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editorial
. 2021 Summer;73(3):209–211. [Article in French] doi: 10.3138/ptc-2020-0133-gef

Les physiothérapeutes cliniciens-chercheurs : un rôle de pratique avancée trop peu soutenu pour les physiothérapeutes au Canada

Arthur Woznowski-Vu *, Patrick Ippersiel *, Anne Hudon †,‡,§
PMCID: PMC8370693  PMID: 34456436

Les physiothérapeutes cliniciens-chercheurs (PCC) jouent un rôle de pratique avancée en physiothérapie, lequel peut améliorer la qualité des soins, stimuler l’innovation et faire progresser la profession15. Selon les auteurs, ils sont en position stratégique pour réaliser des recherches cliniques pertinentes, contribuer à diminuer l’écart entre les cliniciens et le milieu universitaire et transposer la recherche en pratique de manière significative, le tout dans le but d’améliorer les soins aux patients. Pour-tant, contrairement aux cliniciens-chercheurs dans des secteurs de santé parallèle (p. ex., cliniciens-chercheurs en médecine), ce rôle de pratique avancée est sous-développé, mal établi et trop peu soutenu en physiothérapie13,6.

Dans la présente collaboration spéciale, les auteurs encouragent les universités, les employeurs, les organismes de financement, les décideurs et d’autres intervenants influents en physiothérapie d’offrir davantage un soutien plus adapté aux PCC afin qu’ils puissent prospérer au Canada et contribuer à améliorer les soins aux patients.

L’Avantage Des PhysiothÉRapeutes Cliniciens-Chercheurs

Les PCC ont une formation spécialisée à la fois de cliniciens et de chercheurs13. Ces compétences hybrides comportent plusieurs avantages, qui placent les PCC en position stratégique pour déterminer la pertinence et l’applicabilité des résultats des recherches en situation réelle15, défendre les pratiques fondées sur des données probantes en milieu clinique5,7 et mieux intégrer l’expérience clinique à la tenue de recherches qui représentent des sources valables de savoir et d’innovation (recherches axées sur la pratique)8,9.

Cependant, la véritable valeur des PCC provient probablement de leur méta-identité de médiateur – ou de pont – entre le milieu clinique et le milieu universitaire. En plus de posséder deux palettes de compétences, les cliniciens-chercheurs apportent une valeur ajoutée par leurs habiletés et leurs perceptions professionnelles transversales13,5,6,. Autrement dit, le tout est plus grand que la somme des parties. C’est ce qui est a décrit comme « l’avantage de la vision » du médiateur ou la capacité de sélectionner et de synthétiser les divers points de vue et diverses approches de groupes dissociés de part et d’autre10(p.5).

Ainsi, grâce à l’avantage de sa vision, le médiateur peut contribuer à stimuler l’innovation par ses compétences et ses points de vue particuliers13,5,6,10. Les PCC sont donc en bonne position pour établir des relations coopératives et fécondes entre les cliniciens et les chercheurs et pour encourager une meilleure compréhension des points de vue, des priorités et des contraintes mutuels4. Ces étroites collaborations peuvent améliorer l’inclusion de pratiques novatrices dans les soins aux patients et faciliter la tenue de recherches cliniques significatives15,10.

La RÉAlitÉ Difficile Des PhysiothÉRapeutes Cliniciens-Chercheurs Au Canada

Peu de cliniciens-chercheurs proviennent du milieu paramédical, et leur rôle demeure sous-développé, particulièrement chez des non-médecins comme les physiothérapeutes13,5,6. Malgré les avantages uniques apportés par ces professionnels en pratique avancée, leur rôle n’est pas assez structuré ni officialisé1,2,6. De nombreux clinicienschercheur manquent de soutien, de financement, de reconnaissance et de réglementation dans le milieu universitaire, en partie parce qu’aucun parcours profession-nel évident ne leur est proposé1,2,6.

Un groupe d’experts a récemment échangé sur le rôle des PCC au congrès annuel de l’Association canadienne de physiothérapie à Montréal, en novembre 20186, ce qui a donné un certain aperçu du paysage professionnel des PCC et de leurs difficultés actuelles et passées. Dans l’ensemble, le groupe a discuté de la courte durée des carrières des PCC et a abordé le problème de la sécurité d’emploi, de l’obtention d’une rémunération qui ne se limite pas à une entente contractuelle et de la conjugaison de plusieurs rôles (p. ex., ceux d’enseignant, de clinicien, de chercheur)6. Il a également traité de l’incertitude du système de santé en constante restructuration et, peut-être plus que tout, de la difficulté de demeurer concurrentiel pour décrocher du financement et des promotions universitaires par rapport aux chercheurs à temps plein6.

Puisque le financement et les promotions universitaires sont généralement attribués en fonction de calculs universitaires (p. ex., le nombre de publications), les chercheurs qui maintiennent une présence en milieu clinique ne sont généralement pas récompensés ni reconnus pour leurs activités cliniques et peuvent être désavantagés par rapport à leurs collègues qui se concentrent uniquement sur les activités universitaires traditionnelles6,11. Malheureusement, dans le paysage actuel, les PCC ont besoin d’être mieux reconnus, d’occuper des emplois établis et de compter sur un soutien.

Un Soutien StratÉGique Pour Aider Les PhysiothÉRapeutes Cliniciens-Chercheurs À ProspÉRer

D’après les experts, les meilleures sources de soutien pour les cliniciens-chercheurs sont une formation, du mentorat et des postes taillés sur mesure, de même qu’un financement et des structures salariales officiels13,6. D’abord, un programme de formation établi s’impose. Une formation hybride adaptée aux aspirants cliniciens-chercheurs commence à être offerte dans les universités canadiennes (sous forme de continuum entre la maîtrise et le doctorat)12,13, mais ces initiatives en sont encore à leurs enfance.

Par ailleurs, il est démontré qu’un mentorat postuniversitaire officiel améliore la réussite professionnelle et encourage un sentiment d’identité professionnelle commun ainsi que le bien-être des cliniciens-chercheurs dans des secteurs parallèles de la santé13,14. De même, le fait de prioriser l’élaboration d’occasions officielles de mentorat adaptées aux PCC (p. ex., programmes de mentorat, création d’un réseau canadien de PCC) soutiendrait mieux ceux qui optent pour ce parcours professionnel.

Toutefois, une formation et des occasions de mentorat adaptées ne suffisent pas. Les universités, les employeurs, les organismes de financement et les décideurs doivent mieux soutenir les PCC en leur offrant des possibilités de carrière et un financement personnalisés. Il faudrait que les doubles désignations officielles pour les PCC, assorties de salaires et d’avantages sociaux appropriés, se généralisent dans les universités et les centres de recherche du Canada et permettent de décrocher un emploi permanent13,6.

Pour ce qui est du financement et de la structure salariale, il est important de tenir compte des trois grands rôles du clinicien-chercheur : celui de clinicien, celui de chercheur et celui de médiateur. D’abord, il faut systématiser le temps protégé et reconnaître chaque rôle. Puisque, dans les faits, les cliniciens-chercheurs travaillent à temps partiel dans chacune de leurs fonctions, il faut redéfinir les attentes de productivité par rapport à celles des chercheurs à temps plein13,6. De même, les comités des universités et des établissements cliniques doivent examiner attentivement leurs systèmes de promotion et de récompenses. Les organismes de financement doivent également envisager un système de pointage adapté ou continuer de financer des concours différentiels de cliniciens-chercheurs qui proposent un classement équilibré et tiennent compte de toutes les compétences, mais qui ne reposent pas seulement sur les mesures de recherche traditionnelles.

Il est nécessaire de reconnaître et de récompenser formellement les qualités du PCC, telles que la production de savoir fondée sur la pratique clinique, l’investissement auprès des patients et des cliniciens et les activités de courtage du savoir, le tout pour contribuer à améliorer la qualité de la recherche et des soins cliniques13,5,6.

Un Appel À L’Action

Même s’il est reconnu que ce parcours professionnel hybride est particulièrement exigeant pour ceux qui l’entreprennent2,3,6, les PCC représentent un atout précieux pour la profession, pour les patients et pour le système de santé13,5,6,10. C’est pourquoi les auteurs demandent aux universités, aux employeurs, aux organismes de financement, aux décideurs et aux autres intervenants influents de la profession de physiothérapie à 1) reconnaître le rôle vital que les PCC peuvent jouer pour rehausser tant la clinique que la pratique en physiothérapie et 2) prendre davantage des mesures concrètes pour fournir aux PCC une structure d’emploi commune et favorable qui inclut une série d’attentes réalistes en matière de productivité pour chacun de leurs rôles, de même qu’un financement et des incitations financières adaptés à leurs qualités13,6.

En leur attribuant clairement un rôle reconnu de physiothérapeutes en pratique avancée et en leur accordant un soutien individuel, institutionnel ou organisationnel et systémique approprié, les PCC pourront prospérer au lieu de simplement se débrouiller. Ces mesures contribueront à faire progresser la profession et, surtout, à améliorer les soins aux patients.

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