Abstract
Objectif:
Les jeunes de 18 à 24 ans constituent la plus grande proportion de consommateurs de cannabis. Dans un contexte de légalisation de cette substance, il importe de promouvoir une consommation à moindre risque. L’échelle Protective Behavioral Strategies for Marijuana Scale (PBSM-17) permet d’identifier les stratégies de protection comportementale utilisées chez les consommateurs. Toutefois, cette échelle n’est pas disponible en français et n’est pas adaptée au contexte canadien. Cet article présente la démarche ayant mené à la traduction, l’adaptation culturelle et l’évaluation des propriétés psychométriques préliminaires du PBSM-17.
Méthode:
L’étude méthodologique s’est déroulée en six étapes. Les quatre premières étapes ont mené à la traduction et l’adaptation de l’échelle. La validation auprès de 12 jeunes a permis d’établir l’équivalence conceptuelle. L’évaluation des propriétés psychométriques a été réalisée auprès de 211 étudiants universitaires bilingues (61 % femme; âge moyen 22 ans).
Résultats:
La version traduite et adaptée présente des propriétés psychométriques préliminaires satisfaisantes : la cohérence interne est acceptable (α = 0,88); l’équivalence de critères (validité de construit) est établie entre la version française et la version anglaise (t (210) = 1,04, p = 0,30 ; IC 95 % [-0,20, 0,63]). Les scores obtenus aux deux versions par le même participant s’avèrent fortement corrélées (r = 0,95, p < 0,001).
Conclusion:
Les résultats soutiennent l’utilisation de la version française du PBSM-17. Les stratégies de protection proposées peuvent être utilisées comme outil de mesure et représentent des comportements à adopter dans un contexte d’usage du cannabis à moindre risque.
Keywords: Cannabis/Marijuana, Évaluation psychométrique, Échelle de mesure, Stratégies de protection comportementale, Étudiants universitaires, Étude méthodologique
Abstract
French translation, cultural adaptation and assessment of preliminary psychometric properties of the Protective Behavioral Strategies for Marijuana Scale
Objective:
Young adults (18- to 24-year-olds) constitute the age group with the highest proportion of cannabis users. In the context of legalization, it is important to promote lower-risk cannabis use. The Protective Behavioral Strategies for Marijuana Scale (PBSM-17) identifies strategies used by consumers. However, this scale is not available in French and is not adapted to the Canadian context. This article presents the process that led to the translation, cultural adaptation and evaluation of the preliminary psychometric properties of PBSM-17.
Method:
The methodological study was carried out in six steps. The first four steps led to the translation towards French and adaptation of the scale. A validation among 12 young people contributed to establish the criterion equivalency (step 5). The evaluation of psychometric properties (step 6) was carried out among 211 bilingual university students (61 % women; mean age 22 years old).
Results:
The French version presents satisfactory preliminary psychometric properties: internal consistency is acceptable (α = 0.88); criterion equivalency was established between the French and the original English version (t (210) = 1.04, p = 0.30; 95% CI [-0.20, 0.63]). The scores obtained on both versions by the same participant were found to be strongly correlated (r = 0.95, p <0.001).
Conclusion:
The results support the use of the French version of PBSM-17. The proposed protective strategies can be used as a measurement tool and represent behaviors that can be targeted in a lower-risk cannabis use context.
Introduction
Les jeunes de 18 à 24 ans sont les plus susceptibles d’utiliser du cannabis 1 . Ce groupe d’âge est celui pour lequel on retrouve la plus grande proportion de consommateurs tous types confondus (c.-à-d. occasionnel à quotidien). En 2019, 38 % des Québécois de 18-24 ans rapportaient avoir consommé du cannabis dans la dernière année (comparativement à 29 % chez les 25-34 ans et à 21 % chez les 15-17 ans) 1 . Bien que la majorité des consommateurs n’éprouve pas de conséquences négatives de cet usage, un certain nombre d’effets indésirables peuvent survenir, particulièrement chez certaines personnes présentant des facteurs de vulnérabilité ou ayant un profil d’utilisation à risque 2 .
En 2017, un groupe d’experts a proposé 10 recommandations pour l’usage du cannabis à moindre risque 3 . Ces auteurs reconnaissent que seule l’abstinence est une stratégie permettant d’éviter toutes conséquences négatives, alors que la plupart des autres recommandations impliquent des stratégies visant la réduction des méfaits. Ces stratégies incluent notamment de consommer des produits moins puissants (c.-à-d. avec une teneur plus faible en Tetrahydrocannabinol [THC]), d’éviter de prendre de grandes bouffées, et d’éviter de conduire après avoir consommé 3 .
En cohérence avec cette vision d’une utilisation plus sécuritaire du cannabis, Bravo et ses collègues (2017), dans le cadre d’une étude de cohorte incluant plus de 2 000 étudiants, ont mis en évidence que les stratégies de protection comportementale étaient des prédicteurs robustes de la fréquence et des conséquences liées à la consommation de cannabis (c.-à-d. comportements à risque, conséquences relationnelles ou sociales et la, perte de contrôle) 4 . Les stratégies de protection sont définies comme des « comportements utilisés avant, pendant, ou après avoir consommé et qui réduisent la fréquence d’utilisation, le degré d’intoxication et les conséquences négatives de cette consommation » (traduction libre de 5 ). Lorsqu’elles sont mises en œuvre, ces stratégies permettraient aux consommateurs de mieux gérer leur utilisation de cannabis 4 .
À la base des travaux de Bravo et al. (2017), Pedersen et ses collègues ont développé et évalué une échelle, la Protective Behavioral Strategies for Marijuana scale (PBSM), visant à mesurer l’adoption de ces stratégies de protection chez des utilisateurs de cannabis 6 . Une première étude méthodologique menée auprès de 210 étudiants universitaires a permis d’identifier 50 stratégies 6 . Les items ont été générés via un processus itératif en se basant sur la littérature liée à la consommation de cannabis chez de jeunes adultes, ainsi que lors d’échanges avec de jeunes consommateurs et avec des experts dans le domaine. Suite à une analyse factorielle itérative en composantes principales, cette liste a été réduite à 39 stratégies. La structure unique de l’échelle incluant ces 39 stratégies explique 34 % de la variance des comportements protecteurs liés à la consommation de cannabis. L’échelle initiale a révélé une excellente cohérence interne (α = 0,95) et de bonnes validités de construit (convergente) et de critère 6 . Des travaux de validation subséquents, réalisés auprès de plus de 2 100 étudiants universitaires américains 7 , deux versions de l’échelle ont émergées : une version abrégée de 17 items et une version longue de 36 items. En plus de posséder d’excellentes propriétés psychométriques, ces deux échelles sont exemptes de biais liés au genre et à l’origine ethnique 7 . La version abrégée de l’échelle a été conçue afin de réduire le temps de réponse et faciliter son utilisation par les chercheurs cliniciens et répondants qui tous doivent souvent composer avec des contraintes de temps. L’échelle PBSM peut également être utile dans le cadre de programmes d’intervention et de prévention auprès de jeunes adultes 6 .
Dans une perspective de consommation plus sécuritaire, les stratégies de protection comportementale jouent un rôle important pour réduire les risques associés à la consommation de cannabis. Toutefois, l’échelle PBSM n’est pas disponible en français et n’a jamais été adaptée au contexte canadien-français.
Objectif
Cette étude vise à traduire, adapter et évaluer les propriétés psychométriques de l’échelle PBSM-17 auprès d’un échantillon d’étudiants universitaires bilingues de la province de Québec.
Méthode
Cadre méthodologique
Cette étude s’appuie sur la méthodologie proposée par Sousa et Rojjanasrirat (2011). Ces auteurs proposent une méthode se déclinant en sept étapes. Pour les fins de cet article, les six premières étapes sont présentées.
La traduction et l’adaptation se sont déroulées lors des quatre premières étapes, telles qu’illustrées à la Figure 1. Au cours de celles-ci, hormis quatre firmes de traduction, les membres de l’équipe de recherche ont été impliqués selon leur expertise: des membres bilingues dont la langue maternelle est le français; des chercheurs ayant une expertise dans le développement et la validation d’échelles de mesure et en lien avec les troubles d’usage au cannabis.
Figure 1.

Schématisation du processus (étape 1 à 4).
VOA: version originale anglaise.
VTF1: version traduite en français (traducteur A).
VTF2: version traduite en français (traducteur B).
VPF: version préliminaire française.
VRTA1: version rétro-traduite en anglais (traducteur C).
VRTA2: version rétro-traduite en anglais (traducteur D).
VFPF: version française préfinale.
Traduction.
Comparaison.
Synthèse.
Étape 1 : traduction vers le français
La version originale anglaise de l’échelle (VOA) a été traduite en français (langue cible) de manière indépendante par deux firmes professionnelles de traduction. Deux versions traduites en français (VTF1, VTF2) ont été produites.
Étape 2 : synthèse 1
Les deux versions traduites ont été comparées, entre elles et avec la version originale anglaise, par trois membres de l’équipe de recherche. À partir de cette comparaison, une version préliminaire française (VPF) a été produite.
Étape 3 : traduction vers l’anglais
Une rétro-traduction de la version préliminaire française par deux traducteurs professionnels, dont la langue maternelle est l’anglais et qui n’avaient jamais vu la version originale de l’échelle, a été effectuée. Deux versions rétro-traduites en anglais de la version préliminaire française (VRTA1, VRTA2) ont été produites.
Étape 4 : synthèse 2
Les deux versions rétro-traduites ont été comparées pour produire une version française préfinale (VFPF) de l’échelle. La similitude des instructions, des éléments et du format de réponse concernant le libellé, la structure des phrases, le sens et la pertinence ont été évalués (niveau conceptuel et sémantique, contenu). Chaque énoncé a été revu pour déterminer s’il était culturellement cohérent dans le contexte canadien-français (adaptation culturelle). La légalisation du cannabis est en vigueur au Canada depuis 2018.
Au cours des étapes de synthèse, des tableaux comparatifs ont été produits pour identifier les écarts entre les versions. Les ambiguïtés ont été discutées et résolues par consensus lors de réunions de l’équipe de recherche. Peu d’éléments divergents ont émergés durant ce processus.
Étape 5 : évaluation pilote
La version traduite en français de l’échelle a fait l’objet d’une évaluation pilote afin d’en assurer l’équivalence conceptuelle. Cette validation permet d’assurer la clarté des instructions, des énoncés et des choix de réponse.
Comme recommandé par Sousa et Rojjanasrirat (2011), un échantillon allant de 10 à 40 participants était visé pour le pilotage de l’échelle 8 . L’échantillon obtenu fut composé de jeunes adultes bilingues dont la langue maternelle est le français. Ces derniers étaient invités à prendre connaissance de l’échelle puis à donner leurs avis sur la clarté des instructions, des énoncés et des choix de réponse selon une échelle dichotomique (« pas clair » ou « clair »). S’ils estimaient qu’un élément n’était pas clair, ils devaient fournir des suggestions pour en améliorer la formulation. Les éléments jugés « pas clairs » par au moins 20 % de l’échantillon ont été modifiés par l’équipe de recherche à la lumière des suggestions émises, puis évalués à nouveau auprès des participants afin de parvenir à un accord interjuge d’au moins 80 % parmi l’échantillon 8 . Enfin, les résultats du pilotage ont été discutés entre les membres de l’équipe de recherche et une version finale en français a été retenue par consensus.
Étape 6 : évaluation des propriétés psychométriques préliminaires
L’étape 6 a consisté en une évaluation des propriétés psychométriques préliminaires de la version traduite française (VTF) finale auprès d’un échantillon bilingue d’étudiants universitaires. La fidélité de l’instrument a été évaluée par sa cohérence interne ainsi que les corrélations inter items. La validité de construit, soit l’équivalence des critères, a été déterminée à l’aide de tests de t appariés permettant d’évaluer s’il y avait des différences entre le score obtenu lors de la passation de la version française et celui obtenu dans la version anglaise de l’échelle.
Échantillon et critères d’éligibilité
L’étude méthodologique de l’étape 6 a été réalisée auprès d’une population étudiante adulte bilingue dont la langue maternelle est le français. Une méthode d’échantillonnage de convenance a été utilisée dans laquelle des étudiants universitaires (Québec, Canada) ont été sollicités. Les participants potentiels ont été recrutés en ligne à l’aide d’annonces via des groupes Facebook regroupant des étudiants.
Afin d’être éligibles à l’étude, les participant(e)s devaient : 1) être âgé(e)s de 18 ans et plus ; 2) être étudiant(e) universitaire ; 3) avoir consommé du cannabis au moins une fois dans le dernier mois ; 4) être bilingue (français/anglais) ; et 5) avoir accès à Internet.
En s’appuyant sur les travaux de Sousa et Rojjanasrirat (2011), un échantillon composé d’au moins 200 participants a été visé dans le cadre de cette étude. Ces auteurs recommandent d’avoir environ 10 participants par item en vue d’obtenir une évaluation des propriétés psychométriques d’un instrument (n = 17 items * 10 participants = 170). À cette estimation a ensuite été ajouté un nombre de 30 participants, lequel découlait d’une approximation à 15% de données manquantes (n = 170 * 15% = 25,5).
Collecte des données et instruments de mesure
La collecte des données a été conduite entièrement en ligne via la plateforme LimeSurvey (© LimeSurvey GmbH 2006-2020, https://www.limesurvey.org/fr/). Ainsi, après avoir consenti à participer à l’étude, les participants ont été invités à compléter un court questionnaire en ligne (environ 25 minutes).
Variables sociodémographiques : Un court questionnaire sociodémographique développé par l’équipe de recherche a été utilisé afin de décrire le profil des participants. Le questionnaire incluait les variables suivantes : genre, âge, origine ethnique, cycle universitaire et statut d’études.
Consommation de cannabis : La question de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes a été utilisée : « À quelle fréquence avez-vous consommé du cannabis au cours des 12 derniers mois ? » 9 . Les choix de réponses s’étalaient sur une échelle en six points (jamais, moins d’une fois par mois, 1 à 3 fois par mois, une fois par semaine, plus d’une fois par semaine, chaque jour).
PBSM-17 (VTF) : Les participants devaient indiquer dans quelle mesure ils utilisent les 17 stratégies de protection comportementale liées à la consommation de cannabis sur une échelle de réponse de type Likert en 6 points allant de (1) « jamais » à (6) « toujours ».
PBSM-17 (VOA) : Les participants devaient compléter également la version originale en anglais. Dans celle-ci, l’ordre de présentation des 17 énoncés était redistribué aléatoirement 8 . Les choix de réponses possibles étaient présentés également sur une échelle à six points allant de (1) « never » à (6) « always ».
Analyses statistiques
Des statistiques descriptives ont été calculées pour chaque variable mesurée (distribution de fréquence pour les variables catégorielles; moyennes et écarts-types pour les variables continues). Pour décrire les propriétés psychométriques préliminaires de l’échelle, la cohérence interne (l’alpha de Cronbach) et les corrélations interitems ont été examinées. Comme suggéré par Sousa et Rojjanasrirat (2011), les réponses des deux versions de l’échelle PBSM-17 ont été comparées à l’aide de tests de t pour échantillons appariés pour évaluer l’équivalence de critères. Une analyse de corrélation de Pearson entre les deux versions de l’instrument a été réalisée. Toutes les analyses statistiques ont été réalisées à l’aide du logiciel SPSS, version 26 (IBM Corp. Released 2019. IBM SPSS Statistics for Windows, Version 26.0. Armonk, NY: IBM Corp.).
Considérations éthiques
La présente étude a été approuvée par le Comité d’éthique de la recherche du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (20.172) ainsi que par le Comité d’éthique de la recherche en sciences et en santé de l’Université de Montréal (CERSES-20-114-D). Tous les participants ont fourni un consentement libre et éclairé via un formulaire de consentement en ligne. En guise de compensation, un chèque-cadeau Amazon.ca d’une valeur de 10 $ a été envoyé par courriel aux participants une fois l’ensemble du questionnaire complété.
Résultats
Évaluation pilote de la version française préfinale : équivalence conceptuelle (étape 5)
La version française préfinale a été validée auprès d’un échantillon de convenance composé de 12 jeunes adultes (19 à 25 ans ; 6 hommes, 6 femmes) dont la langue maternelle est le français.
Presque tous les participants ont trouvé que les instructions étaient claires (92 %, 11/12). En ce qui a trait aux 17 énoncés de l’échelle, tous ont atteint l’accord interjuge minimum de 80 % requis. Les choix de l’échelle de réponses se sont avérés clairs pour seulement 67 % (8/12) de l’échantillon. Ces choix de réponse étaient : jamais (1), rarement (2), à l’occasion (3), parfois (4), fréquemment (5), toujours (6). La clarté des choix de réponse n’a pas atteint l’accord interjuge minimum de 80 %, les participants estimaient que les échelles de fréquences proposées étaient trop similaires rendant la distiction difficile. Suite à une discussion de l’équipe de recherche, les choix de réponses ont été révisés : « parfois » est devenu « quelques fois » (4) et « fréquemment » est devenu « souvent » (5). Cette nouvelle échelle a été réévaluée auprès du même échantillon et s’est avérée « claire » à 80 % (8/10).
Évaluation des propriétés psychométriques de la version française de l’échelle (étape 6)
Description de l’échantillon
Entre le 09/2020 et le 10/2020, 375 participants ont complété le questionnaire. Parmi ceux-ci, 164 participants ont été exclus des analyses (101 ne répondaient pas aux critères d’inclusion (c’est-à-dire qu’ils n’avaient pas consommé du cannabis au moins une fois dans le dernier mois), 2 participants n’ont pas respecté les procédures de l’étude (c.-à-d. qu’ils ont complété deux fois le questionnaire), 61 participants n’ont pas terminé le questionnaire (c.-à-d. données manquantes/incomplètes). Ainsi, 211 participants ont été inclus dans les analyses.
Données sociodémographiques et consommation de cannabis
Les participants étaient âgés en moyenne de 22 ans. Les participants s’identifiaient en majorité comme des femmes (61,1 %) et comme étant caucasiens (83,9 %). La plupart des participants étaient des étudiants à temps plein (88,2 %) dans des programmes de premier cycle (84,4 %). Relativement à la consommation de cannabis au cours des 12 derniers mois, 46,9 % en avaient consommé 1 à 3 fois par mois ; 15,2 % une fois par semaine ; 22,3 % plus d’une fois par semaine et 15,6 % chaque jour. Les données sociodémographiques détaillées sont présentées au Tableau 1.
Tableau 1.
Données sociodémographiques (n = 211).
| Variable | n (%) | |
|---|---|---|
| Genre | Homme | 77 (36,5 %) |
| Femme | 129 (61,1 %) | |
| Autrea | 4 (1,9 %) | |
| Préfère ne pas répondre | 1 (0,5 %) | |
| Âge, moyenne (ÉT; min. - max)b | --- | 22,1 (3,2 ; 18 - 44) |
| Origine ethnique | Caucasien | 177 (83,9 %) |
| Autrec | 31 (14,7 %) | |
| Préfère ne pas répondre | 3 (1,4 %) | |
| Cycle d’études | 1er cycle | 178 (84,4 %) |
| 2e cycle | 25 (11,8 %) | |
| 3e cycle | 7 (3,3 %) | |
| Préfère ne pas répondre | 1 (0,5 %) | |
| Statut d’études | Temps plein | 186 (88,2 %) |
| Autred | 24 (11,4 %) | |
| Préfère ne pas répondre | 1 (0,5 %) | |
| Consommation de cannabis (12 derniers mois) |
1 à 3 fois par mois | 99 (46,9 %) |
| Une fois par semaine | 32 (15,2 %) | |
| Plus d’une fois par semaine | 47 (22,3 %) | |
| Chaque jour | 33 (15,6 %) |
a Autre inclus : Agenré (n = 2, 1 %), Non binaire (n = 2, 1 %).
b ÉT : écart-type. Min. : valeur minimum. Max. : valeur maximum.
c Autre inclus : Latino (n = 10, 4,7 %), Africain (n = 8, 3,8 %), Asiatique (n = 7, 3,3 %), Arabe (n = 2, 1 %), Canadien d’origine Haïtienne (n = 1, 0,5 %), Métis (n = 1, 0,5 %), Moyen-Orient (Syrienne) (n = 1, 0,5 %), Autre non spécifié (n = 1, 0,5 %).
d Autre inclus : Par crédit (n = 17, 8,1 %), En rédaction (n = 5, 2,4 %), En correction ou en évaluation (n = 2, 0,9 %).
Description de la version française du PBSM-17
Tel que proposé par Pedersen et al. (2017), un score total brut pour chaque participant a été calculé en additionnant le score obtenus aux items de l’échelle. Par la suite, ce score total brut a été converti en scores T 7 . L’étendue possible du score converti peut varier de 15 à 73. Un score total élevé représente une plus grande utilisation ou adoption de stratégies de protection comportementale. Dans le cadre de cet échantillon, les participants ont présenté un score T de 47,95 à la version française de l’échelle PBSM-17.
Les caractéristiques des énoncés de la version française du PBSM-17 sont présentées dans le Tableau 2. Dans cet échantillon d’étudiants universitaires bilingues, les stratégies de protection comportementale liées à la consommation de cannabis les plus utilisées en moyenne sont « éviter de consommer du cannabis avant le travail ou l’école » (item 3) ainsi que « éviter de consommer lorsque je passe du temps avec ma famille » (item 2). Les stratégies moins utilisées en moyenne sont liées à « limiter sa consommation aux fins de semaine » (item 5), « déterminer un nombre de fois où je prends une puff » (item 13) et « acheter moins de cannabis à la fois afin d’en fumer moins » (item 12).
Tableau 2.
Caractéristiques des énoncés (scores moyens brutsa) (n = 211).
| Énoncés | Moyenneb | Écart-type |
|---|---|---|
| 1. Je consomme du cannabis uniquement avec des personnes en qui j’ai confiance | 4,81 | 1,5 |
| 2. J’évite de consommer lorsque je passe du temps avec ma famille | 5,12 | 1,4 |
| 3. J’évite de consommer du cannabis avant le travail ou l’école | 5,33 | 1,3 |
| 4. J’évite de consommer du cannabis pour faire face à des émotions comme la tristesse ou la déprime | 3,93 | 1,8 |
| 5. Je limite ma consommation aux fins de semaine | 3,36 | 1,8 |
| 6. J’achète uniquement du cannabis d’une source fiable | 4,90 | 1,5 |
| 7. J’évite de consommer du cannabis par habitude (c’est-à-dire tous les jours ou plusieurs fois par semaine) | 4,23 | 1,9 |
| 8. J’en prends un peu, puis j’attends de voir comment je me sens avant d’en prendre plus | 3,81 | 1,9 |
| 9. J’évite de mélanger le cannabis avec d’autres drogues | 4,41 | 1,7 |
| 10. J’évite de consommer du cannabis dans des lieux publics | 3,86 | 1,7 |
| 11. Je prends des périodes de pauses si je sens que je consomme du cannabis trop fréquemment | 4,23 | 1,7 |
| 12. J’achète moins de cannabis à la fois afin d’en fumer moins | 3,30 | 2,0 |
| 13. Je détermine un nombre de fois où je prends une puff (par exemple je passe le joint à quelqu’un d’autre si j’ai déjà atteint cette limite) | 3,15 | 1,9 |
| 14. J’évite les façons de consommer du cannabis qui peuvent me rendre plus intoxiqué(e) que je ne le voudrais (par exemple large bongs, volcano, produits comestibles, etc.) | 3,90 | 1,8 |
| 15. Je consomme seulement une fois par jour/soir | 4,21 | 1,8 |
| 16. Je limite la quantité de cannabis que je fume en une occasion | 4,11 | 1,7 |
| 17. J’évite de consommer du cannabis avant de pratiquer une activité physique (par exemple entraînement, randonnée) | 4,91 | 1,6 |
a Score moyen brut calculé (non converti en scores T) pour chaque item.
b Étendue possible du score : 1 à 6. Échelle de réponses : jamais (1), rarement (2), à l’occasion (3), quelques fois (4), souvent (5), toujours (6).
Fidélité et validité de construit
Dans cet échantillon, la version française du PBSM-17 obtient un alpha de Cronbach α = 0,88, ce qui démontre une fidélité acceptable 10 . Les coefficients de corrélation item-total corrigées varient de r = 0,38 à r = 0,68.
Pour établir l’équivalence des critères entre les deux versions de l’échelle PBSM-17, un test de t apparié entre le score T obtenu sur les versions traduites en français (VTF) et originale anglaise (VOA) a été réalisé (Tableau 3). Le test de t apparié n’indique aucune différence significative (t (210) = 1,04, p = 0,30; IC 95 % [-0,20, 0,63]), bien que les scores moyens à la VTF soient légèrement supérieurs aux scores de la VOA de 0,22 point. Les deux mesures étaient fortement et positivement corrélées (r = 0,95, p < 0,001). Le tableau 3 présente des statistiques descriptives des scores obtenus et différence des moyennes.
Tableau 3.
Statistiques descriptives des scores obtenus et différences des moyennes (n = 211).
| Moyenne | ÉT | ESM | IC 95 % de la différence | t | ddl | Sig. (bilatérale) | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| inférieure | supérieure | |||||||
| Score T au PBSM-17 VTF | 47,9526 | 8,52825 | 0,58711 | - | - | - | - | - |
| Score T au PBSM-17 VOA | 47,7346 | 9,45947 | 0,65122 | - | - | - | - | - |
| Différences appariées | 0,21801 | 3,05503 | 0,21032 | -0,19659 | 0,63261 | 1,037 | 210 | 0,301 |
DDL : degrés de liberté.
ÉT : écart-type.
ESM : erreur standard moyenne.
IC : intervalle de confiance.
VTF : version traduite en français.
VOA : version originale en anglais.
Discussion
Cette étude a permis de traduire, d’adapter et d’évaluer l’échelle PBSM-17. La traduction et l’adaptation de l’instrument ont été réalisées selon un processus rigoureux en plusieurs étapes ayant nécessité la concertation d’experts du milieu de la recherche, des consommateurs de cannabis et des traducteurs chevronnés. De nombreuses boucles de validations et de rétroactions ont mené à une version finale de l’échelle française dont l’équivalence conceptuelle a été établie.
L’instrument a été validé auprès de 211 adultes universitaires dont la moyenne d’âge est de 22 ans dans une proportion de 39 % d’hommes et 61 % de femmes. Bien que la proportion de consommateurs soit habituellement plus élevée chez les hommes 1 , la proportion d’hommes et de femmes composant l’échantillon de cette étude est semblable à celle de l’étude menée par l’équipe de Pedersen et collaborateurs (40 % hommes, 60 % femmes). De plus, dans l’échantillon de cette étude, la majorité des participants étaient caucasiens (84 %) comparativement à 70 % dans celle de Pedersen et al. (2017).
Au niveau de la fidélité, les résultats indiquent une cohérence interne de l’instrument satisfaisante (α = 0,88) qui se compare à celle de la version originale de l’échelle (α = 0,93) 7,11 . Quant à la validité, l’évaluation de l’équivalence de critères révèle des résultats très satisfaisants. Ainsi les scores obtenus dans la version française ne diffèrent pas au plan statistique de la version anglaise, ce qui confère à la version française développée une validité de construit satisfaisante. De plus les deux mesures s’avèrent fortement corrélées.
À cette étape-ci de l’évaluation, la version française de l’échelle possède des propriétés psychométriques préliminaires satisfaisantes qui soutiennent son utilisation dans le contexte de la prévention, de l’intervention clinique et de la recherche. Ainsi la méthodologie proposée par Sousa et Rojjanasrirat (2011) a permis une adaptation française et culturelle de l’échelle selon une démarche rigoureuse. Toutefois, la validation des propriétés psychométriques mériterait d’être poursuivie pour diversifier son évaluation auprès d’autres échantillons. Tout comme dans l’étude originale menée par Pedersen et son équipe, les étudiants universitaires ont constitué l’échantillon à l’étude 7 . Puisque cette population d’étudiants ne représente pas l’ensemble des jeunes adultes, il serait intéressant de valider l’échelle auprès de jeunes adultes évoluant dans d’autres contextes de vie ou sphères d’activités (travail, études ou autres caractéristiques). Ceci permettrait d’élargir l’utilité de l’échelle pour un plus grand nombre de populations présentant des caractéristiques variées.
Conformément aux travaux de Pedersen et al. (2017), les critères d’inclusion pour cette étude ciblaient des universitaires qui avaient consommé au moins une fois au cours du dernier mois. L’échelle a été développée et validée dans un contexte d’utilisation actuelle, ou à tout le moins récente du cannabis, car cela offre aux consommateurs l’opportunité de s’engager dans les comportements protecteurs listés 7 .
Conclusion
À notre connaissance, il s’agit de la première traduction française et de la première adaptation de l’échelle PBSM au contexte canadien-français. La légalisation du cannabis au Canada est une occasion de mettre sur pied des initiatives préventives basées sur les meilleures pratiques de manière à promouvoir un usage plus sécuritaire et ainsi qu’à réduire les conséquences négatives et les risques associés à la consommation. Les stratégies de protection comportementale en lien avec la consommation peuvent être utilisées comme mesure en contexte de recherche, mais aussi en tant que comportements à promouvoir au sein de la population. Dans une perspective d’une consommation à moindre risque et dans l’optique de la réduction des méfaits, l’utilisation des stratégies de protection comportementale demeure une avenue intéressante à privilégier auprès des jeunes adultes qui consomment actuellement du cannabis. Les stratégies proposées dans l’échelle PBSM-17 pourraient être utiles dans le contexte de nouvelles initiatives pour assurer une consommation sécuritaire du cannabis.
Supplemental Material
Supplemental Material, sj-docx-1-cpa-10.1177_07067437211025216 for Traduction française, adaptation culturelle et évaluation des propriétés psychométriques préliminaires de l’échelle des stratégies de protection comportementale liées à la consommation de cannabis: French translation, cultural adaptation and assessment of preliminary psychometric properties of the Protective Behavioral Strategies for Marijuana Scale by Côté José, Auger Patricia, Pagé M. Gabrielle, Cossette Sylvie, Coronado-Montoya Stephanie, Fontaine Guillaume, Chicoine Gabrielle, Rouleau Geneviève, Genest Christine, Lapierre Judith and Jutras-Aswad Didier in The Canadian Journal of Psychiatry
Footnotes
Les données de recherche seront accessibles pour les individus en faisant la demande par courriel à l’auteur-ressource.
Remerciements: Les auteurs souhaitent remercier : Emma Février pour son soutien lors de la collecte des données ; les jeunes adultes qui ont participé à l’évaluation pilote de la version française préfinale ; ainsi que tous les étudiants ayant participé à l’étude d’évaluation des propriétés psychométriques.
Un merci spécial à Eric R. Pedersen, auteur principal de la version originale anglaise PBSM-17, pour son autorisation à traduire l’instrument ainsi que pour ses conseils lors de l’adaptation de l’instrument.
Déclarations de Conflit D’intéret: Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Financement: L’étude a été financée par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) dans le cadre d’une étude plus vaste visant le développement et l’évaluation d’une intervention digitale personnalisée pour favoriser la prise d’action et la gestion de la consommation de cannabis chez les jeunes adultes. GP est chercheure boursière du Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS). DJA est chercheur-clinicien boursier du FRQS.
ORCID iDs: José Côté, Inf. Ph. D https://orcid.org/0000-0002-0617-2861
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