Abstract
La mise à disposition du premier vaccin contre la Covid-19 en décembre 2020 a entrainé une réorganisation importante des activités des pharmacies à usage intérieur des établissements pivots, afin de permettre le déploiement rapide de la vaccination sur l’ensemble du territoire. Cette campagne vaccinale, transversale et pluri professionnelle, est caractérisée par de multiples facteurs de complexité. La sécurisation du circuit de ces nouveaux vaccins a été l’un des points cruciaux, tant au niveau des conditions de conservation particulières qu’au niveau du respect des bonnes pratiques de préparation et d’administration. La diversité des acteurs impliqués, de la nature des centres pratiquant cette vaccination, l’urgence de la situation ainsi que la quantité de vaccins dispensés ont montré l’intérêt de l’accompagnement réalisé par les équipes pharmaceutiques afin de limiter le risque d’erreurs médicamenteuses. De nouvelles missions du pharmacien et de nouveaux défis ont émergé de cette campagne vaccinale dans ce contexte exceptionnel. Nous souhaitons ici faire le retour d’expérience de l’équipe pharmaceutique d’un établissement pivot.
Mots clés: Accompagnement pharmaceutique, Covid-19, Pharmacie hospitalière, Vaccination
Abstract
The availability of the first Covid-19 vaccine in December 2020 has led to a major reorganization of the pharmaceutical's activities in order to allow the rapid deployment of the vaccination throughout the country. This cross-functional and multi-professional vaccination campaign is characterized by many factors of complexity.
Securing the circulation of these new vaccines was one of the crucial points, both in terms of specific storage conditions and compliance with good preparation and administration practices. The diversity of the actors involved, the nature of the centers practicing this vaccination, the emergency of the situation and the important quantity of vaccines dispensed have demonstrated the value of the support provided by the pharmaceutical team in order to limit the risk of errors. New tasks for the pharmacist and new challenges have emerged from this exceptional vaccination campaign. We would like to provide a feedback here.
Keywords: Pharmaceutical support, Covid-19, Hospital pharmacy, Vaccination
Introduction
La campagne de vaccination contre la Covid-19, en France, a été une avancée majeure contre la pandémie liée au SARS-Cov-2 [1].
Le principal enjeu a été de déployer rapidement la vaccination, selon la stratégie de priorisation des populations éligibles définie par le gouvernement. Compte tenu de la mortalité importante en établissement d’hébergement, il a été primordial de débuter rapidement la vaccination pour les résidents d’Établissements d’Hébergement pour Personnes Âgées et Dépendantes (EHPAD) et pour les professionnels de santé intervenant au sein de ces structures.
La ligne directrice du gouvernement a été de permettre l’accès à la vaccination par population fragile incluant la notion de classes d’âge, de comorbidité et de risque professionnel, dont les dates clés sont illustrées dans la figure 1 .
Figure 1.
Dates clés de la campagne vaccinale
Pour répondre à l’urgence sanitaire, deux flux principaux d’approvisionnement ont été mis en place par ce dernier. Cent établissements de santé dits « pivots » ont été missionnés par la direction générale de la santé pour mettre à disposition dans chaque territoire français les vaccins ainsi que le nécessaire à la préparation et l’administration des doses, comme mentionné par l’alerte sanitaire de la Direction Générale de la Santé (DGS urgent) du 31 décembre 2020 [2]. Ces établissements ont eu pour missions l’approvisionnement en vaccins et en dispositifs médicaux de différents établissements de santé (centres hospitaliers publics et privés et certains EHPAD rattachés, centres de santé, centres de vaccination). Ce circuit a été qualifié « flux B ». Un autre flux dit « flux A », s’est mis en place en complément: les grossistes répartiteurs acheminaient les flacons vers les pharmacies d’officine qui elles-mêmes assuraient le relais auprès des EHPAD à partir de janvier 2021. Au fil des mois, l’offre de vaccination en ambulatoire a pris de l’ampleur (médecins libéraux, pharmaciens d’officine et autres professionnels de santé autorisés).
L’urgence sanitaire a ainsi occasionné un bouleversement du fonctionnement des Pharmacies à Usage Intérieur (PUI) des établissements pivots, pour permettre le déploiement rapide de la vaccination au sein du territoire. Les PUI ont été au cœur de la campagne vaccinale, impliquées aussi bien dans la sécurisation de l’approvisionnement et la délivrance des vaccins, que dans la mise en œuvre du bon usage de ces nouveaux médicaments.
Le caractère inédit de cette campagne vaccinale nous a incités à présenter un retour d’expérience de la PUI de l’établissement pivot du département de l’Isère, incluant notamment les enseignements et axes d’amélioration tirés de la première partie de la campagne vaccinale.
Matériel et méthodes
Moins d’un an après l’émergence de la Covid-19, la campagne vaccinale a pu débuter avec l’autorisation de mise sur le marché (AMM) conditionnelle de deux vaccins à ARN messagers. Le vaccin du laboratoire Pfizer-BioNTech (Comirnaty®) a été le premier à obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM), le 21 décembre 2020 et à être recommandé par l’Agence Européenne du médicament (EMA) [3], suivi par le vaccin du laboratoire Moderna (Spikevax®), qui a obtenu son AMM le 6 janvier 2021. Deux nouveaux vaccins ont ensuite été mis à disposition en France. Le vaccin Vaxzevria® du laboratoire Astra Zeneca a obtenu l’AMM le 29 janvier 2021 [4] et le vaccin du laboratoire Janssen le 11 mars 2021 [5]. Le vaccin Nuvaxovid® du laboratoire Novavax a obtenu une AMM conditionnelle le 20 décembre 2021, mais n’a pas été utilisé sur la période d’étude. Le vaccin destiné à la population âgée de 5 à 11 ans a été mis à disposition plus tardivement en décembre 2021.
La principale difficulté a été de permettre le démarrage rapide de la campagne de vaccination avec ces médicaments innovants, imposant de fortes contraintes concernant leurs modalités de conservation. En effet, le vaccin Comirnaty® [6] doit être conservé à −70 °C, ces conditions de stockage étant inhabituellement utilisées pour les médicaments dans une PUI; le vaccin Spikevax® [7] est quant à lui stocké à −20 °C. Afin de préparer le déploiement de la vaccination, la pharmacie a été équipée dès décembre 2020 d’enceintes réfrigérées adaptées aux contraintes définies ci-avant: 2 congélateurs pour stockage à −70 °C (dont un fourni par l’État) et d’un congélateur pour stockage à −20 °C.
Après décongélation à la PUI, le vaccin Comirnaty® avait une péremption initiale de 120 h entre +2 °C et +8 °C: ceci a été un point critique dans la mise en place du circuit de délivrance. En effet, ce délai très court imposait une coordination et une planification très précise de toute la chaîne de mise à disposition des vaccins afin de garantir l’administration de vaccins dans la limite de leur date de péremption. Le 17 mai 2021, les conditions de conservation du vaccin Comirnaty® ont été modifiées et approuvées par l’EMA: un flacon décongelé et non dilué pouvant désormais être conservé entre +2 °C et +8 °C durant un mois. Les caractéristiques des vaccins mis sur le marché en France sont regroupées dans la revue publiée par le Centre National Hospitalier d’Information sur Le Médicament (CNHIM) « Vaccins contre le Covid-19 » [8].
Ces contraintes de conservation des vaccins tout au long du circuit ont été des points cruciaux, pour lesquels les pharmaciens se sont mobilisés pour garantir le maintien de la chaîne du froid au travers notamment du sur-étiquetage des flacons, du suivi des conditions de stockage et de l’accompagnement des centres vaccinateurs dans le respect de ces modalités de conservation. La création d’un document comparatif des vaccins Comirnaty®, Spikevax® et Vaxzevria® sur les doses et modalités de conservation a été diffusé aux centres et leur a permis de mieux appréhender la coexistence de plusieurs vaccins dans leurs centres (Annexe I; voir les documents supplémentaires associés à cet article en ligne).
La coexistence de plusieurs vaccins a entraîné pour notre PUI une contrainte supplémentaire autour du circuit, qu’il a fallu sécuriser afin d’éviter tout risque d’erreurs.
En effet, ces 4 vaccins présentent des spécificités propres, que ce soit au niveau des conditions de conservation, de la dilution ou encore de la dose injectée. Leurs caractéristiques sont recensées dans le tableau I . Ces différences ont fait l’objet de points de vigilance et d’information aux équipes internes à la PUI et externes du territoire, pour minimiser le risque d’erreur.
Tableau I.
Tableau comparatif des vaccins contre la Covid-19.
| Vaccin | Pfizer (Comirnaty®) |
Moderna (Spikevax®) |
Astra Zeneca (Vaxzevria®) |
Janssen |
|---|---|---|---|---|
| Plateforme vaccinale | Vaccin à ARN messager | Vaccin à ARN messager | Vaccin inactivé à vecteur viral | Vaccin inactivé à vecteur viral |
| Doses | 6 doses de 0,3 mL |
10 doses de 0,5 mL à compter du 08/11/21: Rappel Moderna 0,25 mL par dose |
10 doses de 0,5 mL |
5 doses de 0,5 mL |
| Conservation | Conservation à -80 °C jusqu’à péremption 30 jours entre +2° et +8° une fois décongelé |
Conservation à -20 °C jusqu’à péremption 30 jours entre +2° et +8° une fois décongelé |
Conservation entre +2 °C et +8 °C jusqu’à péremption | Conservation à -20 °C jusqu’à péremption 3 mois entre +2 °C et +8 °C |
| Reconstitution | Dilution | Pas de dilution | Pas de dilution | Pas de dilution |
Suite aux mises à disposition successives de ces vaccins autorisés en France et à de fortes tensions d’approvisionnement au début de la campagne, la stratégie vaccinale proposée par le gouvernement a été évolutive et établie sur la base des recommandations publiées par la Haute Autorité de Santé (HAS) [9].
La totalité de la population de plus de 18 ans a eu accès à la vaccination à compter du 27 mai 2021. Le 15 juin 2021, le vaccin Comirnaty® a obtenu l’AMM pour les 12–17 ans, ce qui a permis la mise en place de la vaccination pour cette classe d’âge.
La campagne vaccinale a subi une accélération franche la semaine du 12 juillet 2021 suite aux annonces gouvernementales officialisant la mise en place du pass sanitaire. Elle a été observée sur l’ensemble des centres approvisionnés par l’établissement pivot de l’Isère.
La campagne pour les doses de rappel a été lancée en France en septembre 2021, après l’avis de la HAS, pour tous les plus de 65 ans ou avec une prescription médicale en cas d’âge inférieur à 65 ans avec comorbidités [9]. L’élargissement de la dose de rappel à l’ensemble de la population adulte le 27 novembre a conduit à une nouvelle accélération de la campagne vaccinale en décembre 2021. Enfin, celle destinée aux enfants de 5 à 11 ans, s’est ouverte le 15 décembre 2021, d’abord à destination de ceux à risque de développer une forme grave de Covid-19, puis à leur ensemble à partir du 22 décembre 2021 [10]. Les données présentées dans l’article s’arrêtent au 31 décembre 2021 et ne prennent pas en considération les données en lien avec la campagne destinée aux enfants de moins de 12 ans du fait de cette chronologie.
Résultats
La mise à disposition des vaccins au sein de notre établissement a nécessité une réorganisation interne de l’équipe pharmaceutique dans des délais très courts, afin d’être en capacité d’approvisionner les 1,27 millions d’habitants en Isère. La mise en œuvre extrêmement rapide du circuit (incluant les conditions particulières de conservation des vaccins), la coexistence de différents vaccins et le caractère novateur de cette activité d’une dimension territoriale ont constitué de réels facteurs de risque de dysfonctionnement et d’erreurs médicamenteuses à maîtriser. En effet, cette nouvelle dimension territoriale est inédite puisque l’activité s’étend jusque dans le territoire Nord Isère, qui est habituellement rattaché à la métropole de Lyon. À noter que la notion de GHT (Groupements Hospitaliers de Territoires) a été supplantée par le fonctionnement basé sur le périmètre départemental. Ceci a généré de nouvelles collaborations, notamment avec les établissements privés.
L’équipe en charge de la vaccination était composée de 5 pharmaciens, 2 internes en pharmacie, 2 faisant fonction d’interne en pharmacie (FFI) et 2 préparateurs en pharmacie hospitalière (PPH). Les deux FFI et les deux PPH ont été recrutés en renfort dans le cadre de la mise en place de la vaccination. Afin d’optimiser le temps de travail consacré à l’activité, une répartition des moyens a été opérée en fonction des typologies des structures à accompagner: deux pharmaciens étaient en charge des Établissements d’hébergement pour personnes âgées et dépendantes (EHPAD), deux pharmaciens accompagnaient les centres de vaccination et un pharmacien les centres hospitaliers. Des points d’informations hebdomadaires permettaient le partage des informations importantes. Les pharmaciens de l’équipe vaccination ont été en charge de la coordination avec les autorités de santé ainsi qu’avec les pharmaciens des autres établissements de santé (centres hospitaliers, cliniques, pharmacies d’officine). Ils ont également œuvré dans le pilotage et la gestion quotidienne des stocks. Les internes et PPH ont été en charge de la délivrance des vaccins, incluant le suivi du bon usage.
Cette nouvelle organisation a nécessité de mettre en suspend de nombreuses activités habituelles de l’équipe pharmaceutique en réorientant certaines tâches quotidiennes indispensables vers d’autres secteurs en interne.
La livraison de vaccins aux établissements pivots a été réalisée sous la responsabilité de Santé Publique France (SPF). Le vaccin Comirnaty®, soumis à de fortes tensions d’approvisionnement au début de la campagne vaccinale, était livré hebdomadairement. Concernant les autres vaccins la fréquence des livraisons par SPF a été aléatoire, avec une visibilité limitée. Les dispositifs médicaux étaient livrés chaque semaine avec des quantités adaptées en fonction des stocks résiduels déclarés par l’établissement pivot via la plateforme nationale dédiée (E-Dispostock).
Plusieurs canaux de communication ont été proposés aux établissements pour pouvoir transmettre des informations essentielles sur les bonnes pratiques d’utilisation et de conservation. Les deux canaux privilégiés ont été le courrier électronique et la mise en œuvre d’une ligne téléphonique, spécifiquement dédiée à toute question relative à la campagne vaccinale contre la Covid-19. Ces deux canaux ont été essentiels puisque sur le mois de janvier, en moyenne 650 appels ont été réceptionnés téléphoniquement et plus de 350 mails ont été reçus hebdomadairement.
Par ailleurs, des visioconférences avec les différents établissements partenaires concernés, tels que les personnels pharmaceutiques des centres hospitaliers, des cliniques privées, les groupements hospitaliers territoriaux, et la pharmacie pivot ont été réalisées pour communiquer les informations et organiser le circuit de mise à disposition.
L’organisation de la mise à disposition des vaccins est détaillée en figure 2 .
Figure 2.
Organisation de la mise à disposition des vaccins
Les demandes de vaccins ont été faites par les établissements via un formulaire de commande puis validées par l’équipe pharmaceutique pour que le nombre de doses demandées respecte les quotas attribués par l’ARS hebdomadairement. Quotidiennement, les PPH préparaient à la fois les vaccins et les dispositifs nécessaires à l’administration (seringues d’administration et/ou de reconstitution selon le type de vaccin ainsi que solvant), pour chaque établissement.
Les établissements de santé approvisionnés par les établissements pivots (flux B) étaient des structures variées, de par leur taille et leur fonctionnement. En Isère, 86 EHPAD et 68 résidences autonomies (RA) ont fait partie des premières structures à avoir pu débuter leur campagne vaccinale.
Mi-février, il a été possible de mettre à disposition des vaccins pour les structures du handicap : 15 Foyers d’Accueil Médicalisés (FAM) et 8 Maisons d’Accueil Spécialisées (MAS). D’autre part, l’établissement pivot a été en charge d’approvisionner 38 pharmacies à usage intérieur des établissements hospitaliers du territoire dont 3 centres de dialyse. Enfin, les centres de vaccination ont progressivement été déployés sur l’ensemble du territoire isérois: 21 centres de vaccination pérennes et 11 centres de vaccination éphémères. Trois centres de vaccination internes au Centre Hospitalier Universitaire Grenoble-Alpes (CHUGA) ont été pilotés par ses équipes. La répartition du nombre de flacons délivrés selon les types de structure, du début de la campagne vaccinale au 31 décembre 2021, est présentée dans la figure 3 . La grande majorité des vaccins ont été délivrés aux centres de vaccination dépendant du CHUGA (41%) ou extérieurs au CHUGA (54%).
Figure 3.
Répartition du nombre de doses de vaccins délivrées selon le type de structure (tous vaccins confondus) du début de la campagne vaccinale au 31 décembre 2021.
EHPAD: Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes
FAM: Foyer d’accueil médicalisé
MAS: Maison d’accueil spécialisé
Le tableau II présente le nombre de flacons délivrés en fonction du type de vaccin et en fonction du type d’établissement. La majorité des flacons délivrés ont été des flacons Comirnaty®. Au total, 239.914 flacons (concernant les 4 vaccins disponibles), soit 1.742.579 doses ont été délivrées au 31 décembre 2021, tous établissements confondus. La part de vaccin Janssen utilisée dans notre établissement a été anecdotique et n’a pas été présentée ci-dessus.
Tableau II.
Nombre de vaccins (en flacons et en doses) délivrés en fonction du type d’établissement du début de la campagne vaccinale au 31 décembre 2021.
| Types de structure | EHPAD/Résidences autonomie | FAM/MAS | Établisse-ments de santéa | Centres de vaccination |
Total | ||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Intra CHUGA | Hors CHUGA | ||||||
| Nombre de structures concernées |
86 (35%) |
91 (37%) |
38 (15%) |
3 (1%) |
31 (12%) |
249 |
|
| Flacons dispensés |
3213 (1%) |
274 (<1%) |
9991 (4%) |
93 152 (39%) |
133 284 (56%) |
239 914 |
|
| Doses dispensées |
21 527 (1%) |
3 048 (<1%) |
73 787 (4%) |
708 133 (41%) |
936 084 (54%) |
1 742 579 |
|
| COMIRNATY® (Pfizer) |
Nombre de flacons dispensés |
3213 (1%) |
16 (< 1%) |
9228 (4%) |
79 526 (36%) |
131 084 (59%) |
223 067 |
| Nombre de doses dispensées |
21 527 (1%) |
107 (< 1%) |
61 828 (4%) |
532 824 (36%) |
878 262 (59%) |
1 494 549 |
|
| SPIKEVAX® (Moderna) |
Nombre de flacons dispensés |
0 |
188 (1%) |
378 (2%) |
13 289 (87%) |
1 424 (9%) |
15 279 |
| Nombre de doses dispensées |
0 |
2 143 (1%) |
7570 (3%) |
171 467 (75%) |
48 974 (21%) |
230 155 |
|
| VAXZEVRIA® (Astrazeneca) |
Nombre de flacons dispensés |
0 |
70 (4%) |
385 (25%) |
337 (21%) |
776 (49%) |
1568 |
| Nombre de doses dispensées | 0 | 798 (4%) |
4389 (25%) |
3841 (21%) |
8846 (49%) |
17 875 | |
EHPAD: Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes; FAM: Foyer d’accueil médicalisé; MAS: Maison d’accueil spécialisé; CHUGA: Centre Hospitalier Universitaire Grenoble Alpes
dont centres de dialyse
La figure 4 montre l’évolution du nombre de flacons délivrés hebdomadairement ainsi que l’évolution du nombre de délivrances du 28 décembre 2020 au 31 décembre 2021. Initialement, un grand nombre d’établissements ont dû être approvisionnés en vaccins. Le nombre de délivrances réalisées était conséquent mais le nombre de flacons délivrés pour chaque établissement était assez faible.
Figure 4.
Évolution du nombre de flacons dispensés et du nombre d’actes de dispensation par semaine en fonction du temps
Progressivement, suite à l’ouverture des centres de vaccination, le nombre de flacons délivrés a fortement augmenté, jusqu’à atteindre un maximum à 11.530 flacons délivrés la semaine du 12 juillet 2021 suite aux annonces gouvernementales sur le pass sanitaire. En parallèle, le nombre d’établissements approvisionnés a fortement diminué. Les variations d’activité de la campagne vaccinale peuvent être mises en corrélation avec les changements de perception de la population sur le vaccin. Au fur et à mesure de l’avancée de la campagne vaccinale, les réticences liées à l’injection du vaccin se sont amoindries. En effet, 65% des 2.519 participants d’une étude menée dans un centre de vaccination Covid-19 en France du 28 mai au 9 juillet 2021 n’auraient pas souhaité recevoir le vaccin dès janvier 2021 [11].
Au 30 septembre, la majorité des établissements était représentée par les centres de vaccination encore ouverts sur le territoire.
Notre organisation interne s’est adaptée à la montée en puissance de la vaccination et par conséquent à l’augmentation du nombre de flacons délivrés.
Initialement, chaque flacon était sur-étiqueté avec sa nouvelle date limite d’utilisation après décongélation puis conditionné dans une boite cartonnée. Plus de 500 flacons quotidiens devaient être étiquetés, représentant une charge de travail non négligeable pour la pharmacie.
L’augmentation du nombre de flacons délivrés, comme l’illustre la figure 3, a entraîné une réévaluation du processus de mise à disposition des vaccins. Une solution pérenne a été envisagée: le sur-étiquetage a été arrêté pour toute demande de plus de 50 flacons et des supports en mousse permettant le stockage et le transport de vaccins ont été acquises, comme l’illustre l’image en Annexe 2 (voir les documents supplémentaires associés à cet article en ligne). Ces derniers contenaient un seul lot de flacons de vaccins, décongelés au même moment, et étaient étiquetés avec la date limite d’utilisation. L’optimisation du processus déjà en place a permis un gain de temps considérable, tout en maintenant la sécurisation du circuit pour limiter le risque d’erreur.
La majorité des vaccinations ont été faites dans les centres de vaccination: 95% des délivrances de vaccins ont été faites pour un centre de vaccination (cf figure 3).
Cependant, il a également fallu répondre aux demandes de vaccination isolées, représentant un nombre de doses inférieures à celles du flacon. L’unité de pharmacotechnie de notre PUI pivot a préparé des seringues unitaires de vaccin pour répondre à ce besoin. Les seringues étaient préparées sur sollicitation des soignants des différents secteurs: le service de pharmacotechnie réalisait une préparation hebdomadaire de lots de seringues. Ces dernières étaient acheminées le jour même à la pharmacie puis dispensées aux unités de soins ou établissements de soins en ayant fait la demande. Ces seringues ont été dispensées lors de besoins ponctuels de vaccination dans les services de soins lorsqu’un patient n’était pas transportable ou pour des vaccinations isolées, par exemple en EHPAD lors d’entrées de résidents. Si un surplus de seringues était disponible, ces dernières étaient utilisées au centre de vaccination du CHU. L’unité de pharmacotechnie aura permis la reconstitution de 52 flacons Pfizer, correspondant à 354 doses et 20 flacons Moderna, représentant 228 doses. L’avantage était double: ne pas gaspiller des doses lorsque le besoin était inférieur au nombre de doses maximales possibles dans un flacon et permettre un gain de temps car les seringues reconstituées étaient prêtes à l’emploi.
Discussion
Rôle clé de l’équipe pharmaceutique dans la mise en oeuvre de la campagne vaccinale: émergence de nouvelles missions a l’échelle du territoire
Le caractère inédit de la campagne vaccinale a renforcé les missions et élargi le périmètre d’actions des pharmaciens.
La mise en place de la campagne vaccinale a nécessité une communication étroite avec de multiples acteurs, soignants et non soignants. Parmi ces acteurs, les interactions avec des professionnels de santé étaient déjà présentes avant la crise Covid (médecins, pharmaciens d’officine, infirmiers, cadres de santé, etc.). Les liens entre ces professionnels ont pu être renforcés pour se pérenniser dans le temps. Les relations entre pharmaciens du territoire impliqués dans la vaccination ont été consolidés grâce au partage d’expérience et à la communication étroite tout au long de la crise Covid. De nouveaux interlocuteurs sont apparus pour les pharmaciens lors de la gestion de cette crise, comme les ARS et leurs délégations départementales, les directeurs d’hôpitaux du CHU et des autres centres hospitaliers impliqués, le personnel administratif du département, les élus locaux etc.
Une des nouvelles activités engendrées par la vaccination a été le pilotage avec les autorités. En effet, chaque semaine, pharmaciens, responsables de l’ARS, médecins impliqués dans la vaccination et directeurs d’hôpitaux se sont réunis afin d’organiser la campagne vaccinale à l’échelle du territoire, conformément aux recommandations émises au niveau national. Au cours de ces réunions, l’intégralité des doses reçues étaient réparties entre les établissements dépendant du flux B, en définissant un quota. Les tensions de stock de début de campagne vaccinale obligeaient à un suivi rapproché et des stratégies ont rapidement émergé afin de pouvoir garantir l’accès aux deuxièmes doses. La réalité de terrain observée par le pharmacien hospitalier a permis de faire le lien avec les stratégies vaccinales discutées par les instances.
Un des rôles majeurs du pharmacien, à savoir l’accompagnement et la diffusion d’information autour du vaccin s’est intensifié du fait du caractère novateur de ces produits de santé afin de garantir le bon usage de ces vaccins.
Des rencontres par visioconférence ont régulièrement été organisées entre les pharmaciens de l’établissement pivot et entre les pharmaciens responsables des PUI des établissements destinataires, afin de leur communiquer les dernières informations à disposition. Les structures qui ne disposaient pas de pharmacien ont toutes été appelées au moins une fois avant la première dispensation de vaccins pour identifier les points critiques et sécuriser le circuit avec les personnes ressources locales.
Un des points clés dans la délivrance des vaccins Covid a été d’assurer le respect de la chaîne du froid et le respect des bonnes pratiques, notions rappelées lors de chaque entretien téléphonique. Pour cela, un certain nombre d’outils ont été créés pour promouvoir le bon usage: documents, procédures, affiches, ont été diffusés largement à l’ensemble des centres. L’annexe 3 (voir les documents supplémentaires associés à cet article en ligne) présente une affiche concernant le matériel nécessaire à l’administration du vaccin Comirnaty®. Les annexes 4 et 5 (voir les documents supplémentaires associés à cet article en ligne) présentent les modalités d’administration respectives des vaccins Comirnaty® et Spikevax®. Des vidéos d’informations ont été réalisées dans le cadre de la campagne vaccinale et sont disponibles sur la chaine « Octopus » par l’intermédiaire du lien disponible en annexe 6 (voir les documents supplémentaires associés à cet article en ligne).
Des documents sur les modalités d’administration et de conservation et un tableau comparatif sur les différences entre les vaccins faisaient systématiquement partie de chaque premier envoi.
Le champ d’expertise du pharmacien a concerné à la fois le médicament mais également les dispositifs médicaux nécessaires à son administration. Plusieurs questionnements ont été soulevés au démarrage de la vaccination notamment sur le nombre de doses réalisables par flacon qui peut varier en fonction du matériel d’injection utilisé, différent à chaque livraison. Des études en interne en partenariat avec SPF ont été menées. Le volume mort des différentes seringues a été étudié et ont permis de déterminer les seringues les plus efficaces permettant d’optimiser le nombre de doses prélevées par flacon. Cette étude, menée au sein du centre de vaccination, a montré que le choix du type de seringue a des conséquences économiques et organisationnelles majeures à grande échelle [12].
En Isère, un centre de vaccination de haute capacité a ouvert ses portes le 9 avril 2021, accompagné par les équipes du CHUGA. D’une capacité maximale initiale prévue de 3000 vaccinations par jour, il a en fait permis d’atteindre un maximum de 4400 vaccinations par jour le 14 juillet 2021, soit l’injection de 413 092 doses de son ouverture à sa fermeture le 29 octobre 2021 représentant 48 415 flacons Comirnaty® et 7357 flacons Spikevax®.
Compte tenu de la volumétrie importante, de la multitude d’intervenants et de la complexité du circuit, l’accompagnement pharmaceutique a été un point clé de la réussite du centre. Cet accompagnement s’est manifesté par une présence pharmaceutique régulière avec un temps de formation et d’échange avec les équipes sur les différentes problématiques rencontrées. Un des objectifs de cet accompagnement a également été de convaincre la population de se faire vacciner, en informant et en répondant aux questionnements des patients [13].
La modélisation du circuit des vaccins dans ce centre a permis d’assurer le respect de la chaîne du froid et d’optimiser le circuit, de la réception du vaccin à l’injection au patient. Comme pour tous les établissements approvisionnés, des documents relatifs aux modalités d’administration et de conservation ont été largement diffusés. L’approvisionnement en vaccins a nécessité une véritable collaboration entre l’équipe pharmaceutique et les soignants présents sur place afin de calculer au plus juste le nombre de flacons fournis, en tenant compte des péremptions, dans l’objectif de ne gaspiller aucune dose.
Une étude s’est intéressée aux difficultés liées à la mise en place des centres de vaccination en France: 69% des infectiologues interrogés rapportent avoir rencontré des freins techniques et 78% rapportent des freins logistiques [14]. La mise en place d’un centre de vaccination efficient a pu être possible grâce à l’ensemble des acteurs qui se sont mobilisés autour d’un but commun.
De nouvelles problématiques ont émergé au fur et à mesure des semaines, notamment la gestion des variations de la température ambiante au centre de vaccination du fait de l’instabilité des vaccins aux températures excessives. Des solutions ont pu être apportées notamment par l’installation d’enceintes tempérées, par la réévaluation du circuit en limitant le temps de transit en air ambiant et par la sensibilisation continue des équipes soignantes sur place.
L’équipe pharmaceutique a également pris part à la mise en place d’équipes mobiles de vaccination, en collaboration avec les instances départementales. Ces équipes étaient destinées à vacciner les personnes âgées ne pouvant se déplacer en centre de vaccination ou les personnes vivant dans des territoires isolés. Les équipes mobiles ont également été déployées dans les établissements où les ressources humaines n’étaient pas suffisantes pour permettre la vaccination. Du 22 janvier au 30 juin 2021, 1852 vaccinations ont été réalisées dans ce cadre dans 40 établissements différents pour 1133 résidents, 404 professionnels et 102 vaccinations à domicile. Cette organisation a nécessité une coordination avec les différents intervenants (médecins, cadres, infirmiers) afin d’assurer le bon déroulement de la vaccination. Les équipes mobiles ont à plusieurs reprises utilisé les seringues préparées par la pharmacie du CHUGA. Un nouveau point de vigilance était alors à prendre en compte puisque les seringues sont stables 6 h après reconstitution, ce qui nécessite de les injecter immédiatement dès réception. Avant chaque envoi, ce risque d’erreur a dû être anticipé avec les établissements en leur exposant toutes les problématiques et en leur proposant des solutions adaptées.
Au sein de la pharmacie de l’établissement pivot, le processus de mise à disposition des vaccins a constamment été remis en cause dans l’objectif d’amélioration des pratiques. Une analyse de la cartographie des risques [15], conduite dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur de décembre 2020 à avril 2021 a permis d’identifier 47 risques tout au long du processus. Les causes et conséquences de ces risques ont également été analysés et des actions d’amélioration ont été susceptibles d’optimiser les pratiques ont été proposées. Un retour d’expérience (RETEX) a été mis en place en interne suite à l’identification de points critiques ayant parfois conduit à des erreurs.
Les dysfonctionnements ont été rapportés par l’équipe pharmaceutique et par les personnes en charge de la vaccination dans les établissements destinataires (pharmaciens, PPH, Infirmiers, médecins). Ces dysfonctionnements étaient analysés hebdomadairement et des actions correctives à court terme ont été mises en place, dans un objectif de sécurisation du circuit [16].
Sur la période d’étude, du 31 décembre 2020 au 10 mars 2021, 47 dysfonctionnements ou risques ont été notifiés sur les 1312 délivrances effectuées soit 4 % du total. Ils concernent différents acteurs et différentes étapes, la majorité des erreurs était relative à l’étape de préparation des commandes (36 %). Ce taux de dysfonctionnement ou d’erreur peut paraître assez élevé au regard des erreurs de dispensation réalisées dans un circuit « classique » : le caractère exceptionnel et la mobilisation de nombreux professionnels de santé dans un contexte évolutif explique en partie cet écart.
Pour chaque dysfonctionnement, une action corrective a été systématiquement mise en œuvre, incluant la formation régulière des équipes. La mise en place des mesures correctives a rapidement eu un impact: le double contrôle des préparations des commandes (vaccins et dispositifs médicaux) a permis d’intercepter des erreurs de préparation, qui représentaient plus d’un quart des erreurs rencontrées.
Perspectives
Au 31 décembre 2021, 1 742 579 doses, tous vaccins confondus ont été dispensées sur l’ensemble des établissements du bassin isérois approvisionnés par l’établissement pivot. Parmi ces 238 439 flacons, la majorité était des flacons Comirnaty® (223 093). Les flacons Spikevax® représentaient 15 192 flacons délivrés et 1593 flacons étaient des vaccins Vaxzevria®. La part de flacons Janssen délivrés est anecdotique.
L’urgence sanitaire a nécessité une adaptation rapide pour la mise en place d’un circuit vaccinal efficient. La multiplicité des sollicitations et l’apparition de nouveaux interlocuteurs ont rendu cette tâche plus ardue. L’équipe pharmaceutique a su s’adapter, et rester garant du bon usage des vaccins.
Le caractère exceptionnel de cette crise sanitaire a rendu notre exercice difficile avec parfois des décisions parfois compliquées à mettre en œuvre et difficilement adaptables à la réalité observée sur le terrain.
L’intégralité de la campagne a été rythmée par des adaptations et modifications fréquentes de sa mise en œuvre, auxquelles il a fallu répondre en assurant une veille documentaire et scientifique et s’ajuster au fur et à mesure en un temps record.
Au fil du temps, la place du CHUGA en tant qu’établissement central de la campagne vaccinale a été démontrée par l’extension du champ d’action au niveau territorial, à l’échelle de l’ensemble du département.
L’évolution de cette pandémie a nécessité un déploiement de la vaccination massif et rapide. Il s’est appuyé sur le maillage territoriale des centres hospitaliers et la capacité d’adaptation des équipes hospitalières. Le relais via l’offre de soins ambulatoires et notamment le rôle essentiel des pharmacies d’officine a été pris progressivement.
Ce bilan a été arrêté au 31/12/2021, au moment de l’avènement du variant Omicron et de la poursuite de la campagne de rappel vaccinal. L’évolution et les nouvelles modalités de réalisation de cette campagne de vaccination sera soumise aux aléas de cette pandémie que ce soit en termes d’offre de soins (maintien des centres de vaccination, mise à disposition de nouveaux vaccins, …) que de stratégie vaccinale (prise en charge de population particulière, saisonnalité des rappels, …).
Conclusion
La campagne vaccinale, de par l’urgence de sa mise en place et son caractère inédit a transformé durablement l’organisation interne de la pharmacie, en faisant de l’approvisionnement et de la délivrance vaccins contre la Covid-19 une part intégrante de l’activité pharmaceutique quotidienne actuelle de la PUI. Les tensions d’approvisionnement autour de ces nouveaux médicaments, ainsi que leurs modalités particulières de conservation ont rendu cruciale la coordination et la communication entre les différents acteurs impliqués.
Les pharmaciens, en tant qu’experts du médicament, ont su accompagner et mettre leurs compétences au profit des autres établissements de soins afin de permettre le bon déroulement de la campagne vaccinale. La coopération entre tous n’a jamais été autant nécessaire afin de rendre encore plus accessible cette vaccination sans qui une sortie durable de la crise sanitaire est inenvisageable.
Consentement éclairé et confidentialité des données
les auteurs déclarent que les travaux décrits n’impliquent aucun patient ou sujet.
les auteurs déclarent que les travaux décrits n’ont pas impliqué d’expérimentations sur les patients, sujets ou animaux.
Déclaration de liens d’intérêts
les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Financement
cette étude n’a reçu aucun financement spécifique d’une agence publique, commerciale ou à but non lucratif.
l’ensemble des auteurs attestent du respect des critères de l’International Committee of Medical journal Editors (ICMJE) en ce qui concerne leur contribution à l’article.
Footnotes
Matériel complémentaire
Complément électronique (Annexes 1-6) disponible sur le site Internet du Pharmacien Clinicien (https://doi.org/10.1016/j.phacli.2022.11.033).
Annexes 1-6. Matériel complémentaire
Références
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Associated Data
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