patient (scenario standardisé) tout le long du jeu de rôle, les étudiants incarnant le pharmacien et l’observateur intervertissent leurs rôles à mi-parcours.
Références
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