Abstract
Introduction
Le développement d’une auto-immunité est soumis à des facteurs génétiques, environnementaux et stochastiques. Parmi les facteurs environnementaux, les agents infectieux, notamment les virus responsables d’infections chroniques (EBV, CMV) ont été associés aux phénomènes d’auto-immunité. La théorie de la discontinuité [1] et de « self-organized criticallity » [2] suggèrent qu’une exposition répétée à un antigène peut être responsable d’une perte de tolérance menant au développement d’auto-anticorps et de lésion d’organes.
Compte-tenu de la persistance de la pandémie COVID-19 ainsi que les fréquentes expositions aux antigènes de SARS-CoV-2 (vaccinations/réinfections), nous émettons l’hypothèse que l’exposition répétée à SARS-CoV-2 pourrait être responsable de l’apparition d’auto-immunité, et d’une potentielle augmentation de l’incidence de maladie auto-immunes au cours des prochaines années. En attendant les données épidémiologiques, l’objectif de cette étude a été d’étudier la survenue d’auto-immunité chez la souris après immunisation répétée par la protéine Spike.
Matériels et méthodes
Nous avons immunisé des souris C57Bl/6 par 16 injections intrapéritonéales hebdomadaires de protéine Spike recombinante trimérique (1 mg/injection, R&Dsystems©, n = 5 souris) ou du PBS (n = 5 souris). Seule la première injection contenait un adjuvant (hydroxyde d’aluminium, Alum, ThermoFisher©) pour les deux groupes de souris. La recherche d’anticorps ciblant la protéine Spike ainsi que d’anticorps anti-ADN était réalisée par ELISA à partir du sérum des souris, et comparé à des souris atteintes d’auto-immunité (C57BL/6.Lpr).
Résultats
Après 16 immunisations répétées par la protéine Spike, les souris avaient un phénotype clinique normal. Ces souris avaient développé de fort titres d’IgG anti-protéine Spike, par rapport aux souris contrôle (p < 0,001). En revanche, nous n’avons pas détecté d’anticorps anti-ADN à taux significatif chez les souris immunisées par Spike (p < 0,0001 vs souris C57BL/6.Lpr ; p = NS vs souris PBS).
Discussion
Dans ce modèle murin, les immunisations répétées par protéines Spike ne semblent pas déclencher d’auto-immunité systémique. Si la théorie de la discontinuité s’applique vraiment au COVID, l’absence d’induction d’auto-immunité dans notre modèle pourrait dépendre de l’antigène et de sa glycosylation ou d’un effet dose (dose de l’antigène insuffisante).
Conclusion
Les expositions répétées aux antigènes de SARS-CoV-2 n’induisent pas d’auto-immunité systémique chez la souris. Ces résultats préliminaires ne remettent pas en question l’intérêt d’une surveillance épidémiologie de l’incidence des maladies auto-immunes dans ce contexte de réexposition chronique à SARS-CoV-2.
Déclaration de liens d’intérêts
Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.
Références
- 1.Pradeu T., Vivier E. The discontinuity theory of immunity. Sci Immunol. 2016;1(1):AAG0479. doi: 10.1126/sciimmunol.aag0479. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
- 2.Shiozawa S., et al. DOCK8-expressing T follicular helper cells newly generated beyond self-organized criticality cause systemic lupus erythematosus. iScience. 2021;25(1):103537. doi: 10.1016/j.isci.2021.103537. [DOI] [PMC free article] [PubMed] [Google Scholar]
