Résumé
Objectifs
Les rapports de difficultés de santé mentale chez les enfants canadiens se sont multipliés durant la pandémie de COVID-19, et les nouvelles recherches laissent croire que les enfants qui manifestent des symptômes marqués d’inattention et d’hyperactivité ont été disproportionnellement touchés. En conséquence, la pandémie a aussi eu un effet délétère sur les familles. Cette étude visait à : 1) examiner si les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants au début de l’année scolaire 2020-2021 étaient associés à la parentalité attentive (ou parentalité en pleine conscience) à la fin de l’année scolaire; et 2) examiner si les symptômes de dépression et d’anxiété chez les enfants à la fin de l’année ont tempéré cette association.
Méthodes
Les parents de 114 jeunes enfants d’une grande ville canadienne ont participé à cette étude durant l’hiver 2020 et le printemps 2021. Les parents ont répondu à plusieurs échelles d’évaluation dans le but de mesurer la symptomatologie de la santé mentale des enfants et l’attention dans les pratiques de parentalité.
Résultats
Les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants étaient significativement associés négativement à la parentalité attentive durant l’année scolaire, et les symptômes de dépression chez les enfants ont tempéré ce lien. En particulier, lorsque les symptômes de dépression étaient légers ou moyens chez les enfants, on a observé que des symptômes plus marqués d’inattention et d’hyperactivité étaient liés à un faible niveau de parentalité attentive. Par ailleurs, lorsque les symptômes dépressifs étaient marqués chez les enfants, les symptômes d’inattention et d’hyperactivité n’avaient aucune valeur prédictive sur la parentalité attentive.
Conclusions
La santé mentale des enfants, à savoir les symptômes d’inattention/hyperactivité et de dépression, est liée aux difficultés de parentalité attentive durant la pandémie de COVID-19. Ces résultats pourraient indiquer aux médecins quelles familles nécessitent plus de soutien durant la pandémie.
Keywords: Trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité, dépression, anxiété, parentalité, coronavirus
Partout au monde, la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19) a eu un impact profond sur les familles et les jeunes enfants (1,2). Les mesures préventives de santé et sécurité ont imposé plusieurs fois la fermeture des écoles au Canada, ce qui a posé des défis sans précédent dans divers aspects de la vie des enfants et de leur famille (3). La pandémie et ses conséquences (p. ex. fermeture des écoles, isolement prolongé) a eu des effets dévastateurs sur la santé mentale des enfants, ce qui a poussé plusieurs organisations canadiennes à déclarer un #codePINK (une crise nationale de santé mentale pédiatrique) (4).
Depuis le début de la pandémie, des symptômes d’anxiété, de dépression, d’irritabilité, d’inattention et d’hyperactivité se sont manifestés chez 46,5 à 53,6 % des enfants et des jeunes canadiens (5). Alors que peu d’études se sont penchées sur les jeunes enfants du niveau primaire, une étude a révélé que la santé mentale s’était aggravée chez les jeunes garçons (âge moyen : 5,69 ans) au début de la pandémie, alors qu’aucun changement significatif n’a été observé quant à la santé mentale des jeunes filles (6). On a également observé qu’au contraire des enfants plus âgés, les enfants de 3-6 ans étaient plus accaparants et craignaient plus que leurs proches contractent la COVID-19 (7). Les jeunes enfants aux prises avec des symptômes marqués d’inattention et d’hyperactivité ont été disproportionnellement touchés par la pandémie, comme l’illustrent leur difficulté à passer à l’apprentissage virtuel et l’intensification des symptômes d’anxiété et de dépression (8). Une étude menée au Japon auprès d’un échantillon communautaire a révélé que comparativement au mois de mars 2020, une légère augmentation du pourcentage d’enfants manifestant des symptômes subcliniques de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) a été observée en mai 2020 et que des symptômes plus marqués d’inattention et d’hyperactivité en mars 2020 prédisaient une augmentation des troubles des conduites en mai 2020 (9). Ces observations indiquent que les enfants qui manifestent des symptômes d’inattention et d’hyperactivité, même subcliniques, présenteraient un risque disproportionné durant la pandémie. En outre, ces nouvelles études indiquent que la pandémie s’est répercutée sur la santé mentale des jeunes enfants et qu’un examen des effets prolongés est justifié.
Lorsqu’on étudie la santé mentale des jeunes durant la pandémie, il importe de tenir compte du contexte familial. La façon dont les jeunes s’adaptent à la pandémie est liée aux processus familiaux et au bien-être des tuteurs (10). Les pratiques de parentalité sont une forme de processus familial qui influe sur la façon dont l’enfant s’ajuste à la pandémie. La parentalité attentive est une approche ou pratique de parentalité qui consiste à être pleinement présent sans jugement et en faisant preuve de compassion pour l’enfant et ses propres pratiques de parentalité (11). Elle est liée à une gamme de résultats positifs, comme pratiquer la parentalité uniforme dans le calme, conforme aux valeurs des parents, cultiver une relation parent-enfant positive et réduire le stress parental tout en renforçant le bien-être des enfants (11). Puisque les symptômes de santé mentale des enfants influent sur la parentalité, comme la parentalité attentive, il importe de comprendre comment la pandémie de COVID-19 a influé sur ces liens.
Cette étude avait pour but d’examiner si les symptômes d’inattention et d’hyperactivité au début de l’année scolaire 2020-2021 étaient associés à la parentalité attentive plus tard durant la pandémie, et d’examiner si les symptômes de dépression et d’anxiété chez les enfants tempéraient cette relation. On a posé l’hypothèse selon laquelle les symptômes d’inattention et d’hyperactivité auraient une valeur prédictive significativement négative sur la parentalité attentive en s’appuyant sur des recherches antérieures ayant montré que les parents d’enfants atteints de TDAH ont tendance à vivre un niveau élevé de stress parental (12,13,14), des difficultés durant les échanges parent-enfant (13) et une plus grande détresse que les parents d’enfants qui se développent normalement (15) – tous des facteurs qui entraîneraient probablement une moins grande parentalité attentive. Des études transversales ont montré que les comportements problématiques des enfants sont significativement liés à un faible niveau de parentalité attentive (16,17) et une récente étude a mis au jour un faible niveau de parentalité attentive dans les familles d’enfants atteints de TDAH (18). On a également posé l’hypothèse selon laquelle les symptômes de dépression et d’anxiété des enfants tempéreraient cette relation, puisqu’il est établit que les symptômes d’inattention et d’hyperactivité surviennent souvent en concomitance avec des comportements d’internalisation (19) et les données indiquent que les symptômes d’internalisation exacerbent les difficultés relationnelles entre les enfants aux prises avec des symptômes marqués d’inattention et d’hyperactivité et leurs parents (20).
Méthode
Échantillon
Les participants étaient inclus s’ils étaient des parents anglophones d’enfants au jardin ou en première année durant l’année scolaire 2020-2021. Les enfants ayant reçu un diagnostic de trouble du spectre de l’autisme ou de déficience intellectuelle étaient inadmissibles.
Procédure
Le Comité d’éthique de la recherche de l’Université d’Ottawa a donné l’assentiment de l’établissement (H-08-18-1020). Les parents ont donné leur consentement éclairé sur papier et ont répondu à l’enquête par voie électronique, l’enquête comptait un questionnaire démographique et des échelles d’évaluation. L’enquête a eu lieu en deux phases, la première entre les mois de novembre et décembre 2020 (hiver 2020) et la deuxième, entre les mois de mai et juin 2021 (printemps 2021). Le délai moyen entre les réponses était de 158,72 jours (environ 5 mois). Des courriels de suivi ont réduit l’attrition.
Mesures
Symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants :
L’échelle ADHD RS-5 (ADHD Rating Scale-5 for Children and Adolescents, Home Version) (21) a mesuré les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants durant l’hiver 2020 conformément aux critères définis dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Cinquième édition (DSM-5) (19). Deux sous-échelles à neuf items représentaient les symptômes d’inattention (p. ex. « Ne porte pas attention aux détails ou fait des fautes d’inattention dans les devoirs, au travail ou dans d’autres activités ») et d’hyperactivité/impulsion (p. ex. « Se tortille ou tapote les mains ou les pieds, ou gigote sur sa chaise »). Un score composé des symptômes d’inattention et d’hyperactivité a été utilisé aux fins de cette étude (moyenne des 18 items). Les choix de réponse allaient de 0 (jamais ou rarement) à 3 (très souvent), et les scores élevés reflétaient des symptômes d’inattention et d’hyperactivité plus fréquents dans les six mois précédents. Cette échelle a montré une grande uniformité interne dans l’échantillon actuel (α = 0,93).
Symptômes d’internalisation chez les enfants :
L’échelle CASI-PM-P (Child and Adolescent Symptom Inventory-Progress Monitor Parent Checklist) (22) est une échelle à 29 items qui mesure les divers symptômes de santé mentale chez les enfants et les jeunes, elle a été utilisée dans le cadre de cette étude pour mesurer les symptômes d’internalisation chez les enfants au printemps 2021. Cette étude a eu recours à la sous-échelle globale de dépression à quatre items (p. ex. « Est déprimé ou triste la plupart de la journée ») et la sous-échelle globale d’anxiété à sept items, conçue à l’intention des enfants de 3 à 5 ans (p. ex. « A de la difficulté à contrôler ses inquiétudes »), et ces deux sous-échelles ont été incluses dans le calcul des scores moyens. Les choix de réponse allaient de 0 (jamais) à 3 (très souvent), les scores élevés reflétaient des symptômes plus sévères durant le mois écoulé. Dans l’échantillon actuel, l’échelle CASI-PM-P a montré que les sous-échelles globales de dépression et d’anxiété étaient adéquatement fiables (α = 0,81 et α = 0,80 respectivement).
Parentalité attentive :
L’échelle IEM-P (Interpersonal Mindfulness in Parenting scale) (23) a mesuré la parentalité attentive des participants au printemps 2021 (p. ex. « Je suis conscient que mon humeur influe sur la façon dont je traite mon enfant »), et la moyenne des 10 items a été calculée. Les items de cette échelle traitaient de : 1) la conscience qu’avaient les parents ou leur attention axée sur le moment présent envers leur propre expérience intérieure et celle de leur enfant, 2) la capacité des parents à recevoir ouvertement et sans jugement les processus cognitifs et les sentiments de leurs enfants et 3) la non-réactivité à l’égard des gestes de leurs enfants. Les choix de réponse allaient de 1 (jamais vrai) à 5 (toujours vrai), et les scores élevés reflétaient une plus grande parentalité attentive durant les interactions quotidiennes avec l’enfant. Cette échelle a montré avoir une uniformité interne adéquate dans l’échantillon actuel (α = 0,75).
Approche de données analytiques
Pour atteindre les premiers objectifs de l’étude, des corrélations bivariées ont été réalisées à l’aide de SPSS 26 afin de déterminer comment les symptômes d’inattention et d’hyperactivité des enfants durant l’hiver 2020 étaient associés à la parentalité attentive au printemps 2021. Pour atteindre le deuxième objectif, deux analyses modératrices ont été réalisées à l’aide de PROCESS macro pour SPSS (v 3.5) (24). Les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants était la variable prédictive, la parentalité attentive était la variable d’évaluation et les symptômes de dépression ou d’anxiété des enfants ont servi de variables modératrices distinctes. Les interactions significatives ont été explorées en examinant la pente simple des symptômes d’inattention et d’hyperactivité sur la parentalité attentive à la moyenne, à un ET au-dessus de la moyenne et à un ET au-dessous de la moyenne pour la variable modératrice.
Résultats
Données descriptives de l’échantillon
Un échantillon de 114 parents a répondu à toutes les mesures, une taille jugée adéquate pour les analyses proposées (les analyses de puissance suggéraient un échantillon minimum de 84 pour les analyses de corrélation et de 77 pour les régressions modérées). L’âge moyen des parents participants était de 39,18 ans (ET = 4,14) et 94 (82,5 %) étaient des femmes. Soixante participants (52,6 %) ont rapporté que leurs enfants étaient des filles, et l’âge moyen des enfants était de 5,57 ans (ET = 0,57). Les corrélations bivariées n’ont montré aucune corrélation significative entre l’âge des enfants et les variables à l’étude. On n’a observé aucune différence significative aux deux évaluations (hiver 2020 et printemps 2021) pour ce qui est des caractéristiques sociodémographiques (p. ex. revenu familial annuel). En outre, aucune différence significative n’a été observée pour ce qui est des caractéristiques sociodémographiques entre les personnes ayant participé aux deux évaluations et ceux ayant participé à une seule évaluation. Le niveau moyen de symptômes d’inattention et d’hyperactivité dans notre échantillon était de 0,74 (sur l’échelle de 0 à 3), et représentait la moyenne rapportée pour la standardisation de l’échantillon de garçons (0,70) et de filles (0,53) (21). Les tests t ont révélé que le niveau d’inattention et d’hyperactivité t(112) = 2,07; p = 0,041 et de symptômes de dépression t(112) = 2,01; p = 0,046 était plus élevé chez les garçons de l’échantillon. Toutefois, en raison de contraintes liés à la taille de l’échantillon, le sexe des enfants n’a pas été inclus dans les analyses primaires. D’autres données descriptives se trouvent dans le supplément en annexe.
Symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants et parentalité attentive
Les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants avaient une valeur prédictive significativement négative de la parentalité attentive, r(112) = -0,25; p < 0,01 (voir le Tableau 1). En d’autres mots, les parents ayant signalé des symptômes plus marqués d’inattention et d’hyperactivité chez leurs enfants durant l’hiver ont signalé un niveau inférieur de parentalité attentive au printemps.
Tableau 1.
Statistiques descriptives et modèle de corrélation des variables à l’étude.
| Variable | M | ET | 1 | 2 | 3 | 4 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1. Symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants (hiver) | 0,74 | 0,55 | - | |||
| 2. Symptômes d’anxiété chez les enfants (printemps) | 0,40 | 0,43 | 0,40∗ | |||
| 3. Symptômes de dépression chez les enfants (printemps) | 0,18 | 0,35 | 0,48∗ | 0,50∗ | ||
| 4. Parentalité attentive (printemps) | 3,69 | 0,43 | -0,25∗ | 0,01 | -0,09 | - |
p < 0,01.
Symptômes d’internalisation chez les enfants comme variables modératrices
Les symptômes d’anxiété chez les enfants n’ont pas significativement tempéré la relation entre les symptômes d’inattention et d’hyperactivité et la parentalité, b = 0,078; IC à 95 % [-0,184; 0,340], t = 0,59, p = 0,56 (voir le Tableau 2); toutefois, les symptômes de dépression chez les enfants ont significativement tempéré cette relation, b = 0,354; IC à 95 % [0,022; 0,686], t = 2,11; p < 0,05 (voir le Tableau 3). Particulièrement, on a observé une relation significativement négative entre les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants et la parentalité attentive lorsque les symptômes de dépression étaient légers chez les enfants, b = -0,299; IC à 95 % [-0,480; -0,119] t = -3,29; p < 0,01 ou moyens, b = -0,237; IC à 95 % [-0,397; -0,076] t = -2,92; p < 0,01, mais pas lorsque les symptômes de dépression étaient marqués, b = -0,114, IC à 95 % [-0,295; 0,066] t = -1,26, p > 0,05; voir la Figure 1.
Tableau 2.
Modèle de prédicteurs de parentalité attentive avec anxiété comme modérateur.
| b | ET B | T | p | |
|---|---|---|---|---|
| Constant | 3,69 [3,61; 3,77] |
0,04 | 90,19 | p < 0,001 |
| Symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants (hiver) | -0,25 [-0,41; -0,09] |
0,08 | -3,03 | p < 0,01 |
| Symptômes d’anxiété chez les enfants (printemps) | 0,10 [-0,12; 0,31] |
0,11 | 0,88 | p = 0,38 |
| Symptômes d’inattention et d’hyperactivité x symptômes d’anxiété | 0,08 [-0,18; 0,34] |
0,13 | 0,59 | p = 0,56 |
Note, R 2 = 0,08.
Tableau 3.
Modèle de prédicteurs de parentalité attentive avec dépression comme modérateur.
| b | SE B | T | p | |
|---|---|---|---|---|
| Constant | 3,66 [3,58; 3,74] |
0,04 | 88,78 | p < 0,001 |
| Symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants (hiver) | -0,24 [-0,40; -0,08] |
0,08 | -2,92 | p < 0,01 |
| Symptômes d’anxiété chez les enfants (printemps) | -0,15 [-0,47; 0,16] |
0,16 | -0,98 | p = 0,33 |
| Symptômes d’inattention et d’hyperactivité x symptômes d’anxiété | 0,35 [0,02; 0,69] |
0,17 | 2,11 | p < 0,05 |
Note, R 2 = 0,10.
Figure 1.
Pentes simples de régression de la parentalité attentive sur les symptômes d’inattention et d’hyperactivité à trois niveaux de symptômes dépressifs chez les enfants. Lorsque les symptômes de dépression chez les enfants étaient faibles ou moyens, on a observé que les symptômes d’inattention et d’hyperactivité plus marqués étaient associés à une baisse de la parentalité attentive. Toutefois, lorsque les symptômes de dépression étaient marqués chez les enfants, leurs symptômes d’inattention et d’hyperactivité n’avaient pas de valeur prédictive sur la parentalité attentive.
Discussion
Les résultats de cette étude indiquent que les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants durant l’hiver 2020 étaient associés de façon significativement négative à la parentalité attentive au printemps 2021. En outre, les symptômes de dépression chez les enfants au printemps 2021 ont négativement tempéré la relation lorsque les symptômes de dépression étaient légers ou moyens.
La relation significativement négative entre les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants et la parentalité attentive corrobore une étude ayant révélé que les parents d’enfants atteints de TDAH pratiquaient moins la parentalité attentive que les parents d’enfants exempts de TDAH (18). Il a été noté que la grande détresse parentale chez les parents avec enfants atteints de TDAH a probablement contribué à cette observation (18). Ainsi, bien que la détresse parentale n’ait pas été mesurée dans cette étude, il est établi que les parents d’enfants atteints de TDAH manifestent une plus grande détresse (15,18,25), qui est probablement exacerbée durant la pandémie. Vu que le bien-être des parents s’est révélé positivement corrélé à la parentalité attentive (23), un niveau élevé de détresse parentale expliquerait du moins en partie la relation négative entre les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants et la parentalité attentive.
Comparativement aux parents d’enfants neurotypiques, beaucoup de parents d’enfants atteints de TDAH sont plus réactifs, plus critiques et moins réceptifs (25), toutes des valeurs contraires aux éléments fondamentaux de la parentalité attentive. Aussi, on a observé que les personnes atteintes de TDAH ont eu de grandes difficultés comportementales durant la COVID-19 (26). Jumelés aux confinements imposés par le gouvernement, dont les fermetures d’écoles, les parents sont devenus plus réactifs à leurs enfants aux prises avec des symptômes d’inattention et d’hyperactivité, même subcliniques, en raison du temps prolongé passé ensemble. Il importe néanmoins de noter que la présente étude ne mesurait que la parentalité attentive à la deuxième évaluation. Ainsi, ces données ne déterminent pas avec certitude la directionnalité des effets. Il sera important de mener d’autres études à méthodologie interdifférée afin de bien comprendre le lien entre la parentalité attentive et le TDAH.
Lorsque les symptômes de dépression étaient légers et moyens chez les enfants, des symptômes plus marqués d’inattention et d’hyperactivité étaient associés à moins de pratiques de parentalité attentive, alors qu’en contexte de symptômes de dépression marqués, les symptômes d’inattention et d’hyperactivité n’étaient pas associés à la parentalité attentive. Ces observations sont intéressantes, mais il faut souligner que le niveau moyen des symptômes de dépression était relativement faible dans cet échantillon communautaire et l’ampleur de l’effet était de petite taille. D’autres recherches devraient se pencher sur l’association entre ces variables auprès d’un échantillon d’enfants qui présentent des symptômes cliniques marqués.
Il est intéressant de noter que les symptômes d’anxiété chez les enfants n’ont pas tempéré la relation entre les symptômes d’inattention et d’hyperactivité et la parentalité attentive. Dans cette étude, les symptômes de dépression reflétaient des comportements légèrement plus observables (p. ex. « n’a pas d’énergie, est fatigué sans raison apparente ») que les symptômes d’anxiété (p. ex. « a de la difficulté à contrôler ses inquiétudes »). Ainsi, il est possible que les symptômes de dépression étaient plus visibles aux parents que les symptômes d’anxiété, surtout puisque les jeunes enfants sont parfois incapables d’exprimer leur propre anxiété et/ou leur anxiété se manifeste sous forme de symptômes somatiques (p. ex. mal de ventre) (27).
Les observations de cette étude mettent en lumière la façon dont la perception qu’ont les parents des comportements de leurs enfants est associée à la parentalité attentive, et dans ce cas, la pandémie aurait posé des défis supplémentaires. Vu que la parentalité attentive est liée à de nombreux résultats positifs (p. ex. faible stress parental, amélioration de la relation parent-enfant) (11), il importe de trouver des moyens d’entretenir ces compétences. Plus de recherche est nécessaire pour aider les cliniciens à mieux comprendre le rôle qu’ils peuvent jouer pour aider les familles.
L’un des points forts de cette étude était que les données ont été recueillies à deux dates; il était ainsi possible de voir comment les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants durant l’hiver 2020 étaient associés à la parentalité attentive plus tard cette année-là. Toutefois, l’échantillon était relativement petit. Bien qu’on ait tenté de limiter le biais de sélection de l’échantillon en tentant d’inclure tous les tuteurs dans différentes écoles avec des critères d’exclusion très limités, les recherches futures devraient utiliser un échantillon de plus grande taille et continuer de surveiller les variables de santé mentale des enfants et de parentalité durant toute la pandémie. Il est possible que cela éclaire la relation bidirectionnelle de ces variables (la parentalité attentive pourrait aussi influer sur les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants). Nous n’avons pu examiner la contribution du sexe de l’enfant en raison de limites quant à la taille de l’échantillon, et les données ont été recueillies seulement par l’entremise de rapports des parents; ces facteurs comptaient parmi les autres limites de l’études. Les recherches futures doivent se pencher sur la façon dont la parentalité attentive et la santé mentale des enfants ont été différentiellement touchées durant la pandémie, et étudier le point de vue d’autres adultes (p. ex. enseignants). Ces limites, jumelées au revenu familial annuel relativement élevé rapporté par les participants, pourraient avoir gonflé légèrement la variable de parentalité attentive. Finalement, il importe de mesurer la détresse parentale dans les recherches futures pour voir comment cette variable influe sur la santé mentale des enfants et les pratiques de parentalité.
Pour conclure, les symptômes d’inattention et d’hyperactivité chez les enfants sont associés de manière significativement négative à la parentalité attentive durant la pandémie et les symptômes légers à modérés de dépression chez les enfants ont tempéré cette relation. Ces résultats fournissent de nouvelles données sur la façon dont la santé mentale des enfants est associée à la parentalité durant une pandémie et indique aux médecins quelles familles ont besoin de soutien additionnel durant cette période.
Approbation éthique Cette étude a reçu l’assentiment du Comité d’éthique de la recherche de l’Université d’Ottawa (H-08-18-1020).
Financement Subvention du Programme Savoir du Conseil de recherche en sciences humaines, subvention #435-2018-1487.
Contributor Information
Hannah O’Reilly, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada.
Maria Rogers, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada; École de psychologie, Faculté des sciences sociales, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada; Département de psychologie, Université Carleton, Ottawa, Ontario, Canada.
Julia Ogg, Département de psychologie, Université Northern Illinois, DeKalb, Illinois, États-Unis.
Tessa Ritchie, École de psychologie, Faculté des sciences sociales, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada.
Jessica Whitley, Faculté d’éducation, Université d’Ottawa, Ottawa, Ontario, Canada.
Alecia Santuzzi, Département de psychologie, Université Northern Illinois, DeKalb, Illinois, États-Unis.
Elizabeth C Shelleby, Département de psychologie, Université Northern Illinois, DeKalb, Illinois, États-Unis.
Conflits d’intérêts potentiels
HO a été est inscrite gratuitement pour présenter cette recherche à la journée de recherche sur le TDAH du CADDRA, en octobre 2021. Il n’y a pas d’autres divulgations. Tous les auteurs ont soumis le formulaire ICMJE de divulgation des conflits d’intérêts potentiels. Les éditeurs ont divulgué les conflits jugés être pertinents au contenu du manuscrit.
FINANCEMENT DU SUPPLÉMENT
Cet article fait partie d’un supplément spécial sur l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les enfants et les jeunes. Ce supplément a été rendu possible par une contribution financière de l’Agence de la santé publique du Canada. Le point de vue exprimé dans cet article ne représente pas nécessairement celui de l’Agence de la santé publique du Canada.
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