Des preuves s’accumulent, selon lesquelles certains sujets peuvent continuer à transmettre le Sars-CoV-2 pendant beaucoup plus longtemps que les « quelques jours suggérés par des agences de santé publique ». Un article publié dans la revue Nature présente des aspects particuliers de cette pandémie qui livrerait une huitième vague cet automne, selon le ministère de la Santé et de la Prévention.
Des études [1,2] montrent que nombre de sujets Covid-positifs demeurent infectieux bien après la seconde semaine au cours de laquelle leurs symptômes sont apparus. De ce fait, alors qu’il est souvent conseillé aux sujets Sars-CoV-2- positifs de s'isoler pendant quelques jours seulement, les preuves s'accumulent que certains peuvent continuer à transmettre le virus beaucoup plus longtemps (plus de huit jours) qu’on le croit.
Nature [3] rappelle un point-clé : lorsque les centres for disease control d’Atlanta aux États-Unis ont réduit de moitié le temps d'isolement recommandé à cinq jours pour les patients Covid-19, ils ont déclaré que ce changement était motivé par la science, estimant que la plupart des transmissions du Sars-CoV-2 se produisent au début de la maladie, 24 à 48 heures avant l'apparition des symptômes et pendant deux ou trois jours après.

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Nombre de scientifiques ont contesté et contestent encore cette décision, une série d'études confirmant que des Covid-19-positifs restent contagieux jusqu'à la deuxième semaine après avoir exprimé les premiers symptômes. La réduction de la durée recommandée du confinement – désormais courante dans le monde entier – serait plutôt motivée par la politique, disent-ils, plutôt que par de nouvelles données rassurantes !
« La durée pendant laquelle on reste infectieux n'a pas vraiment changé », selon Amy Barczak, infectiologue, du Massachusetts General Hospital (MGH) de Boston [2]. À ce stade – fin juillet – Il n'y a pas de données pour soutenir une durée de confinement réduite. Les données d’Amy Barczak, publiées sur medRxiv, suggérant qu'un quart des sujets contaminés par le variant Omicron pourraient encore être contagieux plus de huit jours après l’avoir rencontré.
Quand le virus éliminé laisse des traces derrière lui
Bien que la question soit simple « Pendant combien de temps une personne atteinte de Covid-19 est-elle contagieuse ? » les experts préviennent que la réponse est compliquée. « C’est une question de chiffres et de probabilité » remarque le virologue Benjamin Meyer de l'Université de Genève qui explique dans Nature que les variants émergents, la vaccination et les différents niveaux d'immunité naturelle renforcés par une infection antérieure peuvent tous influencer la rapidité avec laquelle un patient peut éliminer le virus de son organisme, et cela définit finalement quand il cesse d'être infectieux.
Les tests PCR pourraient donner un résultat positif même après qu’un sujet ne soit plus infectieux
« Dernier point étonnant, explique-il, les facteurs comportementaux comptent également. Les personnes qui ne se sentent pas bien ont tendance à moins se mêler aux autres, de sorte que la gravité des symptômes d'une personne peut influer sur la probabilité qu'elle en infecte d’autres ! »
Par ailleurs, la plupart des spécialistes seraient convaincus que les tests PCR peuvent donner un résultat positif même après qu’un sujet ne soit plus infectieux : c’est ce qui se produirait notamment lorsque les tests qui détectent l'ARN viral détectent aussi des restes non infectieux laissés derrière lui après l'élimination de la majeure partie du virus vivant. Étonnant, non ? En revanche, les tests à flux latéral ou « antigène rapide » – selon ce que rapporte Nature – offriraient une meilleure compréhension de l'infectiosité, car ils détectent les protéines produites lors de la réplication active du virus.
Alors ? Réponse dans un message très concis, selon ses termes, du Dr Emily Bruce, microbiologiste et généticienne moléculaire à l'Université du Vermont à Burlington : « Si vous êtes positif à l'antigène, vous ne devriez pas sortir et interagir étroitement avec des gens que vous ne voulez pas infecter ». Des messages oubliés mais souvent réentendus en ce moment, car le risque persiste. Ainsi, qu'en est-il de quelqu'un qui a été testé négatif sur un test de flux latéral pendant quelques jours mais qui reste fébrile avec une toux sèche ? Pour le Dr Bruce il faut se rappeler que même si les symptômes persistants peuvent sembler graves, ils n'indiquent pas toujours le risque d’une contagiosité continue, et que de nombreux symptômes sont causés par le système immunitaire et non directement par le virus lui-même ». Étonnant, non?
Références
- 1.Boucau J, Marino C, Regan J et al. Duration of viable virus shedding in SARS-CoV-2 omicron variant infection. medRxiv [Preprint]. 2022 Mar 2:2022.03.01.22271582. doi: 10.1101/2022.03.01.22271582. Update in: N Engl J Med. 2022 Jun 29.
- 2.Townsley H, Carr EJ, Russell TW et al. Non-hospitalised, vaccinated adults with COVID-19 caused by Omicron BA.1 and BA.2 present with changing symptom profiles compared to those with Delta despite similar viral kinetics.medRxiv 2022.07.07.22277367; doi: https://doi.org/10.1101/2022.07.07.22277367.
- 3.Adam D. How long is COVID infectious? What scientists know so far. Nature. 2022;608(7921):16–17. doi: 10.1038/d41586-022-02026-x. [DOI] [PubMed] [Google Scholar]
