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. 2022 Sep 28;61(619):20–23. [Article in French] doi: 10.1016/j.actpha.2022.07.037

Vieillissement de la population, dématérialisation, une nouvelle donne pour la pharmacie

Aging population, dematerialization, a new deal for the pharmacy

Jean-Jacques Zambrowski 1
PMCID: PMC9519178  PMID: 36193227

Abstract

Home delivery has expanded across all retail sectors. During the first waves of the Covid-19 pandemic, pharmacists were approached by many of their patients who wanted to receive their medications at home. The question is whether this development is sustainable or merely cyclical.

Keywords: delivery, digital, dispensation, elderly subject, home, pharmacy


La livraison à domicile des biens de consommation s’est fortement développée ces dernières années et a connu un pic lors des confinements imposés dans le cadre de la pandémie de Covid-19. Dans le secteur de la santé aussi, les usages évoluent, d’autant que la population vieillit. Les services associés, dont la pharmacie, vont devoir s’adapter aux besoins de patients de plus en plus dépendants et médicalisés, en passant de la livraison à la dispensation à domicile, en s’appuyant sur les atouts du numérique et du télésoin.

Une population de plus en plus dépendante et médicalisée

Le vieillissement de la population française est un fait. L’accroissement du nombre des personnes dépendantes suit la même dynamique, ce qui peut poser un problème lorsqu’elles vivent seules.

Vieillissement et perte d’autonomie

La part des plus de 65 ans se serait accrue de 3,9 % entre 2010 et 2020, et celle des plus 75 ans de 0,7 %. Selon des estimations datant de 2015, 4 % des personnes vivant à domicile de plus de 75 ans seraient sévèrement dépendantes et 15,9 % dépendantes [1]. En outre, 28 % des 65-79 ans et 48,5 % des 80 ans et plus vivraient seuls [2]. Les personnes âgées vivant chez elles considèrent être fortement limitées dans leurs activités à 21,7 % pour les hommes et 22,9 % pour les femmes entre 75 et 84 ans, et à 42,3 % pour les hommes et 36,1 % pour les femmes après 85 ans  [3].

Évolution des pathologies chroniques

Le nombre de personnes présentant une ou plusieurs affections de longue durée (ALD) augmente avec l’âge et s’accroît, par conséquent, avec le vieillissement de la population. Le nombre total d’ALD a crû de 4,8 points chez les plus de 65 ans alors qu’il est stable chez les plus de 75 ans. Ce sont les tranches d’âge entre 65 et 74 ans qui subissent donc la plus grande part de cette hausse (+ 4,6 %).

En dix ans, le vieillissement de la population s’est accompagné d’une progression de la prise en charge des pathologies chroniques (figure 1 ). Même minorée par le fait de ne tenir compte que d’une ALD par individu (une personne pouvant bénéficier de plusieurs ALD), elle s’avère incontestable.

Figure 1.

Figure 1

Évolution du pourcentage des affections de longue durée en 2010 et 2019 dans la population française par tranche d’âge. Sources : d’après L’Assurance maladie. ALD 2010-2019 et Insee population par tranche d’âge 2010-2019.

Projections démographiques

Selon les projections de l’Institut national de la statistique et des études économiques, les sujets âgés de 65 à 74 ans constitueront 11 % de la population générale en 2025 ; celle des plus de 75 ans 10,8 %. D’ici 2050, part des 65-75 ans restera stable, mais celle des plus 75 ans représentera plus de 16 % [4].

Accès au médicament

De plus en plus de patients bénéficieront d’un traitement chronique et seront dépendants ou limités dans leur activité, notamment à partir de 80 ans. Cette situation n’est, semble-t-il, pas de nature à favoriser, à court terme, un accroissement massif des demandes de livraison à domicile hors situation exceptionnelle (confinement par exemple). Pour preuve, les habitudes de recours à la livraison de médicaments n’ont pas réellement perduré après la période de restriction de mobilité imposée par la crise sanitaire, alors que la diversité de l’offre en la matière s’est accrue.

Atouts de la pharmacie

Les nouvelles solutions d’achat reposant sur l’utilisation du numérique proposées par nombre de commerces ont trouvé un écho massif lors des différentes vagues de Covid-19. De nombreux commerçants ont, en effet, développé une offre de click and collect et de livraison (encadré 1 ).

Encadré 1. L’e-achat, une tendance en plein essor.

En 2020, 87 % des Français effectuaient des achats sur Internet [5]. Le domicile est le lieu principal de réception des produits devant le click and collect .

Les achats les plus fréquents concernent : l’habillement (45 %), les produits culturels (44 %), les produits technologiques/électroniques (35 %), les jeux et jouets (34 %), les produits de beauté (29 %), l’électroménager (24 %), le linge de maison (24 %), les meubles et la décoration (19 %), les articles, le matériel et les vêtements de sport (17 %), le bricolage et le jardinage (15 %). Il est indéniable que les usages en ce qui concerne la grande consommation ont évolué. En revanche, les médicaments sans ordonnance ne font pas partie de cette liste.

Spécificités du domaine de la santé

Le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres. Sa dispensation obéit à une législation particulière [6], et requiert un échange d’informations entre le pharmacien et son patient. La pratique du tiers payant nécessite aujourd’hui la présentation de la carte Vitale et d’une ordonnance papier. La Société française de pharmacie clinique (SFPC) distingue bien la livraison des médicaments à domicile et la dispensation à domicile dans sa recommandation de juin 2021 [7].

De la livraison à la dispensation à domicile

La dispensation à domicile aurait de nombreux avantages selon la SFPC : « L’accès au domicile enrichit le recueil d’information par un ensemble de données dont l’accès est limité lors d’une dispensation au sein de l’officine. L’équipe officinale a alors accès :

  • au pilulier ;

  • à l’armoire à pharmacie (automédication avec produits de santé prescrits ou non, médication alternative et complémentaire, stocks) ;

  • aux modalités de stockage des produits de santé par le patient et/ou l’aidant et/ou les professionnels intervenant à domicile ;

  • aux modalités d’administration dans les conditions réelles d’utilisation ; •aux comptes rendus médicaux et résultats d’analyse biomédicale archivés par le patient ;

  • aux observations des aidants et des professionnels de santé intervenant au domicile du patient (cahier de liaison) ;

  • à toute observation du contexte de vie qui peut influer sur les soins pharmaceutiques. » [8]

Limites de la livraison à domicile

Même pour les adeptes de l’achat en ligne, le magasin physique conserve un rôle prépondérant lorsque l’acheteur est en attente d’interactions humaines. La plupart des consommateurs, en particulier les plus âgés (65 ans et plus), aspirent à recevoir des conseils de la part des vendeurs. Les craintes liées à la livraison sont : la déception face à un produit qui ne correspond pas à ce que l’on pensait avoir choisi ; l’absence de certitudes qu’il arrive au domicile en bon état [5].

Ce qui est vrai pour les produits de consommation l’est d’autant plus pour les produits de santé et les médicaments. La dispensation d’un conseil à la suite d’un échange qualifié et la confiance accordée au pharmacien par les patients-clients sont les meilleures armes pour lutter contre une dépersonnalisation de l’acte officinal.

Essor du numérique et pharmacie

La croyance en l’incapacité des personnes âgées à utiliser le numérique se révèle de plus en plus fausse. Cette évolution des usages, tout en recelant de possibles risques pour la pharmacie de ville, ouvre des opportunités de développement pour la dispensation à domicile.

Évolution des usages des seniors

En 2018, 86 % des 60 à 64 ans, 51 % des 80 et 84 ans et 41 % des 85 ans et plus interrogés dans le cadre d’une enquête affirmaient utiliser Internet [9]. En 2020, les plus de 70 ans équipés ont été 20 % de plus à se connecter qu’en 2019 (66 % versus 44 %). Les seniors sont 66 % à “surfer” tous les jours tandis que 78 % des personnes entre 60 et 69 ans et 59 % des plus de 70 ans possèdent un smartphone. En outre, l’accroissement du nombre des utilisateurs de tablettes entre 2019 et 2020 a été notable chez les plus de 75 ans (42 % versus 29 %). Si le maintien des liens avec la famille est la première des motivations à l’utilisation des outils numériques, le fait de ne pas avoir à se déplacer arrive en quatrième position chez près de 40 % des répondants [9]. Respectivement 79 % des 60-69 ans et 55 % des plus de 70 ans interrogés avaient fait un achat sur Internet dans les douze derniers mois. Les plus de 60 ans préfèrent, en outre, très majoritairement se faire livrer à domicile [10].

Numérique et santé

Les outils numériques font de plus en plus partie du quotidien des Français et ce, quelle que soit la tranche d’âge étudiée. Beaucoup de commerces en profitent pour tenter de simplifier l’acte d’achat dans les domaines du quotidien (encadré 1). Toutefois, il est dangereux de vouloir généraliser ce comportement d’achat à tous les secteurs. Le médicament a une place bien évidemment spécifique, notamment pour les personnes bénéficiant d’un traitement chronique.

La généralisation de Mon espace santé, grâce auquel les usagers peuvent archiver leurs données de santé, ainsi que la dématérialisation de l’ordonnance et de la carte Vitale rendront, à terme, caduques certaines obligations formelles liées à la délivrance (encadré 2 ). En revanche, l’intégration de ces nouveaux usages dans les habitudes des patients prendra certainement plus de temps, d’autant que l’ordonnance papier sera utilisée encore un certain temps.

Encadré 2. E-prescription et développement de la livraison à domicile.

La dématérialisation de la prescription, qui peut être adressée directement par le patient à son pharmacien par messagerie sécurisée, pourrait favoriser le click and collect, voire le développement de la livraison du médicament à domicile.

Le pharmacien agit sur cette ordonnance dématérialisée en confirmant la délivrance de l’ensemble des médicaments ou d’une partie d’entre eux. Avec l’accord du médecin, il peut aussi, par exemple, adapter une posologie ou un dosage, voire ajouter une ligne qui faisait défaut. Une fois traitée, l’ordonnance est transférée au serveur sécurisé de l’Assurance maladie. L’élément transmis doit mentionner toutes les interventions pharmaceutiques effectuées (comme la dispensation adaptée). Toutes ces actions sont dès lors tracées, archivées et consultables par le médecin et le patient sur son espace numérique.

Nouvelles opportunités pour la pharmacie

Dans l’enquête consacrée à l’avenir de la pharmacie réalisée par OpinionWay et Satispharma en 2017, la livraison à domicile intéressait a priori 54 % des répondants, mais seulement 43 % lorsque le prix était de 5 euros par livraison [11].

La livraison à domicile représente une opportunité pour la pharmacie, qui se heurte toutefois à des problèmes de temps de déplacement et d’investissement de l’équipe officinale. Le numérique pourrait favoriser ce qu’il serait envisageable d’appeler une dispensation à distance pour la différencier de la dispensation à domicile. Cette évolution est rendue possible par le télésoin (encadré 3[12], qui est avant tout destiné aux personnes ne pouvant se déplacer, mais qui séduit aussi de plus en plus les utilisateurs d’outils numériques. Il est ainsi, et dès aujourd’hui, possible pour le pharmacien de pratiquer un bilan partagé de médication par télésoin (uniquement si le patient a bénéficié des deux premiers entretiens en présentiel) [13].

Encadré 3. Le télésoin.

L’arrêté du 3 juin 2021 qui définit les activités de télésoin précise :

  • en application de l’article L6316-2 du Code de la santé publique, les professionnels pouvant réaliser une activité de télésoin sont les pharmaciens et les auxiliaires médicaux ;

  • à l’exclusion des soins nécessitant un contact direct en présentiel entre le professionnel et le patient, ou un équipement spécifique non disponible auprès du patient, un auxiliaire médical ou un pharmacien peut exercer à distance ses compétences prévues au présent Code de la santé publique ;

  • le recours au télésoin relève d’une décision partagée du patient et du professionnel réalisant le télésoin [12].

Conclusion

La livraison à domicile devrait continuer à se développer et ce, dans tous les secteurs. Des acteurs économiques majeurs, comme Amazon, ont su s’implanter et s’intéressent désormais à la santé. En parallèle, le nombre de patients chroniques et dépendants augmente. Ils utilisent, en outre, de plus en plus Internet, notamment pour y faire leurs achats. La technologie numérique n’est donc plus un frein pour ces patients potentiellement isolés ou pour leurs aidants. De surcroît, bien que l’accroissement potentiel des besoins pharmaceutiques à distance soit en relation avec le vieillissement de la population, ces attentes ne se limiteront pas aux seules personnes âgées.

Le secteur de la pharmacie va-t-il en être pour autant chamboulé à plus ou moins long terme ?

Les patients font confiance à leur pharmacien et sont toujours en quête d’un conseil personnalisé. La profession peut, en outre, développer le télésoin, qui est, lui aussi, facilité par la généralisation de l’utilisation des outils numériques par les personnes âgées.

La pérennité de l’officine de brique et de mortier est assurée car les usagers continuent de plébisciter la relation humaine et l’expertise pharmaceutique. Pour autant, la pharmacie doit s’attacher à concevoir un service de livraison sécurisé et adapté aux nécessités de la dispensation éclairée d’un traitement, soit en motivant son équipe à programmer des visites régulières au domicile du patient, soit en concevant une démarche hybride associant la livraison par un prestataire et le télésoin.

Points à retenir.

  • La part des plus de 65 ans se serait accrue de 3,9 % entre 2010 et 2020, et celle des plus 75 ans de 0,7 %.

  • En dix ans, le vieillissement de la population s’est accompagné d’une progression de la prise en charge des pathologies chroniques et de la dépendance.

  • Les outils numériques font de plus en plus partie des habitudes des Français et ce, quelle que soit leur âge.

  • À l’avenir, la généralisation de Mon espace santé ainsi que la dématérialisation de l’ordonnance et de la carte Vitale rendront caduques certaines obligations formelles liées à la délivrance.

  • Le télésoin ouvre la pharmacie à de nouvelles pratiques de dispensation.

Le vieillissement de la population française est un fait et l’accroissement du nombre des personnes dépendantes suit la même dynamique. Inline graphic

Le médicament n’est pas un bien de consommation comme les autres, sa dispensation obéit à une législation particulière et requiert un échange d’informations entre le pharmacien et son patient. Inline graphic

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

  • 1.Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. Les personnes âgées de 60 ans ou plus et leur situation d’autonomie. In: L’aide et l’action sociales en France. Édition 2018. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2021-04/10-10.pdf.
  • 2.Institut national de la statistique et des études économiques. Personnes vivant seules dans leur logement selon l’âge et le sexe. Données annuelles de 1990 à 2019. 13 juillet 2022. www.insee.fr/fr/statistiques/2381512#tableau-figure1.
  • 3.Fourcade N, von Lennep F, Grémy I, et al. L’état de santé de la population en France. Rapport 2017. Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques. https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/publications-documents-de-reference/rapports/letat-de-sante-de-la-population-en-france-rapport-2017.
  • 4.Institut national de la statistique et des études économiques. Tableaux de l’économie française. Édition 2020. 27 février 2020. www.insee.fr/fr/statistiques/4277619?sommaire=4318291.
  • 5.Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, Harris Interactive. Définition de profils d’acheteurs types en e-commerce. Juin 2020. https://presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2020/07/synth%C3%A8se-profils-e.commerce.pdf.
  • 6.Mrozovski J.M. Cadre légal de la livraison du médicament à domicile. Actual Pharm. 2022;61(619):24–25. doi: 10.1016/j.actpha.2022.07.038. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
  • 7.Société française de pharmacie clinique. Recommandations de bonnes pratiques. La dispensation à domicile. Juin 2021. https://sfpc.eu/wp-content/uploads/2021/06/SFPC-Dispensation-a%CC%80-Domicile-Recommandations_MEMO-.pdf.
  • 8.Allenet B., Roux-Marson C., Juste M., Honoré S. Lexique de la pharmacie clinique. Pharm Hosp Clin. 2021;56(2):119–123. [Google Scholar]
  • 9.Les Petits Frères des pauvres. L’exclusion numérique des personnes âgées. 27 septembre 2018. www.petitsfreresdespauvres.fr/media/332/download/2018_10_01_Rapport_exclusion_numerique_personnes_agees_pfP.pdf?v=2&inline=1.
  • 10.Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse. Baromètre du numérique. Édition 2021. Enquête sur la diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française. www.arcep.fr/uploads/tx_gspublication/rapport-barometre-numerique-edition-2021.pdf.
  • 11.OpinionWay, Satispharma. Avenir Pharmacie. 1er mars 2017. www.opinion-way.com/fr/component/edocman/?task=document.viewdoc&id=1544&Itemid=0.
  • 12.Arrêté du 3 juin 2021 définissant les activités de télésoin. www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043596938.
  • 13.Arrêté du 18 mai 2020 complétant l’arrêté du 23 mars 2020 prescrivant les mesures d’organisation et de fonctionnement du système de santé nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid-19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire. www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000041889362.

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