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Elsevier - PMC COVID-19 Collection logoLink to Elsevier - PMC COVID-19 Collection
. 2022 Jul 7;21(6):312–319. [Article in French] doi: 10.1016/j.medpal.2022.06.007

Les « personnes âgées » pendant la crise de la covid-19 : un bouc émissaire commode ou un révélateur des dysfonctionnements sociaux ?

The “elderly” during the covid-19 crisis: a convenient scapegoat or a revelation of social dysfunction?

Bernard Ennuyer 1
PMCID: PMC9259477

Abstract

With the arrival of the coronavirus disease 2019 (covid-19) pandemic, the French society has been deeply shaken in its overall functioning. The proliferation of patients and the increased demand for care, particularly in hospitals and intensive care units, have particularly disrupted the health and social functioning of French society. In this particular context of crisis, the latter played the role of “social analyzer” in the sense given to it by sociologists, that is to say, it shed new light on the social practices instituted normally. We have chosen for this article to examine the way in which a particular category of people “the elderly” had been treated on three registers which appeared to us to be emblematic of the social treatment of these “elderly people” during the covid-19 crisis. First there was the reactivation of what some have called “the struggle of ages” or even the war of generations. Then, this crisis has particularly highlighted the situation of elderly people residing in nursing homes: their increased mortality, their problematic confinement and their priority vaccination. Finally, this crisis raised the question of the relevance of setting up specific confinement according to age. Our conclusion is that crises are conducive to simplistic explanations and the search for scapegoats, but that they are also a formidable indicator of social dysfunctions that predate the crisis. In this sense, the crisis has brought to light an obvious fact in French society of the primacy of “life course inequalities” as a major vector of social exclusion.

Keywords: Social analyzer, Scapegoat, At home, Confinement, covid-19 crisis, Deaths in nursing homes, Social functioning, Life course inequalities, Struggle of the ages, Elderly, Vaccination

Les « personnes âgées » pendant la crise de la covid-19 : un bouc émissaire commode ou un révélateur des dysfonctionnements sociaux ?

Avec l’arrivée de la crise de la coronavirus disease 2019 (covid-19) et dans le contexte d’incertitude qui s’est installé, des choix ont été faits, des décisions ont été prises et des pratiques ont été mises en place, tout cela « à chaud » vu le climat d’urgence. Il nous a semblé important, avec environ un an et demi de recul, d’essayer d’éclairer ces pratiques à la fois sous l’angle d’une éthique collective, c’est-à-dire des règles de vie en vigueur dans la société d’aujourd’hui, mais aussi sous l’angle d’une éthique individuelle du sujet confronté à cette pandémie, au sens que donne Michel Foucault au mot « éthique » : « l’élaboration d’une forme de rapport à soi qui permet à l’individu de se constituer comme sujet d’une conduite morale » [1] (p.275). Cette tentative de théorisation est bien sûr une interprétation personnelle, partielle et partiale, c’est ma « reconstruction sociale de la réalité » [2]. Il est fort possible que cette tentative se révèle rapidement caduque, quand nous aurons plus de recul sur cette crise. Pour aborder ces attitudes individuelles et ces interrogations collectives durant cette crise, nous avons choisi la façon dont ont été traitées les « personnes âgées », bien que nous ne souscrivions absolument pas à cette catégorisation des personnes âgées de 60 ans et plus, considérées, à tort, comme un groupe homogène qui, plus est, à risque pour la société C’est effectivement cette catégorisation sans nuance et plutôt péjorative « les personnes âgées » [3] qui est devenue la façon dont la société et les media dénomment ce groupe de 18 millions de personnes âgées de 60 ans et plus.

Mais revenons d’abord au déroulement d’une crise. Etymologiquement le mot crise vient du grec krisis qui signifie à la fois « action de choisir et action de décider ». Dans le dictionnaire courant, le mot crise est à l’origine un terme du domaine médical : le moment décisif dans l’évolution d’une maladie. Par extension, ce mot a pris une signification plus globale de phase grave dans l’évolution des choses, des évènements et des idées, synonyme de situation instable, de danger ou de difficultés extrêmes. De façon générale, une crise arrive dans un fonctionnement social donné. Cette crise de la covid-19 a d’abord créé une situation sanitaire nouvelle : on a assisté à la multiplication des personnes malades et à une augmentation de la demande de soins notamment hospitaliers, mais cette situation nouvelle est survenue dans une organisation des soins et dans un système hospitalier qui préexistaient à l’arrivée de la crise. De ce fait, le deuxième effet de la crise a été de mettre en lumière le fonctionnement social de ces institutions de soins antérieur à la crise, quitte à en révéler dans cette période de grande tension les insuffisances ou les dysfonctionnements obligeant à modifier rapidement, plus ou moins profondément, ce fonctionnement. Une crise est donc, au sens sociologique, un analyseur social [4] du fonctionnement global d’une société, de ses choix et de ses valeurs. Pour éclairer les pratiques mises en place pendant cette épidémie de covid, nous avons choisi d’examiner la manière dont a été traité ce groupe « personnes âgées » et ce par intérêt professionnel1 . De ce point de vue, en effet, la crise est riche d’enseignements sur la place des « personnes âgées » dans la société, sur les représentations sociales de la vieillesse, sur les rapports entre les générations et aussi sur les inégalités sociales à l’intérieur d’une même classe d’âge.

Nous avons choisi d’aborder particulièrement trois registres qui nous ont paru emblématiques du traitement de ces « personnes âgées » pendant la crise de la covid-19. D’abord il y a eu la réactivation de ce que d’aucuns ont appelé « la lutte des âges » ou encore la guerre des générations. Ensuite cette crise a particulièrement mis en lumière la situation des personnes âgées résidant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) : leur mortalité accrue, leur confinement discutable et leur vaccination prioritaire. Enfin cette crise a posé la question de la pertinence d’une mise en place d’un confinement spécifique en fonction de l’âge.

La réactivation de la lutte des âges ou du « conflit de générations »

Des termes tels que « lutte des âges », « fracture ou conflit de générations », étaient, comme on va le voir, déjà largement diffusés avant la crise, mais l’épidémie a ramené sur le devant de la scène ces thèmes de façon parfois exacerbée [5]. En voici trois exemples : d’abord le titre d’un numéro de la revue Courrier international « Coronavirus la lutte des âges : si on compte une majorité de seniors parmi les victimes de la pandémie, les plus jeunes eux payent un lourd tribut au confinement : chômage, récession…va-t-on vers une fracture des générations ? » [6]. Ensuite les propos du philosophe André Comte-Sponville « Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration. Cela me donne envie de pleurer. »[7]. Enfin un organisme de sondage a titré « Covid : le risque d’un conflit générationnel ? » [8] arguant d’une étude d’opinion que, comme sociologue, nous qualifierons de très orientée. En effet, la question posée par Odoxa était la suivante : « Dans les mois qui viennent, craignez-vous un « conflit de générations », c’est-à-dire des désaccords importants entre les Français les plus jeunes et les Français les plus âgés ? ». 56 % des personnes interrogées ayant répondu oui à cette question, Odoxa affirme : « ce risque est réel aux yeux des français », mais quand on y regarde de plus près, seuls 12 % des Français ont dit craindre « beaucoup » ce conflit, 44 % le craignant « peu ». On peut, alors, s’interroger sur la pertinence du commentaire d’Odoxa, sauf pour cet organisme à vouloir absolument créer une opinion publique alarmiste [9].

Essayons d’analyser les significations possibles de ces propos qui, pour la plupart, ciblent les personnes les « plus âgées » de notre société comme responsables des difficultés des plus jeunes. Ce sujet n’est pas nouveau : « Le problème des générations » apparait, en 1928, sous la plume du sociologue allemand Karl Mannheim [10] qui, à propos de la place de la jeunesse, se pose la question des forces sociales que doit affronter toute nouvelle génération pour trouver sa place, celle de la prise de conscience d’appartenir ou non à une génération et la question des divergences et hétérogénéités au sein d’une génération. En 1970, parait le livre emblématique de Margaret Mead traduit en français par « le fossé des générations » [11]. Cette anthropologue étudie alors les nouvelles relations entre les générations dans la culture contemporaine de l’époque. Mais c’est, en 2002, le livre du sociologue Louis Chauvel « le destin des générations » [12], établissant un constat de fracture générationnelle qu’il date des années 1980, qui va relancer le débat puisque, selon lui, les générations des années 1950 ont bénéficié d’un revenu et d’un niveau de vie bien supérieur à celui des générations des années 1970. Au passage, on peut noter qu’un travail récent de l’Insee invalide le constat de Louis Chauvel, démontrant le contraire de ce qu’il avance [13].

À partir de 2005, les publications vont se multiplier autour de cette idée d’une fracture générationnelle avec toute une série de textes ciblant nommément les « vieux » d’en être responsables, tels que : « Du baby-boom au papy krach : la France vieillit en laissant à ses enfants la facture ». [14], « Il ne fait pas bon être jeune dans un pays vieillissant. » [15], « Dette, retraite, dépendance : explosion de la dette publique, crainte sur la pérennité des retraites, envolée du chômage des jeunes… les peurs d’un accroissement des inégalités entre générations n’ont jamais été aussi vives. » [16]. Enfin le livre « Avoir 20 ans en 2020 » [17] reprend cette idée du « fossé des générations » des années 1970. On peut noter que la plupart de ces textes, alimentant la thématique d’un conflit opposant la génération « dorée des baby-boomers » d’un côté, aux « jeunes précaires » de l’autre, émanent d’auteurs tenants d’une économie néolibérale.

Il faut signaler que si la crise de la covid-19 a effectivement réactivé ce thème d’un conflit de générations déjà traité dans les années 1970, cette idée selon laquelle le vieillissement de la société française met en péril son avenir est une constante depuis très longtemps [3]. C’est ainsi que dans l’introduction du rapport Laroque de 1962 qui s’interroge à l’époque sur la place des « personnes âgées » dans une société, on peut lire : « Le vieillissement de la population entraîne des conséquences dans tous les domaines de la vie nationale. Progressivement mais de manière inéluctable, il grève les conditions d’existence de la collectivité française (…) Il est établi que toute personne inactive vit de prélèvements sur la production des biens ou la création de service des actifs (…) Sur le plan économique, d’autre part, le vieillissement démographique exerce une influence certaine sur les structures professionnelles, l’équipement et les méthodes de travail (…) Enfin, politiquement et psychologiquement, le vieillissement se traduit par le conservatisme, l’attachement aux habitudes, le défaut de mobilité et l’inadaptation à l’évolution du monde actuel » [18] (p. 3-4). La crise de la covid-19 n’a donc fait que réactiver cette vision d’un groupe « personnes âgées » comme responsable des difficultés de la société, véritable bouc émissaire au sens que René Girard donne à cette notion : « toute communauté en proie à la violence ou accablée par quelque désastre auquel elle est incapable de remédier se jette volontiers dans une chasse aveugle au « bouc émissaire ». Instinctivement on cherche un remède immédiat et violent à la violence insupportable. Les hommes veulent se convaincre que leur maux relèvent d’un responsable unique dont il sera facile de se débarrasser » [19] (p. 122). On peut comprendre que cette crise, source d’angoisse pour beaucoup d’entre nous, ait fait resurgir des peurs archaïques telles qu’elles pouvaient exister au temps de la naissance des sociétés humaines alors essentiellement nomades. Pour ces sociétés perpétuellement en mouvement, les plus vieux, du fait d’une moindre mobilité, pouvaient en effet retarder la marche du groupe et mettre en péril sa survie. Mais, de fait, dans la réalité quotidienne, comme le dit le philosophe Fabrice Gzil [20], il n’y a pas de données factuelles ou réelles permettant d’accréditer cette idée que « l’on ait sacrifié l’avenir des jeunes à la santé des vieux ». Les difficultés de vie quotidienne ont été, malheureusement, partagées assez équitablement, si l’on peut dire, entre les différentes générations. Du fait de la nécessité de la plupart des individus de faire front commun devant ces difficultés, il y a d’ailleurs eu plus de rapprochement entre les générations que de conflits, même si les inégalités sociales et particulièrement familiales ne permettent pas des conclusions précises sur ces rapports générationnels…nous y reviendrons.

Il faut aussi noter que durant cette crise, il y a eu bien sûr d’autres boucs émissaires, car il fallait effectivement comme le dit René Girard trouver des responsables. On a eu ainsi pêle-mêle le président de la République qui aurait pris les mauvaises décisions, la ministre de la santé mal informée, notamment sur la question de l’utilité des masques, les agences régionales de santé (ARS) trop « technocratiques » et « inopérantes » [21], le conseil scientifique covid-19 divisé, les médecins qui étalaient leurs désaccords sur les traitements possibles, etc.

La situation des « personnes âgées » qui se trouvaient en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD)

Une des conséquences de la pandémie de covid-19 est d’avoir rappelé que les gens très âgés étaient mortels, particulièrement ceux qui sont en institution d’hébergement, du fait à la fois de leur grand âge (87 ans d’âge moyen en EHPAD) et surtout du fait qu’ils sont entrés en EHPAD essentiellement à cause d’un état de santé précaire couplé avec un environnement social et familial ne leur permettant pas de rester chez eux. Il est donc normal que les premières victimes du coronavirus aient été les personnes le plus fragiles qui étaient justement les résidents d’EHPAD. La crise a donc fait redécouvrir au grand public, que dans ces établissements, la mort est un phénomène quotidien, environ 15 à 17 000 décès par mois [22]. Mais du fait de cette focalisation sur la surmortalité en EHPAD et de l’égrenage morbide quotidien par les media des chiffres de morts à l’hôpital et en EHPAD, alors qu’on ne parlait pas de la situation des personnes âgées restées dans leur domicile dont on ignorait – et dont on ignore sans doute aujourd’hui encore – les chiffres de mortalité, on a eu l’impression à cause des commentaires médiatiques centrés uniquement sur les difficultés des EHPAD que les 18 millions de 60 ans et plus étaient confondues avec les 620 000 personnes résidantes dans ces établissements. On a donc « éhpadisé » toute la population des personnes de 60 ans et plus et on l’a ciblée comme particulièrement à risque, sans tenir compte de la diversité des conditions de vie et des états de santé de cette population dont témoignent entre autres les chiffres d’espérance de vie différentielle [23] en fonction des statuts sociaux. Cette façon d’assimiler toutes les personnes âgées à des « vieillards d’hospice » a logiquement suscité des réactions de certains représentants de ces fameuses personnes âgées, déplorant cette vision uniquement médicale de la vieillesse ne faisant des vieux que des « objets de soin ». Ainsi Marie-Françoise Fuchs, médecin, présidente du mouvement Old up, déclarait « Nous ne voulons pas être des « objets » de soin mais des sujets de soin ; nous ne pouvons pas nous satisfaire d’un regard uniquement médical sur les personnes âgées » [24].

Après cette redécouverte de la mort au quotidien dans les EHPAD, la question du confinement des résidents s'est posée. Car cette crise a aussi fait redécouvrir que ces lieux étant des lieux de concentration de personnes fragiles, ils se trouvaient être des lieux propices à favoriser la contagion entre les résident(e)s en raison, notamment, de la présence nécessaire du personnel soignant venant de l’extérieur qui ne permettait pas de protéger les résidents d’une contagion possible sauf éventuellement à les confiner dans leur chambre. Le confinement des résidents a, de ce fait, été rapidement une forte recommandation des ARS en mars-avril 2020. C’est cette recommandation qui a fait se poser des interrogations de nature éthique notamment quant à la liberté « d’aller et venir » [25] qui est garantie aux résidents d’EHPAD, ce dernier étant considéré comme un lieu de vie. D’où une demande d’avis formulée auprès du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Interrogé donc sur le fait que la décision nationale de confinement des résidents des EHPAD soit justifiée ou non, le CCNE a répondu le 30 mars 2020 en soulignant tout d’abord que les délais très courts dans lesquels il avait dû donner sa réponse la rendait « difficilement compatible avec une réflexion éthique approfondie qui suppose un regard pluridisciplinaire sur la question posée et la possibilité d’un dialogue confrontant des opinions pouvant être différentes »[26] (p.1). Le CCNE rappelle au préalable que « la crise sanitaire est révélatrice du manque de moyens préexistants 2 , notamment humains dans ces établissements (…) que toute mesure contraignante restreignant les libertés reconnues par notre État de droit, notamment la liberté d’aller et venir, doit être nécessairement limitée dans le temps, proportionnée et adéquate aux situations individuelles. Elle doit être explicitée aux résidents, aux familles et aux proches aidants et soumise à contrôle »[26] (p. 2). Le CCNE concluait ainsi « tout renforcement des mesures de confinement doit être ainsi décidé par le médecin coordonnateur et le directeur de l’établissement en lien avec les instances et tutelles dont ils dépendent »[26] (p.5). On aurait aimé que le CCNE se prononce aussi pour que cette question du confinement soit débattue avec les résidents et leur famille au-delà de la seule obligation de les informer. A propos du confinement en EHPAD, citons encore les propos de Marie-Françoise Fuchs « Nous déplorons que certains EHPAD aient prévenu la famille seulement après le décès de leur parent. L’accompagnement n’a pas pu se faire. Même en période de crise sanitaire, c’est très choquant. La protection des personnes fragiles ne doit pas se transformer en surprotection » [24].

Mais au-delà du courroux des familles et de manifestes de personnalités chez les soignants [27], un certain nombre de directeurs et de directrices d’EHPAD se sont trouvés bien seul(e)s en première ligne et confrontées au choix suivant : ou bien suivre leur « éthique de « conviction » [28] quand ils pensaient que le confinement de certaines personnes amènerait rapidement leur décès et donc choisir de ne pas les confiner, s’exposant ainsi à enfreindre leur « éthique de responsabilité » [28], en ne respectant pas les recommandations des ARS qui sont, pour la direction d’un EHPAD, une tutelle majeure. Ces directions pouvaient en effet, du fait du non-respect de cette éthique de responsabilité, être mises en cause par ces agences régionales de santé pour n’avoir pas appliqué les consignes données, mais aussi être attaquées par les familles en cas de décès de leur parent à cause d’un confinement non respecté…

La même difficulté a été rencontrée par les directions quant à l’application de la vaccination prioritaire des résidents d’EHPAD. Les personnes âgées résidant dans ces établissements ont été vaccinées les premières dès décembre 2020, certains ont voulu y voir un privilège ou une faveur faite au très grand âge, mais d’autres se sont interrogés sur cette priorité à la vaccination donnée aux résidents sur les soignant(e)s [29]. Pour le même résultat, c’est-à-dire enrayer les décès en EHPAD, on aurait pu aussi bien, disaient-ils, choisir de vacciner massivement et obligatoirement les soignants de ces établissements, puisque souvent ce sont eux, comme dit plus haut,qui faisaient entrer le virus dans l’établissement. Or cette vaccination des soignants n’a été rendue obligatoire que le 15 septembre 2021…

Par ailleurs, autre question éthique d’importance, passée largement sous silence, la question de l’information donnée aux résidents d’EHPAD quant à la vaccination et du recueil de leur consentement à la vaccination particulièrement pour des personnes ayant des troubles psychiques importants. Cette question éthique a fait l’objet d’un mémoire de Master 2 dans notre laboratoire d’éthique médicale appliquée, mémoire soutenu en Juin 2021 [30].

Et, une fois de plus, les personnes âgées restées à domicile et les services d’aide à domicile ont été passées sous silence

En effet, on peut noter que les EHPAD ont monopolisé la communication médiatique pendant la crise, alors que ce qui se passait à domicile est resté dans l’ombre. Les services à domicile ont été les derniers à avoir des masques [31] et la prime Covid attribuée systématiquement aux salariés des éhpad a été beaucoup plus aléatoire, car soumise au bon vouloir des départements avec des résultats très inégaux, alors que la prime covid a été financée pour tous les soignants d’éhpad par l’assurance maladie…on retrouve là aussi un phénomène bien antérieur à la covid-19 : l’invisibilité médiatique des personnes âgées vivant à domicile alors qu’elles sont majoritaires, puisque seulement 20 % des personnes âgées de 85 ans et plus vivent en éhpad.

La liberté d’aller et venir des personnes de plus de 65 ans au temps de la covid-19

En mai 2020, lors de la sortie du premier confinement lié à la covid-19, il a été question de maintenir ce confinement pour les personnes de 65 ans et plus à domicile comme en hébergement [32], avec comme justification le fait que dans cette première vague, statistiquement les décès avaient eu lieu principalement dans cette catégorie d’âge. De ce fait, les 14 millions de 65 ans et plus devenaient des personnes vulnérables au coronavirus..., quel que soit leur état de santé et surtout leur statut social dont on a vu précédemment qu’il était très prédictif de l’état de santé. L’argument des partisans d’un confinement prolongé pour les 65 ans et plus était, comme déjà mentionné, que dans le premier confinement mis en place, on avait pour protéger les plus âgés, « sacrifié » les jeunes et que grosso modo, on les avait empêchés de vivre leur vie, eux dont le risque statistique de mortalité était très faible… Aussitôt des personnes de plus de 70 ans [33] se sont émues de cette mesure qualifiée d’« âgiste », au motif que beaucoup d’entre elles étaient aussi en bonne santé et donc relativement peu à risque. Mais d’autres personnes de même âge ont aussi fait valoir, au nom de leur éthique personnelle, qu’elles se savaient plus à risque uniquement du fait de leur âge et éventuellement de leurs comorbidités et que, sans qu’on les y contraigne, elles étaient d’accord pour limiter leurs contacts.

Selon nous, ces positions, légitimement différentes, auraient pu (ou dû ?) faire l’objet d’un débat collectif qui est l’essence même de la réflexion éthique, ce qui n’a pas été fait. Par ailleurs, si cette polémique a remis en lumière l’âgisme avéré de la société française dénoncé plus haut, il a surtout mis en lumière le fait que certains individus, de tous âges, ne supportent plus aucune atteinte de ce qu’ils appellent leur « autonomie » ou leur « pouvoir d’agir ». Rappelons à cet égard les propos d’Edgar Morin : « il faudrait enseigner qu’une vie humaine ne peut s’épanouir que dans la relation à la fois contradictoire et complémentaire entre l’auto affirmation de soi et l’inclusion dans une communauté ou fraternité » [34].

En ce sens les propos du CCNE du 13 mars 2020 sont aussi à rappeler. Dans sa « contribution à la réflexion sur les enjeux éthique face à une pandémie », celui-ci a rappelé que même si les pouvoirs publics devaient faire respecter l’exigence fondamentale du « respect de la vie humaine », par ailleurs ils « pourraient prendre des mesures contraignantes 3  telles que la réquisition ou le confinement de certaines catégories de citoyen, ou des restrictions à la circulation » [35] (p.4), ajoutant « Selon le droit, les restrictions générales ou particulières aux libertés individuelles doivent être décidées et appliquées conformément à la loi, être conformes à un objectif légitime d’intérêt général, être proportionnées et strictement nécessaires pour atteindre cet objectif, sans comporter de mesure déraisonnable ou discriminatoire, et être définies compte tenu des données acquises de la science, en particulier sur leur efficacité » [35] (p.4). Il nous semble justement qu’à partir de ce texte, on aurait pu instituer un débat beaucoup plus large avec des représentants des citoyens, ce qui aurait d’ailleurs sans doute permis une meilleure compréhension par les citoyens du bien-fondé, ou non, de ces mesures. De ce point de vue, on peut penser qu’en dépit de l’urgence sanitaire, il y a eu pendant cette pandémie un manque de débat public et donc de démocratie, manque dont on peut penser qu’il préexistait à cette crise qui l’a mis au grand jour.

Alors que nous a appris cette pandémie ?

La crise nous a rappelé, avec force, notre interdépendance en tant qu’individus vivant en société

À l’évidence, la crise a remis en lumière ce que disait Léon Bourgeois au moment de la découverte de la contagion microbienne par Louis Pasteur, dans les années 1880. Léon Bourgeois reconnaissait volontiers que les recherches scientifiques de Pasteur sur la contagion microbienne étaient à l’origine de ses réflexions sur l’interdépendance entre les hommes et les générations. Selon lui, riches et pauvres sont exposés de manière identique aux maux biologiques et sociaux, les souffrances endurées par les uns se répercutant inévitablement sur la vie des autres. Pour lui, la lumière vient des sciences naturelles et particulièrement de la biologie « qui par l’étude des organismes va donner à la science sociale les éléments de synthèse et en établir les preuves » [36] (p. 53). De ce fait, ajoutait-il « L’homme est soumis à des rapports de dépendance réciproque qui le lie à ses semblables (..) Cette dépendance le lie à tous et à tout, dans l’espace et dans le temps. Il vit et sa santé est sans cesse menacée par les maladies des autres hommes, dont, en retour, la vie est menacée par les maladies qu’il contractera lui-même » [36] (p. 47). Il en tirait la conclusion que « l’homme isolé n’existe pas » [36] (p. 137). La réflexion de Léon Bourgeois renvoie à la prise de conscience qui s’opère à cette époque que seule la solidarité des individus peut leur permettre de faire société. Cette prise de conscience, qui fait du risque que les hommes sont les uns pour les autres la nouvelle forme du lien social qui les relie, s’est alors imposée comme une évidence. C’est ce qu’a montré François Ewald dans son travail sur la notion de risque, notion qui fut la base de la loi du 9 avril 1898 sur l’indemnisation des accidents du travail [37] (p. 34) : « Depuis la fin du XIXe siècle, le risque sert à penser tout évènement qui pose une question de justice sociale (..) Le risque est en nous-mêmes, nous sommes tous, quelles que soient notre bonne santé ou l’absolue moralité de notre conduite, des risques les uns pour les autres. Le risque est le mode moderne du rapport à autrui » [37] (p. 20). Il en concluait : « Le paradoxe de ce type de mal (l’accident) est qu’il ne naît pas de la faute de l’un ou de l’autre, mais qu’il résulte du concours des activités des uns et des autres. Il manifeste le lien social comme rapport de solidarité et d’interdépendance » [37] (p.19).

Alors que conclure ?

Les crises sont propices aux explications simplistes et à la recherche de boucs émissaires

Cette crise sanitaire et sociale a particulièrement pris au dépourvu l’ensemble des individus de par sa complexité. Face aux difficultés pour savoir quelles mesures prendre et à quel moment, beaucoup d’entre nous se sont sentis perdus et démunis pour démêler cette complexité. C’est alors que quelques personnes « médiatisées » ont proposé, en cette période d’incertitude, des explications simplistes permettant d’identifier des responsables, voire des boucs émissaires. En ce sens « les plus âgés », cette génération « dorée, nantie, qui a eu la vie belle… » comme l’ont dit certains, ont fait une cible idéale comme on l’a vu au début de cet article. La pseudo « fracture des générations » est donc pour nous une explication simpliste à la crise dans une stratégie de recherche d’un bouc émissaire : puisque ce qui se passe ne peut pas être uniquement imputé à nos gouvernants « imprévoyants » (comme certains l’ont avancé…), c’est « la faute aux vieux ». Comme le dit Edgar Morin, « la complexité se présente avec les traits inquiétants du fouillis, de l’inextricable, du désordre, de l’ambiguïté, de l’incertitude… » [38] (p. 21) d’où la tentation pour certains de trouver des slogans simplistes susceptibles de rassurer le grand public. En outre, ces slogans jouent le rôle d’écran, permettant de dissimuler des enjeux cruciaux mettant en jeu des dysfonctionnements sociaux antérieurs à la crise.

La mise en lumière des dysfonctionnements sociaux par la crise

La recherche de boucs émissaires fait écran à une analyse plus politique – au sens étymologique grec de « fonctionnement de la cité » – des dysfonctionnements sociaux, telle la gestion depuis trente ans ou plus, entre autres, du système de la santé en France ou encore la gestion des EHPAD : « L’épidémie de la covid-19 a mis en lumière les fragilités déjà identifiées dans de nombreux rapports du secteur médico-social qui a été en première ligne de la crise sanitaire (…) si cette situation révèle un défaut d’anticipation des risques épidémiologiques, voire selon certains, un manque de réactivité, elle rappelle aussi que le secteur de la dépendance souffre d’un sous financement chronique et de dysfonctionnements structurels (.) le secteur de l’aide à domicile semble souvent avoir été livré à lui-même, si bien que de nombreuses personnes âgées se sont retrouvées très peu accompagnes voire isolées. Ces dysfonctionnements n’ont pas été créés par la crise, mais accentués par celle-ci et rendus de ce fait particulièrement visibles » [39].

Le primat des « inégalités de vie »

Comme un travail de l’Inserm l’a montré, la crise a accentué les inégalités sociales [40]. En effet, ce qui compte dans le comportement des individus et dans leur implication sociale, c’est leur parcours de vie bien plus que leur âge ou l’appartenance à une génération. De fait, comme cela a beaucoup été souligné plus haut, ce qui est frappant, c’est l’hétérogénéité des générations et des parcours de vie qui les constituent [41] : différences de genre, de statut matrimonial, de mode et de lieu d’habitation, de catégorie socioprofessionnelle, de niveau d’éducation et de diplômes, de capital économique, culturel et social, d’état de santé, d’accès aux services et soins, d’accès au numérique, d’exposition aux risques, etc…, etc. De fait, les stéréotypes et discriminations imputées aux générations ou aux catégories d’âge masquent profondément des parcours de vie difficiles d’un grand nombre de personnes, ou encore les « inégalités de vie », pour reprendre le concept de Didier Fassin [42]. C’est d’ailleurs aussi ce qu’a rappelé le CCNE le 13 mars 2020 qui « insiste particulièrement sur la question des inégalités face aux risque liés au développement de l’épidémie » [35]. De ce point de vue mettre en avant, comme l’ont fait certains, la « fracture des générations » comme seule explication des difficultés des citoyens pendant la crise, c’est imposer l’âge comme unique facteur pertinent pour analyser le comportement des individus et la complexité du fonctionnement social. Or on sait bien avec Pierre Bourdieu que « l’âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable » [43] (p. 145). Et comme le rappelle Edgar Morin « il apparait que les modes simplificateur de connaissance mutilent plus qu’ils n’expriment les réalités ou les phénomènes dont ils rendent compte et produisent plus d’aveuglement que d’élucidation. » [38] (p.9). Il y a alors, du fait de cet aveuglement, la mise en place d’une forme d’impensé social qui empêchant la mise en évidence de ces parcours de vie fondamentalement inégaux et des mécanismes de domination sociale qui les génèrent, ne permet pas de les combattre bien qu’ils soient un des vecteurs majeurs de l’exclusion en temps de crise…. comme en période « ordinaire ».

Protection des droits des sujets humains et animaux

L’auteur déclare que les travaux décrits n’ont pas impliqué d’expérimentations sur les patients, sujets ou animaux.

Consentement éclairé et confidentialité des données

L’auteur déclare que les travaux décrits n’impliquent aucun patient ou sujet.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Financement

Cette étude n’a reçu aucun financement spécifique d’une agence publique, commerciale ou à but non lucratif.

Contribution et responsabilité des auteurs

L’auteur atteste du respect des critères de l’International Committee of Medical Journal Editors (ICMJE) en ce qui concerne ses contribution à l’article.

Footnotes

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Je me suis depuis plus de cinquante ans investi dans ce champ de la vieillesse et du vieillissement , notamment autour de la question des représentations sociales et des politique publiques de la vieillesse.

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