Abstract
Introduction
L’objectif de cette étude était d’évaluer l’impact de la pandémie de COVID-19, avec le confinement généralisé de la population en France du 17 mars 2020 au 10 mai 2020, sur les urgences ophtalmologiques du CHU de Toulouse, en comparaison à une période du 2 mars au 16 mars 2020.
Matériels et méthodes
Il s’agit d’une étude rétrospective observationnelle, menée aux urgences ophtalmologiques du CHU de Toulouse. Nous avons inclus les patients s’étant présentés aux urgences du 2 mars 2020 au 10 mai 2020. Nous avons recueilli l’âge, le sexe, la date de passage, le délai de prise en charge, les antécédents ophtalmologiques, le statut ambulatoire ou hospitalisé, le diagnostic retenu et sa sévérité, l’orientation hospitalière ou ambulatoire, et médicale ou chirurgicale suite au passage aux urgences.
Résultats
On retrouve une diminution importante de fréquentation particulièrement sur le premier mois du confinement : avec 44 patients par jour avant le confinement contre 23 patients par jour sur le premier mois du confinement, puis 38 patients par jour pendant le deuxième mois du confinement ; une proportion plus importante de patients consultant rapidement ; et une proportion plus importante de patients âgés.
Conclusion
Le premier confinement en France lié à la pandémie de COVID-19 eut un impact sur le service d’urgence ophtalmologique de Toulouse en particulier sur la fréquentation ; cette étude permet d’analyser le comportement individuel des patients dans ce contexte de crise sanitaire.
Mots clés: Urgences, Ophtalmologie, COVID-19, Pandémie, Coronavirus, Confinement, Épidémiologie
Abstract
Introduction
We conducted this study to assess the impact of the COVID-19 pandemic and the lockdown in France from March 17, 2020 to May 10, 2020, on the ophthalmic emergency department at Toulouse University Hospital, compared to the period from March 2 to March 16, 2020.
Materials and methods
This was a retrospective observational study, conducted in the ophthalmic emergency department of Toulouse University Hospital. We included the patients presenting to the emergency department from March 2 to May 10, 2020. We recorded age, sex, day of visit, time until care was received, past ocular history, outpatient or inpatient status, final diagnosis and its severity, outpatient or inpatient disposition, and medical or surgical treatment after the emergency department visit.
Results
We found a substantial decrease in the number of patients per day, mostly during the first month of the lockdown: 44 patients per day before the lockdown compared to 23 patients per day during the first month, followed by 38 patients per day for the second month of lockdown; more patients visiting promptly; and elderly patients represented a higher proportion of patients.
Conclusion
The first lockdown in France due to the COVID-19 pandemic had an impact on the Toulouse ophthalmic emergency department, especially concerning the number of patients per day; this study helps to assess individual behavior in this context of a public health crisis.
Keywords: Emergency, Ophthalmology, COVID-19, Pandemic, Coronavirus, Lockdown, Epidemiology
Introduction
L’état de pandémie liée au coronavirus a été déclaré par l’OMS le 11 mars 2020 [1].
Dans la région Occitanie, le nombre d’entrées aux urgences générales a significativement diminué pendant la période du premier confinement de mars et avril 2020 avec −17 % de passage aux urgences tous âges confondus par rapport à 2019 [2].
La pandémie de COVID-19 a également touché les services d’ophtalmologie où chaque venue pour un examen médical présente un risque de contamination [3].
En effet le principal mode de transmission du SARS-CoV-2 est représenté par les gouttelettes respiratoires (> 5 μm) qui peuvent atteindre les muqueuses (œil, nez, bouche) des personnes proches, ou par contact direct avec les mains [4]. Une exposition prolongée à une personne infectée (proximité de moins de 180 cm pendant 15 minutes) ou une exposition plus brève à une personne symptomatique sont associées à un haut risque de transmission [4]. Les conjonctivites folliculaires seraient présentes chez 8,7 % des patients avec un diagnostic de COVID-19, avec des prélèvements conjonctivaux positifs [5]. Une précaution particulière est donc vivement recommandée lors du contact avec la région palpébrale en particulier chez les personnes présentant une conjonctivite [6].
Le 15 mars 2020, la Société française d’ophtalmologie et l’Académie française d’ophtalmologie ont publié une recommandation précisant les règles d’hygiène à mettre en place dans les services d’ophtalmologie et la nécessité d’annulation des chirurgies froides et des consultations non urgentes [6]. Ces déprogrammations massives avaient pour but, d’une part, de limiter la propagation du virus mais aussi de diminuer la pression sur les hôpitaux dans cette période de crise [7].
Par conséquent, les ophtalmologistes et les patients ont été contraints de choisir entre le risque d’une perte de vision liée à un soin ophtalmologique retardé et le risque de contracter un virus potentiellement mortel, menant parfois à des dilemmes éthiques [8]. Ceci est particulièrement vrai en ophtalmologie où de nombreuses pathologies (cataracte, glaucome, dégénérescence liée à l’âge [DMLA]…), touchent majoritairement des patients âgés. Or, un âge supérieur à 60 ans représente un facteur de risque significatif de développer une forme grave de COVID-19 [9].
De nombreux praticiens ont alors mis en place un système de télémédecine afin d’assurer la continuité des soins [10], [11]. Pour les consultations qui restaient nécessaires, des recommandations d’hygiène spécifiques à l’ophtalmologie demeuraient indispensables [12], [13], [14]. De même, certains services d’urgences ophtalmologiques en France avaient organisé à cette période un système de tri des patients en amont de chaque venue avec une téléconsultation, afin de déterminer les patients nécessitant une consultation physique [15].
Plusieurs études réalisées en Europe ont retrouvé une diminution au moins de moitié de la fréquentation dans les services d’urgence ophtalmologique lors du confinement de mars et avril 2020 [16], [17], [18], [19], [20], dont certaines ont retrouvé un retard de prise en charge pour des pathologies graves [16], [17]. Certains patients peuvent en effet décider de négliger l’urgence fonctionnelle par crainte d’un risque vital potentiel pris en cas de contamination à la COVID-19. Or, un délai diagnostique trop important peut mener à des séquelles visuelles définitives [21].
Notre objectif dans cette étude était d’évaluer si la fréquentation journalière en nombre de patients était significativement différente pendant le confinement national du 17 mars 2020 au 10 mai 2020 durant la pandémie de COVID-19 en comparaison à une période avant le confinement du 2 mars 2020 au 16 mars 2020.
Méthodes
Il s’agit d’une étude observationnelle descriptive, de type transversal monocentrique menée aux urgences ophtalmologiques du CHU de Toulouse. Le recueil des données était rétrospectif.
Les critères d’inclusion étaient :
-
•
passage aux urgences ophtalmologiques entre le 2 mars 2020 et le 10 mai 2020 ;
-
•
patients hospitalisés en cas de consultation demandée pour une suspicion d’urgence ophtalmologique sans rapport avec le motif d’hospitalisation.
Les critères d’exclusion étaient :
-
•
consultation programmée aux urgences (contrôle après un premier passage aux urgences ophtalmologiques) ;
-
•
patients hospitalisés dans un autre service que l’ophtalmologie adressés pour un bilan ophtalmologique en rapport avec le motif d’hospitalisation, car ces patients ne constituaient pas des urgences ophtalmologiques à part entière (exemple : bilan orthoptique demandé aux urgences ophtalmologiques pour un patient hospitalisé pour accident vasculaire cérébral [AVC] présentant une diplopie binoculaire).
Pour chacun des séjours nous avons recueilli :
-
•
l’âge, le sexe, la date de passage aux urgences ophtalmologiques ;
-
•
le délai de prise en charge entre les premiers symptômes et la consultation ;
-
•
les antécédents ophtalmologiques ;
-
•
le statut ambulatoire ou hospitalisé lors du passage aux urgences ophtalmologiques ;
-
•
le diagnostic retenu après la consultation ;
-
•
le type de diagnostic (regroupé en cinq catégories : segment antérieur, segment postérieur, traumatisme, complication postopératoire, sortie sans avis médical) ;
-
•
le niveau de sévérité du diagnostic en se basant sur le BASE score (Tableaux supplémentaires 1 et 2) [22] ;
-
•
l’orientation hospitalière ou ambulatoire, et médicale ou chirurgicale suite au passage aux urgences.
Les analyses ont été réalisées à l’aide du logiciel Stat 10.0 pour Windows PC (Stata Corporation, Texas, États-Unis).
Concernant les variables quantitatives (âge), la mesure de leur tendance centrale s’est appuyée sur des calculs de moyenne et de médiane. Leur dispersion est caractérisée par un calcul de l’écart type et de l’intervalle interquartile (p25–p75). Un intervalle de confiance à 95 % a été calculé pour chacune des estimations.
Concernant les variables qualitatives (sexe du patient, diagnostic, antécédents…), leur répartition a été étudiée en effectif et en pourcentage, dans les différentes classes observées. Un intervalle de confiance à 95 % a été calculé pour chacun des pourcentages étudiés. Afin de confirmer la comparabilité des populations avant et pendant le confinement, plusieurs tests ont été utilisés et pour chacun d’eux, les conditions d’application ont été vérifiées. Le test du Chi2 a permis la comparaison de la répartition des effectifs au sein des groupes de distribution (avant et pendant le confinement). Le test non paramétrique de Mann–Whitney et de Kruskall–Wallis assurent la comparaison des moyennes observées dans les groupes prédéfinis. Ces tests ont permis la comparaison des moyennes d’âges, au sein de nos deux ou trois groupes, avant et pendant le confinement ; la période de confinement ayant été divisée en deux parties, du 17/03 au 12/04/2020 et du 13/04 au 10/05/2020. Ces tests montrent une différence statistiquement significative dans la description de nos populations si le p < 0,05.
Résultats
Nous séparerons dans cette partie 4 périodes :
-
•
avant le confinement : du 2 mars au 16 mars 2020. Nous parlerons de la population PC (pré-confinement) pour la population ayant fréquenté les urgences ophtalmologiques sur cette période ;
-
•
la période totale du confinement : du 17 mars au 10 mai 2020. Nous parlerons de la population CT (confinement total) ;
-
•
le premier mois du confinement : du 17 mars au 12 avril 2020. Nous parlerons de la population M1 (premier mois du confinement) ;
-
•
le deuxième mois du confinement : du 13 avril au 10 mai 2020. Nous parlerons de la population M2 (deuxième mois du confinement).
Caractéristiques de la population
Deux mille huit cent dix-huit patients se sont présentés aux urgences ophtalmologiques entre le 2 mars 2020 et le 10 mai 2020. Nous avons exclu de l’analyse 386 patients, soit parce qu’ils venaient aux urgences ophtalmologiques pour un contrôle (deuxième consultation « programmée » aux urgences), soit lorsqu’ils étaient hospitalisés dans un autre service que l’ophtalmologie et adressés aux urgences ophtalmologiques pour un bilan ophtalmologique en rapport avec le motif d’hospitalisation non ophtalmologique. Au total, 2432 patients ont donc finalement été inclus dans l’analyse. Les résultats sont détaillés dans la Fig. 1 .
Figure 1.
Diagramme de flux.
Notre population d’étude était composée majoritairement d’hommes (56,2 % ; n = 1368/2432). Il n’y avait pas de différence statistique (p = 0,394) sur la répartition du sexe avant et pendant le confinement : 55,0 % (n = 411/748) de patients de sexe masculin sur la période PC contre 58,5 % (n = 361/617) sur la période M1 et 55,9 % (n = 596/1067) sur la période M2.
L’âge moyen des patients dans notre étude était de 45,4 ans ± 21,0. Il a été trouvé une différence significative (p = 0,0071) sur l’âge des patients entre la période PC et pendant le confinement, avec un âge moyen plus bas sur la période PC (43,4 ± 21,3) que sur la période M1 (46,8 ± 21,6) et M2 (46,0 ± 20,3). Les résultats sont détaillés dans le Tableau 1 .
Tableau 1.
Répartition de l’âge des patients selon la période étudiée (p = 0,0071).
| Période | PC | M1 | M2 | Total |
|---|---|---|---|---|
| Effectif | 718 | 569 | 962 | 2249 |
| Moyenne (années) ± SD | 43,4 ± 21,3 | 46,8 ± 21,6 | 46,0 ± 20,3 | 45,4 ± 21,0 |
| Minimum (années) | 0,03 | 0,35 | 0,04 | 0,03 |
| Maximum (années) | 99,2 | 97,1 | 96,7 | 99,2 |
Les patients ayant consulté plusieurs fois aux urgences ophtalmologiques pendant la durée de l’étude (n = 180) n’étaient comptés qu’une seule fois pour cette analyse.
PC : pré-confinement ; M1 : premier mois du confinement ; M2 : deuxième mois du confinement.
Critère principal
Nous avons observé une diminution significative de la fréquentation journalière moyenne (p = 0,0001) avec :
-
•
44 patients par jour sur la période PC (n = 748 sur une période de 15 jours) ;
-
•
23 patients par jour sur la période M1 (n = 617 sur une période de 27 jours) ;
-
•
38 patients par jour sur la période M2 (n = 1067 sur une période de 24 jours).
Ces résultats sont présentés dans la Fig. 2 .
Figure 2.
Fréquentation hebdomadaire en fonction de la période étudiée.
Critères secondaires
Types de diagnostics
Sur l’ensemble de l’étude, les diagnostics les plus représentés étaient les diagnostics du segment antérieur (42,1 %), suivis des traumatismes (35,2 %), puis ceux du segment postérieur (19,5 %), et enfin les complications post-chirurgicales (3,2 %).
Il n’y avait pas de différence significative de répartition avant le confinement en comparaison aux deux mois du confinement (p = 0,362). Les résultats sont détaillés dans le Tableau 2 . Le taux de conjonctivites virales a diminué pendant le confinement : 71/748 sur la période PC (9 % des diagnostics), 40/617 sur la période M1 (6 % des diagnostics), 52/1067 sur la période M2 (5 % des diagnostics).
Tableau 2.
Répartition des types de diagnostics selon la période étudiée (p = 0,362).
| PC | M1 | M2 | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Segment antérieur | 41,9 % (n = 304) | 41,4 % (n = 255) | 42,7 % (n = 453) | 42,1 % (n = 1012) |
| Segment postérieur | 17,9 % (n = 130) | 18,5 % (n = 114) | 21,3 % (n = 226) | 19,5 % (n = 470) |
| Traumatismes | 36,6 % (n = 266) | 36,5 % (n = 225) | 33,4 % (n = 354) | 35,2 % (n = 845) |
| Complications post-chirurgicales | 3,6 % (n = 26) | 3,6 % (n = 22) | 2,6 % (n = 28) | 3,2 % (n = 76) |
| Total | 100,0 % (n = 726) | 100,0 % (n = 616) | 100,0 % (n = 1061) | 100,0 % (n = 2403) |
Les 29 patients sortis sans avis médical n’étaient pas inclus dans cette analyse.
PC : pré-confinement ; M1 : premier mois du confinement ; M2 : deuxième mois du confinement.
Sévérité des diagnostics
Sur toute la durée de l’étude, le niveau de sévérité le plus représenté était le niveau 1 (35,7 % [859/2403]), puis le niveau 2 (35,5 % [852/2403]), le niveau 3 (15,4 % [369/2403]), le niveau 0 (6,4 % [153/2403]), le niveau 4 (5,2 % [126/2403]) puis le niveau 5 (1,8 % [44/2403]). Les résultats en fonction des types de diagnostics sont repris dans la Fig. 3 . Pour plus de lisibilité, nous avons ensuite regroupé les niveaux de sévérité 4 et 5 qui constituent les urgences les plus graves, pour les confronter aux niveaux 0 à 3.
Figure 3.
Effectifs des niveaux de sévérité des diagnostics selon le BASE SCORE, en fonction des types de diagnostics. Les 29 patients sortis sans avis médical n’étaient pas inclus dans cette analyse.
Aucune différence significative n’a été observée (p = 0,862) entre les périodes PC, M1 et M2 : 7,1 % de diagnostics de niveaux de sévérité 4 et 5 sur la période PC contre 7,5 % sur la période M1 et 6,8 % sur la période M2. Les résultats sont présentés dans la Fig. 4 par niveau de sévérité et dans le Tableau supplémentaire 3.
Figure 4.
Proportion en pourcentage de chaque niveau de sévérité selon la période étudiée.
Délais de consultation
Sur l’ensemble de l’étude, le délai de consultation entre le début des symptômes et la consultation le plus représenté était de 1 jour (41,1 % [1000/2432]), puis le délai 2–3 jours (17,6 % [428/2432]), le délai 4–7 jours (14,8 % [360/2432]), le délai 8–14 jours (7,9 % [191/2432]), le délai 3–8 semaines (7,8 % [190/2432]), le délai entre 2 et 6 mois (1,4 % [34/2432]), et enfin le délai plus de 6 mois (0,4 % [9/2432]). Cette donnée n’était pas disponible pour 9,0 % des patients (220/2432). Les délais de consultation en fonction de la période étudiée sont présentés dans les Figures supplémentaires 1 à 3.
Pour plus de lisibilité, nous avons ensuite regroupé les délais de consultation inférieurs à 15 jours et ceux supérieurs à 15 jours. Sur l’ensemble de la période de l’étude, 89,5 % des patients s’étant présenté aux urgences ont consulté pour des symptômes étant survenus dans les 15 jours (1979/2212). On a retrouvé une différence significative (p < 0,005) entre la période PC (89,2 %), M1 (94,2 %), et M2 (86,8 %). Ces résultats sont présentés dans le Tableau 3 .
Tableau 3.
Délai entre les premiers symptômes et la consultation selon la période étudiée (avant confinement versus premier mois et deuxième mois du confinement) (p < 0,005).
| PC | M1 | M2 | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Inférieur à 15 jours | 89,2 % (n = 610) | 94,2 % (n =538) | 86,8 % (n = 831) | 89,5 % (n = 1979) |
| Supérieur à 15 jours | 10,8 % (n = 74) | 5,8 % (n = 33) | 13,2 % (n = 126) | 10,5 % (n = 233) |
| Total | 100,0 % (n = 684) | 100,0 % (n = 571) | 100,0 % (n = 957) | 100,0 % (n = 2212) |
Les 220 patients pour lesquels cette donnée n’était pas recueillie ont été exclus de l’analyse.
PC : pré-confinement ; M1 : premier mois du confinement ; M2 : deuxième mois du confinement.
Antécédents ophtalmologiques connus
Sur la durée totale de l’étude, 65,3 % des patients (n = 695/1065) présentaient une pathologie ophtalmologique connue. Il n’a pas été retrouvé de différence significative sur la proportion de patients présentant une pathologie ophtalmologique connue entre la période PC (62,2 %, n = 206/331), M1 (69,7 %, n = 191/274) et M2 (64,8 %, n = 298/460) (p = 0,152).
Statut hospitalisé ou ambulatoire en venant aux urgences
Seuls 14 patients étaient déjà hospitalisés lors de leur venue aux urgences ophtalmologiques. En d’autres termes, ces patients étaient hospitalisés dans un autre service que l’ophtalmologie et envoyés aux urgences ophtalmologiques pour une suspicion d’urgence ophtalmologique. Il n’a donc pas été réalisé de comparaison avant/après confinement devant le faible nombre de données. Tous les autres patients avaient consulté en ambulatoire.
Traitement ambulatoire ou hospitalier
Sur toute la durée de l’étude, 3,8 % des patients (n = 91/2403) ont été hospitalisés à la suite de la consultation aux urgences ophtalmologiques et 95,6 % des patients (n = 2298/2403) étaient traités en ambulatoire. Les patients déjà hospitalisés représentaient 0,6 % (n = 14/2403), c’est-à-dire qu’ils étaient hospitalisés dans un autre service que l’ophtalmologie et ont présenté une urgence ophtalmologique sans rapport avec leur motif d’hospitalisation motivant leur consultation aux urgences ophtalmologiques. Il n’a pas été retrouvé de différence significative (p = 0,214) sur la proportion de patients hospitalisés entre les différentes périodes : 4,1 % des patients (n = 30/726) ont été hospitalisés sur la période PC contre 5,0 % (n = 31/616) sur la période M1 et 2,8 % (n = 30/1061) sur la période M2. Parmi les 91 patients hospitalisés, 57,1 % (n = 52/91) ont été hospitalisés dans le service d’ophtalmologie, et 42,9 % (n = 39/91) ont été hospitalisés dans un autre service (neurologie, médecine interne…).
Traitement médical ou chirurgical
Un traitement médical (y compris injections intra vitréennes) a été proposé lors de toute la durée de l’étude à 95,4 % des patients (n = 2319/2432), et un traitement chirurgical à 3,4 % des patients (n = 84/2432). Les sorties sans avis médical représentaient 1,2 % des patients (n = 29/2432). Nous avons retrouvé une différence significative (p < 0,005) qui était liée à la différence de proportion de sorties sans avis médical entre les périodes PC (2,9 %), M1(0,1 %) et M2 (0,5 %).
Discussion
Au cours de notre étude, nous avons vu que la fréquentation journalière aux urgences ophtalmologiques du CHU de Toulouse a significativement diminué (p = 0,0001) pendant le confinement du 17 mars au 10 mai 2020 (44 patients par jour en moyenne avant le confinement, contre 23 patients par jour pendant le premier mois du confinement et 38 patients par jour pendant le deuxième mois du confinement). Ces résultats corroborent différentes études réalisées en Europe qui ont retrouvé une diminution au moins de la moitié de la fréquentation pendant la période du confinement : en France à l’Hôpital Fondation Rothschild [18] et au CHU de Tours [20], en Angleterre [17], en Espagne [16] et en Italie [19].
La répartition des types de diagnostics ne s’est pas significativement modifiée pendant le confinement, avec 36,6 % de traumatismes avant le confinement puis 36,5 % pendant le premier mois du confinement et 33,4 % pendant le deuxième mois du confinement, et 3,6 % de complications post-chirurgicales avant le confinement contre 3,6 % pendant le premier mois du confinement et 2,6 % pendant le deuxième mois du confinement. Pourtant, avec la diminution des activités de loisirs d’extérieur (sports…) que l’on peut supposer liée au confinement, nous nous attendions à une diminution de la proportion de traumatismes. De même, avec la déprogrammation de nombreuses chirurgies en raison des difficultés d’accès au bloc opératoire et de la réquisition du personnel soignant et du matériel, nous nous attendions à une diminution des complications post-chirurgicales, ce que nous n’avons pas retrouvé. Cependant cela peut être dû à un manque de puissance car l’incidence des endophtalmies post-cataracte et des syndromes d’Irvine Gass significatifs est relativement faible dans une population classique opérée de cataracte (respectivement elle est estimée autour de 0,128 % [23] et 2,3 % [24]). Concernant les conjonctivites virales, leur proportion par rapport aux autres diagnostics a diminué pendant la période du confinement ; ceci est expliqué par une diminution des possibilités de contage dû à une diminution du contact entre individus et à une meilleure hygiène des mains, puisque les conjonctivites virales sont des pathologies contagieuses.
Dans notre étude, le niveau de sévérité des diagnostics présentés n’a pas significativement varié en comparant la période avant le confinement (7,1 % de diagnostics de niveaux 4 et 5 de sévérité) au premier mois du confinement (7,5 %) et au deuxième mois (6,8 %), contrairement à l’étude de Maria Garcia Lorente et al. en Espagne [16], à l’étude de Alicia Poyser et al. en Angleterre [17], et à l’étude de Elia Franzolin et al. en Italie [19] qui ont retrouvé une augmentation de la proportion de diagnostics sévères pendant le confinement. Cependant seule l’étude italienne avait utilisé le même mode de classification de sévérité par le BASE SCORE. Les deux études réalisées en France [18], [20], utilisant également le BASE SCORE, retrouvaient des résultats proches de notre étude. Cela peut sembler étonnant car s’il est indispensable de consulter pour les diagnostics sévères, il aurait semblé plus opportun, pour les diagnostics bénins, dans ce contexte de crise sanitaire et du risque de contamination qui en découle, de réaliser des téléconsultations, voire de ne pas consulter, mais cela implique le développement de la télémédecine [17] et de projets d’éducation thérapeutique menés en amont.
La proportion de patients consultant dans les 15 jours du début des symptômes était plus importante dans le premier mois du confinement avec 94,2 % contre 89,2 % avant le confinement (p < 0,005). Les patients dont les premiers symptômes ont commencé dans les 15 jours sont plus susceptibles de nécessiter des soins urgents. Cela va, au contraire de ce que l’on retrouve pour la sévérité des diagnostics, dans le sens d’une modification des comportements, avec moins de consultations pour les symptômes anciens, pouvant être induite par la peur de se retrouver dans un milieu hospitaliser en pleine épidémie avec le risque de contamination qui en découle, et la volonté de respecter la réglementation politique en vigueur concernant les restrictions de déplacement. Durant la deuxième partie du confinement toutefois, cette proportion revenait à 86,8 % soit un pourcentage inférieur à avant le confinement. Cette diminution pourrait être expliquée par la venue de patients qui n’osaient pas consulter au début de l’épidémie et ont attendu avant de consulter.
La proportion de patients présentant une pathologie ophtalmologique connue, donc ayant potentiellement un suivi ophtalmologique, n’a pas significativement varié entre la période avant le confinement (62,2 %), le premier mois du confinement (69,7 %) et le deuxième mois (64,8 %), contrairement à ce qui aurait pu être attendu, notamment face aux déprogrammations des consultations ophtalmologiques non urgentes, qui aurait pu rediriger cette patientèle suivie en routine sur les consultations des urgences.
Sur toute la durée de l’étude, 3,8 % des patients ont été hospitalisés à la suite de la consultation aux urgences ophtalmologiques. Il n’a pas été retrouvé de différence significative avant/pendant le confinement sur la proportion de patients hospitalisés, contrairement à ce qui avait été retrouvé aux urgences générales sur la région Occitanie avec une augmentation de la proportion de patients hospitalisés [2].
Notre étude a cependant plusieurs limites.
Une limite de notre étude est la définition arbitraire du niveau de sévérité des diagnostics pour ceux qui n’existaient pas dans le BASE SCORE. En effet, le BASE SCORE, ou BAsic SEverity Score for Common OculaR Emergencies, est un score de classification des niveaux de sévérité des urgences ophtalmologiques établi par un consensus d’experts, sur la base de 86 pathologies ophtalmologiques urgentes selon la méthode Delphi [18]. Le score était défini en 7 niveaux allant de 0 (pas sévère du tout) à 6 (sévérité maximale, actuellement non traitable). À la fin de l’étude aucune des 86 pathologies n’obtint le niveau 0, ni le niveau 6. Lors de notre recueil de données, nous avons recueilli des diagnostics qui n’étaient pas mentionnés dans le BASE SCORE. En effet les diagnostics présents dans le BASE SCORE ont été listés à partir de la littérature. Or en pratique courante d’autres diagnostics peuvent être rencontrés (par exemple des diagnostics ophtalmologiques mais non urgents, ou bien des diagnostics neurologiques qui se manifestent par des troubles ophtalmologiques amenant le patient à consulter aux urgences ophtalmologiques en premier lieu). Nous avons attribué pour chacun un niveau de sévérité arbitraire en se rapprochant au mieux des niveaux de sévérité des diagnostics présents dans le BASE SCORE (Tableau supplémentaire 1).
Conclusion
Notre étude, portant sur les urgences ophtalmologiques du CHU de Toulouse sur la durée du premier confinement entre le 17 mars 2020 et le 10 mai 2020, a retrouvé une diminution importante de fréquentation particulièrement sur le premier mois du confinement, une proportion plus importante de patients consultant rapidement par rapport au début de leurs symptômes, et une proportion plus importante de patients âgés. Nous n’avons pas retrouvé en revanche de différence significative sur la proportion de diagnostics graves, sur la répartition des types de diagnostics, sur la proportion de patients présentant un antécédent ophtalmologique connu, ni sur la proportion d’hospitalisations suite au passage aux urgences ophtalmologiques.
Ces informations sont importantes pour l’organisation des systèmes hospitaliers en cas de nouvelle crise sanitaire. Cette étude permet également d’analyser le comportement individuel des patients dans des périodes de crise sanitaire mettant en lumière l’importance de l’éducation thérapeutique et de l’information des patients sur leur recours aux soins pour les motifs d’urgence. Se pose également pour le futur la question de la télémédecine dans un contexte d’épidémie qui permet de réduire le risque de contamination en réalisant un premier tri en amont des services d’urgence.
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Footnotes
Matériel complémentaire
Le matériel complémentaire (Figures supplémentaires 1 à 3 et Tableaux supplémentaires 1 à 3) accompagnant la version en ligne de cet article est disponible sur http://www.sciencedirect.com et https://doi.org/10.1016/j.jfo.2022.07.008.
Annexe A. Matériel complémentaire
Références
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