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. 2021 Aug 26;60(608):36–39. [Article in French] doi: 10.1016/j.actpha.2021.06.010

Réémergence du virus Ebola dans un contexte de Covid-19

Ebola re-emergence in the context of Covid-19

Adélie Oger 1
PMCID: PMC8387142  PMID: 34462619

Abstract

Ebola is the most vicious virus in Africa. International organisations have worked to contain the various outbreaks and a vaccine is being administered to the population. This virus survives in a context where the African continent must face the new Covid-19 pandemic. The concomitant presence of these two diseases is a major challenge for the scientific communities.

Keywords: Ebola, emergence, epidemic, protection, vaccine


Le virus Ebola, responsable d’une fièvre hémorragique, est un virus enveloppé à haut potentiel pathogène de classe 4 [1]. Il présente une morphologie filamenteuse unique et peut adopter des conformations multiples et diverses, telles que des formes en “6”, en “U”, en branches circulaires ou en épingle à cheveux (figure 1[2]. Il appartient à la famille des Filoviridae (filovirus) qui compte cinq espèces distinctes : Bundibugyo (Bundibugyo virus [BDBV]), Zaïre (Zaïre Ebola virus [Zebov]), Reston (Reston virus [RESTV]), Soudan (Sudan virus [SUDV]) et Forêt de Taï (Taï forest virus [TAFV]) [2]. Les chauves-souris frugivores sont le réservoir naturel du virus Ebola, qui se transmet ensuite aux êtres humains par le biais de contacts rapprochés via les sécrétions corporelles (salive, larmes, urine, sperme, vomissements, sueur, etc.) [3] 1.

Figure 1.

Figure 1

Le virus Ebola en microscopie électronique.

Maladie à virus Ebola

La maladie à virus Ebola a été détectée pour la première fois en 1976 et a entraîné plusieurs épidémies (tableau 1 ). Les souches Ebola Bundibugyo, Zaïre et Soudan ont été responsables d’une vingtaine de flambées de la maladie en Afrique centrale, dans des villages isolés, situés à proximité des forêts [4]. L’Afrique a connu sa plus importante épidémie entre 2014 à 2016, période durant laquelle l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclenché l’état d’urgence sanitaire.

Tableau 1.

Principales flambées épidémiques à virus Ebola [4].

Année Pays Espèce Nombre de cas Taux de létalité
1976 RDC Zaïre 318 88 %
1995 RDC Zaïre 315 81 %
2000 Ouganda Soudan 425 53 %
2007 RDC Zaïre 264 71 %
2014-2016 Guinée
Sierra Leone
Liberia
Zaïre 28 610 40 %

RDC : République démocratique du Congo.

Il s’agit d’une maladie aiguë et grave, dont le taux de létalité moyen est de 50 %. La durée d’incubation varie de deux à vingt et un jours. Les symptômes apparaissent brutalement (fièvre, asthénie, myalgies, céphalées) et sont suivis rapidement par des épisodes de vomissements et de diarrhées hémorragiques [4].

Le diagnostic clinique est difficile à poser et ne peut être confirmé que par des tests réalisés en laboratoire. Le virus est recherché, chez des patients qui présentent des symptômes, à partir du sang total ou par prélèvement effectué au niveau de la sphère oropharyngée lorsque la prise de sang n’est pas possible [4]. Les échantillons biologiques issus de ces prélèvements, à très haut risque pathogène, doivent être placés dans une boîte à triple emballage étanche et rigide pendant leur acheminement jusqu’au laboratoire ; leur analyse est effectuée dans des conditions de confinement extrêmement rigoureuses [5].

Le diagnostic biologique repose soit sur le diagnostic direct du virus par polymérisation en chaîne après transcription inverse permettant de détecter le génome, soit sur celui des antigènes viraux grâce à des tests antigéniques, soit sur l’étude du virus entier en microscopie électronique. Le diagnostic indirect, via la technique enzyme-linked immunosorbent assay ou de séroneutralisation, permet de rechercher des anticorps spécifiques [4].

Aucun traitement spécifique n’est homologué contre la maladie à virus Ebola à l’heure actuelle. La prise en charge médicale des patients s’appuie sur des traitements uniquement symptomatiques relevant des soins intensifs [6].

Réémergence du virus Ebola

La maladie à virus Ebolaest réapparue au cours de l’année 2018 en République démocratique du Congo (RDC) où 3 470 cas, entraînant 2 287 décès, ont été dénombrés [7]. Cet épisode a été géré de façon méthodique grâce au recul offert par la précédente épidémie. En effet, la riposte s’est organisée en lien avec de multiples intervenants (organisations non gouvernementales, Organisation des Nations unies, chercheurs, associations, etc.). Durant vingt-deux mois, plus de 300 000 Congolais ont pu bénéficier pour la première fois d’un accès équitable au vaccin vivant atténué rVSV-Zebov-GP développé par le laboratoire Merck. Ce vaccin, qui a fait preuve d’une grande efficacité, est constitué du virus de la stomatite vésiculaire (VSV), dans lequel le gène codant la glycoprotéine (GP) d’enveloppe a été enlevé et remplacé par le gène codant la GP d’enveloppe de la souche du virus Ebola espèce Zaïre (Zebov) [8].

Les agents communautaires travaillant sur place ont bénéficié d’une application numérique de collecte de données afin d’identifier les cas contact en temps réel, ce qui a permis de gagner un temps considérable dans l’éradication de la flambée épidémique [7], [9].

En février 2021, la RDC et la Guinée ont dû à nouveau faire face à une flambée épidémique de maladie à virus Ebola. En RDC, le patient zéro était a priori une femme, qui en est décédée. Son mari, qui a survécu à la maladie, a été suivi de façon rapprochée et tous ses échantillons biologiques se sont révélés négatifs [10]. En Guinée, une infirmière a été suspectée d’être le cas zéro de la communauté de Gouéké. Sur place, les équipes sanitaires ont retracé le trajet du virus et effectué le séquençage de la souche [11]. Cette nouvelle flambée s’est inscrite dans un contexte où ces pays devaient faire face à d’autres urgences sanitaires, comme la Covid 19, mais aussi le choléra, la rougeole ou encore la fièvre jaune qui sévit depuis décembre 2020 dans le district de Koundara, en Guinée [12]. L’épidémie d’Ebola a été déclarée officiellement terminée en RDC le 3 mai 2021 et en Guinée le 19 juin 2021 [13].

Mesures mises en place pour éviter la transmission d’Ebola

Des mesures barrière ont été généralisées dans les pays concernés par le risque épidémique associé au virus Ebola, comme l’hygiène des mains, le port de l’équipement de protection individuelle (figure 2 ), la désinfection des surfaces et des objets contaminés, l’assainissement, la gestion des déchets et des inhumations, et la mise en quarantaine de villages [4].

Figure 2.

Figure 2

Équipement de protection individuelle recommandé par l’Organisation mondiale de la santé pour freiner la transmission de la maladie à virus Ebola [13].

Pour freiner la transmission de la maladie à virus Ebola, l’OMS recommande :

  • d’approfondir et d’accélérer la formation du personnel soignant sur place ;

  • de le vacciner le plus rapidement possible ;

  • de renforcer le dialogue et la prévention autour des inhumations au sein des communautés ;

  • de disposer d’un stock suffisant d’équipements de protection individuelle [14] ;

  • de se laver les mains très régulièrement, notamment après avoir rendu visite à des malades au sein d’un établissement de santé ;

  • de manipuler les animaux sauvages morts avec prudence et de bien les cuire avant de les consommer [10].

Ebola et Covid-19 en 2021

À l’heure où les pays du monde entier font face à la pandémie due à la circulation du severe acute respiratory syndrome coronavirus 2 (Sars-CoV-2), il est intéressant de comparer la Covid-19 et Ebola. Le Sars-CoV-2 a été détecté pour la première fois fin 2019 et s’est répandu dans le monde entier. La plupart des personnes qui contractent ce virus développent une forme légère, voire modérée, de la maladie ; un adulte sur cinq est hospitalisé. La maladie à Ebola, bien que rare, entraîne 70 à 90 % de décès [15].

La ressemblance entre les symptômes des deux maladies est flagrante (tableau 2[4], [15]. En début d’année, en RDC et en Guinée, toute l’attention devait être portée sur la description qu’en faisaient les patients afin de les discriminer. Il était difficile, pour le personnel soignant, de poser un diagnostic sûr sans se baser sur des prélèvements biologiques.

Tableau 2.

Caractéristiques de la maladie à Ebola et de la Covid-19 [4], [14].

Maladie Ebola Covid-19
Virus Ebola Severe acute respiratory syndrome coronavirus 2
Transmission Liquides corporels
Objets contaminés
Animaux sauvages (hôtes intermédiaires)
Personnes guéries via le sperme ou le lait maternel
Gouttelettes respiratoires
Aérosols
Surfaces
Personnes asymptomatiques
Incubation Entre 2 et 21 jours Entre 2 et 14 jours
Symptômes Fièvre
Asthénie
Myalgies
Céphalées
Vomissements et diarrhées
Hémorragies
Ils se développent pendant plusieurs jours tout en s’aggravant
Fièvre
Frissons
Asthénie
Toux
Essoufflement
Myalgies
Céphalées
Perte du goût et de l’odorat
Vomissements et diarrhées
Ils s’aggravent au cours ou après la première semaine
Personnes à risque de formes graves Femmes s’occupant de rites funéraires
Femmes enceintes
Enfants
Personnes atteintes de diabète, d’une pathologie cardiaque ou respiratoire

Les personnes à risque élevé de contracter les deux virus sont identiques, à savoir le personnel soignant et les membres d’une famille vivant sous le même toit. Toutefois, celles qui sont susceptibles de développer une forme grave sont différentes (tableau 2[4], [15].

La riposte contre Ebola a offert au monde scientifique des enseignements précieux qui ont été majoritairement mis à profit pour tenter d’endiguer la Covid-19. Elle repose sur la stratégie : trouver, isoler et tester, afin de tracer chaque cas contact [15].

Recommandations pour un séjour en zone épidémique

Du fait de la forte virulence du virus Ebola, des recommandations strictes sont données aux voyageurs français souhaitant se rendre dans les pays considérés comme étant des foyers épidémiques. Avant tout départ, il est conseillé de suivre l’évolution de l’épidémie en consultant les sites de l’OMS et du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, qui propose de s’inscrire sur le portail Ariane, destiné à informer les voyageurs en cas de crise à l’étranger [16], [17], [18]. Il est aussi recommandé de se faire vacciner contre toute maladie présentant des symptômes similaires à ceux provoqués par le virus Ebola (fièvre jaune, grippe, méningites, Covid-19).

Une fois sur place, il convient de ne pas séjourner dans les zones endémiques, de respecter les règles d’hygiène, de ne pas avoir de contact rapproché avec des personnes potentiellement malades ou des animaux sauvages morts, et de ne pas consommer de viande crue ou mal cuite.

Au retour du séjour, il est nécessaire de surveiller quotidiennement sa température durant vingt et un jours et d’appeler le 15, en mentionnant le voyage récemment effectué, si une fièvre supérieure à 38 °C apparaît [19].

Conclusion

La nature nous rappelle aujourd’hui à l’ordre et nous envoie des signaux forts pour changer nos comportements. Il faut d’ores et déjà modifier nos habitudes de vie en termes de pollution, de déforestation, d’industrialisation et de voyages. La prise de conscience de tous fera changer les comportements. La solidarité internationale est déterminante pour endiguer les maladies réémergentes et émergentes, telles que la maladie à virus Ebola et la Covid-19.

Points à retenir.

  • Le virus Ebola est un virus à haut potentiel pathogène de classe 4.

  • Le taux de létalité moyen des personnes infectées par le virus Ebola est de 50 %.

  • Le diagnostic biologique repose majoritairement sur le diagnostic direct du virus par polymérisation en chaîne après transcription inverse.

  • Actuellement, aucun traitement spécifique n’est homologué contre la maladie à virus Ebola.

  • Le vaccin vivant atténué rVSV-Zebov-GP est efficace, il est distribué aux populations des zones endémiques.

Durant vingt-deux mois, plus de 300 000 Congolais ont pu bénéficier pour la première fois d’un accès équitable au vaccin vivant atténué rVSV-Zebov-GP. Inline graphic

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Footnotes

1

Les données sur lesquelles repose cet article sont celles qui étaient disponibles lors de sa rédaction.

Références

  • 1.Centre national de la recherche scientifique. Cahier de prévention “Risques biologiques”. Mai 2017. www.dgdr.cnrs.fr/sst/cnps/guides/risquebio.htm.
  • 2.Leroy E., Baize S., Gonzalez J.P. Les fièvres hémorragiques à virus Ebola et Marburg : l’actualité des filovirus. Med Trop. 2011;71(2):111–121. [PubMed] [Google Scholar]
  • 3.Santé publique France. Maladie à virus ebola. 22 août 2019. www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-d-origine-tropicale/maladie-a-virus-ebola/la-maladie/#tabs.
  • 4.Organisation mondiale de la santé. Maladie à virus Ebola. 30 mai 2019. www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/ebola-virus-disease.
  • 5.Organisation mondiale de la santé. Recommandations transitoires. Comment expédier sans risque des échantillons de sang humain provenant de cas suspects de maladie à virus Ebola à l’intérieur d’un pays par la route, le rail ou la mer. 2014. https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/138170/WHO_EVD_Guidance_Lab_14.3_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y.
  • 6.Institut Pasteur. Ebola. 16 septembre 2019. www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/ebola.
  • 7.Organisation mondiale de la santé. Fin officielle de la dixième flambée d’Ebola en République démocratique du Congo–maintenir la vigilance face aux résurgences et continuer de soutenir les survivants. 25 juin 2020. www.who.int/fr/news/item/25-06-2020-10th-ebola-outbreak-in-the-democratic-republic-of-the-congo-declared-over-vigilance-against-flare-ups-and-support-for-survivors-must-continue.
  • 8.Sciences et Avenir. Ebola : comment fonctionne le vaccin ? 4 août 2015. www.sciencesetavenir.fr/sante/20150731.OBS3532/ebola-comment-fonctionne-le-vaccin.html.
  • 9.Organisation mondiale de la santé. Premier essai jamais réalisé avec plusieurs médicaments contre Ebola en République démocratique du Congo. 26 novembre 2018. www.who.int/fr/news/item/26-11-2018-democratic-republic-of-the-congo-begins-first-ever-multi-drug-ebola-trial.
  • 10.Organisation mondiale de la santé. Préparation et riposte aux situations d’urgence. Maladie à virus Ebola–République démocratique du Congo. 10 février 2021. www.who.int/csr/don/10-february-2021-ebola-drc/fr/.
  • 11.Organisation mondiale de la santé. Une nouvelle épidémie d’Ebola déclarée en Guinée. 14 février 2021. www.afro.who.int/fr/news/une-nouvelle-epidemie-debola-declaree-en-guinee.
  • 12.Organisation mondiale de la santé. Préparation et riposte aux situations d’urgence. Fièvre jaune en Guinée. 23 décembre 2020. www.who.int/csr/don/23- december-2020-yellow-fever- guinea/fr/.
  • 13.Organisation mondiale de la santé. L’épidémie d’Ebola officiellement terminée en République démocratique du Congo. 2021. www.afro.who.int/fr/news/lepidemie-debola-officiellement-terminee-en-republique-democratique-du-congo.
  • 14.Organisation mondiale de la santé. Étapes pour enfiler l’équipement de protection individuelle (EPI) comprenant une blouse. 2015. https://apps.who.int/iris/bitstream/handle/10665/187662/WHO_HIS_SDS_2015.1_fre.pdf?sequence=1&isAllowed=y.
  • 15.Centers for Disease Control and Prevention. Est-ce que c’est COVID-19 ou Ebola ? 2018. www.cdc.gov/vhf/ebola/pdf/2018/french/COVID19_or_Ebola_FR_FINALv2.pdf.
  • 16.Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Informations par pays. www.diplomatie.gouv.fr.
  • 17.Organisation mondiale de la santé. Maladie à virus Ebola. www.who.int/ebola/fr/.
  • 18.Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Vous partez en voyage à l’étranger ? Ayez le réflexe Ariane ! https://pastel.diplomatie.gouv.fr/fildariane/dyn/public/login.html.
  • 19.CMETE. Médecine des voyages. Épidémie EBOLA : conseils aux voyageurs. www.cmete.com/actualites-old/epidemie-ebola-conseils-aux-voyageurs.

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