Abstract
Dans le cadre de leurs études, des élèves de l’institut de formation d’aides-soignants de Rodez (Aveyron) se sont interrogés sur les répercussions de la crise de la Covid-19 sur leur formation. La mise en place de nouvelles modalités d’apprentissage leur a demandé une adaptation indispensable.
Mots clés: crise sanitaire, distanciel, formation d’aide-soignant, impact psychologique
La crise de la Covid-19, qui impacte la France et le reste du monde depuis fin 2019, entraîne des répercussions dramatiques sur la vie de toute la population. Le public étudiant n’est pas épargné, bien au contraire.
Ce n’est pas sans inquiétude que les élèves aides-soignants ont fait leur rentrée à l’institut de formation d’aides-soignants (Ifas) de Rodez (12) en septembre 2020, dans un contexte pour le moins compliqué. À travers leur témoignage, ces élèves1 proposent d’accompagner les promotions à venir quant aux nouvelles modalités d’apprentissage dans cette période si particulière.
Une formation par alternance
Selon le Dictionnaire des soins infirmiers [1], apprendre est un « processus qui permet d’acquérir les connaissances et les comportements préparant à l’exercice d’une profession. Il suppose une mise en situation et s’élabore en interaction entre l’enseigné, l’enseignant et le milieu ou l’environnement ».
En 2020, la formation d’aide-soignant dure dix mois2 . Elle est composée de huit modules d’activités, mêlant des cours magistraux, des travaux dirigés et des travaux pratiques à l’institut, et de six stages de quatre semaines de différentes typologies.
Cette formation par alternance est au service de la construction des compétences métier : c’est la juxtaposition de séquences théoriques et professionnelles qui permet de mettre son savoir au profit de son savoir-faire, et inversement [2].
L’impact de la crise sanitaire
Par l’ampleur de la crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19, ce processus d’apprentissage a été considérablement bouleversé [3]. Dès le début de l’année, les gestes barrière ont perturbé l’organisation habituelle de la promotion : hygiène des mains, port du masque, distanciation physique. Les élèves de Rodez et ceux de l’antenne de Villefranche-de-Rouergue (12), située à une heure de route, ne se sont quasiment jamais rencontrés, contrairement à l’organisation traditionnelle.
Travailler derrière un écran
Après six semaines de cours en présentiel et quatre semaines de stage, les élèves ont dû suivre leurs cours à distance avec l’arrivée de la deuxième vague épidémique. Une formation dite hybride a été mise en place : cours en distanciel, évaluations en présentiel.
Dès les premiers jours, ils ont été confrontés aux problèmes de connexion, au manque d’équipement, aux bugs informatiques ou à certaines limites dans l’utilisation des outils bureautiques. Pourtant, il leur a fallu s’acclimater rapidement à ce nouveau mode de fonctionnement sans avoir le choix, les cours s’accumulaient déjà… Ils ont ressenti du stress, de l’angoisse, mais aussi beaucoup de solitude et du découragement.
Le sentiment d’isolement s’est fait rapidement sentir. La compréhension des cours en ligne devient plus opaque. Les élèves n’osent pas forcément poser des questions : le virtuel rend difficile l’interaction. Le manque d’échanges informels avec les autres élèves majore leur isolement devant l’écran.
Ne pas pouvoir effectuer les travaux pratiques en présentiel a généré de la frustration, même si les formatrices, dynamiques, avaient pris le temps de réaliser des vidéos de qualité sur le recueil des urines ou sur les transmissions orales.
L’organisation à la maison s’apparente pour certains à un véritable parcours du combattant, entre les cours et la vie familiale [4].
Une adaptation au quotidien
Les révisions des modules ont pu se faire, au choix, de manière collective via les réseaux sociaux, en binôme, ou seul selon les préférences et les capacités matérielles. Les évaluations en présentiel ont permis de reprendre contact entre camarades de la promotion. Un retour à la vie sociale le temps d’un instant…
Certains stages ont été annulés ; en raison de la pandémie, les structures ne pouvaient accueillir les élèves. Avant chaque stage, le suspense planait : allaient-ils réellement partir dans leurs lieux de stage respectifs ? L’attente des résultats des tests par polymerase chain reaction (PCR)avant chaque départ n’a fait qu’amplifier leur angoisse.
Le stress élevé et l’anxiété accumulés au cours des mois de confinement3 , ainsi que la peur de la maladie, les ont plus ou moins amenés vers un isolement social porteur de conséquences psychologiques supplémentaires [5].
L’isolement et ses conséquences
Le manque de contacts sociaux provoque un isolement, lui-même pourvoyeur d’expressions somatiques et psychologiques : humeur changeante, anxiété, troubles du sommeil, difficultés d’apprentissage.
Certains élèves ont été frappés de plein fouet socialement par la crise sanitaire. Quelques-uns ont décroché au cours de la formation. La majorité a dû revoir son organisation familiale : gérer les cours en visioconférence avec les enfants à la maison, mettre en place des activités occupationnelles avec eux, choisir un temps de garde un peu plus important, avec des révisions tardives le soir, quand les enfants étaient enfin endormis.
Une promotion “différente”
Malgré les difficultés et le confinement, les réseaux sociaux ont permis à chacun de rester en contact virtuel avec le reste de la promotion. Cette expérience leur a apporté une autre approche de la formation et de leurs collègues élèves. En effet, lors des cours en présentiel ou en ligne, un sentiment de solidarité s’est renforcé, un esprit d’équipe, une entraide se sont développés.
Conclusion
Malgré leurs difficultés, malgré les hauts et les bas, les élèves ont pu valider les modules, certains plus facilement que d’autres. Ils ont trouvé un soutien mutuel pour ne pas lâcher prise. De franches rigolades en visioconférence leur ont permis d’évacuer la pression. Cette année s’est avérée compliquée pour eux et pour leurs familles, mais particulièrement satisfaisante par l’implication dont ils ont fait preuve et par leur enrichissement personnel.
Recommandations aux futurs élèves
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S’aménager un espace personnel.
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S’éloigner des écrans parasites (télévision, jeux vidéo, téléphone).
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Avoir le support de cours sous les yeux.
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Interagir pendant les cours.
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Partager ses questionnements avec l’équipe pédagogique en dehors du cours.
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Éviter de rester statique trop longtemps, profiter des pauses pour s’aérer et faire quelques mouvements.
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Maintenir une hygiène de vie correcte (bien dormir, éviter les sollicitations gourmandes !).
Interactions en visioconférence. 
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Footnotes
Cet article est issu d’un travail réalisé par les élèves aides-soignants au cours de leur formation.
La réforme introduite par l’arrêté du 10 juin 2021 a allongé la formation à onze mois et réparti différemment les temps d’enseignement et de stage. Elle introduit une part d’enseignement à distance.
Du 17 mars au 11 mai 2020, et du 30 octobre au 15 décembre 2020 (pendant le temps de formation).
Références
- 1.Paillard C. Setes; Noisy-le-Grand: 2013. Dictionnaire humaniste infirmiers. Approche et concepts de la relation soignant-soigné. [Google Scholar]
- 2.Maubant P. In: Dictionnaire des concepts de la professionnalisation. Jorro A., editor. De Boeck Supérieur; Paris: 2014. Alternance; pp. 29–32. [Google Scholar]
- 3.Benque B, Fabregas B. Covid-19 : les formations paramédicales en cours doivent aussi s’adapter… Avril 2021. www.infirmiers.com/profession-infirmiere/formations/covid-19-formations-paramedicales-en-cours-doivent-aussi-adapter.html.
- 4.Delon Ferrand K., Lagrue V., Soudée N., et al. Formation aide-soignante et parentalité, un équilibre à trouver. L’Aide-soignante. 2022;36(239) [à paraître] [Google Scholar]
- 5.Mengin A., Allé M.C., Rolling J., et al. Conséquences psychopathologiques du confinement. Encéphale. 2020;46(3):S43–S52. doi: 10.1016/j.encep.2020.04.007. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
