Un homme de 72 ans a consulté aux urgences pour fatigue progressive et intolérance au froid. Il avait des antécédents d’hypothyroïdie et avait choisi de cesser ses suppléments de lévothyroxine 6 mois auparavant. À l’examen, le patient était alerte, et sa température était à 36 °C, sa tension artérielle à 147/70 mm Hg, sa fréquence cardiaque à 98 battements/minute et sa fréquence respiratoire à 16 respirations/minute. Nous avons observé la perte du tiers externe de ses sourcils (c. à d. signe de Hertoghe, figure 1), un œdème périorbital, de la xérose et des cheveux fins. Son état mental a soulevé des questions quant à la présence d’un délire concernant ses soins médicaux. Le taux de thyrotropine du patient était à 204 mUI/L (normale 0,35–4,94), ses taux de thyroxine libre et de triiodothyronine étaient indétectables et ses taux de créatinine kinase (874 UI/L, normale ≤ 240) et de créatinine sérique (166 μmol/L, normale 64–110) étaient élevés.
Figure 1:
Perte du tiers externe des sourcils, connue sous le nom de signe de Hertoghe, chez un homme de 72 ans atteint d’hypothyroïdie grave. Une sécheresse cutanée est aussi apparente.
Nous avons posé un diagnostic d’hypothyroïdie grave et instauré un traitement de lévothyroxine orale à raison de 1,6 μg/kg/j (dose initiale complète recommandée)1. Nous avons hospitalisé le patient parce que nous soupçonnions une psychose, qui aurait pu évoquer un diagnostic de coma myxœdémateux, pouvant justifier l’administration d’hormones thyroïdiennes par voie intraveineuse. Toutefois, la consultation en psychiatrie n’a pas permis de confirmer ce diagnostic. Les paramètres biochimiques du patient se sont améliorés en l’espace de quelques jours avec les suppléments oraux d’hormones thyroïdiennes seulement, et celui-ci a reçu son congé.
La plupart des symptômes courants de l’hypothyroïdie sont associés à un ralentissement métabolique, incluant fatigue, faiblesse musculaire, gain pondéral, intolérance au froid et constipation2. Plusieurs symptômes physiques sont liés à l’accumulation progressive de glycosaminoglycanes dans les espaces interstitiels, comme l’œdème et les cheveux fins ou rêches2. Le signe de Hertoghe (en anglais, Queen Anne’s sign, nom probablement inspiré d’un portrait de cette reine du Danemark) est un signe peu commun chez les patients atteints d’hypothyroïdie3. Il est associé à d’autres maladies, notamment la dermatite atopique, l’hypoparathyroïdie, la lèpre et la syphilis3. Chez notre patient, nous avons attribué ce signe à l’hypothyroïdie en raison des résultats de ses analyses biochimiques et de l’absence de caractéristiques cliniques liées à d’autres maladies. Étant donné la grande accessibilité des analyses et des traitements, l’hypothyroïdie grave est peu répandue au Canada; non traitée, elle peut toutefois progresser vers un coma myxœdémateux, une insuffisance pluriorganique et la mort2.
Voir la version anglaise de l’article ici : www.cmaj.ca/lookup/doi/10.1503/cmaj.211051
Footnotes
Intérêts concurrents: Aucun n’a été déclaré.
Cet article a été révisé par des pairs.
Les auteurs ont obtenu le consentement du patient.
Références
- 1.Jonklaas J, Bianco AC, Bauer AJ, et al. American Thyroid Association Task Force on Thyroid Hormone Replacement. Guidelines for the treatment of hypothyroidism: prepared by the American Thyroid Association task force on thyroid hormone replacement. Thyroid 2014;24:1670–751. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 2.Heymann WR. Cutaneous manifestations of thyroid disease. J Am Acad Dermatol 1992;26:885–902. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
- 3.Borzutzky A, Tejos-Bravo M, Venegas LF, et al. Hertoghe’s sign in atopic dermatitis. J Pediatr 2020;226:299. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]

